Chapitre 15 · 11 min de lecture
La repentance doit aller de pair avec le pardon
IL EST CLAIR, d’après le texte que nous avons cité tout à l’heure, que la repentance est liée au pardon des péchés. Dans Actes 5:31, nous lisons que Jésus est « élevé pour donner la repentance et le pardon des péchés ». Ces deux bénédictions viennent de cette main sacrée qui fut jadis clouée à l’arbre, mais qui est maintenant élevée dans la gloire. La repentance et le pardon sont rivés ensemble par le dessein éternel de Dieu. Ce que Dieu a joint, que l’homme ne le sépare point.
La repentance doit aller de pair avec le pardon, et tu le verras si tu réfléchis un peu à la chose. Il ne se peut que le pardon du péché soit accordé à un pécheur impénitent ; ce serait l’affermir dans ses mauvaises voies et lui apprendre à faire peu de cas du mal. Si le Seigneur disait : « Tu aimes le péché, tu y vis, tu vas de mal en pis, et pourtant je te pardonne », ce serait proclamer une horrible licence pour l’iniquité. Les fondements de l’ordre social seraient renversés, et l’anarchie morale s’ensuivrait. Je ne saurais dire quels maux innombrables surviendraient à coup sûr si l’on pouvait séparer la repentance du pardon et passer sur le péché tandis que le pécheur y demeurerait attaché comme auparavant. Dans la nature même des choses, si nous croyons à la sainteté de Dieu, il doit en être ainsi : si nous persévérons dans notre péché et refusons de nous en repentir, nous ne pouvons être pardonnés, mais nous devons recueillir la conséquence de notre obstination. Selon l’infinie bonté de Dieu, il nous est promis que si nous abandonnons nos péchés en les confessant, et que si, par la foi, nous acceptons la grâce qui est offerte en Jésus-Christ, Dieu est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et pour nous purifier de toute iniquité. Mais, aussi longtemps que Dieu vit, il ne peut y avoir de promesse de miséricorde pour ceux qui persévèrent dans leurs mauvaises voies et refusent de reconnaître leur faute. Assurément nul rebelle ne peut attendre du Roi qu’il pardonne sa trahison tant qu’il demeure en révolte ouverte. Nul ne peut être assez insensé pour s’imaginer que le Juge de toute la terre écartera nos péchés si nous refusons de les écarter nous-mêmes.
De plus, il doit en être ainsi pour la plénitude de la miséricorde divine. Cette miséricorde qui pourrait pardonner le péché tout en laissant le pécheur y vivre serait une miséricorde chiche et superficielle. Ce serait une miséricorde inégale et difforme, boiteuse d’un pied et desséchée d’une main. Lequel, penses-tu, est le plus grand privilège : la purification de la culpabilité du péché, ou la délivrance de la puissance du péché ? Je n’essaierai pas de peser dans la balance deux miséricordes si excellentes. Ni l’une ni l’autre n’aurait pu nous venir en dehors du sang précieux de Jésus. Mais il me semble qu’être délivré de la domination du péché, être rendu saint, être rendu semblable à Dieu, doit être tenu pour la plus grande des deux, s’il faut établir une comparaison. Être pardonné est une faveur incommensurable. Nous en faisons l’une des premières notes de notre psaume de louange : « Qui pardonne toutes tes iniquités. » Mais si nous pouvions être pardonnés, puis qu’il nous fût permis d’aimer le péché, de nous livrer à l’iniquité et de nous vautrer dans la convoitise, à quoi servirait un tel pardon ? Ne se révélerait-il pas une douceur empoisonnée, qui nous détruirait le plus sûrement ? Être lavé, et pourtant gésir dans la fange ; être déclaré pur, et pourtant porter la lèpre blanche au front, serait la plus totale dérision de la miséricorde. À quoi bon tirer l’homme de son sépulcre si tu le laisses mort ? Pourquoi le conduire à la lumière s’il est encore aveugle ? Nous rendons grâce à Dieu de ce que Celui qui pardonne nos iniquités guérit aussi nos maladies. Celui qui nous lave des souillures du passé nous relève aussi des voies immondes du présent et nous garde de tomber à l’avenir. Nous devons accepter avec joie et la repentance et le pardon ; ils ne peuvent être séparés. L’héritage de l’alliance est un et indivisible, et ne doit pas être morcelé. Diviser l’œuvre de la grâce, ce serait couper en deux l’enfant vivant, et ceux qui le permettraient n’y ont aucune part.
