L’abandon absolu ·Vous êtes les sarments

Chapitre 9 · 26 min de lecture

Vous êtes les sarments

Une allocution aux ouvriers chrétiens

Tout dépend de ce que nous soyons nous-mêmes en règle en Christ. Si je veux de bonnes pommes, il me faut un bon pommier ; et si je prends soin de la santé du pommier, le pommier me donnera de bonnes pommes. Et il en est exactement de même de notre vie et de notre œuvre chrétiennes. Si notre vie avec Christ est en règle, tout sera en règle. Il peut y avoir besoin d’instruction, de conseils, d’aide et de formation dans les divers domaines de l’œuvre ; tout cela a de la valeur. Mais à la longue, l’essentiel le plus grand est d’avoir la pleine vie en Christ — en d’autres termes, d’avoir Christ en nous, agissant à travers nous. Je sais combien de choses nous troublent souvent, ou suscitent en nous d’inquiètes interrogations ; mais le Maître a une telle bénédiction pour chacun de nous, une paix et un repos si parfaits, une joie et une force si grandes, si seulement nous pouvons entrer, et être maintenus, dans la juste attitude à son égard.

Je prendrai mon texte dans la parabole du Cep et des Sarments, en Jean 15:5 : « Je suis le cep, vous êtes les sarments. » Particulièrement ces mots : « Vous êtes les sarments. »

Quelle chose simple que d’être un sarment, le sarment d’un arbre, ou le sarment d’un cep ! Le sarment pousse hors du cep, ou hors de l’arbre, et là il vit et croît, et, en son temps, porte du fruit. Il n’a d’autre responsabilité que de recevoir de la racine et du tronc la sève et la nourriture. Et si seulement, par le Saint-Esprit, nous connaissions notre relation avec Jésus-Christ, notre œuvre serait changée en la chose la plus lumineuse et la plus céleste qui soit sur la terre. Au lieu qu’il y ait jamais lassitude ou épuisement de l’âme, notre œuvre serait comme une expérience nouvelle, nous unissant à Jésus comme rien d’autre ne le peut. Car, hélas ! n’est-il pas souvent vrai que notre œuvre se dresse entre nous et Jésus ? Quelle folie ! L’œuvre même qu’il a à faire en moi, et moi pour lui, je l’entreprends de telle sorte qu’elle me sépare de Christ. Plus d’un ouvrier de la vigne s’est plaint d’avoir trop de travail et pas le temps d’une communion étroite avec Jésus, et que son travail habituel affaiblit son penchant pour la prière, et que ses trop nombreux rapports avec les hommes obscurcissent la vie spirituelle. Triste pensée, que le port du fruit doive séparer le sarment du cep ! Cela ne peut être que parce que nous avons regardé notre œuvre comme quelque chose d’autre que le sarment portant du fruit. Que Dieu nous délivre de toute fausse pensée touchant la vie chrétienne.

Maintenant, seulement quelques pensées sur cette bienheureuse vie de sarment.

Une dépendance absolue

En premier lieu, c’est une vie de dépendance absolue. Le sarment n’a rien ; il dépend simplement du cep pour tout. La dépendance absolue est l’une des pensées les plus solennelles et les plus précieuses. Un grand théologien allemand a écrit, il y a quelques années, deux gros volumes pour montrer que toute la théologie de Calvin se résume en ce seul principe de la dépendance absolue à l’égard de Dieu ; et il avait raison. Un autre grand écrivain a dit que la dépendance absolue et inaltérable à l’égard de Dieu seule est l’essence de la religion des anges, et qu’elle devrait être aussi celle des hommes. Dieu est tout pour les anges, et il consent à être tout pour le chrétien. Si je puis apprendre, à chaque instant du jour, à dépendre de Dieu, tout ira bien. Vous obtiendrez la vie supérieure si vous dépendez absolument de Dieu.

Or, nous retrouvons ceci dans le cep et les sarments. Que chaque vigne que vous voyez, ou chaque grappe de raisin qui vient sur votre table, vous rappelle que le sarment dépend absolument du cep. C’est au cep de faire l’œuvre, et le sarment en savoure le fruit.

