Tout par grâce ·Hélas ! Je ne puis rien faire !

Chapitre 11 · 24 min de lecture

Hélas ! Je ne puis rien faire !

APRÈS QUE LE CŒUR ANGOISSÉ a reçu la doctrine de l’expiation et appris la grande vérité que le salut s’obtient par la foi au Seigneur Jésus, il est souvent cruellement tourmenté par le sentiment de son impuissance à faire le bien. Beaucoup gémissent : « Je ne puis rien faire. » Ils n’en font pas une excuse, mais le ressentent comme un fardeau quotidien. Ils le feraient s’ils le pouvaient. Chacun d’eux peut dire en toute sincérité : « j’ai la volonté, mais non le pouvoir de faire le bien. »

Ce sentiment semble rendre tout l’Évangile nul et sans effet ; car à quoi sert la nourriture à un affamé s’il ne peut y atteindre ? À quoi bon le fleuve de l’eau de la vie si l’on ne peut y boire ? Nous nous rappelons l’histoire du médecin et de l’enfant de la pauvre femme. Le savant praticien dit à la mère que son petit se rétablirait bientôt moyennant un traitement convenable, mais qu’il était absolument nécessaire que son garçon bût régulièrement le meilleur vin et passât une saison dans l’une des stations thermales d’Allemagne. Cela, à une veuve qui pouvait à peine trouver du pain à manger ! Or il semble parfois au cœur troublé que le simple Évangile de « Crois et vis » n’est pas, après tout, si simple ; car il demande au pauvre pécheur de faire ce qu’il ne peut faire. À celui qui est vraiment réveillé, mais à demi instruit, un chaînon paraît manquer ; là-bas se trouve le salut de Jésus, mais comment l’atteindre ? L’âme est sans force et ne sait que faire. Elle est en vue de la ville de refuge et ne peut en franchir la porte.

Ce défaut de force est-il prévu dans le plan du salut ? Oui. L’œuvre du Seigneur est parfaite. Elle commence là où nous sommes et ne nous demande rien pour s’accomplir. Lorsque le bon Samaritain vit le voyageur gisant, blessé et à demi mort, il ne lui ordonna pas de se lever et de venir à lui, de monter sur l’âne et de gagner l’hôtellerie. Non, « il vint où il était », le soigna, le chargea sur sa monture et le porta à l’hôtellerie. Ainsi le Seigneur Jésus agit-il envers nous dans notre condition basse et misérable.

Nous avons vu que Dieu justifie, qu’il justifie l’impie et qu’il le justifie par la foi au sang précieux de Jésus ; il nous faut voir maintenant dans quel état se trouvent ces impies lorsque Jésus opère leur salut. Bien des âmes réveillées ne sont pas seulement troublées de leur péché, mais de leur faiblesse morale. Elles n’ont aucune force pour échapper au bourbier où elles sont tombées, ni pour s’en garder à l’avenir. Elles ne se lamentent pas seulement sur ce qu’elles ont fait, mais sur ce qu’elles ne peuvent faire. Elles se sentent sans pouvoir, sans secours et spirituellement mortes. Il peut paraître étrange de dire qu’elles se sentent mortes, et pourtant il en est bien ainsi. À leurs propres yeux, elles sont incapables de tout bien. Elles ne peuvent parcourir le chemin du Ciel, car leurs os sont brisés. « Ils n’ont pas su se défendre, tous ces vaillants hommes » ; en vérité, elles sont « sans force ». Heureusement, il est écrit, comme témoignage de l’amour de Dieu envers nous :

Lorsque nous étions encore sans force, Christ, au temps marqué, est mort pour des impies (Romains 5:6).

Ici nous voyons l’impuissance consciente secourue — secourue par l’intervention du Seigneur Jésus. Notre impuissance est extrême. Il n’est pas écrit : « Lorsque nous étions relativement faibles, Christ est mort pour nous » ; ni : « Lorsque nous n’avions qu’un peu de force » ; mais la description est absolue et sans réserve : « Lorsque nous étions encore sans force. » Nous n’avions aucune force qui pût contribuer à notre salut ; les paroles de notre Seigneur étaient rigoureusement vraies : « Sans moi vous ne pouvez rien faire. » Je puis aller plus loin que le texte et vous rappeler le grand amour dont le Seigneur nous a aimés, « alors même que nous étions morts par nos offenses et par nos péchés ». Être mort, c’est plus encore qu’être sans force.

