Tout par grâce ·L’affermissement

Chapitre 18 · 9 min de lecture

L’affermissement

JE VEUX QUE TU REMARQUES la sécurité que Paul attendait avec confiance pour tous les saints. Il dit : « qui vous affermira aussi jusqu’à la fin, pour que vous soyez irréprochables au jour de notre Seigneur Jésus-Christ. » Voilà le genre d’affermissement qu’il faut désirer par-dessus tout. Tu vois qu’il suppose que les personnes sont dans le vrai, et qu’il se propose de les affermir dans le vrai. Ce serait une chose affreuse que d’affermir un homme dans les voies du péché et de l’erreur. Songe à un ivrogne endurci, à un voleur endurci, à un menteur endurci. Ce serait une chose déplorable qu’un homme fût affermi dans l’incrédulité et l’impiété. L’affermissement divin ne peut être goûté que par ceux à qui la grâce de Dieu s’est déjà manifestée. C’est l’œuvre du Saint-Esprit. Celui qui donne la foi la fortifie et l’établit ; celui qui allume l’amour en nous le conserve et en accroît la flamme. Ce qu’il nous fait connaître par son premier enseignement, le bon Esprit nous le fait connaître avec plus de clarté et de certitude par une instruction plus poussée encore. Les actes saints sont affermis jusqu’à devenir des habitudes, et les sentiments saints sont affermis jusqu’à devenir des dispositions permanentes. L’expérience et la pratique affermissent nos croyances et nos résolutions. Nos joies comme nos douleurs, nos succès comme nos échecs, sont sanctifiés à cette même fin : de même que l’arbre est aidé à s’enraciner et par les douces ondées et par les vents rudes. L’esprit est instruit, et dans sa connaissance croissante il rassemble des raisons de persévérer dans la bonne voie ; le cœur est consolé, et ainsi il est amené à s’attacher plus étroitement à la vérité consolante. L’étreinte se resserre, le pas se raffermit, et l’homme lui-même devient plus solide et plus substantiel.

Ce n’est pas là une croissance purement naturelle, mais une œuvre de l’Esprit aussi distincte que la conversion. Le Seigneur la donnera certainement à ceux qui s’appuient sur lui pour la vie éternelle. Par son œuvre intérieure, il nous délivrera d’être « instables comme l’eau », et il nous fera être enracinés et fondés. Cela fait partie de la méthode par laquelle il nous sauve — cet édifice qu’il élève en nous en Christ Jésus et qui nous fait demeurer en lui. Cher lecteur, tu peux attendre cela chaque jour ; et tu ne seras pas déçu. Celui en qui tu te confies te rendra semblable à un arbre planté près d’un courant d’eau, si bien gardé que même ton feuillage ne se flétrira point.

Quelle force pour une Église qu’un chrétien affermi ! Il est une consolation pour les affligés et un secours pour les faibles. N’aimerais-tu pas être tel ? Les croyants affermis sont des colonnes dans la maison de notre Dieu. Ceux-là ne sont pas emportés à tout vent de doctrine, ni renversés par une soudaine tentation. Ils sont un grand appui pour les autres et servent d’ancres au temps des troubles de l’Église. Toi qui commences la vie sainte, tu oses à peine espérer devenir comme eux. Mais tu n’as rien à craindre ; le bon Seigneur opérera en toi aussi bien qu’en eux. Un de ces jours, toi qui n’es maintenant qu’un « petit enfant » en Christ, tu seras un « père » dans l’Église. Espère cette grande chose ; mais espère-la comme un don de la grâce, et non comme le salaire d’une œuvre, ni comme le produit de ta propre énergie.

L’apôtre inspiré Paul parle de ces gens comme devant être affermis jusqu’à la fin. Il attendait que la grâce de Dieu les préservât personnellement jusqu’au terme de leur vie, ou jusqu’à ce que le Seigneur Jésus vînt. Bien plus, il attendait que l’Église de Dieu tout entière, en tout lieu et en tout temps, fût gardée jusqu’à la fin de l’économie présente, jusqu’à ce que le Seigneur Jésus, comme l’Époux, vînt célébrer le festin des noces avec son Épouse rendue parfaite. Tous ceux qui sont en Christ seront affermis en lui jusqu’à ce jour glorieux. N’a-t-il pas dit : « Car je vis, et vous vivrez aussi » ? Il a dit aussi : « Je leur donne la vie éternelle; et elles ne périront jamais, et personne ne les ravira de ma main. » Celui qui a commencé en vous une bonne œuvre l’affermira jusqu’au jour de Christ. L’œuvre de la grâce dans l’âme n’est pas une réformation superficielle ; la vie implantée lors de la nouvelle naissance provient d’une semence vivante et incorruptible, qui vit et demeure éternellement ; et les promesses que Dieu fait aux croyants ne sont pas d’un caractère passager, mais impliquent, pour leur accomplissement, que le croyant persévère dans sa voie jusqu’à ce qu’il parvienne à la gloire sans fin. Nous sommes gardés par la puissance de Dieu, par la foi, pour le salut. « Le juste demeure ferme dans sa voie. » Non pas comme le résultat de notre propre mérite ou de notre propre force, mais comme un don de la faveur libre et imméritée, ceux qui croient sont « gardés pour Jésus-Christ ». Des brebis de son bercail, Jésus n’en perdra aucune ; nul membre de son Corps ne mourra ; nul joyau de son trésor ne manquera au jour où il fera le compte de ses pierres précieuses. Cher lecteur, le salut qui se reçoit par la foi n’est pas l’affaire de quelques mois ou de quelques années ; car notre Seigneur Jésus a « obtenu une rédemption éternelle » pour nous, et ce qui est éternel ne saurait prendre fin.

