Chapitre 9 · 12 min de lecture
Comment illustrer la foi ?
Pour rendre la question de la foi plus claire encore, je vous donnerai quelques illustrations. Bien que le Saint-Esprit seul puisse ouvrir les yeux de mon lecteur, c’est mon devoir et ma joie de fournir toute la lumière que je puis, et de prier le divin Seigneur d’ouvrir les yeux aveugles. Oh ! que mon lecteur veuille bien faire pour lui-même la même prière !
La foi qui sauve a ses analogies dans le corps humain.
C’est l’œil qui regarde. Par l’œil, nous faisons entrer dans l’esprit ce qui est loin de nous ; nous pouvons faire entrer dans l’esprit le soleil et les astres lointains d’un simple coup d’œil. Ainsi, par la confiance, nous approchons de nous le Seigneur Jésus ; et, bien qu’il soit loin dans le ciel, il entre dans notre cœur. Regardez seulement à Jésus ; car le cantique dit vrai à la lettre —
Il y a la vie dans un regard au Crucifié,
Il y a la vie pour toi en cet instant même.
La foi est la main qui saisit. Quand notre main prend quelque chose pour elle-même, elle fait précisément ce que fait la foi lorsqu’elle s’approprie Christ et les bénédictions de sa rédemption. La foi dit : « Jésus est à moi. » La foi entend parler du sang qui pardonne, et s’écrie : « Je l’accepte pour me pardonner. » La foi appelle siens les legs de Jésus mourant ; et ils sont bien siens, car la foi est l’héritière de Christ ; il s’est donné lui-même, avec tout ce qu’il possède, à la foi. Prends, ô ami, ce que la grâce a pourvu pour toi. Tu ne seras pas un voleur, car tu as un permis divin : « que celui qui veut, prenne de l’eau de la vie, gratuitement. » Celui qui peut posséder un trésor rien qu’en le saisissant serait bien insensé de demeurer pauvre.
La foi est la bouche qui se nourrit de Christ. Avant qu’un aliment puisse nous nourrir, il faut qu’il soit reçu en nous. C’est une chose simple, que ce manger et ce boire. Nous recevons volontiers dans la bouche ce qui est notre nourriture, puis nous consentons à ce qu’elle descende dans nos parties intérieures, où elle est assimilée et absorbée dans notre corps. Paul dit, dans son Épître aux Romains, au dixième chapitre : « La parole est près de toi, dans ta bouche. » Or donc, tout ce qu’il reste à faire, c’est de l’avaler, de la laisser descendre dans l’âme. Oh ! si les hommes avaient de l’appétit ! Car celui qui a faim et voit de la viande devant lui n’a pas besoin qu’on lui apprenne à manger. « Donnez-moi, dit l’un, un couteau, une fourchette et l’occasion. » Il était tout prêt à faire le reste. En vérité, un cœur qui a faim et soif de Christ n’a qu’à savoir qu’il est donné gratuitement, et aussitôt il le recevra. Si mon lecteur est en ce cas, qu’il n’hésite pas à recevoir Jésus ; car il peut être assuré qu’il ne sera jamais blâmé de l’avoir fait : car « à tous ceux qui l’ont reçue […] elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. » Il ne repousse jamais personne, mais il autorise tous ceux qui viennent à demeurer fils pour toujours.
Les occupations de la vie illustrent la foi de bien des manières. Le laboureur enfouit la bonne semence dans la terre, et s’attend non seulement à ce qu’elle vive, mais qu’elle se multiplie. Il a foi en la disposition de l’alliance, selon laquelle « les semailles et la moisson […] ne cesseront point », et il est récompensé de sa foi.
Le marchand place son argent aux soins d’un banquier, et se fie entièrement à l’honnêteté et à la solidité de la banque. Il confie son capital à d’autres mains, et se sent bien plus à l’aise que s’il gardait l’or massif enfermé dans un coffre de fer.
Le marin se confie à la mer. Quand il nage, il ôte son pied du fond et se repose sur l’océan qui le porte. Il ne pourrait nager s’il ne se jetait tout entier sur l’eau.
L’orfèvre met le métal précieux dans le feu qui semble avide de le consumer, mais il le retire de la fournaise purifié par la chaleur.
Vous ne pouvez vous tourner nulle part dans la vie sans voir la foi à l’œuvre entre homme et homme, ou entre l’homme et la loi naturelle. Or, tout comme nous nous confions dans la vie de chaque jour, de même devons-nous nous confier en Dieu tel qu’il est révélé en Christ Jésus.