La seule chose sur laquelle le pauvre pécheur sans force doive fixer son esprit, et qu’il doive retenir fermement comme son unique fondement d’espérance, c’est l’assurance divine que « Christ, au temps marqué, est mort pour des impies ». Crois cela, et toute impuissance disparaîtra. Comme la fable prête à Midas de changer en or tout ce qu’il touchait, il est vrai que la foi change en bien tout ce qu’elle touche. Nos besoins mêmes et nos faiblesses deviennent des bénédictions quand la foi s’en occupe.

Arrêtons-nous sur certaines formes de ce manque de force. Pour commencer, l’un dira : « Monsieur, il me semble que je n’ai pas la force de rassembler mes pensées et de les tenir fixées sur ces graves sujets qui touchent mon salut ; une courte prière est presque trop pour moi. Cela tient en partie, peut-être, à une faiblesse naturelle, en partie à ce que je me suis nui par la dissipation, et en partie aussi à ce que je me tourmente des soucis du monde, si bien que je ne suis pas capable de ces hautes pensées nécessaires avant qu’une âme puisse être sauvée. » Voilà une forme très commune de la faiblesse née du péché. Note bien ceci ! Tu es sans force sur ce point ; et il y en a beaucoup comme toi. Ils ne sauraient, dût-il y aller de leur vie, poursuivre une suite de pensées cohérentes. Bien des pauvres gens sont sans lettres et sans instruction, et pour eux la pensée profonde serait un labeur très pesant. D’autres sont d’une nature si légère et si frivole qu’ils ne pourraient pas plus suivre un long enchaînement d’arguments et de raisonnements qu’ils ne pourraient voler. Ils n’atteindraient jamais la connaissance d’aucun mystère profond, y consacreraient-ils leur vie entière. Tu n’as donc pas à désespérer : ce qui est nécessaire au salut, ce n’est pas une pensée continue, mais un simple appui sur Jésus. Tiens-toi à ce seul fait : « Christ, au temps marqué, est mort pour des impies. » Cette vérité n’exigera de toi ni recherche profonde, ni raisonnement subtil, ni argument convaincant. La voici : « Christ, au temps marqué, est mort pour des impies. » Fixe là ton esprit, et repose-toi là.

Laisse ce seul fait, grand, plein de grâce et glorieux, reposer dans ton esprit jusqu’à ce qu’il parfume toutes tes pensées et te fasse te réjouir, quoique tu sois sans force, puisque le Seigneur Jésus est devenu ta force et ton cantique, oui, il est devenu ton salut. Selon les Écritures, c’est un fait révélé que, au temps marqué, Christ est mort pour des impies, lorsqu’ils étaient encore sans force. Tu as peut-être entendu ces paroles des centaines de fois, et pourtant tu n’en avais jamais saisi le sens. N’y a-t-il pas en elles une saveur réconfortante ? Jésus n’est pas mort pour notre justice, mais pour nos péchés. Il n’est pas venu nous sauver parce que nous valions d’être sauvés, mais parce que nous étions absolument sans valeur, ruinés et perdus. Il n’est pas venu sur la terre pour quelque raison qui fût en nous, mais uniquement et seulement pour des raisons qu’il puisait dans les profondeurs de son propre amour divin. Au temps marqué, il est mort pour ceux qu’il décrit non comme pieux, mais comme impies, leur appliquant l’adjectif le plus désespéré qu’il pût choisir. Si tu n’as que peu d’intelligence, attache-la pourtant à cette vérité, qui est proportionnée à la plus petite capacité et peut réjouir le cœur le plus accablé. Laisse ce texte reposer sous ta langue comme un doux morceau, jusqu’à ce qu’il se fonde dans ton cœur et donne sa saveur à toutes tes pensées ; et alors il importera peu que ces pensées soient aussi dispersées que les feuilles d’automne. Des personnes qui n’ont jamais brillé dans la science, ni montré la moindre originalité d’esprit, ont néanmoins été pleinement capables d’accepter la doctrine de la croix et en ont été sauvées. Pourquoi pas toi ?

