Tout par grâce ·Pourquoi sommes-nous sauvés par la foi ?

Chapitre 10 · 9 min de lecture

Pourquoi sommes-nous sauvés par la foi ?

Pourquoi la foi est-elle choisie comme le canal du salut ? Sans doute cette question est-elle souvent posée. « Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi » : telle est assurément la doctrine de la sainte Écriture, et l’ordonnance de Dieu ; mais pourquoi en est-il ainsi ? Pourquoi la foi est-elle choisie plutôt que l’espérance, ou l’amour, ou la patience ?

Il nous sied d’être modestes en répondant à une telle question, car les voies de Dieu ne sont pas toujours à comprendre ; et il ne nous est pas permis de les mettre présomptueusement en question. Humblement, nous répondrions que, pour autant que nous puissions le dire, la foi a été choisie comme le canal de la grâce parce qu’il y a en elle une aptitude naturelle à servir de récepteur. Supposons que je m’apprête à faire l’aumône à un pauvre : je la mets dans sa main — pourquoi ? Eh bien, il ne conviendrait guère de la mettre dans son oreille, ni de la poser sur son pied ; la main semble faite exprès pour recevoir. De même, dans notre constitution mentale, la foi est créée exprès pour être un récepteur : elle est la main de l’homme, et il y a une convenance à recevoir la grâce par son moyen.

Laissez-moi dire ceci très simplement. La foi qui reçoit Christ est un acte aussi simple que lorsque votre enfant reçoit de vous une pomme, parce que vous la lui tendez et lui promettez de la lui donner s’il vient la chercher. La croyance et la réception ne portent que sur une pomme ; mais elles constituent exactement le même acte que la foi qui traite du salut éternel. Ce que la main de l’enfant est à la pomme, votre foi l’est au parfait salut de Christ. La main de l’enfant ne fait pas la pomme, ne l’améliore pas, ne la mérite pas ; elle ne fait que la prendre ; et la foi est choisie par Dieu pour être le récepteur du salut, parce qu’elle ne prétend pas créer le salut, ni y contribuer, mais se contente de le recevoir humblement. « La foi est la langue qui mendie le pardon, la main qui le reçoit, et l’œil qui le voit ; mais elle n’est pas le prix qui l’achète. » Jamais la foi ne se fait à elle-même son propre plaidoyer ; elle fonde tout son argument sur le sang de Christ. Elle devient une bonne servante pour apporter à l’âme les richesses du Seigneur Jésus, parce qu’elle reconnaît d’où elle les a puisées, et avoue que la grâce seule les lui a confiées.

La foi, encore une fois, est sans doute choisie parce qu’elle rend toute la gloire à Dieu. C’est par la foi afin que ce soit par grâce, et c’est par grâce afin qu’il n’y ait point de vantardise ; car Dieu ne peut souffrir l’orgueil. « Il reconnaît de loin les orgueilleux », et il n’a nul désir de s’approcher d’eux. Il ne veut pas accorder le salut d’une manière qui suggérerait ou nourrirait l’orgueil. Paul dit : « Ce n’est point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie. » Or, la foi exclut toute vantardise. La main qui reçoit la charité ne dit pas : « c’est à moi qu’il faut savoir gré d’accepter le don » ; cela serait absurde. Quand la main porte le pain à la bouche, elle ne dit pas au corps : « remercie-moi, car je te nourris. » C’est une chose bien simple que fait la main, quoique bien nécessaire ; et jamais elle ne s’arroge de gloire pour ce qu’elle fait. Ainsi Dieu a choisi la foi pour recevoir le don ineffable de sa grâce, parce qu’elle ne peut s’attribuer aucun mérite, mais doit adorer le Dieu de grâce qui est le donateur de tout bien. La foi met la couronne sur la tête qui convient, et c’est pourquoi le Seigneur Jésus avait coutume de poser la couronne sur la tête de la foi, en disant : « Ta foi t’a sauvée, va en paix. »

Ensuite, Dieu choisit la foi comme le canal du salut parce que c’est une méthode sûre, qui relie l’homme à Dieu. Quand l’homme se confie en Dieu, il y a entre eux un point d’union, et cette union garantit la bénédiction. La foi nous sauve parce qu’elle nous fait nous attacher à Dieu, et nous met ainsi en relation avec lui. J’ai souvent employé l’illustration suivante, mais il me faut la répéter, car je n’en trouve pas de meilleure. On m’a raconté qu’il y a des années, une barque chavira au-dessus des chutes du Niagara, et deux hommes étaient emportés par le courant, lorsque des gens sur la rive parvinrent à leur lancer une corde, que tous deux saisirent. L’un s’y tint ferme et fut tiré en sûreté jusqu’au bord ; mais l’autre, voyant passer un grand tronc à la dérive, lâcha imprudemment la corde et s’accrocha au tronc, car c’était la plus grosse des deux choses, et apparemment la meilleure à quoi se tenir. Hélas ! le tronc, avec l’homme dessus, alla droit par-dessus le vaste abîme, parce qu’il n’y avait aucun lien entre le tronc et la rive. La grosseur du tronc ne fut d’aucun profit à celui qui l’avait saisi ; il lui fallait un lien avec la rive pour être en sûreté. Ainsi, quand un homme se confie à ses œuvres, ou aux sacrements, ou à quelque chose de ce genre, il ne sera pas sauvé, parce qu’il n’y a point de jonction entre lui et Christ ; mais la foi, quoiqu’elle puisse sembler pareille à une mince ficelle, est dans les mains du grand Dieu, du côté de la rive ; une puissance infinie hale la ligne qui relie, et tire ainsi l’homme loin de la destruction. Oh ! la félicité de la foi, parce qu’elle nous unit à Dieu !

