Chapitre 6 · 15 min de lecture
Ô misérable que je suis!
« Misérable que je suis! Qui me délivrera du corps de cette mort? Grâces soient rendues à Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur! » (Romains 7:24, 25).
Vous savez quelle place merveilleuse ce texte occupe dans la merveilleuse épître aux Romains. Il se trouve ici, à la fin du septième chapitre, comme la porte d’entrée du huitième. Dans les seize premiers versets du huitième chapitre, le nom du Saint-Esprit se rencontre seize fois; vous y avez la description et la promesse de la vie qu’un enfant de Dieu peut vivre dans la puissance du Saint-Esprit. Elle commence au deuxième verset: « En effet, la loi de l’esprit de vie en Jésus-Christ m’a affranchi de la loi du péché et de la mort » (Rom. 8:2). De là, Paul poursuit en parlant des grands privilèges de l’enfant de Dieu, qui doit être conduit par l’Esprit de Dieu. La porte d’entrée de tout cela se trouve au vingt-quatrième verset du septième chapitre:
« Ô misérable que je suis! »
Vous avez là les paroles d’un homme qui est parvenu au bout de lui-même. Il a décrit, dans les versets précédents, comment il avait lutté et combattu par sa propre force pour obéir à la sainte loi de Dieu, et comment il avait échoué. Mais, en réponse à sa propre question, il trouve maintenant la vraie réponse et s’écrie: « Grâces soient rendues à Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur! » De là, il poursuit en parlant de ce qu’est cette délivrance qu’il a trouvée.
Je voudrais, à partir de ces paroles, décrire le chemin par lequel un homme peut être conduit hors de l’esprit de servitude dans l’esprit de liberté. Vous savez avec quelle netteté il est dit: « Vous n’avez point reçu un esprit de servitude, pour être encore dans la crainte. » Nous sommes sans cesse avertis que c’est là le grand danger de la vie chrétienne, de retomber dans la servitude; et je voudrais décrire le chemin par lequel un homme peut sortir de la servitude pour entrer dans la glorieuse liberté des enfants de Dieu. Ou plutôt, je voudrais décrire l’homme lui-même.
Premièrement, ces paroles sont le langage d’un homme régénéré; deuxièmement, d’un homme impuissant; troisièmement, d’un homme misérable; et quatrièmement, d’un homme sur les frontières de la pleine liberté.
L’homme régénéré
Il y a beaucoup de preuves de la régénération, depuis le quatorzième verset du chapitre jusqu’au vingt-troisième. « Et maintenant ce n’est plus moi qui le fais, mais c’est le péché qui habite en moi » (Rom. 7:17): voilà le langage d’un homme régénéré, d’un homme qui sait que son cœur et sa nature ont été renouvelés, et que le péché est désormais en lui une puissance qui n’est pas lui-même. « Car je prends plaisir à la loi de Dieu, selon l’homme intérieur » (Rom. 7:22): voilà encore le langage d’un homme régénéré. Il ose dire, lorsqu’il fait le mal: « Ce n’est plus moi qui le fais, mais c’est le péché qui habite en moi. » Il est de la plus haute importance de comprendre cela.
Dans les deux premières grandes sections de l’épître, Paul traite de la justification et de la sanctification. En traitant de la justification, il pose le fondement de la doctrine dans l’enseignement sur le péché, non pas au singulier, le péché, mais au pluriel, les péchés — les transgressions effectives. Dans la seconde partie du cinquième chapitre, il commence à traiter du péché, non plus comme transgression effective, mais comme puissance. Imaginez seulement quelle perte cela aurait été pour nous si nous n’avions pas cette seconde moitié du septième chapitre de l’épître aux Romains, si Paul avait omis dans son enseignement cette question vitale du caractère pécheur du croyant. Nous aurions manqué la question à laquelle nous voulons tous une réponse, celle du péché dans le croyant. Quelle est la réponse? L’homme régénéré est celui en qui la volonté a été renouvelée, et qui peut dire: « Je prends plaisir à la loi de Dieu, selon l’homme intérieur. »
L’homme impuissant
Voici la grande erreur que commettent bien des chrétiens: ils pensent que, dès lors qu’il y a une volonté renouvelée, cela suffit; mais il n’en est rien. Cet homme régénéré nous dit: « Je veux faire ce qui est bon, mais je ne trouve pas le pouvoir de l’accomplir. » Combien de fois ne nous dit-on pas que, si l’on s’y applique avec détermination, on peut accomplir ce que l’on veut! Mais cet homme était aussi déterminé qu’un homme puisse l’être, et pourtant il faisait cette confession: « j’ai la volonté, mais non le pouvoir de faire le bien » (Rom. 7:18).