J’en entends un autre s’écrier : « Oh ! Monsieur, mon manque de force tient surtout à ceci, que je ne puis me repentir suffisamment ! » Quelle étrange idée les hommes se font de ce qu’est la repentance ! Beaucoup s’imaginent qu’il faut verser tant de larmes, pousser tant de gémissements et endurer tant de désespoir. D’où vient cette notion déraisonnable ? L’incrédulité et le désespoir sont des péchés, et je ne vois donc pas comment ils pourraient être des éléments constitutifs d’une repentance agréée ; il en est pourtant beaucoup qui les tiennent pour des parties nécessaires de la vraie expérience chrétienne. Ils sont dans une grande erreur. Cependant, je sais ce qu’ils veulent dire, car aux jours de mes ténèbres j’éprouvais la même chose. Je désirais me repentir, mais je pensais ne pouvoir le faire, et pourtant tout ce temps je me repentais. Si étrange que cela paraisse, je sentais que je ne pouvais rien sentir. Je me retirais dans un coin pour pleurer, parce que je ne pouvais pleurer ; et je tombais dans une amère tristesse parce que je ne pouvais m’attrister de mon péché. Quel embrouillamini que tout cela, lorsque, dans notre état d’incrédulité, nous nous mettons à juger notre propre condition ! C’est comme un aveugle qui regarderait ses propres yeux. Mon cœur se fondait de crainte au dedans de moi, parce que je croyais mon cœur dur comme le diamant. Mon cœur se brisait à la pensée qu’il ne voulait pas se briser. Maintenant je vois que je manifestais la chose même que je croyais ne pas posséder ; mais alors je ne savais où j’en étais.

Oh ! que ne puis-je aider d’autres à entrer dans la lumière dont je jouis maintenant ! Je voudrais dire une parole qui pût abréger le temps de leur égarement. Je dirais quelques mots simples, et je prierais « le Consolateur » de les appliquer au cœur.

Rappelle-toi que l’homme qui se repent véritablement n’est jamais satisfait de sa propre repentance. Nous ne pouvons pas plus nous repentir parfaitement que vivre parfaitement. Si pures que soient nos larmes, il s’y mêlera toujours quelque souillure : il y aura toujours quelque chose à se reprocher jusque dans notre meilleure repentance. Mais écoute ! Se repentir, c’est changer de pensée à l’égard du péché, de Christ et de toutes les grandes choses de Dieu. Il y a là une tristesse sous-entendue ; mais le point essentiel, c’est que le cœur se détourne du péché pour se tourner vers Christ. S’il y a ce retour, tu possèdes l’essence de la vraie repentance, quand bien même nulle frayeur et nul désespoir n’auraient jamais jeté leur ombre sur ton esprit.

Si tu ne peux te repentir comme tu le voudrais, il t’y aidera grandement de croire fermement que « Christ, au temps marqué, est mort pour des impies ». Pense-y encore et encore. Comment peux-tu demeurer au cœur dur quand tu sais que, par un amour suprême, « Christ est mort pour des impies » ? Laisse-moi te persuader de raisonner ainsi avec toi-même : tout impie que je suis, bien que ce cœur d’acier ne veuille pas s’attendrir, bien que je me frappe en vain la poitrine, il est pourtant mort pour un homme tel que moi, puisqu’il est mort pour des impies. Oh ! que je puisse croire cela et en sentir la puissance sur mon cœur de pierre !

Efface de ton âme toute autre pensée, assieds-toi des heures durant et médite profondément cet unique déploiement resplendissant d’un amour immérité, inattendu, sans exemple : « Christ est mort pour des impies. » Lis avec soin le récit de la mort du Seigneur, tel que tu le trouves chez les quatre évangélistes. Si quelque chose peut fondre ton cœur obstiné, ce sera la vue des souffrances de Jésus et la pensée qu’il a tout enduré pour ses ennemis.