La foi existe chez différentes personnes à divers degrés, selon la mesure de leur connaissance ou de leur croissance dans la grâce. Parfois la foi n’est guère plus qu’un simple attachement à Christ ; un sentiment de dépendance et une volonté de dépendre ainsi. Quand vous êtes au bord de la mer, vous voyez des patelles collées au rocher. Vous marchez d’un pas léger jusqu’au rocher ; vous frappez le mollusque d’un coup vif de votre canne, et le voilà détaché. Essayez de la même manière la patelle voisine. Vous l’avez avertie ; elle a entendu le coup dont vous avez frappé sa voisine, et elle se cramponne de toutes ses forces. Vous ne l’arracherez jamais ; non, jamais ! Frappez, et frappez encore, mais vous briseriez plutôt le rocher. Notre petite amie, la patelle, ne sait pas grand-chose, mais elle se cramponne. Elle ne connaît pas la formation géologique du rocher, mais elle se cramponne. Elle sait se cramponner, et elle a trouvé à quoi se cramponner : c’est là tout son bagage de savoir, et elle s’en sert pour sa sûreté et son salut. C’est la vie de la patelle que de se cramponner au rocher, et c’est la vie du pécheur que de se cramponner à Jésus. Des milliers d’enfants de Dieu n’ont pas plus de foi que cela ; ils en savent assez pour se cramponner à Jésus de tout leur cœur et de toute leur âme, et cela suffit à leur paix présente et à leur sûreté éternelle. Jésus-Christ est pour eux un Sauveur fort et puissant, un Rocher inébranlable et immuable ; ils se cramponnent à lui pour la vie, et ce cramponnement les sauve. Lecteur, ne peux-tu pas te cramponner ? Fais-le à l’instant.
On voit la foi lorsqu’un homme s’en remet à un autre par la connaissance de la supériorité de cet autre. C’est là une foi plus élevée ; la foi qui connaît la raison de sa dépendance, et agit en conséquence. Je ne pense pas que la patelle sache grand-chose du rocher ; mais à mesure que la foi grandit, elle devient de plus en plus intelligente. Un aveugle se confie à son guide parce qu’il sait que son ami peut voir, et, se fiant à lui, il marche là où son guide le conduit. Si le pauvre homme est né aveugle, il ne sait pas ce qu’est la vue ; mais il sait qu’il existe une chose telle que la vue, et que son ami la possède, et c’est pourquoi il met librement sa main dans la main de celui qui voit, et suit sa conduite. « Nous marchons par la foi et non par la vue. » « Heureux ceux qui n’ont pas vu, et qui ont cru! » C’est là une aussi bonne image de la foi qu’on puisse trouver ; nous savons que Jésus a en lui un mérite, une puissance et une bénédiction que nous ne possédons pas, et c’est pourquoi nous nous confions volontiers à lui pour qu’il soit pour nous ce que nous ne pouvons être à nous-mêmes. Nous nous fions à lui comme l’aveugle se fie à son guide. Jamais il ne trahit notre confiance ; car il « a été fait pour nous sagesse, justice et sanctification et rédemption ».
Tout écolier qui va à l’école doit exercer la foi tandis qu’il apprend. Son maître lui enseigne la géographie, et l’instruit de la forme de la terre, de l’existence de certaines grandes villes et de certains empires. L’enfant ne sait pas de lui-même que ces choses sont vraies, sinon qu’il croit son maître et les livres qu’on lui met entre les mains. Voilà ce que tu auras à faire avec Christ, si tu veux être sauvé : il te faut simplement savoir parce qu’il te le dit, croire parce qu’il t’assure qu’il en est ainsi, et te confier à lui parce qu’il te promet que le salut en sera le fruit. Presque tout ce que toi et moi savons nous est venu par la foi. Une découverte scientifique a été faite, et nous en sommes certains. Sur quels fondements y croyons-nous ? Sur l’autorité de certains hommes de savoir bien connus, dont la réputation est établie. Nous n’avons jamais fait ni vu leurs expériences, mais nous croyons leur témoignage. Tu dois faire de même à l’égard de Jésus : parce qu’il t’enseigne certaines vérités, tu dois être son disciple, et croire ses paroles ; parce qu’il a accompli certains actes, tu dois être son client, et te confier à lui. Il t’est infiniment supérieur, et il se présente à ta confiance comme ton Maître et ton Seigneur. Si tu veux le recevoir, lui et ses paroles, tu seras sauvé.
Une autre forme de foi, plus élevée, est celle qui naît de l’amour. Pourquoi un enfant se fie-t-il à son père ? La raison pour laquelle l’enfant se fie à son père, c’est qu’il l’aime. Bénis et heureux sont ceux qui ont en Jésus une douce foi, entrelacée d’une profonde affection pour lui, car c’est là une confiance reposante. Ces amants de Jésus sont charmés par son caractère, et ravis de sa mission ; ils sont emportés par la bonté qu’il a manifestée, et c’est pourquoi ils ne peuvent s’empêcher de se fier à lui, parce qu’ils l’admirent, le révèrent et l’aiment tant.
