Chapitre 4 · 13 min de lecture
La repentance de Pierre
« Le Seigneur, s’étant retourné, regarda Pierre. Et Pierre se souvint de la parole que le Seigneur lui avait dite : Avant que le coq chante, tu me renieras trois fois. Et étant sorti, il pleura amèrement » (Luc 22:61, 62).
Ce fut le tournant dans l’histoire de Pierre. Christ lui avait dit : « Tu ne peux pas maintenant me suivre » (Jean 13:36). Pierre n’était pas en état de suivre Christ, car il n’avait pas été conduit au bout de lui-même ; il ne se connaissait pas, et c’est pourquoi il ne pouvait pas suivre Christ. Mais lorsqu’il sortit et pleura amèrement, alors vint le grand changement. Christ lui avait dit auparavant : « Quand tu seras converti, affermis tes frères. » Voici le point où Pierre fut converti de lui-même à Christ.
Je rends grâce à Dieu pour l’histoire de Pierre. Je ne connais pas dans la Bible d’homme qui nous apporte une plus grande consolation. Lorsque nous considérons son caractère, si plein de défaillances, et ce que Christ a fait de lui par la puissance du Saint-Esprit, il y a de l’espérance pour chacun de nous. Mais souvenez-vous : avant que Christ pût remplir Pierre du Saint-Esprit et faire de lui un homme nouveau, il lui fallut sortir et pleurer amèrement ; il lui fallut être humilié. Si nous voulons comprendre cela, je crois qu’il y a quatre points que nous devons considérer. Premièrement, considérons Pierre le disciple dévoué de Jésus ; ensuite, Pierre vivant la vie du moi ; puis Pierre dans sa repentance ; et enfin, ce que Christ a fait de Pierre par le Saint-Esprit.
Pierre, le disciple dévoué de Christ
Christ appela Pierre à abandonner ses filets et à le suivre. Pierre le fit aussitôt, et il put ensuite dire avec raison au Seigneur :
« Voici, nous avons tout quitté, et nous t’avons suivi » (Matthieu 19:27).
Pierre était un homme d’abandon absolu ; il renonça à tout pour suivre Jésus. Pierre était aussi un homme d’obéissance empressée. Vous vous souvenez que Christ lui dit : « Avance en pleine eau, et jetez vos filets. » Pierre le pêcheur savait qu’il n’y avait pas de poissons là, car ils avaient peiné toute la nuit sans rien prendre ; mais il dit : « Sur ta parole, je jetterai le filet » (Luc 5:4, 5). Il se soumit à la parole de Jésus. De plus, il était un homme d’une grande foi. Lorsqu’il vit Christ marcher sur la mer, il dit : « Seigneur, si c’est toi, ordonne que j’aille vers toi » (Matthieu 14:28) ; et à la voix de Christ il descendit de la barque et marcha sur les eaux.
Et Pierre était un homme de discernement spirituel. Lorsque Christ demanda aux disciples : « Qui dites-vous que je suis ? », Pierre sut répondre : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Et Christ dit : « Tu es heureux, Simon, fils de Jonas ; car ce ne sont pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est dans les cieux. » Et Christ parla de lui comme de l’homme rocher, et dit qu’il aurait les clefs du royaume. Pierre était un homme remarquable, un disciple dévoué de Jésus, et s’il vivait de nos jours, tout le monde dirait qu’il était un chrétien avancé. Et pourtant, combien de choses manquaient encore à Pierre !
Pierre vivant la vie du moi
Vous vous rappelez que, juste après que Christ lui eut dit : « Ce ne sont pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est dans les cieux », Christ commença à parler de ses souffrances, et Pierre osa dire : « À Dieu ne plaise, Seigneur ! Cela ne t’arrivera pas. » Alors Christ dut dire :
« Arrière de moi, Satan ! car tes pensées ne sont pas les pensées de Dieu, mais celles des hommes » (Matthieu 16:22-23).