Je te demanderai, à toi qui cherches le Seigneur, si tu te contenterais d’une seule de ces miséricordes ? Serais-tu satisfait, mon lecteur, si Dieu te pardonnait ton péché puis te laissait aussi mondain et méchant qu’auparavant ? Oh ! non. L’esprit vivifié craint le péché lui-même plus que ses conséquences pénales. Le cri de ton cœur n’est pas : « Qui me délivrera du châtiment ? » mais : « Misérable que je suis! Qui me délivrera du corps de cette mort? Qui me rendra capable de vivre au-dessus de la tentation et de devenir saint, comme Dieu est saint ? » Puisque l’union de la repentance et du pardon s’accorde avec le désir de la grâce, et puisqu’elle est nécessaire à la plénitude du salut et pour l’amour de la sainteté, sois assuré qu’elle demeure.
La repentance et le pardon sont unis dans l’expérience de tous les croyants. Jamais il n’y eut d’homme qui se repentît sincèrement de son péché d’une repentance mêlée de foi sans être pardonné ; et d’autre part, jamais il n’y eut d’homme pardonné qui ne se fût repenti de son péché. Je n’hésite pas à dire que sous la voûte des cieux il n’y eut jamais, il n’y a pas et il n’y aura jamais un seul cas de péché lavé, sans que, en même temps, le cœur n’ait été conduit à la repentance et à la foi en Christ. La haine du péché et le sentiment du pardon entrent ensemble dans l’âme et y demeurent ensemble tant que nous vivons.
Ces deux choses agissent et réagissent l’une sur l’autre : l’homme qui est pardonné se repent par là même ; et l’homme qui se repent est aussi, très assurément, pardonné. Souviens-toi d’abord que le pardon conduit à la repentance. Comme nous le chantons dans les paroles de Hart :
La loi et les terreurs ne font qu’endurcir,
tant qu’elles agissent seules ;
mais le sentiment d’un pardon acquis par le sang
fond bientôt un cœur de pierre.
Quand nous sommes assurés d’être pardonnés, alors nous avons l’iniquité en horreur ; et je suppose que, lorsque la foi grandit jusqu’à la pleine assurance, en sorte que nous soyons certains au-delà de tout doute que le sang de Jésus nous a lavés plus blancs que la neige, c’est alors que la repentance atteint son plus haut point. La repentance grandit à mesure que grandit la foi. Ne t’y trompe pas ; la repentance n’est pas l’affaire de quelques jours et de quelques semaines, une pénitence passagère qu’il faut expédier au plus vite ! Non ; c’est la grâce de toute une vie, comme la foi elle-même. Les petits enfants de Dieu se repentent, et les jeunes gens aussi, et les pères. La repentance est la compagne inséparable de la foi. Tout le temps que nous marchons par la foi et non par la vue, la larme de la repentance brille dans l’œil de la foi. Ce n’est pas une vraie repentance que celle qui ne procède pas de la foi en Jésus, et ce n’est pas une vraie foi en Jésus que celle qui n’est pas teintée de repentance. La foi et la repentance, comme des frères siamois, sont unies l’une à l’autre d’un lien vital. Dans la mesure où nous croyons à l’amour pardonnant de Christ, dans cette mesure nous nous repentons ; et dans la mesure où nous nous repentons du péché et haïssons le mal, nous nous réjouissons de la plénitude de l’absolution que Jésus est élevé pour accorder. Tu n’estimeras jamais le pardon si tu ne ressens la repentance ; et tu ne goûteras jamais le trait le plus profond de la repentance jusqu’à ce que tu saches que tu es pardonné. Cela peut sembler étrange, mais il en est ainsi : l’amertume de la repentance et la douceur du pardon se mêlent dans la saveur de toute vie gracieuse et composent un bonheur incomparable.
Ces deux dons de l’alliance sont l’assurance mutuelle l’un de l’autre. Si je sais que je me repens, je sais que je suis pardonné. Comment saurais-je que je suis pardonné, si je ne sais aussi que je me suis détourné de mon ancienne voie de péché ? Être croyant, c’est être pénitent. La foi et la repentance ne sont que deux rayons de la même roue, deux mancherons de la même charrue. On a bien décrit la repentance comme un cœur brisé à cause du péché et détaché du péché ; et l’on peut tout aussi bien en parler comme d’un retour et d’un revirement. C’est un changement de pensée du genre le plus complet et le plus radical, accompagné de la tristesse pour le passé et de la résolution de s’amender à l’avenir.