Qu’a donc à faire le cep ? Il a une grande œuvre à accomplir. Il doit envoyer ses racines dans le sol et chercher sous la terre — les racines s’étendent souvent très loin — la nourriture, et boire l’humidité. Placez certains éléments d’engrais dans certaines directions, et le cep y envoie ses racines, puis, dans ses racines ou ses tiges, il transforme l’humidité et l’engrais en cette sève particulière qui doit produire le fruit porté. Le cep fait l’œuvre, et le sarment n’a qu’à recevoir du cep la sève, qui est changée en raisins. On m’a raconté qu’à Hampton Court, près de Londres, il y a une vigne qui portait parfois deux mille grappes de raisin, et l’on s’étonnait de sa grande croissance et de son riche fruit. On découvrit ensuite quelle en était la cause. Non loin de là coule la Tamise, et la vigne avait étendu ses racines à des centaines de mètres sous la terre, jusqu’à atteindre le bord de la rivière, et là, dans tout le riche limon du lit du fleuve, elle avait trouvé une riche nourriture et obtenu de l’humidité, et les racines avaient tiré la sève sur toute cette distance, la faisant monter toujours plus haut dans la vigne, et il en résultait cette moisson abondante et riche. Au cep revenait l’œuvre à faire, et les sarments n’avaient qu’à dépendre du cep et à recevoir ce qu’il donnait.

Cela est-il littéralement vrai de mon Seigneur Jésus ? Dois-je comprendre que, lorsque j’ai à travailler, lorsque j’ai à prêcher un sermon, ou à m’adresser à une classe biblique, ou à sortir visiter les pauvres et les délaissés, toute la responsabilité de l’œuvre repose sur Christ ?

C’est exactement ce que Christ veut que vous compreniez. Christ veut que, dans toute votre œuvre, le fondement même soit cette simple et bienheureuse conscience : Christ doit prendre soin de tout.

Et comment répond-il à la confiance de cette dépendance ? Il le fait en envoyant le Saint-Esprit — non seulement de temps à autre comme un don particulier, car souvenez-vous que la relation entre le cep et les sarments est telle que, d’heure en heure, jour après jour, sans cesse, la connexion vivante est maintenue. La sève ne coule pas un temps, puis s’arrête, puis coule de nouveau, mais d’instant en instant la sève coule du cep aux sarments. Et de même, mon Seigneur Jésus veut que je prenne cette bienheureuse position d’ouvrier, et que, matin après matin, jour après jour, heure après heure et pas à pas, en toute œuvre où j’ai à sortir, je demeure simplement devant lui dans l’entier dénuement de celui qui ne sait rien, n’est rien et ne peut rien faire. Oh, ouvriers bien-aimés, étudiez ce mot : rien. Vous chantez parfois : « Oh, n’être rien, rien » ; mais avez-vous vraiment étudié ce mot, et prié chaque jour, et adoré Dieu, à sa lumière ? Connaissez-vous la bénédiction de ce mot : rien ?

Si je suis quelque chose, alors Dieu n’est pas tout ; mais lorsque je deviens rien, Dieu peut devenir tout, et le Dieu éternel en Christ peut se révéler pleinement. C’est là la vie supérieure. Il nous faut devenir rien. Quelqu’un a bien dit que les séraphins et les chérubins sont des flammes de feu parce qu’ils savent qu’ils ne sont rien, et qu’ils laissent Dieu mettre en eux sa plénitude, sa gloire et son éclat. Oh, devenez rien dans une profonde réalité, et, comme ouvrier, n’étudiez qu’une seule chose : devenir plus pauvre, plus humble et plus démuni, afin que Christ opère tout en vous.

Ouvriers, voici votre première leçon : apprenez à n’être rien, apprenez à être démunis. L’homme qui possède quelque chose n’est pas absolument dépendant ; mais l’homme qui n’a rien est absolument dépendant. La dépendance absolue à l’égard de Dieu est le secret de toute puissance dans l’œuvre. Le sarment n’a rien que ce qu’il reçoit du cep, et vous et moi ne pouvons rien avoir que ce que nous recevons de Jésus.

Un profond repos

Mais, en second lieu, la vie du sarment n’est pas seulement une vie d’entière dépendance, mais aussi de profond repos.