On peut illustrer ainsi la voie de la confiance aimante envers le Sauveur. Une dame est l’épouse du médecin le plus éminent de son temps. Elle est saisie d’une maladie dangereuse, et abattue par sa violence ; pourtant elle demeure merveilleusement calme et tranquille, car son mari a fait de cette maladie son étude particulière, et en a guéri des milliers qui en étaient pareillement affligés. Elle n’est pas le moins du monde troublée, car elle se sent parfaitement en sûreté entre les mains d’un être qui lui est si cher, et en qui l’habileté et l’amour se mêlent sous leurs formes les plus hautes. Sa foi est raisonnable et naturelle ; son mari, à tous égards, la mérite d’elle. Telle est la sorte de foi que les plus heureux des croyants exercent envers Christ. Il n’est point de médecin comme lui, nul ne peut sauver comme il le peut ; nous l’aimons, et il nous aime, et c’est pourquoi nous nous remettons entre ses mains, acceptons tout ce qu’il prescrit, et faisons tout ce qu’il ordonne. Nous sentons que rien ne saurait être mal réglé tant qu’il dirige nos affaires ; car il nous aime trop pour nous laisser périr, ou souffrir une seule douleur inutile.
La foi est la racine de l’obéissance, et cela se voit clairement dans les affaires de la vie. Quand un capitaine se fie à un pilote pour conduire son navire au port, il manœuvre le navire selon ses directives. Quand un voyageur se fie à un guide pour lui faire franchir un col difficile, il suit la piste que son guide lui indique. Quand un malade croit en un médecin, il suit soigneusement ses ordonnances et ses prescriptions. Une foi qui refuse d’obéir aux commandements du Sauveur n’est qu’un vain semblant, et ne sauvera jamais l’âme. Nous nous confions à Jésus pour qu’il nous sauve ; il nous donne des directives quant au chemin du salut ; nous suivons ces directives et nous sommes sauvés. Que mon lecteur ne l’oublie pas. Confie-toi en Jésus, et prouve ta confiance en faisant tout ce qu’il t’ordonne.
Une forme remarquable de foi naît de la connaissance assurée ; celle-ci vient de la croissance dans la grâce, et c’est la foi qui croit Christ parce qu’elle le connaît, et se confie en lui parce qu’elle l’a éprouvé infailliblement fidèle. Une vieille chrétienne avait coutume d’écrire un É et un P dans la marge de sa Bible chaque fois qu’elle avait éprouvé et prouvé une promesse. Qu’il est facile de se fier à un Sauveur éprouvé et prouvé ! Tu ne peux encore le faire, mais tu le feras. Toute chose doit avoir un commencement. Tu t’élèveras en son temps à une foi robuste. Cette foi mûrie ne demande ni signes ni gages, mais croit vaillamment. Regardez la foi du maître au long cours — je l’ai souvent admirée. Il largue son câble, il s’éloigne à toute vapeur de la terre. Des jours, des semaines, voire des mois durant, il ne voit ni voile ni rivage ; pourtant il avance jour et nuit sans crainte, jusqu’à ce qu’un matin il se trouve exactement en face du havre désiré vers lequel il a fait route. Comment a-t-il trouvé son chemin sur l’abîme sans traces ? Il s’est fié à sa boussole, à son almanach nautique, à sa lunette et aux corps célestes ; et, obéissant à leur conduite, sans apercevoir la terre, il a gouverné si juste qu’il n’a pas à changer d’un point pour entrer au port. C’est une chose merveilleuse — que de naviguer ou de faire voile ainsi, sans rien voir. Spirituellement, c’est une chose bénie que de quitter tout à fait les rivages de la vue et du sentiment, et de dire « adieu » aux sentiments intérieurs, aux providences réconfortantes, aux signes, aux gages, et à tout le reste. Il est glorieux d’être au large, sur l’océan de l’amour divin, croyant en Dieu, et faisant route droit vers le ciel par la direction de la Parole de Dieu. « Heureux ceux qui n’ont pas vu, et qui ont cru! » ; à ceux-là sera accordée, à la fin, une entrée abondante, et une traversée sûre en chemin. Mon lecteur ne mettra-t-il pas sa confiance en Dieu, en Christ Jésus ? Là je me repose, avec une joyeuse assurance. Frère, viens avec moi, et crois en notre Père et en notre Sauveur. Viens sur-le-champ.