Se repentir, c’est quitter
les péchés que nous aimions naguère ;
et montrer que nous nous affligeons pour de bon,
en ne les commettant plus.
Or, quand il en est ainsi, nous pouvons être certains que nous sommes pardonnés ; car jamais le Seigneur n’a fait qu’un cœur fût brisé à cause du péché et détaché du péché sans le pardonner. Si, d’autre part, nous jouissons du pardon par le sang de Jésus, si nous sommes justifiés par la foi et avons la paix avec Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur, nous savons que notre repentance et notre foi sont de la bonne sorte.
Ne regarde pas ta repentance comme la cause de ton pardon, mais comme sa compagne. Ne t’attends pas à pouvoir te repentir avant d’avoir vu la grâce de notre Seigneur Jésus et sa promptitude à effacer ton péché. Garde ces choses bénies à leur place et considère-les dans leur relation l’une à l’autre. Elles sont le Jakin et le Boaz d’une expérience salutaire ; je veux dire qu’elles sont comparables aux deux grandes colonnes de Salomon qui se dressaient au front de la maison de l’Éternel et formaient une entrée majestueuse vers le lieu saint. Nul ne vient à Dieu comme il faut sans passer entre les colonnes de la repentance et du pardon. Sur ton cœur l’arc-en-ciel de la grâce de l’alliance s’est déployé dans toute sa beauté lorsque les larmes de la repentance ont été illuminées par la lumière du plein pardon. La repentance du péché et la foi au pardon divin sont la chaîne et la trame du tissu de la véritable conversion. À ces signes tu reconnaîtras un véritable Israélite.
Pour en revenir à l’Écriture que nous méditons : le pardon comme la repentance découlent de la même source et sont donnés par le même Sauveur. Le Seigneur Jésus, dans sa gloire, les accorde tous deux aux mêmes personnes. Tu ne dois trouver ni le pardon ni la repentance ailleurs. Jésus a l’un et l’autre tout prêts, et il est disposé à les accorder maintenant, et à les accorder très libéralement à tous ceux qui voudront les recevoir de sa main. Qu’on n’oublie jamais que Jésus donne tout ce qui est nécessaire à notre salut. Il est de la plus haute importance que tous ceux qui cherchent la miséricorde s’en souviennent. La foi est tout autant le don de Dieu que le Sauveur sur qui cette foi s’appuie. La repentance du péché est aussi véritablement l’œuvre de la grâce que l’accomplissement de l’expiation par laquelle le péché est effacé. Le salut, du premier au dernier, est de la seule grâce. Tu ne te méprendras pas sur mes paroles. Ce n’est pas le Saint-Esprit qui se repent. Il n’a jamais rien fait dont il dût se repentir. S’il pouvait se repentir, cela ne conviendrait pas au cas ; c’est nous-mêmes qui devons nous repentir de notre propre péché, sinon nous ne sommes pas sauvés de sa puissance. Ce n’est pas le Seigneur Jésus-Christ qui se repent. De quoi se repentirait-il ? C’est nous-mêmes qui nous repentons, avec le plein consentement de toutes les facultés de notre esprit. La volonté, les affections, les émotions travaillent toutes de concert, de tout cœur, dans le bienheureux acte de la repentance du péché ; et pourtant, derrière tout cela qui est notre acte personnel, il y a une secrète influence sainte qui attendrit le cœur, donne la contrition et produit un changement complet. L’Esprit de Dieu nous éclaire pour voir ce qu’est le péché, et le rend ainsi odieux à nos yeux. L’Esprit de Dieu nous tourne aussi vers la sainteté, nous la fait apprécier, aimer et désirer de tout cœur, et nous donne ainsi l’élan par lequel nous sommes conduits d’étape en étape de la sanctification. L’Esprit de Dieu opère en nous le vouloir et le faire, selon le bon plaisir de Dieu. À ce bon Esprit soumettons-nous sur-le-champ, afin qu’il nous conduise à Jésus, qui nous donnera libéralement la double bénédiction de la repentance et du pardon, selon les richesses de sa grâce.
« PAR LA GRÂCE VOUS ÊTES SAUVÉS. »