Ce petit sarment, s’il pouvait penser, s’il pouvait sentir, et s’il pouvait parler — ce sarment là-bas sur la vigne de Hampton Court, ou sur l’une des millions de vignes que nous avons en Afrique du Sud, dans notre pays ensoleillé —, si nous pouvions avoir ici aujourd’hui un petit sarment pour nous parler, et si nous pouvions dire : « Viens, sarment du cep, je veux apprendre de toi comment je puis être un vrai sarment du Cep vivant », que répondrait-il ? Le petit sarment murmurerait :

« Homme, j’entends que tu es sage, et je sais que tu peux faire quantité de choses merveilleuses. Je sais qu’il t’a été donné beaucoup de force et de sagesse, mais j’ai une leçon pour toi. Malgré toute ta hâte et tous tes efforts dans l’œuvre de Christ, tu ne prospères jamais. La première chose dont tu as besoin, c’est de venir te reposer dans ton Seigneur Jésus. C’est là ce que je fais. Depuis que j’ai poussé hors de ce cep, j’ai passé des années et des années, et tout ce que j’ai fait, c’est simplement de me reposer dans le cep. Quand vint le temps du printemps, je n’eus ni pensée inquiète ni souci. Le cep se mit à verser sa sève en moi, et à donner le bourgeon et la feuille. Et quand vint le temps de l’été, je n’eus aucun souci, et dans la grande chaleur je me confiai au cep pour amener l’humidité qui me garderait frais. Et au temps de la moisson, quand le maître vint cueillir les raisins, je n’eus aucun souci. S’il y avait dans les raisins quelque chose qui n’était pas bon, jamais le maître n’en blâmait le sarment ; le blâme retombait toujours sur le cep. Et si tu veux être un vrai sarment de Christ, le Cep vivant, repose-toi simplement sur lui. Laisse Christ porter la responsabilité. »

Vous dites : « Cela ne me rendra-t-il pas paresseux ? »

Je vous dis que non. Nul de ceux qui apprennent à se reposer sur le Christ vivant ne peut devenir paresseux, car plus votre contact avec Christ est étroit, plus l’Esprit de son zèle et de son amour se déversera en vous. Mais, oh, commencez à travailler au sein de votre entière dépendance en y ajoutant ce profond repos. Un homme s’efforce parfois, s’efforce encore de dépendre de Christ, mais il se tourmente au sujet de cette dépendance absolue ; il s’efforce et ne peut y parvenir. Or, qu’il s’abîme chaque jour dans un entier repos.

En ta main forte je me dépose.

Ainsi l’œuvre sera accomplie ;

Car qui peut œuvrer si merveilleusement

Que le Tout-Puissant ?

Ouvrier, prends ta place chaque jour aux pieds de Jésus, dans la bienheureuse paix et le repos qui viennent de cette certitude —

Je n’ai aucun souci, mes soucis sont les siens !

Je n’ai aucune crainte, il prend soin de toutes mes craintes.

Venez, enfants de Dieu, et comprenez que c’est le Seigneur Jésus qui veut œuvrer à travers vous. Vous vous plaignez du manque d’amour fervent. Il viendra de Jésus. Il donnera dans votre cœur l’amour divin par lequel vous pourrez aimer les hommes. Tel est le sens de cette assurance : « l’amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit » (Romains 5:5) ; et de cette autre parole : « l’amour de Christ nous presse » (2 Corinthiens 5:14). Christ peut vous donner une source d’amour, de sorte que vous ne pourrez vous empêcher d’aimer les plus misérables et les plus ingrats, ou ceux qui vous ont lassé jusqu’ici. Reposez-vous en Christ, qui peut donner la sagesse et la force, et vous ne savez pas combien ce repos se révélera souvent la meilleure part de votre message. Vous suppliez les gens et vous argumentez, et ils se disent : « Voilà un homme qui discute et se débat avec moi. » Ils ne sentent que ceci : « Voici deux hommes aux prises l’un avec l’autre. » Mais si vous laissez le profond repos de Dieu vous envahir, le repos en Christ Jésus, la paix, le repos et la sainteté du Ciel, ce repos apportera une bénédiction au cœur, plus encore que les paroles que vous prononcez.

Une grande fécondité

Mais, en troisième lieu, le sarment enseigne une leçon de grande fécondité.

Le Seigneur Jésus-Christ a répété ce mot : fruit si souvent dans cette parabole. Il parla d’abord de fruit, puis de plus de fruit, puis de beaucoup de fruit. Oui, vous êtes destinés non seulement à porter du fruit, mais à porter beaucoup de fruit. « En ceci mon Père est glorifié, que vous portiez beaucoup de fruit » (Jean 15:8). En premier lieu, Christ a dit : « Je suis le cep, et mon Père est le vigneron. Mon Père est le vigneron qui a la charge de moi et de vous. » Celui qui veillera sur la connexion entre Christ et les sarments, c’est Dieu ; et c’est par la puissance de Dieu, au travers de Christ, que nous devons porter du fruit.

