Tout par grâce ·Dieu justifie l’impie

Chapitre 3 · 16 min de lecture

Dieu justifie l’impie

CE MESSAGE est pour toi. Tu trouveras le texte dans l’Épître aux Romains, au quatrième chapitre et au cinquième verset :

À celui qui ne fait point d’œuvre, mais qui croit en celui qui justifie l’impie, sa foi lui est imputée à justice.

J’attire ton attention sur ces mots : « celui qui justifie l’impie ». Ils me paraissent des mots tout à fait admirables.

N’es-tu pas surpris qu’une telle expression se trouve dans la Bible : « qui justifie l’impie » ? J’ai entendu dire que des hommes qui haïssent les doctrines de la croix en font un grief contre Dieu, à savoir qu’il sauve des méchants et reçoit auprès de lui les plus vils d’entre les vils. Vois comme cette Écriture accepte le reproche et l’énonce clairement ! Par la bouche de son serviteur Paul, par l’inspiration du Saint-Esprit, il prend pour lui-même le titre de « celui qui justifie l’impie ». Il rend justes ceux qui sont injustes, pardonne à ceux qui méritent d’être punis, et favorise ceux qui ne méritent aucune faveur. Tu pensais, n’est-ce pas, que le salut était pour les bons ? que la grâce de Dieu était pour les purs et les saints, exempts de péché ? Il t’est venu à l’esprit que, si tu étais excellent, alors Dieu te récompenserait ; et tu as pensé que, parce que tu n’es pas digne, il ne pouvait donc y avoir aucun moyen pour toi de jouir de sa faveur. Tu dois être quelque peu surpris de lire un texte comme celui-ci : « celui qui justifie l’impie ». Je ne m’étonne pas que tu sois surpris ; car, malgré toute ma familiarité avec la grande grâce de Dieu, je ne cesse de m’en émerveiller. Cela paraît surprenant, n’est-ce pas, qu’il soit possible à un Dieu saint de justifier un homme qui n’est pas saint ? Nous, selon le légalisme naturel de nos cœurs, parlons sans cesse de notre propre bonté et de notre propre mérite, et nous soutenons avec obstination qu’il doit y avoir en nous quelque chose pour attirer le regard de Dieu. Or Dieu, qui voit à travers toutes les illusions, sait qu’il n’y a en nous aucune bonté. Il dit qu’« il n’y a point de juste, pas même un seul ». Il sait que « toute notre justice est comme un vêtement souillé », et c’est pourquoi le Seigneur Jésus n’est pas venu dans le monde chercher chez l’homme la bonté et la justice, pour les accorder à des personnes qui n’en ont point. Il vient, non parce que nous sommes justes, mais pour nous rendre tels : il justifie l’impie.

Quand un avocat se présente au tribunal, s’il est un homme honnête, il désire plaider la cause d’un innocent et le justifier devant la cour des choses qu’on lui impute faussement. Le but de l’avocat doit être de justifier l’innocent, et il ne doit pas chercher à couvrir le coupable. Il n’est ni du droit ni du pouvoir de l’homme de justifier véritablement le coupable. C’est là un miracle réservé au Seigneur seul. Dieu, le Souverain infiniment juste, sait qu’il n’y a pas sur la terre un homme juste qui fasse le bien et ne pèche point ; et c’est pourquoi, dans la souveraineté infinie de sa nature divine et dans la splendeur de son ineffable amour, il entreprend la tâche, non pas tant de justifier le juste que de justifier l’impie. Dieu a imaginé les voies et les moyens de faire tenir l’impie justement accepté devant lui : il a établi un système par lequel, en toute justice parfaite, il peut traiter le coupable comme s’il avait été toute sa vie exempt de faute, oui, le traiter comme s’il était entièrement exempt de péché. Il justifie l’impie.

Jésus-Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs. C’est une chose bien surprenante — une chose qui doit émerveiller par-dessus tout ceux qui en jouissent. Je sais que, pour moi, c’est aujourd’hui encore la plus grande merveille dont j’aie jamais entendu parler, que Dieu m’ait jamais justifié. Je me sens, hors de son amour tout-puissant, une masse d’indignité, un amas de corruption et un monceau de péché. Je sais, par une pleine assurance, que je suis justifié par la foi qui est en Jésus-Christ, traité comme si j’avais été parfaitement juste, fait héritier de Dieu et cohéritier de Christ ; et pourtant, par nature, je dois prendre ma place parmi les plus grands pécheurs. Moi qui suis tout à fait indigne, je suis traité comme si j’avais été digne. Je suis aimé d’autant d’amour que si j’avais toujours été pieux, alors qu’autrefois j’étais impie. Qui pourrait ne pas s’en étonner ? La gratitude pour une telle faveur se tient vêtue de robes d’émerveillement.

