L’abandon absolu ·Gardés par la puissance de Dieu

Chapitre 8 · 27 min de lecture

Gardés par la puissance de Dieu

Les paroles dont je vais parler, vous les trouverez dans 1 Pierre 1:5. Les versets trois, quatre et cinq disent : « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui… nous a régénérés, pour une espérance vivante, par la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts, pour un héritage qui ne se peut corrompre… réservé dans les cieux à vous, qui, par la puissance de Dieu, êtes gardés par la foi pour le salut. » Les paroles de mon texte sont : « Gardés par la puissance de Dieu, par la foi. »

Nous avons là deux vérités merveilleuses et bénies concernant la garde par laquelle un croyant est gardé pour le salut. La première vérité est : Gardés par la puissance de Dieu ; et l’autre vérité est : Gardés par la foi. Nous devons considérer les deux côtés : le côté de Dieu et sa puissance toute-puissante, offerte pour être notre Gardien à chaque instant du jour ; et le côté humain, où nous n’avons rien d’autre à faire que de laisser, par la foi, Dieu accomplir son œuvre de garde. Nous sommes régénérés pour un héritage qui nous est réservé dans les cieux ; et nous sommes gardés ici-bas sur la terre par la puissance de Dieu. Nous voyons qu’il y a une double garde : l’héritage qui m’est gardé dans les cieux, et moi, sur la terre, gardé pour l’héritage qui s’y trouve.

Or, quant à la première partie de cette garde, il n’y a ni doute ni question. Dieu garde l’héritage dans les cieux d’une manière merveilleuse et parfaite, et il attend là en sûreté. Et le même Dieu me garde pour l’héritage. Voilà ce que je désire comprendre.

Vous savez qu’il est bien insensé de la part d’un père de se donner beaucoup de peine pour amasser un héritage à ses enfants, et de le leur conserver, s’il ne les garde pas pour cet héritage. Que penseriez-vous d’un homme qui passe tout son temps et fait tous les sacrifices pour amasser de l’argent, et qui, tandis qu’il gagne ses dizaines de milliers, répond, quand vous lui demandez pourquoi il se sacrifie ainsi : « Je veux laisser à mes enfants un grand héritage, et je le conserve pour eux » — si vous appreniez ensuite que cet homme ne prend aucune peine pour instruire ses enfants, qu’il les laisse courir sauvagement par les rues et s’avancer dans les sentiers du péché, de l’ignorance et de la folie, que penseriez-vous de lui ? Ne diriez-vous pas : « Pauvre homme ! il garde un héritage pour ses enfants, mais il ne garde ni ne prépare ses enfants pour l’héritage » ! Et il y a tant de chrétiens qui pensent : « Mon Dieu garde l’héritage pour moi » ; mais qui ne peuvent croire : « Mon Dieu me garde pour cet héritage. » La même puissance, le même amour, le même Dieu accomplissant la double œuvre.

Maintenant, je veux parler d’une œuvre que Dieu accomplit en nous : nous garder pour l’héritage. J’ai déjà dit que nous avons deux vérités très simples : l’une, le côté divin — nous sommes gardés par la puissance de Dieu ; l’autre, le côté humain — nous sommes gardés par la foi.

Gardés par la puissance de Dieu

Considérez le côté divin : les chrétiens sont gardés par la puissance de Dieu.

La garde inclut tout

Songez, tout d’abord, que cette garde embrasse tout.

Qu’est-ce qui est gardé ? C’est vous qui êtes gardé. Quelle part de vous ? L’être tout entier. Dieu garde-t-il une partie de vous et non une autre ? Non. Certains s’imaginent qu’il s’agit d’une sorte de garde vague et générale, et que Dieu les gardera de telle manière qu’à leur mort ils parviendront au ciel. Mais ils n’appliquent pas ce mot, gardés, à tout ce qui est dans leur être et leur nature. Et pourtant c’est là ce que Dieu veut.