Oh, chrétiens, vous savez que ce monde périt faute d’ouvriers. Et il ne manque pas seulement de plus d’ouvriers — les ouvriers disent, les uns plus ardemment que les autres : « Nous n’avons pas seulement besoin de plus d’ouvriers, mais il nous faut des ouvriers dotés d’une puissance nouvelle, d’une vie différente ; il faut que nous, ouvriers, soyons capables d’apporter davantage de bénédiction. » Enfants de Dieu, je fais appel à vous. Vous savez quelle peine vous prenez, par exemple, en cas de maladie. Vous avez un ami bien-aimé apparemment en danger de mort, et rien ne peut le réconforter autant que quelques raisins, et ils sont hors de saison ; mais quelle peine vous vous donnerez pour obtenir les raisins qui doivent être la nourriture de cet ami mourant ! Et, oh, il y a autour de vous des gens qui ne vont jamais à l’église, et tant d’autres qui vont à l’église, mais ne connaissent pas Christ. Et pourtant les raisins célestes, les raisins du Cep céleste, ne s’obtiennent à aucun prix, si ce n’est lorsque l’enfant de Dieu les porte hors de sa vie intérieure, dans la communion avec Christ. À moins que les enfants de Dieu ne soient remplis de la sève du Cep céleste, à moins qu’ils ne soient remplis du Saint-Esprit et de l’amour de Jésus, ils ne peuvent porter beaucoup du véritable raisin céleste. Nous confessons tous qu’il y a une grande quantité d’œuvre, beaucoup de prédication, d’enseignement et de visites, beaucoup de rouages, beaucoup d’efforts sincères de toute sorte ; mais il n’y a pas beaucoup de manifestation de la puissance de Dieu en tout cela.

Que manque-t-il ? Ce qui manque, c’est la connexion étroite entre l’ouvrier et le Cep céleste. Christ, le Cep céleste, a des bénédictions qu’il pourrait répandre sur des dizaines de milliers de gens qui périssent. Christ, le Cep céleste, a la puissance de fournir les raisins célestes. Mais « vous êtes les sarments », et vous ne pouvez porter de fruit céleste que si vous êtes en connexion étroite avec Jésus-Christ.

Ne confondez pas l’œuvre et le fruit. Il peut y avoir beaucoup d’œuvre pour Christ qui n’est pas le fruit du Cep céleste. Ne recherchez pas l’œuvre seulement. Oh ! étudiez cette question du port du fruit. Elle signifie la vie même, la puissance même, l’esprit même et l’amour même au cœur du Fils de Dieu — elle signifie le Cep céleste lui-même venant dans votre cœur et dans le mien.

Vous savez qu’il y a différentes sortes de raisins, chacune portant un nom différent, et chaque vigne fournit exactement cet arôme et ce jus particuliers qui donnent au raisin sa saveur et son goût propres. De même, il y a dans le cœur de Christ Jésus une vie, un amour, un Esprit, une bénédiction et une puissance pour les hommes, entièrement célestes et divins, et qui descendront dans nos cœurs. Tenez-vous en connexion étroite avec le Cep céleste et dites :

« Seigneur Jésus, rien de moins que la sève qui coule à travers toi-même, rien de moins que l’Esprit de ta vie divine, voilà ce que nous demandons. Seigneur Jésus, je te prie, laisse ton Esprit couler à travers moi dans toute mon œuvre pour toi. »

Je vous le dis encore, la sève du Cep céleste n’est rien d’autre que le Saint-Esprit. Le Saint-Esprit est la vie du Cep céleste, et ce que vous devez recevoir de Christ n’est rien de moins qu’un puissant afflux du Saint-Esprit. Vous en avez extrêmement besoin, et vous ne désirez rien de plus que cela. Souvenez-vous-en. N’attendez pas de Christ qu’il donne un peu de force ici, un peu de bénédiction là, et un peu d’aide là-bas. De même que le cep fait son œuvre en donnant au sarment sa sève propre, attendez de Christ qu’il donne son propre Saint-Esprit dans votre cœur, et alors vous porterez beaucoup de fruit. Et si vous n’avez fait que commencer à porter du fruit, et que vous écoutez la parole de Christ dans la parabole, « plus de fruit », « beaucoup de fruit », souvenez-vous que, pour porter plus de fruit, il vous faut simplement plus de Jésus dans votre vie et dans votre cœur.