Mais, direz-vous: « Comment se fait-il que Dieu amène un homme régénéré à faire une telle confession, lui qui a une volonté droite, un cœur qui aspire à faire le bien et qui aspire à faire tout son possible pour aimer Dieu? »
Examinons cette question. Pourquoi Dieu nous a-t-il donné notre volonté? Les anges qui sont tombés avaient-ils, dans leur propre volonté, la force de tenir ferme? Assurément non. La volonté de la créature n’est rien qu’un vase vide dans lequel la puissance de Dieu doit être manifestée. La créature doit chercher en Dieu tout ce qu’elle doit être. Vous le trouvez au second chapitre de l’épître aux Philippiens, et vous le trouvez ici aussi: l’œuvre de Dieu consiste à produire en nous et le vouloir et le faire, selon son bon plaisir. Voici un homme qui semble dire: « Dieu n’a pas produit le faire en moi. » Mais il nous est enseigné que Dieu produit et le vouloir et le faire. Comment concilier cette contradiction apparente?
Vous constaterez que, dans ce passage (Rom. 7:6-25), le nom du Saint-Esprit ne se rencontre pas une seule fois, ni celui de Christ. L’homme lutte et combat pour accomplir la loi de Dieu. Au lieu du Saint-Esprit et de Christ, la loi est mentionnée près de vingt fois. Dans ce chapitre, on voit un croyant faisant de son mieux pour obéir à la loi de Dieu avec sa volonté régénérée. Bien plus: vous trouverez que les petits mots je, moi, mon, reviennent plus de quarante fois. C’est le moi régénéré qui, dans son impuissance, cherche à obéir à la loi sans être rempli de l’Esprit. Telle est l’expérience de presque tous les saints. Après sa conversion, un homme se met à faire de son mieux, et il échoue; mais si nous sommes amenés à la pleine lumière, nous n’avons plus besoin d’échouer. Et nous n’avons pas du tout besoin d’échouer si nous avons reçu l’Esprit dans sa plénitude à la conversion.
Dieu permet cet échec afin que l’homme régénéré apprenne sa propre et totale impuissance. C’est au cours de cette lutte que nous vient ce sentiment de notre entière culpabilité. C’est ainsi que Dieu agit envers nous. Il permet que cet homme s’efforce d’accomplir la loi afin que, à force de s’efforcer et de lutter, il soit amené à ceci: « Je suis un enfant de Dieu régénéré, mais je suis totalement incapable d’obéir à sa loi. » Voyez quelles paroles fortes sont employées tout au long du chapitre pour décrire cet état: « je suis charnel, vendu au péché » (Rom. 7:14); « je vois dans mes membres une autre loi qui me rend captif de la loi du péché » (Rom. 7:23); et enfin: « Misérable que je suis! Qui me délivrera du corps de cette mort? » (Rom. 7:24). Ce croyant qui s’incline ici dans une profonde contrition est totalement incapable d’obéir à la loi de Dieu.
L’homme misérable
Non seulement l’homme qui fait cette confession est un homme régénéré et impuissant, mais il est aussi un homme misérable. Il est profondément malheureux et misérable; et qu’est-ce qui le rend si profondément misérable? C’est que Dieu lui a donné une nature qui L’aime. Il est profondément misérable parce qu’il sent qu’il n’obéit pas à son Dieu. Il dit, le cœur brisé: « Ce n’est pas moi qui le fais, mais je suis sous l’affreuse puissance du péché qui me tient abaissé. C’est moi, et pourtant ce n’est pas moi: hélas! hélas! c’est bien moi-même; tant je suis étroitement lié à lui, et tant il est étroitement entrelacé à ma nature même. » Béni soit Dieu lorsqu’un homme apprend à dire, du fond de son cœur: « Ô misérable que je suis! » Il est en chemin vers le huitième chapitre des Romains.