Voici, j’ai une montre. Supposez que cette montre m’ait été prêtée par un ami, et qu’il m’ait dit :

« Quand tu iras en Europe, je te laisserai l’emporter avec toi ; mais prends bien garde de la conserver en sûreté et de me la rapporter. »

Et supposez que j’aie abîmé la montre, brisé les aiguilles, défiguré le cadran, gâté quelques-unes des roues et des ressorts, et que je la rapporte en cet état pour la remettre à mon ami ; il dirait :

« Ah ! mais je t’avais donné cette montre à condition que tu la garderais. »

« Ne l’ai-je pas gardée ? Voici la montre. »

« Mais je ne voulais pas que tu la gardes de cette manière générale, en sorte que tu ne me rapportes que la coque de la montre, ou ce qui en reste. J’attendais que tu en gardes chaque partie. »

De même, Dieu ne veut pas nous garder de cette manière générale, en sorte qu’à la fin, d’une façon ou d’une autre, nous soyons sauvés comme au travers du feu et parvenions tout juste au ciel. Non, la puissance qui garde et l’amour de Dieu s’appliquent à chaque détail de notre être.

Il est des gens qui pensent que Dieu les gardera dans les choses spirituelles, mais non dans les choses temporelles. Ces dernières, disent-ils, sont hors de son domaine. Or, Dieu vous envoie travailler dans le monde, mais il n’a pas dit : « Il me faut maintenant te laisser aller gagner ton propre argent et pourvoir toi-même à ta subsistance. » Il sait que vous n’êtes pas capable de vous garder vous-même. Mais Dieu dit : « Mon enfant, il n’y a pas un travail que tu doives faire, pas une affaire dans laquelle tu sois engagé, pas un sou que tu doives dépenser, sans que moi, ton Père, je le prenne sous ma garde. » Dieu ne prend pas seulement soin du spirituel, mais aussi du temporel. La plus grande partie de la vie de bien des gens doit se passer, parfois huit, neuf ou dix heures par jour, au milieu des tentations et des distractions des affaires ; mais Dieu prendra soin de vous là aussi. La garde de Dieu inclut tout.

D’autres pensent : « Ah ! au temps de l’épreuve, Dieu me garde, mais aux temps de la prospérité je n’ai pas besoin de sa garde ; alors je l’oublie et je le laisse aller. » D’autres, au contraire, pensent tout l’inverse. Ils pensent : « Au temps de la prospérité, quand tout est paisible et tranquille, je puis m’attacher à Dieu ; mais lorsque de lourdes épreuves surviennent, d’une manière ou d’une autre ma volonté se révolte, et alors Dieu ne me garde pas. »

Or, je vous apporte ce message : dans la prospérité comme dans l’adversité, dans la lumière du soleil comme dans les ténèbres, votre Dieu est prêt à vous garder en tout temps.

Puis il y en a d’autres encore qui envisagent cette garde ainsi : « Dieu me gardera de commettre de très grandes iniquités, mais il est de petits péchés dont je ne puis attendre que Dieu me garde. Il y a le péché de l’humeur. Je ne puis attendre que Dieu en triomphe. »

Quand vous entendez parler de quelque homme qui a été tenté et qui s’est égaré, ou qui est tombé dans l’ivrognerie ou le meurtre, vous rendez grâce à Dieu pour sa puissance qui garde.

« J’aurais pu faire comme cet homme, dites-vous, si Dieu ne m’avait gardé. » Et vous croyez qu’il vous a gardé de l’ivrognerie et du meurtre.