Nous, ministres de l’Évangile, combien nous risquons de tomber dans un état de travail, travail, travail ! Et nous prions à ce sujet, mais la fraîcheur, l’entrain et la joie de la vie céleste ne sont pas toujours présents. Cherchons à comprendre que la vie du sarment est une vie de beaucoup de fruit, parce que c’est une vie enracinée en Christ, le Cep vivant et céleste.

Une communion étroite

Et, en quatrième lieu, la vie du sarment est une vie de communion étroite.

Demandons encore : qu’a donc à faire le sarment ? Vous connaissez ce mot précieux et inépuisable dont Christ s’est servi : Demeure. Votre vie doit être une vie de demeure. Et comment doit être ce demeurer ? Il doit être exactement comme le sarment dans le cep, demeurant à chaque minute du jour. Les voilà, les sarments, en communion étroite, en communion ininterrompue avec le cep, de janvier à décembre. Et ne puis-je vivre chaque jour — c’est pour moi une chose presque terrible que nous ayons à poser la question — ne puis-je vivre en communion permanente avec le Cep céleste ?

Vous dites : « Mais je suis tellement occupé à d’autres choses. »

Vous avez peut-être dix heures de dur travail par jour, durant lesquelles votre cerveau doit s’occuper de choses temporelles ; Dieu l’ordonne ainsi. Mais l’œuvre du demeurer est l’œuvre du cœur, non du cerveau, l’œuvre du cœur qui s’attache à Jésus et se repose en lui, une œuvre par laquelle le Saint-Esprit nous unit à Christ Jésus. Oh, croyez que, plus profond que le cerveau, tout au fond de la vie intérieure, vous pouvez demeurer en Christ, en sorte qu’à chaque instant où vous êtes libre cette conscience vous vienne :

« Bienheureux Jésus, je suis encore en toi. »

Si vous voulez apprendre, pour un temps, à mettre de côté toute autre œuvre et à entrer dans ce contact permanent avec le Cep céleste, vous découvrirez que le fruit viendra.

Quelle est, pour notre vie, l’application de cette communion permanente ? Que signifie-t-elle ?

Elle signifie une communion étroite avec Christ dans la prière secrète. Je suis sûr qu’il y a des chrétiens qui aspirent véritablement à la vie supérieure, qui ont parfois reçu une grande bénédiction, et qui ont parfois éprouvé un grand afflux de joie céleste et un grand épanchement d’allégresse céleste ; et pourtant, après un temps, cela s’est évanoui. Ils n’ont pas compris qu’une communion personnelle, réelle et étroite avec Christ est une nécessité absolue pour la vie quotidienne. Prenez le temps d’être seuls avec Christ. Rien, dans le Ciel ni sur la terre, ne peut vous affranchir de cette nécessité, si vous voulez être des chrétiens heureux et saints.

Oh ! combien de chrétiens regardent comme un fardeau, un impôt, un devoir et une difficulté le fait d’être souvent seuls avec Dieu ! C’est là le grand obstacle à notre vie chrétienne partout. Nous avons besoin de davantage de communion paisible avec Dieu, et je vous dis, au nom du Cep céleste, que vous ne pouvez être des sarments sains, des sarments dans lesquels la sève céleste puisse couler, à moins de prendre largement le temps de la communion avec Dieu. Si vous n’êtes pas disposés à sacrifier du temps pour être seuls avec lui, à lui donner chaque jour le temps d’œuvrer en vous et de maintenir le lien de connexion entre vous et lui-même, il ne peut vous donner cette bénédiction de sa communion ininterrompue. Jésus-Christ vous demande de vivre en communion étroite avec lui. Que chaque cœur dise : « Ô Christ, c’est cela que je désire, c’est cela que je choisis. » Et il vous le donnera avec joie.

L’abandon absolu

Et enfin, la vie du sarment est une vie d’abandon absolu.

Ce mot, l’abandon absolu, est un mot grand et solennel, et je crois que nous n’en comprenons pas le sens. Et pourtant le petit sarment le prêche.