Ô Jésus ! douces sont les larmes que je répands, tandis qu’à tes pieds je m’agenouille,

contemplant ta tête blessée et défaillante, et ressentant toutes tes douleurs.

Mon cœur se fond à te voir saigner, ce cœur naguère si dur ;

je t’entends plaider pour les coupables, et le chagrin déborde d’autant plus.

C’est pour les pécheurs que tu es mort, et je me tiens là, pécheur ;

convaincu par ton œil qui s’éteint, transpercé par ta main percée.

Assurément la croix est cette verge merveilleuse qui peut faire jaillir l’eau du rocher. Si tu comprends tout le sens du sacrifice divin de Jésus, tu ne peux que te repentir de t’être jamais opposé à Celui qui est si plein d’amour. Il est écrit : « Ils tourneront les regards vers moi, celui qu’ils ont percé. Ils pleureront sur lui comme on pleure sur un fils unique, Ils pleureront amèrement sur lui comme on pleure sur un premier-né. » La repentance ne te fera pas voir Christ ; mais voir Christ te donnera la repentance. Tu ne peux te faire un Christ de ta repentance, mais tu dois attendre de Christ la repentance. Le Saint-Esprit, en nous tournant vers Christ, nous détourne du péché. Détourne donc les yeux de l’effet pour les porter sur la cause, de ta propre repentance sur le Seigneur Jésus, qui est élevé en haut pour donner la repentance.

J’en ai entendu un autre dire : « Je suis tourmenté par d’horribles pensées. Où que j’aille, des blasphèmes se glissent en moi. Souvent, à mon travail, une suggestion affreuse s’impose à moi, et jusque dans mon lit je suis tiré en sursaut de mon sommeil par les murmures du malin. Je ne puis échapper à cette horrible tentation. » Ami, je sais ce que tu veux dire, car j’ai moi-même été traqué par ce loup. Autant vaudrait espérer combattre à l’épée un essaim de mouches que de se rendre maître de ses propres pensées lorsque le diable les excite. Une pauvre âme tentée, assaillie de suggestions sataniques, ressemble à ce voyageur dont j’ai lu l’histoire : autour de sa tête, de ses oreilles et de tout son corps vint un essaim d’abeilles en fureur. Il ne pouvait ni les écarter ni leur échapper. Elles le piquaient partout et menaçaient de le faire mourir. Je ne m’étonne pas que tu te sentes sans force pour arrêter ces pensées hideuses et abominables que Satan répand dans ton âme ; mais je te rappellerais pourtant l’Écriture que voici : « Lorsque nous étions encore sans force, Christ, au temps marqué, est mort pour des impies. » Jésus savait où nous étions et où nous serions ; il voyait que nous ne pouvions vaincre le prince de la puissance de l’air ; il savait que celui-ci nous tourmenterait beaucoup ; mais même alors, nous voyant dans cet état, Christ est mort pour des impies. Jette l’ancre de ta foi sur cela. Le diable lui-même ne peut te dire que tu n’es pas un impie ; crois donc que Jésus est mort même pour un homme tel que toi. Rappelle-toi comment Martin Luther tranchait la tête du diable avec sa propre épée. « Oh ! » disait le diable à Martin Luther, « tu es un pécheur. » « Oui, » répondait-il, « Christ est mort pour sauver les pécheurs. » Ainsi le frappait-il de sa propre épée. Cache-toi dans ce refuge, et demeures-y : « Christ, au temps marqué, est mort pour des impies. » Si tu tiens ferme à cette vérité, tes pensées blasphématoires, que tu n’as pas la force de chasser, s’en iront d’elles-mêmes ; car Satan verra qu’il ne gagne rien à te tourmenter par elles.