Et pourquoi ne croyez-vous pas que Dieu puisse vous garder des emportements de l’humeur ? Vous pensiez que cela avait moins d’importance ; vous ne vous rappeliez pas que le grand commandement du Nouveau Testament est : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jean 13:34). Et lorsque votre humeur, votre jugement précipité et vos paroles acerbes ont éclaté, vous avez péché contre la loi la plus haute — la loi de l’amour de Dieu. Et pourtant vous dites : « Dieu ne veut pas, Dieu ne peut pas » — non, vous ne direz pas : Dieu ne peut pas ; mais vous dites : « Dieu ne me garde pas de cela. » Peut-être dites-vous : « Il le peut ; mais il y a en moi quelque chose qui ne saurait y atteindre, et que Dieu n’ôte pas. »

Je veux vous demander : les croyants peuvent-ils vivre une vie plus sainte qu’on ne la vit généralement ? Les croyants peuvent-ils éprouver tout le jour la puissance de Dieu qui garde, pour être gardés du péché ? Les croyants peuvent-ils être gardés dans la communion avec Dieu ? Et je vous apporte un message tiré de la Parole de Dieu, en ces mots : Gardés par la puissance de Dieu. Il n’y a là aucune clause restrictive. Cela signifie que si vous voulez vous confier entièrement et absolument à la toute-puissance de Dieu, il prendra plaisir à vous garder.

Certains pensent qu’ils ne pourront jamais parvenir à ce que chaque parole de leur bouche soit à la gloire de Dieu. Mais c’est là ce que Dieu veut d’eux, c’est ce que Dieu attend d’eux. Dieu est prêt à mettre une garde à la porte de leur bouche ; et s’il veut le faire, ne peut-il garder leur langue et leurs lèvres ? Il le peut ; et c’est ce que Dieu va faire pour ceux qui se confient en lui. La garde de Dieu embrasse tout ; que quiconque aspire à vivre une vie sainte considère tous ses besoins, toutes ses faiblesses, toutes ses défaillances et tous ses péchés, et dise délibérément : « Y a-t-il un péché dont mon Dieu ne puisse me garder ? » Et le cœur devra répondre : « Non ; Dieu peut me garder de tout péché. »

La garde exige la puissance

En second lieu, si vous voulez comprendre cette garde, souvenez-vous qu’elle n’est pas seulement une garde qui embrasse tout, mais une garde toute-puissante.

Je veux que cette vérité soit gravée au feu dans mon âme ; je veux adorer Dieu jusqu’à ce que tout mon cœur soit rempli de la pensée de sa toute-puissance. Dieu est tout-puissant, et le Dieu tout-puissant s’offre à agir dans mon cœur, pour accomplir l’œuvre de me garder ; et je veux être uni à la Toute-Puissance, ou plutôt uni au Tout-Puissant, au Dieu vivant, et avoir ma place dans le creux de sa main. Vous lisez les Psaumes, et vous songez aux pensées merveilleuses de bien des expressions dont David se sert ; ainsi, par exemple, lorsqu’il parle de Dieu comme étant notre Dieu, notre Forteresse, notre Refuge, notre haute Tour, notre Force et notre Salut. David avait des vues très merveilleuses de la manière dont le Dieu éternel est lui-même la retraite de l’âme croyante, et dont il prend le croyant et le garde dans le creux même de sa main, dans le secret de sa tente, à l’ombre de ses ailes, sous ses plumes mêmes. Et c’est là que David vivait. Et ô nous, qui sommes les enfants de la Pentecôte, nous qui avons connu Christ et son sang et le Saint-Esprit envoyé du ciel, comment se fait-il que nous sachions si peu ce que c’est que de marcher en tremblant, pas à pas, avec le Dieu tout-puissant pour Gardien ?

Avez-vous jamais songé que, dans chaque action de la grâce en votre cœur, vous avez toute la toute-puissance de Dieu engagée à vous bénir ? Quand je viens à un homme et qu’il me fait don d’une somme d’argent, je la reçois et je m’en vais avec elle. Il m’a donné quelque chose de ce qui est à lui ; le reste, il le garde pour lui-même. Mais il n’en est pas ainsi de la puissance de Dieu. Dieu ne peut se dessaisir de rien de sa propre puissance ; c’est pourquoi je ne puis éprouver la puissance et la bonté de Dieu que dans la mesure où je suis en contact et en communion avec lui-même ; et lorsque j’entre en contact et en communion avec lui-même, j’entre en contact et en communion avec toute la toute-puissance de Dieu, et j’ai la toute-puissance de Dieu pour me secourir chaque jour.