Beaucoup font de cette confession un oreiller pour le péché. Ils disent que si Paul a dû confesser ainsi sa faiblesse et son impuissance, qui sont-ils, eux, pour prétendre faire mieux? Et ainsi l’appel à la sainteté est tranquillement écarté. Plût à Dieu que chacun de nous eût appris à dire ces paroles dans l’esprit même où elles sont écrites ici! Lorsque nous entendons parler du péché comme de la chose abominable que Dieu hait, beaucoup d’entre nous ne tressaillent-ils pas devant ce mot? Plût à Dieu que tous les chrétiens qui pèchent et pèchent encore prissent ce verset à cœur. Si jamais vous prononcez une parole dure, dites: « Ô misérable que je suis! » Et chaque fois que vous vous emportez, mettez-vous à genoux et comprenez que Dieu n’a jamais voulu que ce fût là l’état dans lequel son enfant devait demeurer. Plût à Dieu que nous fissions entrer cette parole dans notre vie de tous les jours, et que nous la disions chaque fois que notre propre honneur est touché, et chaque fois que nous disons des choses dures, et chaque fois que nous péchons contre le Seigneur Dieu, et contre le Seigneur Jésus-Christ dans son humilité, dans son obéissance et dans son sacrifice de lui-même! Plût à Dieu que vous puissiez tout oublier et vous écrier: « Ô misérable que je suis! Qui me délivrera du corps de cette mort? »
Pourquoi devriez-vous dire cela chaque fois que vous commettez un péché? Parce que c’est lorsqu’un homme est amené à cette confession que la délivrance est proche.
Et souvenez-vous que ce n’était pas seulement le sentiment d’être impuissant et emmené captif qui le rendait misérable, mais c’était par-dessus tout le sentiment de pécher contre son Dieu. La loi faisait son œuvre, rendant le péché à l’excès pécheur à ses yeux. La pensée d’attrister continuellement Dieu devint absolument insupportable — c’est elle qui fit jaillir ce cri perçant: « Ô misérable que je suis! » Aussi longtemps que nous discourons et raisonnons sur notre impuissance et notre échec, et que nous cherchons seulement à comprendre ce que signifie Romains 7, cela ne nous profitera guère; mais dès que chaque péché donne une intensité nouvelle au sentiment de notre misère, et que nous ressentons tout notre état comme un état non seulement d’impuissance, mais d’un péché véritablement excessif, nous serons pressés non seulement de demander: « Qui nous délivrera? » mais de nous écrier: « Grâces soient rendues à Dieu par Jésus-Christ mon Seigneur! »
L’homme presque délivré
Cet homme s’est efforcé d’obéir à la belle loi de Dieu. Il l’a aimée, il a pleuré sur son péché, il a essayé de vaincre, il a essayé de surmonter faute après faute, mais chaque fois il a fini dans l’échec.
Que voulait-il dire par « le corps de cette mort »? Voulait-il dire: mon corps lorsque je mourrai? Assurément non. Au huitième chapitre, vous avez la réponse à cette question dans ces paroles: « si par l’Esprit vous faites mourir les actions du corps, vous vivrez. » Voilà le corps de mort dont il cherche à être délivré.
Et maintenant, le voici au bord de la délivrance! Au vingt-troisième verset du septième chapitre, nous avons ces paroles: « je vois dans mes membres une autre loi, qui lutte contre la loi de mon entendement, et qui me rend captif de la loi du péché, qui est dans mes membres. » C’est un captif qui s’écrie: « Ô misérable que je suis! Qui me délivrera du corps de cette mort? » C’est un homme qui se sent enchaîné. Mais regardez le contraste, au deuxième verset du huitième chapitre: « La loi de l’esprit de vie en Jésus-Christ m’a affranchi de la loi du péché et de la mort. » Voilà la délivrance par Jésus-Christ notre Seigneur; la liberté rendue au captif que l’Esprit apporte. Pouvez-vous retenir plus longtemps captif un homme rendu libre par la « loi de l’esprit de vie en Jésus-Christ »?
Mais vous direz: l’homme régénéré n’avait-il pas l’Esprit de Jésus lorsqu’il parlait au sixième chapitre? Oui, mais il ne savait pas ce que le Saint-Esprit pouvait faire pour lui.
Dieu n’agit pas par son Esprit comme il agit par une force aveugle dans la nature. Il conduit son peuple comme des êtres raisonnables et intelligents; c’est pourquoi, lorsqu’il veut nous donner ce Saint-Esprit qu’il a promis, il nous amène d’abord au bout de nous-mêmes, à la conviction que, bien que nous nous soyons efforcés d’obéir à la loi, nous avons échoué. Lorsque nous en sommes arrivés là, alors il nous montre que, dans le Saint-Esprit, nous avons la puissance de l’obéissance, la puissance de la victoire et la puissance d’une réelle sainteté.