Ces pensées, si tu les hais, ne sont point de toi, mais des injections du diable, dont il est responsable, et non toi. Si tu luttes contre elles, elles ne t’appartiennent pas plus que les jurons et les mensonges des émeutiers dans la rue. C’est au moyen de ces pensées que le diable voudrait te pousser au désespoir, ou du moins t’empêcher de te confier en Jésus. La pauvre femme malade ne pouvait venir à Jésus à cause de la foule, et tu es à peu près dans la même condition, à cause de la presse et du tumulte de ces affreuses pensées. Pourtant, elle avança le doigt, toucha le bord du vêtement du Seigneur, et elle fut guérie. Fais de même.

Jésus est mort pour ceux qui sont coupables de « tout péché et tout blasphème », et je suis donc certain qu’il ne repoussera pas ceux qui sont malgré eux captifs de mauvaises pensées. Jette-toi sur lui, avec tes pensées et tout le reste, et vois s’il n’est pas puissant pour sauver. Il peut faire taire ces horribles murmures de l’ennemi, ou bien te rendre capable de les voir sous leur vrai jour, afin qu’ils ne te tourmentent plus. À sa manière, il peut te sauver et le fera, et te donnera enfin une paix parfaite. Confie-toi seulement à lui pour cela et pour tout le reste.

Bien affligeante est cette forme d’impuissance qui tient en un prétendu défaut de pouvoir de croire. Ce cri ne nous est pas étranger :

Oh ! que ne puis-je croire,
alors tout serait aisé ;
je le voudrais, mais ne le puis ; Seigneur, secours-moi,
mon aide doit venir de toi.

Beaucoup demeurent dans les ténèbres pendant des années parce qu’ils n’ont pas, disent-ils, la force de faire ce qui consiste précisément à renoncer à toute force et à se reposer sur la force d’un autre, savoir le Seigneur Jésus. En vérité, c’est une chose bien curieuse que toute cette affaire de croire ; car on ne s’aide guère en s’efforçant de croire. La foi ne vient pas par l’effort. Si quelqu’un me faisait le récit d’un événement survenu ce jour même, je ne lui dirais pas que j’essaierais de le croire. Si je croyais à la véracité de l’homme qui me rapporte l’incident et affirme l’avoir vu, j’accepterais aussitôt sa déclaration. Si je ne le tenais pas pour un homme véridique, je le mécroirais, bien entendu ; mais il n’y aurait là aucun effort. Or, quand Dieu déclare qu’il y a un salut en Jésus-Christ, il me faut ou le croire aussitôt, ou faire de lui un menteur. Assurément tu n’hésiteras pas sur le droit chemin en ce cas : le témoignage de Dieu est nécessairement vrai, et nous sommes tenus de croire aussitôt en Jésus.

Mais peut-être t’es-tu efforcé de croire à l’excès. Ne vise donc pas de grandes choses. Contente-toi d’une foi qui puisse tenir dans sa main cette seule vérité : « Lorsque nous étions encore sans force, Christ, au temps marqué, est mort pour des impies. » Il a donné sa vie pour les hommes alors qu’ils ne croyaient pas encore en lui et ne pouvaient croire en lui. Il est mort pour les hommes non comme croyants, mais comme pécheurs. Il est venu faire de ces pécheurs des croyants et des saints ; mais lorsqu’il est mort pour eux, il les considérait comme absolument sans force. Si tu tiens ferme à la vérité que Christ est mort pour des impies, et que tu la crois, ta foi te sauvera, et tu peux t’en aller en paix. Si tu confies ton âme à Jésus, qui est mort pour des impies, quand même tu ne pourrais tout croire, ni transporter des montagnes, ni accomplir d’autres œuvres merveilleuses, tu es pourtant sauvé. Ce n’est pas une grande foi, mais une foi véritable, qui sauve ; et le salut ne réside pas dans la foi, mais dans le Christ en qui la foi se confie. Une foi comme un grain de sénevé apportera le salut. Ce n’est pas la mesure de la foi, mais sa sincérité, qui est le point à considérer. Assurément un homme peut croire ce qu’il sait être vrai ; et puisque tu sais que Jésus est véritable, toi aussi, mon ami, tu peux croire en lui.