Un fils a, peut-être, un père très riche, et comme il est sur le point de se lancer dans les affaires, le père lui dit : « Tu peux avoir autant d’argent que tu voudras pour ton entreprise. » Tout ce que possède le père est à la disposition du fils. Et il en est ainsi de Dieu, votre Dieu tout-puissant. Vous avez peine à le concevoir ; vous vous sentez un si chétif vermisseau. Sa toute-puissance nécessaire pour garder un chétif vermisseau ! Oui, sa toute-puissance est nécessaire pour garder chaque petit vermisseau qui vit dans la poussière, et aussi pour garder l’univers ; à combien plus forte raison sa toute-puissance est-elle nécessaire pour garder votre âme et la mienne de la puissance du péché.

Oh ! si vous voulez croître dans la grâce, apprenez à commencer ici. Dans tous vos jugements, vos méditations, vos pensées, vos actes, vos questionnements, vos études et vos prières, apprenez à être gardé par votre Dieu tout-puissant. Que ne fera pas le Dieu tout-puissant pour l’enfant qui se confie en lui ? La Bible dit : « au delà de tout ce que nous demandons ou pensons » (Éphésiens 3:20). C’est la Toute-Puissance que vous devez apprendre à connaître et en qui vous devez vous confier, et alors vous vivrez comme un chrétien doit vivre. Comme nous avons peu appris à étudier Dieu, et à comprendre qu’une vie pieuse est une vie pleine de Dieu, une vie qui aime Dieu, qui s’attend à lui, qui se confie en lui et qui le laisse la bénir ! Nous ne pouvons faire la volonté de Dieu que par la puissance de Dieu. Dieu nous donne la première expérience de sa puissance pour nous préparer à en désirer davantage, et à venir réclamer tout ce qu’il peut faire. Que Dieu nous aide à nous confier en lui chaque jour.

La garde est continue

Une autre pensée. Cette garde n’est pas seulement universelle et toute-puissante, mais aussi continue et ininterrompue.

Les gens disent parfois : « Pendant une semaine ou un mois, Dieu m’a gardé d’une manière merveilleuse : j’ai vécu à la lumière de sa face, et je ne saurais dire quelle joie je n’ai pas goûtée dans la communion avec lui. Il m’a béni dans mon travail pour les autres. Il m’a donné des âmes, et par moments il me semblait être porté vers le ciel sur des ailes d’aigle. Mais cela n’a pas duré. C’était trop beau ; cela ne pouvait durer. » Et d’aucuns disent : « Il fallait que je tombe pour me tenir dans l’humilité. » Et d’autres disent : « Je sais que ce fut ma propre faute ; mais, d’une façon ou d’une autre, on ne peut pas toujours demeurer sur les hauteurs. »

Oh, bien-aimés, pourquoi en est-il ainsi ? Y aurait-il quelque raison pour que la garde de Dieu ne fût pas continue et ininterrompue ? Songez-y. Toute vie est dans une continuité ininterrompue. Si ma vie s’arrêtait une demi-heure, je serais mort, et ma vie serait perdue. La vie est une chose continue, et la vie de Dieu est la vie de son Église, et la vie de Dieu est sa puissance toute-puissante agissant en nous. Et Dieu vient à nous comme le Tout-Puissant, et sans aucune condition il s’offre à être mon Gardien ; et sa garde signifie que jour après jour, instant après instant, Dieu va nous garder.