Voilà Pierre dans sa propre volonté, se fiant à sa propre sagesse, et interdisant en fait à Christ d’aller mourir. D’où cela venait-il ? Pierre se confiait en lui-même et en ses propres pensées sur les choses divines. Nous voyons plus loin, plus d’une fois, que parmi les disciples s’élevait une discussion pour savoir qui serait le plus grand, et Pierre était de ceux-là, et il pensait avoir droit à la toute première place. Il recherchait son propre honneur, même au-dessus des autres. C’était la vie du moi, puissante en Pierre. Il avait quitté ses barques et ses filets, mais non son vieux moi.
Lorsque Christ lui eut parlé de ses souffrances et eut dit : « Arrière de moi, Satan », il ajouta : « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive » (Matthieu 16:24). Nul ne peut le suivre s’il ne fait cela. Le moi doit être entièrement renié. Qu’est-ce que cela signifie ? Lorsque Pierre renia Christ, nous lisons qu’il dit trois fois : « Je ne connais pas cet homme » ; autrement dit : « Je n’ai rien à faire avec lui ; lui et moi ne sommes pas amis ; je nie avoir aucun lien avec lui. » Christ dit à Pierre qu’il devait renier le moi. Le moi doit être ignoré, et toutes ses prétentions rejetées. Voilà la racine du véritable état de disciple ; mais Pierre ne le comprit pas et ne put y obéir. Et qu’arriva-t-il ? Quand vint la dernière nuit, Christ lui dit :
« Avant que le coq chante deux fois, tu me renieras trois fois. »
Mais avec quelle confiance en lui-même Pierre dit : « Quand tous t’abandonneraient, moi, je ne t’abandonnerai point. Je suis prêt à aller avec toi, et en prison et à la mort » (Marc 14:29 ; Luc 22:33).
Pierre le pensait sincèrement, et Pierre avait vraiment l’intention de le faire ; mais Pierre ne se connaissait pas lui-même. Il ne croyait pas être aussi mauvais que Jésus le disait.
Nous pensons peut-être à des péchés particuliers qui s’interposent entre nous et Dieu ; mais que faire de cette vie du moi qui est tout entière impure — notre nature même ? Que faire de cette chair qui est entièrement sous la puissance du péché ? C’est de cela que nous avons besoin d’être délivrés. Pierre l’ignorait, et c’est pourquoi, dans sa confiance en lui-même, il sortit et renia son Seigneur.
Remarquez comment Christ emploie deux fois ce mot, renier. Il dit à Pierre la première fois : « Renie le moi » ; il dit à Pierre la seconde fois : « Tu me renieras. » C’est l’un ou l’autre. Il n’y a pas de choix pour nous ; nous devons ou bien renier le moi, ou bien renier Christ. Il y a deux grandes puissances qui se combattent l’une l’autre — la nature du moi sous la puissance du péché, et Christ sous la puissance de Dieu. L’une de ces deux doit régner en nous.
C’est le moi qui fit le Diable. Il était un ange de Dieu, mais il voulut exalter le moi. Il devint un Diable en enfer. Le moi fut la cause de la chute de l’homme. Ève voulut quelque chose pour elle-même, et ainsi nos premiers parents tombèrent dans toute la misère du péché. Nous, leurs enfants, avons hérité d’une affreuse nature de péché.
La repentance de Pierre
Pierre renia son Seigneur trois fois, et alors le Seigneur le regarda ; et ce regard de Jésus brisa le cœur de Pierre, et tout à coup s’ouvrit devant lui le terrible péché qu’il avait commis, la terrible défaillance survenue, et l’abîme dans lequel il était tombé, et « Pierre, étant sorti, pleura amèrement ».
Oh ! qui peut dire ce qu’a dû être cette repentance ? Pendant les heures qui suivirent cette nuit-là, et le lendemain, lorsqu’il vit Christ crucifié et enseveli, et le jour suivant, le sabbat — oh, dans quel désespoir sans espoir et quelle honte il a dû passer ce jour !