Dieu produit le vouloir, et il est prêt à produire le faire, mais, hélas! bien des chrétiens le comprennent mal. Ils pensent que, parce qu’ils ont la volonté, cela suffit, et qu’ils sont désormais capables d’agir. Il n’en est pas ainsi. La volonté nouvelle est un don permanent, un attribut de la nature nouvelle. Le pouvoir d’agir n’est pas un don permanent, mais doit être reçu à chaque instant du Saint-Esprit. C’est l’homme qui est conscient de sa propre impuissance en tant que croyant qui apprendra que, par le Saint-Esprit, il peut vivre une vie sainte. Cet homme est au bord de cette grande délivrance; le chemin a été préparé pour le glorieux huitième chapitre. Je pose maintenant cette solennelle question: Où en êtes-vous dans votre vie? En êtes-vous à: « Ô misérable que je suis! Qui me délivrera? », avec de temps à autre une petite expérience de la puissance du Saint-Esprit? ou bien à: « Grâces soient rendues à Dieu par Jésus-Christ! La loi de l’Esprit m’a affranchi de la loi du péché et de la mort »?
Ce que fait le Saint-Esprit, c’est de donner la victoire. « si par l’Esprit vous faites mourir les actions du corps, vous vivrez » (Rom. 8:13). C’est le Saint-Esprit qui accomplit cela — la troisième Personne de la Divinité. C’est lui qui, lorsque le cœur s’ouvre tout grand pour le recevoir, entre et y règne, et fait mourir les actions du corps, jour après jour, heure après heure, et instant après instant.
Je veux en venir à un point précis. Souvenez-vous, cher ami, que ce dont nous avons besoin, c’est d’en venir à la décision et à l’action. Il y a dans l’Écriture deux sortes de chrétiens très différentes. La Bible parle, dans les épîtres aux Romains, Corinthiens et Galates, du fait de céder à la chair; et telle est la vie de dizaines de milliers de croyants. Tout leur manque de joie dans le Saint-Esprit, et leur manque de la liberté qu’il donne, ne tiennent qu’à la chair. L’Esprit est en eux, mais la chair gouverne la vie. Être conduits par l’Esprit de Dieu, voilà ce dont ils ont besoin. Plût à Dieu que je puisse faire comprendre à chacun de ses enfants ce que signifie que le Dieu éternel a donné son cher Fils, Christ Jésus, pour veiller sur vous chaque jour, et que ce que vous avez à faire, c’est de vous confier en lui; et que l’œuvre du Saint-Esprit est de vous rendre capables, à chaque instant, de vous souvenir de Jésus et de vous confier en lui! L’Esprit est venu pour maintenir, à chaque instant, le lien avec lui sans qu’il se rompe. Loué soit Dieu pour le Saint-Esprit! Nous sommes tellement habitués à considérer le Saint-Esprit comme un luxe, réservé aux occasions particulières, ou à des ministres et à des hommes particuliers. Mais le Saint-Esprit est nécessaire à chaque croyant, à chaque instant du jour. Louez Dieu de ce que vous le possédez, et de ce qu’il vous donne la pleine expérience de la délivrance en Christ, en vous rendant libres de la puissance du péché.
Qui aspire à posséder la puissance et la liberté du Saint-Esprit? Ô mon frère, inclinez-vous devant Dieu dans un dernier cri de désespoir:
« Ô Dieu, dois-je continuer ainsi à pécher pour toujours? Qui me délivrera, ô misérable que je suis! du corps de cette mort? »
Êtes-vous prêt à vous abîmer devant Dieu dans ce cri et à chercher la puissance de Jésus pour qu’elle demeure et agisse en vous? Êtes-vous prêt à dire: « Grâces soient rendues à Dieu par Jésus-Christ »?
À quoi bon aller à l’église ou assister à des conférences, étudier nos Bibles et prier, si nos vies ne sont pas remplies du Saint-Esprit? C’est là ce que Dieu veut; et rien d’autre ne nous rendra capables de vivre une vie de puissance et de paix. Vous savez que, lorsqu’un pasteur ou un parent se sert du catéchisme, une réponse est attendue dès qu’une question est posée. Hélas! combien de chrétiens se contentent de la question posée ici: « Misérable que je suis! Qui me délivrera du corps de cette mort? » sans jamais donner la réponse. Au lieu de répondre, ils restent silencieux. Au lieu de dire: « Grâces soient rendues à Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur! », ils répètent sans fin la question sans la réponse. Si vous voulez le chemin de la pleine délivrance de Christ et de la liberté de l’Esprit, la glorieuse liberté des enfants de Dieu, empruntez-le à travers le septième chapitre des Romains; puis dites: « Grâces soient rendues à Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur! » Ne vous contentez pas de gémir sans cesse, mais dites: « Moi, homme misérable, je rends grâces à Dieu, par Jésus-Christ. Même si je ne vois pas encore tout, je vais louer Dieu. »
Il y a une délivrance, il y a la liberté du Saint-Esprit. Le royaume de Dieu, c’est « la joie par le Saint-Esprit » (Rom. 14:17).