Si je vous posais cette question : « Pensez-vous que Dieu soit capable de vous garder un seul jour de toute transgression effective ? » vous répondriez : « Non seulement je sais qu’il en est capable, mais je crois qu’il l’a fait. Il y a eu des jours où il a gardé mon cœur en sa sainte présence, où, bien que j’aie toujours eu en moi une nature pécheresse, il m’a gardé de toute transgression consciente et effective. »

Or, s’il peut le faire pour une heure ou un jour, pourquoi pas pour deux jours ? Oh ! faisons de la toute-puissance de Dieu, telle qu’elle est révélée dans sa Parole, la mesure de notre attente. Dieu n’a-t-il pas dit dans sa Parole : « C’est moi, l’Éternel, qui la garde, qui l’arrose à chaque instant » (Ésaïe 27:3) ? Que peut signifier cela ? « À chaque instant » signifie-t-il vraiment à chaque instant ? Dieu a-t-il promis, au sujet de cette vigne au vin rouge, qu’à chaque instant il l’arroserait, afin que l’ardeur du soleil et le vent brûlant ne pussent jamais la dessécher ? Oui. En Afrique du Sud, on fait parfois une greffe, et au-dessus on attache une bouteille d’eau, afin que de temps à autre tombe une goutte qui imprègne ce qu’on a disposé autour. Ainsi l’humidité y est entretenue sans cesse, jusqu’à ce que la greffe ait eu le temps de prendre et de résister à l’ardeur du soleil.

Notre Dieu, dans son amour plein de tendresse envers nous, ne nous gardera-t-il pas à chaque instant, puisqu’il a promis de le faire ? Oh ! si une fois nous saisissions cette pensée : toute notre vie spirituelle doit être l’œuvre de Dieu — « c’est Dieu qui produit en vous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir » (Philippiens 2:13) — dès que nous aurons la foi d’attendre cela de Dieu, Dieu fera tout pour nous.

La garde doit être continue. Chaque matin, Dieu viendra à votre rencontre dès votre réveil. La question n’est pas : si j’oubliais de m’éveiller le matin avec la pensée de lui, qu’en adviendrait-il ? Si vous confiez votre réveil à Dieu, Dieu viendra à votre rencontre le matin, à votre réveil, avec sa divine lumière et son amour, et il vous donnera la conscience que, tout le long du jour, vous avez Dieu pour prendre soin de vous continuellement par sa puissance toute-puissante. Et Dieu viendra à votre rencontre le lendemain et chaque jour ; et peu importe si, dans la pratique de la communion, il survient parfois une défaillance. Si vous maintenez votre position et dites : « Seigneur, je vais attendre de toi que tu fasses tout ce qui est en ton pouvoir, et je vais me confier en toi jour après jour pour me garder absolument », votre foi deviendra de plus en plus forte, et vous connaîtrez sans interruption la puissance de Dieu qui garde.

Gardés par la foi

Et maintenant l’autre côté — Croire. « Gardés par la puissance de Dieu par la foi. » Comment devons-nous envisager cette foi ?

La foi implique l’impuissance

Permettez-moi de dire, tout d’abord, que cette foi signifie une impuissance et un dénuement absolus devant Dieu.

Au fond de toute foi, il y a un sentiment d’impuissance. Si j’ai quelque affaire à traiter, l’achat d’une maison, peut-être, c’est l’homme de loi qui doit faire le travail d’obtenir le transfert de la propriété à mon nom et de prendre toutes les dispositions. Je ne puis faire ce travail, et en me confiant à ce mandataire, je confesse que je ne le puis. Ainsi la foi signifie toujours l’impuissance. En bien des cas, elle signifie : je puis le faire au prix de beaucoup de peine, mais un autre peut le faire mieux. Mais dans la plupart des cas, c’est une impuissance totale : un autre doit le faire pour moi. Et voilà le secret de la vie spirituelle. Il faut qu’un homme apprenne à dire : « Je renonce à tout ; j’ai essayé, désiré, réfléchi et prié, mais l’échec est venu. Dieu m’a béni et m’a secouru, et pourtant, à la longue, il y a eu tant de péché et de tristesse. » Quel changement survient lorsqu’un homme est ainsi réduit à une impuissance totale et au désespoir de soi-même, et dit : « Je ne puis rien faire ! »

Souvenez-vous de Paul. Il vivait une vie bénie, et il avait été ravi jusqu’au troisième ciel ; puis vint l’écharde dans la chair, « un ange de Satan pour me souffleter ». Et qu’arriva-t-il ? Paul ne pouvait le comprendre, et il pria trois fois le Seigneur de l’éloigner ; mais le Seigneur dit, en substance :

« Non ; il se pourrait que tu t’élèves toi-même ; c’est pourquoi je t’ai envoyé cette épreuve pour te garder faible et humble. »

Et Paul apprit alors une leçon qu’il n’oublia jamais : celle de se glorifier de ses infirmités. Il disait que plus il était faible, mieux cela valait pour lui, car lorsqu’il était faible, alors il était fort dans son Seigneur, le Christ.