Or, quoique cela soit fort surprenant, je veux que tu remarques combien cela rend l’Évangile accessible à toi comme à moi. Si Dieu justifie l’impie, alors, cher ami, il peut te justifier. N’est-ce pas justement le genre d’homme que tu es ? Si tu es en cet instant inconverti, c’est là une description bien exacte de toi : tu as vécu sans Dieu, tu as été le contraire d’un homme pieux ; en un mot, tu as été et tu es impie. Peut-être n’as-tu même pas fréquenté un lieu de culte le dimanche, mais as vécu au mépris du jour de Dieu, de sa maison et de sa Parole — ce qui prouve que tu as été impie. Plus triste encore, il se peut que tu aies même essayé de douter de l’existence de Dieu, et que tu sois allé jusqu’à dire que tu en doutais. Tu as vécu sur cette belle terre, remplie des marques de la présence de Dieu, et pendant tout ce temps tu as fermé les yeux aux preuves évidentes de sa puissance et de sa divinité. Tu as vécu comme s’il n’y avait point de Dieu. Bien plus, tu aurais été fort aise de pouvoir te démontrer à toi-même, en toute certitude, qu’il n’existait aucun Dieu. Peut-être as-tu vécu de la sorte bien des années, si bien que tu es maintenant bien établi dans tes habitudes, et pourtant Dieu n’est dans aucune d’elles. Si l’on t’étiquetait

IMPIE

cela te décrirait aussi bien que si la mer était étiquetée eau salée. N’est-ce pas ?

Peut-être es-tu d’une autre sorte : tu as régulièrement observé toutes les formes extérieures de la religion, sans pourtant y mettre le moindre cœur, mais en étant réellement impie. Tout en te rassemblant avec le peuple de Dieu, tu n’as jamais rencontré Dieu pour toi-même ; tu as été dans le chœur, sans pourtant louer le Seigneur de ton cœur. Tu as vécu sans aucun amour de Dieu dans ton cœur, ni aucun égard à ses commandements dans ta vie. Eh bien, tu es précisément le genre d’homme à qui cet Évangile est envoyé — cet Évangile qui dit que Dieu justifie l’impie. C’est bien merveilleux, mais c’est, par bonheur, à ta portée. Cela te convient tout juste. N’est-ce pas ? Combien je voudrais que tu l’acceptes ! Si tu es un homme sensé, tu verras la grâce remarquable de Dieu, qui pourvoit à des êtres tels que toi, et tu te diras à toi-même : « Justifier l’impie ! Pourquoi donc ne serais-je pas justifié, et justifié à l’instant ? »

Or, remarque encore qu’il doit en être ainsi — que le salut de Dieu est pour ceux qui ne le méritent pas et qui n’y sont nullement préparés. Il est raisonnable que cette déclaration soit consignée dans la Bible ; car, cher ami, nul n’a besoin d’être justifié, sinon ceux qui n’ont aucune justification qui leur soit propre. Si quelques-uns de mes lecteurs sont parfaitement justes, ils n’ont pas besoin d’être justifiés. Tu estimes accomplir ton devoir comme il faut, et presque mettre le ciel dans l’obligation envers toi. Qu’as-tu à faire d’un Sauveur, ou de la miséricorde ? Qu’as-tu à faire de la justification ? Tu seras déjà las de mon livre, car il n’aura pour toi aucun intérêt.

Si quelques-uns d’entre vous se donnent de tels airs orgueilleux, écoutez-moi un instant. Vous serez perdus, aussi sûr que vous êtes vivants. Vous, hommes justes, dont la justice est tout entière l’œuvre de vos mains, vous êtes ou des trompeurs ou des trompés ; car l’Écriture ne peut mentir, et elle dit clairement : « Il n’y a point de juste, pas même un seul. » En tout cas, je n’ai aucun Évangile à prêcher à ceux qui se croient justes, non, pas un mot. Jésus-Christ lui-même n’est pas venu appeler les justes, et je ne vais pas faire ce que lui n’a pas fait. Si je t’appelais, tu ne viendrais pas, et c’est pourquoi je ne t’appellerai pas sous ce titre. Non, je t’invite plutôt à regarder cette justice qui est la tienne jusqu’à ce que tu voies quelle illusion elle est. Elle n’a pas la moitié de la consistance d’une toile d’araignée. Finis-en avec elle ! Fuis-la ! Oh ! crois que les seules personnes qui puissent avoir besoin de justification sont celles qui ne sont pas justes en elles-mêmes ! Il faut que quelque chose soit fait pour elles afin de les rendre justes devant le siège du jugement de Dieu. Sois-en assuré, le Seigneur ne fait que ce qui est nécessaire. La sagesse infinie ne tente jamais ce qui est inutile. Jésus n’entreprend jamais ce qui est superflu. Rendre juste celui qui est juste n’est pas une œuvre pour Dieu — ce serait un labeur digne d’un insensé ; mais rendre juste celui qui est injuste — voilà une œuvre pour l’amour et la miséricorde infinis. Justifier l’impie — c’est là un miracle digne d’un Dieu. Et à coup sûr il en est ainsi.