La foi est choisie encore parce qu’elle touche les ressorts de l’action. Même dans les choses communes, une foi d’une certaine sorte est à la racine de tout. Je me demande si j’aurais tort de dire que nous ne faisons jamais rien sinon par une foi quelconque. Si je traverse mon cabinet, c’est parce que je crois que mes jambes me porteront. Un homme mange parce qu’il croit à la nécessité de la nourriture ; il va à ses affaires parce qu’il croit à la valeur de l’argent ; il accepte un chèque parce qu’il croit que la banque l’honorera. Colomb découvrit l’Amérique parce qu’il croyait qu’il y avait un autre continent au-delà de l’océan ; et les Pères pèlerins la colonisèrent parce qu’ils croyaient que Dieu serait avec eux sur ces rivages rocheux. La plupart des grandes actions sont nées de la foi ; car, pour le bien ou pour le mal, la foi opère des merveilles par l’homme en qui elle habite. La foi, sous sa forme naturelle, est une force qui prévaut sur tout, et qui entre dans toutes sortes d’actions humaines. Il se peut que celui qui raille la foi en Dieu soit l’homme qui, sous une forme mauvaise, a le plus de foi ; en effet, il tombe d’ordinaire dans une crédulité qui serait ridicule si elle n’était honteuse. Dieu donne le salut à la foi, parce qu’en créant la foi en nous il touche par là le vrai ressort principal de nos émotions et de nos actions. Il a, pour ainsi dire, pris possession de la pile électrique, et il peut désormais envoyer le courant sacré dans chaque partie de notre nature. Quand nous croyons en Christ, et que le cœur est entré en la possession de Dieu, alors nous sommes sauvés du péché, et poussés vers la repentance, la sainteté, le zèle, la prière, la consécration, et tout autre chose de grâce. « Ce que l’huile est aux roues, ce que les poids sont à une horloge, ce que les ailes sont à un oiseau, ce que les voiles sont à un navire, la foi l’est à tous les saints devoirs et services. » Ayez la foi, et toutes les autres grâces suivront et continueront de tenir leur cours.

La foi, encore une fois, a le pouvoir d’agir par l’amour ; elle incline les affections vers Dieu, et attire le cœur après les meilleures choses. Celui qui croit en Dieu, sans nul doute, aimera Dieu. La foi est un acte de l’intelligence ; mais elle procède aussi du cœur. « C’est en croyant du cœur qu’on parvient à la justice » ; et de là vient que Dieu donne le salut à la foi, parce qu’elle réside tout à côté des affections, et qu’elle est proche parente de l’amour ; et l’amour est le père et la nourrice de tout sentiment et de tout acte saints. Aimer Dieu, c’est l’obéissance ; aimer Dieu, c’est la sainteté. Aimer Dieu et aimer l’homme, c’est être conformé à l’image de Christ ; et voilà le salut.

De plus, la foi crée la paix et la joie ; celui qui la possède se repose, et il est tranquille, joyeux et allègre, et c’est là une préparation pour le ciel. Dieu donne tous les dons célestes à la foi, pour cette raison entre autres, que la foi opère en nous la vie et l’esprit qui doivent être éternellement manifestés dans le monde d’en haut et meilleur. La foi nous fournit une armure pour cette vie, et une éducation pour la vie à venir. Elle rend l’homme capable et de vivre et de mourir sans crainte ; elle prépare et à l’action et à la souffrance ; et c’est pourquoi le Seigneur la choisit comme le moyen le plus commode pour nous transmettre la grâce, et par là nous assurer pour la gloire.

Assurément, la foi fait pour nous ce que rien d’autre ne peut faire ; elle nous donne la joie et la paix, et nous fait entrer dans le repos. Pourquoi les hommes tentent-ils de gagner le salut par d’autres moyens ? Un ancien prédicateur dit : « Un sot serviteur à qui l’on commande d’ouvrir une porte y met l’épaule et pousse de toutes ses forces ; mais la porte ne bouge point, et il ne peut entrer, quelque force qu’il déploie. Un autre vient avec une clef, ouvre aisément la porte, et entre bien volontiers. Ceux qui voudraient être sauvés par les œuvres poussent à la porte du ciel sans résultat ; mais la foi est la clef qui ouvre la porte aussitôt. » Lecteur, ne veux-tu pas te servir de cette clef ? Le Seigneur te commande de croire en son Fils bien-aimé, donc tu le peux ; et, le faisant, tu vivras. N’est-ce pas là la promesse de l’Évangile : « Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé » ? (Marc 16:16). Quelle peut être ton objection à une voie de salut qui se recommande par la miséricorde et la sagesse de notre Dieu de grâce ?

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Tout par grâce Charles H. Spurgeon

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