« Mon Seigneur n’est plus, mon espérance n’est plus, et j’ai renié mon Seigneur. Après cette vie d’amour, après cette bienheureuse communion de trois années, j’ai renié mon Seigneur. Ô Dieu, aie pitié de moi ! »
Je ne pense pas que nous puissions mesurer dans quel abîme d’humiliation Pierre sombra alors. Mais ce fut le tournant et le changement ; et le premier jour de la semaine Christ fut vu de Pierre, et le soir il le rencontra avec les autres. Plus tard, au bord du lac de Galilée, il lui demanda : « M’aimes-tu ? » jusqu’à ce que Pierre fût attristé à la pensée que le Seigneur lui rappelait de l’avoir renié trois fois ; et il dit avec tristesse, mais avec droiture :
« Seigneur, tu sais toutes choses ; tu sais que je t’aime » (Jean 21:17).
Pierre transformé
Maintenant Pierre était préparé à la délivrance du moi, et c’est là ma dernière pensée. Vous savez que Christ le prit avec d’autres au marchepied du trône, et leur ordonna d’attendre là ; puis, le jour de la Pentecôte, le Saint-Esprit vint, et Pierre fut un homme changé. Je ne veux pas que vous pensiez seulement au changement survenu en Pierre, à cette hardiesse, à cette puissance, à cette intelligence des Écritures, et à cette bénédiction avec laquelle il prêcha ce jour-là. Rendons-en grâce à Dieu. Mais il y avait pour Pierre quelque chose de plus profond et de meilleur. La nature tout entière de Pierre fut changée. L’œuvre que Christ avait commencée en Pierre lorsqu’il l’avait regardé fut rendue parfaite quand il fut rempli du Saint-Esprit.
Si vous voulez le voir, lisez la première épître de Pierre. Vous savez en quoi consistaient les défaillances de Pierre. Quand il dit à Christ, en substance : « Tu ne peux jamais souffrir ; cela ne se peut pas » — cela montrait qu’il n’avait aucune idée de ce que c’est que de passer par la mort à la vie. Christ dit : « Renie-toi toi-même », et malgré cela il renia son Seigneur. Quand Christ l’avertit : « Tu me renieras », et qu’il insista qu’il ne le ferait jamais, Pierre montra combien peu il comprenait ce qu’il y avait en lui-même. Mais quand je lis son épître et l’entends dire : « Si vous êtes outragés pour le nom de Christ, vous êtes heureux, car l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu, repose sur vous » (1 Pierre 4:14), alors je dis que ce n’est pas l’ancien Pierre, mais que c’est l’Esprit même de Christ qui respire et parle en lui.
Je lis encore comment il dit : « C’est à cela que vous avez été appelés, à souffrir, comme Christ aussi a souffert » (1 Pierre 2:21). Je comprends quel changement s’était opéré en Pierre. Au lieu de renier Christ, il trouvait joie et plaisir à voir le moi renié, crucifié et livré à la mort. Et c’est pourquoi nous lisons dans les Actes que, lorsqu’il fut appelé devant le Conseil, il put dire avec hardiesse : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Actes 5:29), et qu’il put s’en retourner avec les autres disciples et se réjouir d’avoir été jugés dignes de souffrir pour le nom de Christ.
Vous vous souvenez de son exaltation de lui-même ; mais maintenant il a découvert que « l’ornement d’un esprit doux et paisible est d’un grand prix devant Dieu ». De nouveau il nous dit d’être « soumis les uns aux autres, et de nous revêtir d’humilité » (1 Pierre 5:5).