Or, regarde. S’il existe quelque part au monde un médecin qui ait découvert des remèdes sûrs et précieux, vers qui ce médecin est-il envoyé ? Vers ceux qui se portent parfaitement bien ? Je ne le pense pas. Place-le dans une contrée où il n’y a pas de malades, et il sentira qu’il n’est pas à sa place. Il n’a rien à y faire. « Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades. » N’est-il pas tout aussi clair que les grands remèdes de la grâce et de la rédemption sont pour les malades de l’âme ? Ils ne peuvent être pour les bien portants, car ils ne sauraient leur être d’aucun usage. Si toi, cher ami, tu sens que tu es spirituellement malade, le Médecin est venu dans le monde pour toi. Si tu es entièrement perdu à cause de ton péché, tu es précisément celui que vise le plan du salut. Je dis que le Seigneur d’amour avait justement des êtres tels que toi devant les yeux lorsqu’il disposa le système de la grâce. Suppose qu’un homme d’esprit généreux résolve de remettre leurs dettes à tous ceux qui lui doivent quelque chose ; il est clair que cela ne peut s’appliquer qu’à ceux qui sont réellement ses débiteurs. L’un lui doit mille livres ; un autre lui en doit cinquante ; il suffit à chacun de voir sa facture acquittée, et la dette est effacée. Mais l’homme le plus généreux ne peut remettre les dettes de ceux qui ne lui doivent rien. Il n’est pas au pouvoir de l’Omnipotence de pardonner là où il n’y a point de péché. Le pardon, dès lors, ne peut être pour toi qui n’as point de péché. Le pardon doit être pour le coupable. Le pardon doit être pour le pécheur. Il serait absurde de parler de pardonner à ceux qui n’ont pas besoin de pardon — d’absoudre ceux qui n’ont jamais offensé.

Penses-tu que tu dois être perdu parce que tu es un pécheur ? C’est là justement la raison pour laquelle tu peux être sauvé. Parce que tu reconnais toi-même être un pécheur, je voudrais t’encourager à croire que la grâce est destinée à des êtres tels que toi. L’un de nos auteurs de cantiques a même osé dire :

Un pécheur est chose sacrée ;
C’est le Saint-Esprit qui l’a rendu tel.

Il en est véritablement ainsi : Jésus cherche et sauve ce qui était perdu. Il est mort et a fait une expiation réelle pour de réels pécheurs. Lorsque les hommes ne jouent pas avec les mots, ni ne se disent « misérables pécheurs » par simple politesse, je suis rempli de joie de les rencontrer. Je serais heureux de parler toute la nuit avec de véritables pécheurs. L’auberge de la miséricorde ne ferme jamais ses portes à de tels hommes, ni en semaine ni le dimanche. Notre Seigneur Jésus n’est pas mort pour des péchés imaginaires, mais le sang de son cœur a été répandu pour laver de profondes taches cramoisies, que rien d’autre ne peut effacer.

Celui qui est un pécheur noirci — voilà le genre d’homme que Jésus-Christ est venu rendre blanc. Un prédicateur de l’Évangile prêcha un jour un sermon sur ce texte : « Déjà la cognée est mise à la racine des arbres », et il prononça un tel sermon que l’un de ses auditeurs lui dit : « On aurait cru que vous prêchiez à des criminels. Votre sermon aurait dû être prononcé à la prison du comté. » « Oh, non, dit le bon homme, si je prêchais à la prison du comté, je ne prêcherais pas sur ce texte-là ; j’y prêcherais plutôt : “C’est une parole certaine et entièrement digne d’être reçue, que Jésus-Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs.” » C’est bien cela. La loi est pour ceux qui se croient justes, afin d’humilier leur orgueil ; l’Évangile est pour les perdus, afin d’ôter leur désespoir.