Voulez-vous entrer dans ce qu’on appelle « la vie supérieure » ? Alors descendez d’un degré plus bas. Je me souviens du docteur Boardman racontant comment, un jour, il fut invité par un monsieur à visiter une fabrique où l’on faisait du menu plomb de chasse, et je crois que les ouvriers procédaient en versant du plomb fondu du haut d’une grande hauteur. Ce monsieur voulait conduire le docteur Boardman au sommet de la tour pour voir comment le travail se faisait. Le docteur arriva à la tour, il entra par la porte et commença à monter l’escalier ; mais lorsqu’il eut gravi quelques marches, le monsieur s’écria :

« Ce n’est pas le bon chemin. Il vous faut redescendre par ici ; cet escalier est fermé à clef. »

Le monsieur lui fit descendre bon nombre de marches, et là, un ascenseur était prêt à le porter jusqu’au sommet ; et il dit :

« J’ai appris une leçon : que descendre est souvent le meilleur moyen de monter. »

Ah oui, il faudra que Dieu nous abaisse bien bas ; il faudra qu’un sentiment de vide, de désespoir et de néant vienne sur nous. C’est lorsque nous sombrons dans une impuissance totale que le Dieu éternel se révélera dans sa puissance, et que nos cœurs apprendront à se confier en Dieu seul.

Qu’est-ce qui nous empêche de nous confier parfaitement en lui ?

Plus d’un dit : « Je crois ce que vous dites, mais il y a une difficulté. Si ma confiance était parfaite et toujours constante, tout irait bien, car je sais que Dieu honore la confiance. Mais comment obtiendrai-je cette confiance ? »

Ma réponse est : « Par la mort du moi. Le grand obstacle à la confiance, c’est l’effort propre. Tant que vous possédez votre propre sagesse, vos propres pensées et votre propre force, vous ne pouvez vous confier pleinement en Dieu. Mais lorsque Dieu vous brise, lorsque tout commence à s’obscurcir devant vos yeux et que vous voyez que vous ne comprenez rien, alors Dieu s’approche ; et si vous voulez vous incliner dans le néant et vous attendre à Dieu, il deviendra tout. »

Aussi longtemps que nous sommes quelque chose, Dieu ne peut être tout, et sa toute-puissance ne peut accomplir son œuvre pleine et entière. C’est là le commencement de la foi : le désespoir absolu de soi-même, le renoncement à l’homme et à tout ce qui est sur la terre, et la découverte de notre espérance en Dieu seul.

La foi est repos

Et puis, ensuite, nous devons comprendre que la foi est repos.

Au commencement de la vie de foi, la foi lutte ; mais aussi longtemps que la foi lutte, elle n’a pas atteint sa force. Mais lorsque la foi, dans sa lutte, arrive au bout d’elle-même, et se jette simplement sur Dieu et se repose en lui, alors viennent la joie et la victoire.