La croix, qui est l’objet de la foi, en est aussi, par la puissance du Saint-Esprit, la cause. Assieds-toi et contemple le Sauveur mourant jusqu’à ce que la foi jaillisse spontanément dans ton cœur. Nul lieu comme le Calvaire pour faire naître la confiance. L’air de cette colline sacrée rend la santé à la foi tremblante. Plus d’un veilleur y a dit :

Tandis que je te contemple, blessé, affligé, sans souffle sur l’arbre maudit,

Seigneur, je sens mon cœur qui croit que tu as ainsi souffert pour moi.

« Hélas ! » s’écrie un autre, « mon manque de force est de ce côté-ci : je ne puis quitter mon péché, et je sais que je ne puis aller au Ciel en l’emportant avec moi. » Je suis heureux que tu le saches, car c’est bien vrai. Il faut que tu sois séparé de ton péché, sinon tu ne peux être uni à Christ. Rappelle-toi la question qui traversa l’esprit du jeune Bunyan tandis qu’il jouait sur la pelouse un dimanche : « Veux-tu garder tes péchés et aller en enfer, ou veux-tu quitter tes péchés et aller au ciel ? » Cela l’arrêta net. C’est une question à laquelle tout homme devra répondre : car on ne peut persévérer dans le péché et aller au ciel. Cela ne se peut. Il te faut quitter le péché ou quitter l’espérance. Réponds-tu : « Oui, je le veux bien. j’ai la volonté, mais non le pouvoir de faire le bien. Le péché me domine, et je n’ai pas de force » ? Viens donc ; si tu n’as pas de force, ce texte demeure vrai : « Lorsque nous étions encore sans force, Christ, au temps marqué, est mort pour des impies. » Peux-tu encore le croire ? Quoi que d’autres choses semblent le contredire, veux-tu le croire ? Dieu l’a dit, et c’est un fait ; tiens-t’y donc de toutes tes forces, car là seule est ton espérance. Crois cela et confie-toi en Jésus, et bientôt tu trouveras la force de tuer ton péché ; mais loin de lui, l’homme fort et bien armé te retiendra à jamais son esclave. Pour ma part, je n’aurais jamais pu triompher de mon propre péché. J’essayai et j’échouai. Mes penchants mauvais étaient trop nombreux pour moi, jusqu’à ce que, croyant que Christ était mort pour moi, je jetasse sur lui mon âme coupable ; alors je reçus un principe vainqueur par lequel je surmontai mon moi pécheur. La doctrine de la croix peut servir à tuer le péché, comme les anciens guerriers maniaient leurs immenses épées à deux mains et fauchaient leurs ennemis à chaque coup. Rien n’égale la foi en l’Ami du pécheur : elle triomphe de tout mal. Si Christ est mort pour moi, tout impie que je suis, tout sans force que je suis, alors je ne puis plus vivre dans le péché, mais je dois me réveiller pour aimer et servir Celui qui m’a racheté. Je ne puis me jouer du mal qui a tué mon meilleur Ami. Je dois être saint pour l’amour de lui. Comment vivrais-je dans le péché quand il est mort pour m’en sauver ?

Vois quel secours magnifique c’est pour toi qui es sans force, de savoir et de croire que, au temps marqué, Christ est mort pour des impies tels que toi. As-tu enfin saisi l’idée ? Il est, je ne sais comment, si difficile à nos esprits obscurcis, prévenus et incrédules de voir l’essence de l’Évangile. Parfois j’ai cru, après avoir prêché, avoir exposé l’Évangile si clairement que rien ne pouvait être plus évident ; et pourtant je m’aperçois que même des auditeurs intelligents n’ont pas compris ce que signifiait : « Tournez-vous vers moi, et vous serez sauvés. » Les convertis disent d’ordinaire qu’ils n’avaient pas connu l’Évangile jusqu’à tel ou tel jour ; et pourtant ils l’avaient entendu pendant des années. L’Évangile demeure inconnu, non faute d’explication, mais faute d’une révélation personnelle. Celle-ci, le Saint-Esprit est prêt à la donner, et il la donnera à ceux qui la lui demandent. Or, quand elle est donnée, la somme entière de la vérité révélée tient tout entière dans ces mots : « Christ est mort pour des impies. »