« As-tu quelque chose à faire, petit sarment, sinon porter des raisins ? »

« Non, rien. »

« N’es-tu bon à rien ? »

Bon à rien ! La Bible dit qu’un morceau de cep ne peut même pas servir de plume ; il n’est bon à rien qu’à être brûlé.

« Et maintenant, que comprends-tu, petit sarment, de ta relation avec le cep ? »

« Ma relation est simplement celle-ci : je suis entièrement livré au cep, et le cep peut me donner autant ou aussi peu de sève qu’il lui plaît. Me voici à sa disposition, et le cep peut faire de moi ce qu’il veut. »

Oh, amis, nous avons besoin de cet abandon absolu au Seigneur Jésus-Christ. Plus je parle, plus je sens que c’est là l’un des points les plus difficiles à rendre clairs, et l’un des points les plus importants et les plus nécessaires à expliquer — ce qu’est cet abandon absolu. Il est souvent facile, pour un homme ou pour un certain nombre d’hommes, de s’avancer et de s’offrir à Dieu pour une entière consécration, et de dire : « Seigneur, mon désir est de me livrer entièrement à toi. » Cela a une grande valeur et apporte souvent une très riche bénédiction. Mais l’unique question que je devrais étudier dans le calme est celle-ci : qu’entend-on par abandon absolu ?

Cela signifie que, aussi littéralement que Christ s’est livré tout entier à Dieu, je suis livré tout entier à Christ. Est-ce trop fort ? Certains le pensent. Certains pensent que cela ne peut jamais être ; que, tout aussi entièrement et absolument que Christ a livré sa vie pour ne rien faire d’autre que chercher le bon plaisir du Père, et dépendre du Père absolument et entièrement, je ne dois rien faire d’autre que chercher le bon plaisir de Christ. Or, cela est réellement vrai. Christ Jésus est venu souffler en nous son propre Esprit, pour nous faire trouver notre plus haute félicité à vivre entièrement pour Dieu, tout comme il l’a fait. Oh, frères bien-aimés, s’il en est ainsi, alors je devrais dire :

« Oui, aussi vrai que cela est de ce petit sarment du cep, aussi vrai, par la grâce de Dieu, je voudrais qu’il en soit de moi. Je voudrais vivre jour après jour afin que Christ puisse faire de moi ce qu’il voudra. »

Ah ! voici la terrible méprise qui est au fond d’une si grande part de notre propre religion. Un homme pense :

« J’ai mes affaires et mes devoirs de famille, et mes relations de citoyen, et tout cela je ne puis le changer. Et maintenant, à côté de tout cela, je dois faire entrer la religion et le service de Dieu, comme quelque chose qui me gardera du péché. Que Dieu m’aide à accomplir mes devoirs comme il faut ! »

Cela n’est pas juste. Quand Christ est venu, il est venu racheter le pécheur par son sang. S’il y avait ici un marché d’esclaves et que j’achetasse un esclave, j’emmènerais cet esclave dans ma propre maison, loin de son ancien milieu, et il vivrait chez moi comme ma propriété personnelle, et je pourrais lui commander tout le jour. Et s’il était un esclave fidèle, il vivrait comme n’ayant ni volonté ni intérêts propres, son unique souci étant de promouvoir le bien-être et l’honneur de son maître. Et de même, moi qui ai été racheté par le sang de Christ, j’ai été racheté pour vivre chaque jour avec une seule pensée : comment puis-je plaire à mon Maître ?

Oh, nous trouvons la vie chrétienne si difficile parce que nous recherchons la bénédiction de Dieu tout en vivant dans notre propre volonté. Nous serions heureux de vivre la vie chrétienne à notre propre gré. Nous faisons nos propres plans et choisissons notre propre œuvre, puis nous demandons au Seigneur Jésus d’intervenir et de veiller à ce que le péché ne nous domine pas trop, et à ce que nous ne nous égarions pas trop loin ; nous lui demandons d’intervenir et de nous donner une certaine mesure de sa bénédiction. Mais notre relation avec Jésus devrait être telle que nous soyons entièrement à sa disposition, et que chaque jour nous venions à lui humblement et sans détour, en disant :

« Seigneur, y a-t-il en moi quelque chose qui ne soit pas selon ta volonté, qui n’ait pas été ordonné par toi, ou qui ne te soit pas entièrement livré ? »

Oh, si nous voulions attendre, et attendre patiemment, je vais vous dire quel en serait le résultat. Il naîtrait entre nous et Christ une relation si étroite et si tendre que nous serions ensuite étonnés d’avoir pu autrefois vivre avec cette idée : « Je suis abandonné à Christ. » Nous sentirions combien nos rapports avec lui avaient été distants jusque-là, et qu’il peut, et qu’il vient en effet prendre réellement possession de nous, et donne une communion ininterrompue tout le jour. Le sarment nous appelle à l’abandon absolu.