Peut-être puis-je le rendre plus clair en racontant comment débuta la Convention de Keswick. Le chanoine Battersby fut un ministre évangélique de l’Église d’Angleterre pendant plus de vingt ans, homme d’une piété profonde et tendre ; mais il n’avait pas la conscience du repos et de la victoire sur le péché, et souvent il était profondément attristé à la pensée de ses chutes, de ses échecs et de son péché. Lorsqu’il entendit parler de la possibilité de la victoire, il sentit qu’elle était désirable, mais c’était comme s’il ne pouvait y atteindre. Un jour, il entendit une prédication sur « Le repos et la foi », tirée de l’histoire de l’officier du roi qui vint de Capernaüm à Cana pour prier Christ de guérir son enfant. Dans cette prédication, on montrait que l’officier croyait que Christ pouvait l’aider d’une manière générale, mais qu’il venait à Jésus un peu comme pour en faire l’épreuve. Il espérait que Christ l’aiderait, mais il n’avait aucune assurance de ce secours. Mais qu’arriva-t-il ? Lorsque Christ lui dit : « Va, ton enfant vit », cet homme crut à la parole que Jésus lui avait dite ; il se reposa dans cette parole. Il n’avait aucune preuve que son enfant fût rétabli, et il lui fallait refaire à pied sept heures de chemin jusqu’à Capernaüm. Il s’en retourna, et en chemin rencontra son serviteur, et reçut la première nouvelle que l’enfant était guéri, qu’à une heure de l’après-midi de la veille, à l’instant même où Jésus lui avait parlé, la fièvre avait quitté l’enfant. Ce père se reposa sur la parole de Jésus et sur son œuvre, et il descendit à Capernaüm et trouva son enfant guéri ; et il loua Dieu, et devint, avec toute sa maison, croyant et disciple de Jésus.

Oh, amis, voilà la foi ! Quand Dieu vient à moi avec la promesse de sa garde, et que je n’ai rien sur la terre en quoi me confier, je dis à Dieu : « Ta parole suffit ; gardé par la puissance de Dieu. » Voilà la foi, voilà le repos.

Lorsque le chanoine Battersby entendit cette prédication, il rentra chez lui cette nuit-là, et dans les ténèbres de la nuit trouva le repos. Il se reposa sur la parole de Jésus. Et le lendemain matin, dans les rues d’Oxford, il dit à un ami : « Je l’ai trouvé ! » Puis il alla le dire à d’autres, et demanda que la Convention de Keswick pût être commencée, et que ceux qui y prendraient part, avec lui-même, rendissent simplement témoignage de ce que Dieu avait fait.

C’est une grande chose lorsqu’un homme en vient à se reposer sur la puissance toute-puissante de Dieu pour chaque instant de sa vie, en face des tentations de l’humeur, de la précipitation, de la colère, du manque d’amour, de l’orgueil et du péché. C’est une grande chose, en face de ces choses, d’entrer en alliance avec le Jéhovah tout-puissant, non à cause de ce que dit tel ou tel homme, ni de ce que mon cœur ressent, mais sur la foi de la Parole de Dieu : « Gardés par la puissance de Dieu, par la foi. »

Oh, disons à Dieu que nous allons le mettre à l’épreuve jusqu’à l’extrême. Disons : Nous ne te demandons rien de plus que ce que tu peux donner, mais nous ne voulons rien de moins. Disons : Mon Dieu, que ma vie soit une preuve de ce que le Dieu tout-puissant peut faire. Que telles soient les deux dispositions de nos âmes chaque jour : une profonde impuissance, et un repos simple, comme celui d’un enfant.

La foi a besoin de la communion

Cela m’amène à une dernière pensée touchant la foi : la foi implique la communion avec Dieu.

Bien des gens veulent prendre la Parole et la croire, et ils découvrent qu’ils ne peuvent la croire. Ah non ! vous ne pouvez séparer Dieu de sa Parole. Aucune bonté ni aucune puissance ne peut se recevoir séparément de Dieu ; et si vous voulez entrer dans cette vie de piété, il vous faut prendre du temps pour la communion avec Dieu.