Paul déclare aussi son attente que les saints de Corinthe seraient « affermis jusqu’à la fin, irréprochables ». Cette irréprochabilité est une part précieuse de notre préservation. Être gardé saint vaut mieux que d’être simplement gardé en sûreté. C’est une chose affreuse de voir des gens religieux trébucher d’un déshonneur dans un autre ; ils n’ont pas cru à la puissance de notre Seigneur pour les rendre irréprochables. La vie de certains chrétiens de profession n’est qu’une suite de faux pas ; ils ne sont jamais tout à fait à terre, et pourtant ils sont rarement debout. Cela ne convient pas à un croyant ; il est invité à marcher avec Dieu, et par la foi il peut parvenir à une persévérance constante dans la sainteté ; et il le doit. Le Seigneur est capable, non seulement de nous sauver de l’enfer, mais de nous garder de tomber. Nous n’avons pas besoin de céder à la tentation. N’est-il pas écrit : « Le péché n’aura point de pouvoir sur vous » ? Le Seigneur est capable de garder les pieds de ses saints ; et il le fera si nous nous confions à lui pour cela. Nous n’avons pas besoin de souiller nos vêtements ; par sa grâce nous pouvons les garder sans tache du monde ; nous sommes tenus de le faire, « car sans la sanctification, personne ne verra le Seigneur ».

L’apôtre a prophétisé pour ces croyants ce qu’il voudrait nous voir rechercher : que nous soyons préservés, irréprochables jusqu’au jour de notre Seigneur Jésus-Christ. La version révisée porte « irrépréhensibles » au lieu d’« irréprochables ». Une meilleure traduction serait peut-être « inattaquables ». Dieu veuille qu’en ce dernier grand jour nous puissions nous tenir libres de toute accusation, en sorte que nul dans l’univers entier n’ose contester notre droit d’être les rachetés du Seigneur. Nous avons des péchés et des infirmités à pleurer, mais ce ne sont pas là le genre de fautes qui prouveraient que nous sommes hors de Christ ; nous serons nets de toute hypocrisie, de toute fourberie, de toute haine et de toute complaisance dans le péché, car ces choses-là seraient des accusations fatales. Malgré nos défaillances, le Saint-Esprit peut opérer en nous un caractère sans tache devant les hommes ; de sorte que, comme Daniel, nous ne fournirons aucune occasion aux langues accusatrices, si ce n’est dans ce qui touche à notre religion. Des multitudes d’hommes et de femmes pieux ont montré une vie si transparente, si constante d’un bout à l’autre, que nul ne pouvait les contredire. Le Seigneur pourra dire de bien des croyants, comme il le fit de Job lorsque Satan se tenait devant lui : « As-tu remarqué mon serviteur, cet homme intègre et droit, craignant Dieu et se détournant du mal ? » Voilà ce que mon lecteur doit attendre de la main du Seigneur. Voilà le triomphe des saints : continuer à suivre l’Agneau partout où il va, gardant notre intégrité comme devant le Dieu vivant. Puissions-nous ne jamais nous détourner dans des voies tortueuses et donner à l’adversaire une occasion de blasphémer. Du vrai croyant il est écrit : « il se garde lui-même, et le malin ne le touche pas ». Puisse-t-il en être ainsi écrit de nous !

Ami qui commences seulement dans la vie divine, le Seigneur peut te donner un caractère irréprochable. Même si, dans ta vie passée, tu es allé fort loin dans le péché, le Seigneur peut te délivrer entièrement de la puissance des anciennes habitudes et faire de toi un exemple de vertu. Non seulement il peut te rendre moral, mais il peut te faire haïr toute voie fausse et poursuivre tout ce qui est saint. N’en doute pas. Le premier des pécheurs n’a pas besoin de rester d’un iota en arrière du plus pur des saints. Crois-le, et qu’il te soit fait selon ta foi.

Oh ! quelle joie ce sera d’être trouvé irréprochable au jour du jugement ! Nous ne chantons pas mal à propos lorsque nous joignons nos voix à ce beau cantique :

Hardi je me tiendrai en ce grand jour,
Car qui pourra rien porter à ma charge,
Tandis que, par ton sang, je suis absous
De la malédiction terrible et de la honte du péché ?

Quel bonheur ce sera de jouir de ce courage intrépide, lorsque le ciel et la terre s’enfuiront de devant la face du Juge de tous ! Ce bonheur sera le partage de quiconque regarde à la seule grâce de Dieu en Christ Jésus, et qui, dans cette puissance sacrée, mène une guerre incessante contre tout péché.

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Tout par grâce Charles H. Spurgeon

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