J’en entends un autre se lamenter ainsi : « Oh ! Monsieur, ma faiblesse est en ceci que je ne semble pas rester longtemps dans les mêmes dispositions ! J’entends la parole le dimanche, et j’en suis impressionné ; mais dans la semaine je rencontre un mauvais compagnon, et tous mes bons sentiments s’évanouissent. Mes camarades de travail ne croient à rien, ils disent des choses si affreuses, et je ne sais que leur répondre ; ainsi me voilà renversé. » Je connais fort bien ce personnage flexible et malléable, et je tremble pour lui ; mais en même temps, s’il est vraiment sincère, sa faiblesse peut être guérie par la grâce divine. Le Saint-Esprit peut chasser le mauvais esprit qu’est la crainte de l’homme. Il peut rendre brave le lâche. Souviens-toi, mon pauvre ami chancelant, que tu ne dois pas demeurer dans cet état. Il ne convient pas d’être vil et méprisable à tes propres yeux. Tiens-toi droit, regarde-toi et vois si tu étais fait pour être comme un crapaud sous la herse, craignant pour sa vie de bouger ou de rester immobile. Aie donc une volonté à toi. Ce n’est pas là seulement une affaire spirituelle, mais une affaire qui touche à la simple virilité. Je ferais bien des choses pour plaire à mes amis ; mais aller en enfer pour leur plaire, c’est plus que je n’oserais. Il peut être fort bien de faire ceci ou cela par bonne camaraderie ; mais il ne convient jamais de perdre l’amitié de Dieu pour rester en bons termes avec les hommes. « Je le sais bien, » dit l’homme, « mais pourtant, tout en le sachant, je ne puis prendre courage. Je ne puis montrer mes couleurs. Je ne puis tenir ferme. » Eh bien, à toi aussi j’apporte le même texte : « Lorsque nous étions encore sans force, Christ, au temps marqué, est mort pour des impies. » Si Pierre était ici, il dirait : « Le Seigneur Jésus est mort pour moi alors même que j’étais une si pauvre et faible créature que la servante qui gardait le feu me poussa à mentir et à jurer que je ne connaissais pas le Seigneur. » Oui, Jésus est mort pour ceux qui l’abandonnèrent et s’enfuirent. Saisis fermement cette vérité : « Christ est mort pour des impies, lorsqu’ils étaient encore sans force. » Voilà ta sortie hors de ta lâcheté. Fais entrer ceci dans ton âme : « Christ est mort pour moi », et bientôt tu seras prêt à mourir pour lui. Crois-le, qu’il a souffert à ta place et en ton nom, et qu’il a offert pour toi une expiation pleine, véritable et satisfaisante. Si tu crois ce fait, tu seras forcé de sentir : « Je ne puis avoir honte de Celui qui est mort pour moi. » Une pleine conviction de cette vérité te trempera d’un courage intrépide. Regarde les saints de l’âge des martyrs. Aux premiers jours du christianisme, quand cette grande pensée de l’amour surabondant de Christ étincelait dans toute sa fraîcheur au sein de l’Église, les hommes n’étaient pas seulement prêts à mourir, mais ils devenaient ambitieux de souffrir, et se présentaient même par centaines aux tribunaux des gouverneurs, confessant le Christ. Je ne dis pas qu’ils étaient sages de rechercher une mort cruelle ; mais cela prouve mon propos, que le sentiment de l’amour de Jésus élève l’âme au-dessus de toute crainte de ce que l’homme peut nous faire. Pourquoi ne produirait-il pas en toi le même effet ? Oh ! qu’il t’inspire maintenant la brave résolution de te ranger du côté du Seigneur et d’être son disciple jusqu’à la fin !

Que le Saint-Esprit nous aide à venir jusque-là par la foi au Seigneur Jésus, et tout sera bien !

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Tout par grâce Charles H. Spurgeon

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