Les gens me disent parfois : « Ma vie est si pleine de hâte et d’agitation que je n’ai pas le temps de la communion avec Dieu. » Un cher missionnaire me disait : « Les gens ne savent pas combien nous, missionnaires, sommes tentés. Je me lève à cinq heures du matin, et voici les indigènes qui attendent leurs ordres de travail. Puis il me faut aller à l’école et y passer des heures ; et puis il y a d’autres tâches, et seize heures s’écoulent à la hâte, et j’ai à peine le temps d’être seul avec Dieu. »

Ah ! voilà ce qui manque. Je vous en prie, souvenez-vous de deux choses. Je ne vous ai pas dit de vous confier à la toute-puissance de Dieu comme à une chose, et je ne vous ai pas dit de vous confier à la Parole de Dieu comme à un livre écrit, mais je vous ai dit d’aller au Dieu de la toute-puissance et au Dieu de la Parole. Traitez avec Dieu comme cet officier traita avec le Christ vivant. Pourquoi put-il croire la parole que Christ lui adressa ? Parce que dans les yeux mêmes, dans les accents et la voix de Jésus, le Fils de Dieu, il vit et entendit quelque chose qui lui fit sentir qu’il pouvait se confier en lui. Et voilà ce que Christ peut faire pour vous et pour moi. N’essayez pas de remuer et d’éveiller la foi du dedans. Que de fois j’ai essayé de le faire, et me suis rendu ridicule ! Vous ne pouvez susciter la foi du fond de votre cœur. Laissez votre cœur, et regardez la face de Christ, et écoutez ce qu’il vous dit de la manière dont il vous gardera. Levez les yeux vers la face de votre Père plein d’amour, et prenez du temps chaque jour avec lui, et commencez une vie nouvelle avec le profond dénuement et la pauvreté d’un homme qui n’a rien et qui veut tout recevoir de lui — avec le profond repos d’un homme qui se repose sur le Dieu vivant, le Jéhovah tout-puissant — et éprouvez Dieu, et voyez s’il n’ouvrira pas les écluses des cieux et ne répandra pas une bénédiction telle qu’il n’y aura pas de place pour la recevoir.

Je termine en vous demandant si vous êtes prêts à faire pleinement l’expérience de la garde céleste pour l’héritage céleste. Robert Murray M’Cheyne dit quelque part : « Ô Dieu, rends-moi aussi saint qu’un pécheur pardonné peut l’être. » Et si cette prière est dans votre cœur, venez maintenant, et entrons de nouveau en alliance avec le Jéhovah éternel et tout-puissant, et, dans une grande impuissance mais dans un grand repos, remettons-nous entre ses mains. Et alors, en entrant dans notre alliance, n’ayons qu’une seule prière : que nous puissions croire pleinement que le Dieu éternel va être notre Compagnon, tenant notre main à chaque instant du jour ; notre Gardien, veillant sur nous sans un instant d’interruption ; notre Père, prenant toujours plaisir à se révéler dans nos âmes. Il a le pouvoir de faire que la lumière de son amour soit avec nous tout le jour. Ne craignez pas de ne pouvoir avoir Dieu toujours avec vous à cause de vos affaires. Apprenez cette leçon : le soleil de la nature brille sur vous tout le jour, et vous jouissez de sa lumière, et où que vous soyez, vous avez le soleil ; Dieu veille à ce qu’il brille sur vous. Et Dieu veillera à ce que sa propre lumière divine brille sur vous, et à ce que vous demeuriez dans cette lumière, pourvu seulement que vous vous confiiez en lui pour cela. Confions-nous en Dieu pour qu’il le fasse, d’une confiance grande et entière.

Voici la toute-puissance de Dieu, et voici la foi qui s’étend à la mesure de cette toute-puissance. Ne dirons-nous pas : « Tout ce que cette toute-puissance peut faire, je vais l’attendre de mon Dieu » ? Les deux côtés de cette vie céleste ne sont-ils pas merveilleux ? La toute-puissance de Dieu me couvre, et ma volonté, dans sa petitesse, se repose dans cette toute-puissance, et s’en réjouit !

Instant après instant, je suis gardé dans son amour ;

Instant après instant, je reçois la vie d’en haut ;

Les regards sur Jésus, la gloire resplendit ;

Instant après instant, ô Seigneur, je suis à toi !

Sommaire

L’abandon absolu Andrew Murray

Page 1 / 1 · 27 min restantes dans le chapitre