Si tu n’es pas perdu, qu’as-tu à faire d’un Sauveur ? Le berger devrait-il courir après celles qui ne se sont jamais égarées ? Pourquoi la femme balaierait-elle sa maison pour des pièces de monnaie qui ne sont jamais sorties de sa bourse ? Non, le remède est pour le malade ; la vie est pour le mort ; le pardon est pour le coupable ; la délivrance est pour ceux qui sont liés ; l’ouverture des yeux est pour les aveugles. Comment expliquer le Sauveur, sa mort sur la croix et l’Évangile du pardon, sinon en supposant que les hommes sont coupables et dignes de condamnation ? Le pécheur est la raison d’être de l’Évangile. Toi, mon ami, à qui cette parole parvient maintenant, si tu es indigne, mal méritant, digne de l’enfer, tu es le genre d’homme pour qui l’Évangile est destiné, disposé et proclamé. Dieu justifie l’impie.

Je voudrais rendre ceci tout à fait clair. J’espère l’avoir déjà fait ; mais, si clair que ce soit, seul le Seigneur peut faire qu’un homme le voie. Il paraît d’abord des plus stupéfiants, à un homme réveillé, que le salut soit réellement pour lui, en tant que perdu et coupable. Il pense qu’il doit être pour lui en tant que pénitent, oubliant que sa pénitence fait partie de son salut. « Oh, dit-il, mais il faut que je sois ceci et cela » — ce qui est tout à fait vrai, car il sera ceci et cela comme résultat du salut ; mais le salut lui vient avant qu’il ait aucun des résultats du salut. Il lui vient, en réalité, tandis qu’il ne mérite que cette description nue, misérable, vile et abominable : « impie ». Voilà tout ce qu’il est lorsque l’Évangile de Dieu vient le justifier.

Puis-je donc presser tous ceux qui n’ont rien de bon en eux — qui craignent de n’avoir pas même un bon sentiment, ni quoi que ce soit qui puisse les recommander à Dieu — de croire fermement que notre Dieu de grâce est capable et désireux de les recevoir sans qu’ils aient rien pour se recommander, et de leur pardonner spontanément, non parce qu’ils sont bons, mais parce que lui est bon ? Ne fait-il pas lever son soleil sur les méchants aussi bien que sur les bons ? Ne donne-t-il pas des saisons fécondes, et n’envoie-t-il pas la pluie et le soleil en leur temps sur les nations les plus impies ? Oui, Sodome même eut son soleil, et Gomorrhe eut sa rosée. Ô ami, la grande grâce de Dieu passe ma pensée et la tienne, et je voudrais que tu en aies une juste idée ! Autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant les pensées de Dieu sont élevées au-dessus de nos pensées. Il peut pardonner abondamment. Jésus-Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs : le pardon est pour le coupable.

N’essaie pas de te retoucher et de te faire autre que tu n’es réellement ; mais viens tel que tu es à celui qui justifie l’impie. Un grand peintre, il y a peu de temps, avait peint une partie du conseil municipal de la ville où il habitait, et il voulait, à des fins historiques, faire figurer dans son tableau certains personnages bien connus de la ville. Un balayeur de rues, hirsute, en haillons, crasseux, était connu de tout le monde, et il y avait pour lui une place toute trouvée dans le tableau. Le peintre dit à ce personnage déguenillé et fruste : « Je te paierai bien si tu viens à mon atelier et me laisses faire ton portrait. » Il se présenta le matin, mais on le renvoya bien vite à ses affaires ; car il s’était lavé le visage, avait peigné ses cheveux et revêtu un habit respectable. On avait besoin de lui comme mendiant, et il n’était invité à aucun autre titre. De même, l’Évangile te recevra dans ses salles si tu viens en pécheur, non autrement. N’attends pas de t’être réformé, mais viens tout de suite pour le salut. Dieu justifie l’impie, et cela te prend là où tu es maintenant : il te rencontre dans ton plus misérable état.

Viens en déshabillé. Je veux dire : viens à ton Père céleste dans tout ton péché et toute ta corruption. Viens à Jésus tel que tu es, lépreux, souillé, nu, propre ni à vivre ni à mourir. Viens, toi qui n’es que le rebut de la création ; viens, quoique tu oses à peine espérer autre chose que la mort. Viens, quoique le désespoir plane sur toi et te pèse sur la poitrine comme un horrible cauchemar. Viens, et demande au Seigneur de justifier un impie de plus. Pourquoi ne le ferait-il pas ? Viens, car cette grande miséricorde de Dieu est destinée à des êtres tels que toi. Je le dis dans le langage du texte, et je ne saurais le dire plus fortement : le Seigneur Dieu lui-même prend pour lui ce gracieux titre : « celui qui justifie l’impie ». Il rend justes, et fait traiter comme justes, ceux qui sont impies par nature. N’est-ce pas là une parole merveilleuse pour toi ? Lecteur, ne tarde pas d’avoir bien considéré cette affaire.

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Tout par grâce Charles H. Spurgeon

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