Je ne parle pas maintenant tant de l’abandon des péchés. Il y a des gens qui en ont besoin, des gens aux tempéraments violents, aux mauvaises habitudes, et qui commettent de temps à autre des péchés réels qu’ils n’ont jamais remis dans le sein même de l’Agneau de Dieu. Je vous en prie, si vous êtes des sarments du Cep vivant, ne retenez pas un seul péché. Je sais qu’il y a bien des difficultés touchant cette question de la sainteté. Je sais que tous ne pensent pas exactement de même à ce sujet. Cela me serait relativement indifférent si je pouvais voir que tous aspirent honnêtement à être délivrés de tout péché. Mais je crains que, inconsciemment, il n’y ait souvent dans les cœurs des compromis avec l’idée que nous ne pouvons être sans péché, qu’il nous faut pécher un peu chaque jour, que nous ne pouvons l’éviter. Oh, si seulement les gens criaient réellement à Dieu : « Seigneur, garde-moi du péché ! » Donnez-vous entièrement à Jésus, et demandez-lui de faire tout son possible pour vous garder du péché.

Il y a bien des choses dans notre œuvre, dans notre église et dans notre entourage, que nous avons trouvées dans le monde à notre naissance, qui ont grandi tout autour de nous, et que nous croyons bonnes, impossibles à changer. Nous ne venons pas au Seigneur Jésus pour l’interroger à leur sujet. Oh ! je vous le conseille, chrétiens, mettez toutes choses en relation avec Jésus et dites :

« Seigneur, tout dans ma vie doit être dans la plus complète harmonie avec ma position de sarment de toi, le Cep béni. »

Que votre abandon à Christ soit absolu. Je ne comprends pas pleinement ce mot, abandon ; il reçoit sans cesse de nouveaux sens ; il s’élargit immensément de temps à autre. Mais je vous conseille de le proclamer : « L’abandon absolu à toi, ô Christ, voilà ce que j’ai choisi. » Et Christ vous montrera ce qui n’est pas selon sa pensée, et vous conduira à une félicité plus profonde et plus haute.

Pour conclure, laissez-moi tout rassembler en une seule phrase. Christ Jésus a dit : « Je suis le cep, vous êtes les sarments. » En d’autres termes : « Moi, le Vivant qui me suis si complètement donné à vous, je suis le Cep. Vous ne pouvez vous confier en moi avec excès. Je suis l’Ouvrier tout-puissant, plein d’une vie et d’une puissance divines. » Vous êtes les sarments du Seigneur Jésus-Christ. S’il y a dans votre cœur la conscience que vous n’êtes pas un sarment fort, sain, portant du fruit, pas étroitement uni à Jésus, ne vivant pas en lui comme vous le devriez — alors écoutez-le dire : « Je suis le Cep, je vous recevrai, je vous attirerai à moi, je vous bénirai, je vous fortifierai, je vous remplirai de mon Esprit. Moi, le Cep, je vous ai pris pour être mes sarments, je me suis donné entièrement à vous ; enfants, donnez-vous entièrement à moi. Je me suis abandonné à vous, comme Dieu, absolument ; je me suis fait homme et suis mort pour vous, afin d’être entièrement vôtre. Venez et abandonnez-vous entièrement pour être miens. »

Quelle sera notre réponse ? Oh, que ce soit une prière montée du fond de notre cœur, afin que le Christ vivant prenne chacun de nous et nous unisse étroitement à lui-même. Que notre prière soit que lui, le Cep vivant, unisse chacun de nous à lui-même de telle sorte que nous nous en allions le cœur chantant : « Il est mon Cep, et je suis ses sarments — je ne veux rien de plus — maintenant je possède le Cep éternel. » Puis, quand vous vous retrouvez seuls avec lui, adorez-le et rendez-lui hommage, louez-le et confiez-vous en lui, aimez-le et attendez son amour. « Tu es mon Cep, et je suis ton sarment. C’est assez, mon âme est satisfaite. »

Gloire à son nom béni !

L’abandon absolu Andrew Murray

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