Tout par grâce ·La régénération et le Saint-Esprit

Chapitre 13 · 5 min de lecture

La régénération et le Saint-Esprit

« IL FAUT QUE VOUS NAISSIEZ DE NOUVEAU. » Cette parole de notre Seigneur Jésus a paru flamboyer sur le chemin de bien des gens, comme l’épée nue du chérubin à la porte du Paradis. Ils ont désespéré, parce que ce changement dépasse leur plus grand effort. La nouvelle naissance vient d’en haut, et n’est donc pas au pouvoir de la créature. Or, il est bien loin de ma pensée de nier ou de dissimuler une vérité pour créer une fausse consolation. J’admets volontiers que la nouvelle naissance est surnaturelle et qu’elle ne peut être opérée par le pécheur lui-même. Ce serait un pauvre secours pour mon lecteur si j’étais assez méchant pour tenter de le réconforter en le persuadant de rejeter ou d’oublier ce qui est incontestablement vrai.

Mais n’est-il pas remarquable que le chapitre même où notre Seigneur fait cette déclaration si absolue contienne aussi l’énoncé le plus explicite du salut par la foi ? Lis le troisième chapitre de l’Évangile de Jean et ne t’arrête pas seulement à ses premières phrases. Il est vrai que le troisième verset dit :

Jésus lui répondit: En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu.

Mais ensuite, les quatorzième et quinzième versets disent :

Et comme Moïse éleva le serpent dans le désert, il faut de même que le Fils de l’homme soit élevé, afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle.

Le dix-huitième verset répète la même doctrine dans les termes les plus larges :

Celui qui croit en lui n’est point jugé; mais celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.

Il est clair pour tout lecteur que ces deux déclarations doivent s’accorder, puisqu’elles sont sorties des mêmes lèvres et sont consignées sur la même page inspirée. Pourquoi faire une difficulté là où il n’en peut exister aucune ? Si l’une des déclarations nous assure qu’est nécessaire au salut une chose que Dieu seul peut donner, et si l’autre nous assure que le Seigneur nous sauvera dès que nous croyons en Jésus, alors nous pouvons conclure en toute sûreté que le Seigneur donnera à ceux qui croient tout ce qui est déclaré nécessaire au salut. Le Seigneur, en effet, produit la nouvelle naissance en tous ceux qui croient en Jésus ; et leur foi est la preuve la plus sûre qu’ils sont nés de nouveau.

Nous nous confions en Jésus pour ce que nous ne pouvons faire nous-mêmes : si cela était en notre pouvoir, quel besoin de nous tourner vers lui ? À nous de croire, au Seigneur de nous créer à nouveau. Il ne croira pas à notre place, et nous n’avons pas non plus à accomplir pour lui l’œuvre de régénération. Il nous suffit d’obéir au commandement plein de grâce ; c’est au Seigneur d’opérer en nous la nouvelle naissance. Celui qui a pu aller jusqu’à mourir sur la croix pour nous peut nous donner, et nous donnera, toutes les choses nécessaires à notre salut éternel.

« Mais un changement de cœur qui sauve est l’œuvre du Saint-Esprit. » Cela aussi est très vrai, et loin de nous de le mettre en doute ou de l’oublier. Mais l’œuvre du Saint-Esprit est secrète et mystérieuse, et elle ne peut se percevoir qu’à ses résultats. Il y a, dans notre naissance naturelle, des mystères qu’il serait d’une curiosité impie de vouloir scruter : à plus forte raison en est-il ainsi des saintes opérations de l’Esprit de Dieu. « Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit; mais tu ne sais d’où il vient, ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né de l’Esprit. » Voici du moins ce que nous savons : l’œuvre mystérieuse du Saint-Esprit ne saurait être une raison de refuser de croire en Jésus, à qui ce même Esprit rend témoignage.

Si l’on ordonnait à un homme d’ensemencer un champ, il ne pourrait excuser sa négligence en disant qu’il serait inutile de semer à moins que Dieu ne fasse croître la semence. Il ne serait pas fondé à négliger le labour parce que la seule énergie secrète de Dieu peut créer une moisson. Nul n’est arrêté dans les occupations ordinaires de la vie par le fait que, si l’Éternel ne bâtit la maison, ceux qui la bâtissent travaillent en vain. Il est certain que jamais un homme qui croit en Jésus ne trouvera que le Saint-Esprit refuse d’agir en lui : de fait, sa foi est la preuve que l’Esprit est déjà à l’œuvre dans son cœur.

Dieu agit dans la providence, et pourtant les hommes ne restent pas pour autant les bras croisés. Ils ne pourraient se mouvoir sans la puissance divine qui leur donne la vie et la force, et cependant ils poursuivent leur chemin sans question ; cette puissance leur étant accordée de jour en jour par Celui dans la main de qui est leur souffle, et à qui appartiennent toutes leurs voies. Ainsi en est-il dans la grâce. Nous nous repentons et nous croyons, quoique nous ne pussions faire ni l’un ni l’autre si le Seigneur ne nous en rendait capables. Nous abandonnons le péché et nous nous confions en Jésus, et alors nous nous apercevons que le Seigneur a produit en nous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir. Il est vain de prétendre qu’il y ait là quelque difficulté réelle.

Certaines vérités difficiles à expliquer par des mots sont assez simples dans l’expérience réelle. Il n’y a nulle contradiction entre le fait que le pécheur croit et le fait que sa foi est opérée en lui par le Saint-Esprit. Seule la folie peut porter les hommes à s’embarrasser de questions évidentes tandis que leurs âmes sont en danger. Nul ne refuserait de monter dans un canot de sauvetage sous prétexte qu’il ignore le poids spécifique des corps ; nul homme affamé ne se refuserait à manger jusqu’à ce qu’il eût compris tout le processus de la nutrition. Si toi, mon lecteur, tu ne veux pas croire avant de pouvoir comprendre tous les mystères, tu ne seras jamais sauvé ; et si tu laisses des difficultés que tu t’inventes toi-même t’empêcher d’accepter le pardon par ton Seigneur et Sauveur, tu périras dans une condamnation qui sera bien méritée. Ne commets pas de suicide spirituel par passion de discuter des subtilités métaphysiques.

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Tout par grâce Charles H. Spurgeon

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