Cher ami, je vous en supplie, regardez Pierre entièrement changé — le Pierre qui se complaisait en lui-même, qui se confiait en lui-même, qui se cherchait lui-même, plein de péché, tombant sans cesse dans l’embarras, insensé et impétueux, mais maintenant rempli de l’Esprit et de la vie de Jésus. Christ l’avait fait pour lui par le Saint-Esprit.
Et maintenant, quel est mon but en ayant ainsi très brièvement rappelé l’histoire de Pierre ? Cette histoire doit être celle de tout croyant qui doit vraiment devenir une bénédiction par Dieu. Cette histoire est une prophétie de ce que chacun peut recevoir de Dieu dans le Ciel.
Jetons maintenant un rapide coup d’œil sur ce que ces leçons nous enseignent.
La première leçon est celle-ci — vous pouvez être un croyant très fervent, pieux et dévoué, en qui la puissance de la chair est pourtant encore très forte.
C’est là une vérité très solennelle. Pierre, avant de renier Christ, avait chassé des démons et guéri des malades ; et pourtant la chair avait de la puissance, et la chair avait de la place en lui. Oh, bien-aimés, nous devons comprendre que c’est justement parce qu’il y a tant de cette vie du moi en nous que la puissance de Dieu ne peut agir en nous aussi puissamment que Dieu est disposé à ce qu’elle agisse. Comprenez-vous que le grand Dieu aspire à doubler sa bénédiction, à donner par nous une bénédiction au décuple ? Mais il y a quelque chose qui l’en empêche, et ce quelque chose n’est la preuve de rien d’autre que de la vie du moi. Nous parlons de l’orgueil de Pierre, de l’impétuosité de Pierre, et de la confiance de Pierre en lui-même. Tout cela avait sa racine dans ce seul mot : le moi. Christ avait dit : « Renie le moi », et Pierre n’avait jamais compris, et jamais obéi ; et toute défaillance en découlait.
Quelle pensée solennelle, et quelle instante supplication pour nous, de crier : Ô Dieu, révèle-nous ceci, afin qu’aucun de nous ne vive la vie du moi ! Il est arrivé à plus d’un qui était chrétien depuis des années, qui avait peut-être occupé une position en vue, que Dieu le démasquât et lui apprît à se découvrir lui-même, et il en fut tout couvert de honte, tombant brisé devant Dieu. Oh, l’amère honte, la tristesse, la douleur et l’angoisse qui vinrent sur lui, jusqu’à ce qu’enfin il trouvât qu’il y avait une délivrance ! Pierre sortit et pleura amèrement, et il peut y avoir plus d’un homme pieux en qui la puissance de la chair règne encore.
Et puis ma seconde leçon est celle-ci — c’est l’œuvre de notre bienheureux Seigneur Jésus que de révéler la puissance du moi.
Comment se fait-il que Pierre, le Pierre charnel, le Pierre à la volonté propre, le Pierre au fort amour de lui-même, soit jamais devenu un homme de la Pentecôte et l’auteur de ses épîtres ? C’est parce que Christ l’avait pris en charge, et que Christ veillait sur lui, et que Christ l’enseignait et le bénissait. Les avertissements que Christ lui avait donnés faisaient partie de la formation ; et enfin vint ce regard d’amour. Dans sa souffrance, Christ ne l’oublia pas, mais se retourna et le regarda, et « Pierre, étant sorti, pleura amèrement ». Et le Christ qui conduisit Pierre à la Pentecôte attend aujourd’hui de prendre en charge tout cœur qui consent à s’abandonner à lui.
N’y en a-t-il pas quelques-uns qui disent : « Ah ! c’est là mon mal ; c’est toujours la vie du moi, la consolation de soi, la conscience de soi, la complaisance en soi, et la volonté propre ; comment m’en débarrasser ? »
Ma réponse est celle-ci : c’est Christ Jésus qui peut vous en débarrasser ; nul autre que Christ Jésus ne peut donner la délivrance de la puissance du moi. Et que vous demande-t-il de faire ? Il demande que vous vous humiliiez devant lui.