Chapitre 2 · 28 min de lecture
Le fruit de l’Esprit, c’est l’amour
Je voudrais considérer le fait d’une vie remplie du Saint-Esprit davantage sous son aspect pratique, et montrer comment cette vie se manifestera dans notre marche et notre conduite de chaque jour.
Sous l’Ancien Testament, vous le savez, le Saint-Esprit venait souvent sur les hommes comme un Esprit divin de révélation, pour révéler les mystères de Dieu, ou pour donner la puissance d’accomplir l’œuvre de Dieu. Mais il n’habitait pas alors en eux. Aujourd’hui, beaucoup ne désirent que le don de puissance pour l’œuvre, comme dans l’Ancien Testament, mais connaissent bien peu le don du Nouveau Testament, celui de l’Esprit qui habite au dedans, animant et renouvelant la vie tout entière. Lorsque Dieu donne le Saint-Esprit, son grand dessein est la formation d’un caractère saint. C’est le don d’une pensée sainte et d’une disposition spirituelle, et ce dont nous avons besoin par-dessus tout, c’est de dire :
« Il faut que le Saint-Esprit sanctifie toute ma vie intérieure, si je veux vraiment vivre pour la gloire de Dieu. »
Vous direz peut-être que, lorsque Christ promit l’Esprit à ses disciples, il le fit afin qu’ils eussent la puissance d’être ses témoins. Cela est vrai ; mais ils reçurent alors le Saint-Esprit dans une puissance et une réalité si célestes qu’il prit aussitôt possession de tout leur être, et les rendit ainsi propres, comme des hommes saints, à faire l’œuvre avec puissance selon qu’ils avaient à l’accomplir. Christ parla de puissance à ses disciples, mais c’était l’Esprit remplissant tout leur être qui produisait la puissance.
Je désire maintenant m’arrêter sur le passage qui se trouve dans Galates 5:22 :
« Le fruit de l’Esprit, c’est l’amour. »
Nous lisons que « l’amour est l’accomplissement de la loi » (Romains 13:10), et mon désir est de parler de l’amour comme fruit de l’Esprit dans un double but. Le premier, c’est que cette parole soit un projecteur dans nos cœurs, et nous donne une pierre de touche par laquelle éprouver toutes nos pensées sur le Saint-Esprit et toute notre expérience de la vie sainte. Éprouvons-nous nous-mêmes par cette parole. Cela a-t-il été notre habitude quotidienne, de chercher à être remplis du Saint-Esprit comme de l’Esprit d’amour ? « Le fruit de l’Esprit, c’est l’amour. » Avons-nous fait l’expérience que, plus nous avons du Saint-Esprit, plus nous devenons aimants ? En réclamant le Saint-Esprit, nous devrions faire de cela le premier objet de notre attente. Le Saint-Esprit vient comme un Esprit d’amour.
Oh ! si cela était vrai dans l’Église de Christ, combien son état serait différent ! Que Dieu nous aide à saisir cette vérité simple et céleste : que le fruit de l’Esprit est un amour qui paraît dans la vie, et que, dès que le Saint-Esprit prend réellement possession de la vie, le cœur sera rempli d’un amour réel, divin, universel.
L’une des grandes causes pour lesquelles Dieu ne peut bénir son Église, c’est le manque d’amour. Quand le corps est divisé, il ne peut y avoir de force. Au temps de leurs grandes guerres de religion, lorsque la Hollande tenait tête si noblement à l’Espagne, l’une de leurs devises était : « L’union fait la force. » Ce n’est que lorsque le peuple de Dieu se tient comme un seul corps, uni devant Dieu dans la communion de l’amour, uni les uns envers les autres dans une profonde affection, uni devant le monde dans un amour que le monde peut voir — ce n’est qu’alors qu’il aura la puissance d’obtenir la bénédiction qu’il demande à Dieu. Souvenez-vous que si un vase qui devrait former un seul tout est brisé en de nombreux morceaux, il ne peut être rempli. Vous pouvez prendre un tesson, une partie d’un vase, et y puiser un peu d’eau ; mais si vous voulez le vase plein, il faut que le vase soit entier. Cela est littéralement vrai de l’Église de Christ, et s’il est une chose pour laquelle nous devons encore prier, c’est celle-ci : Seigneur, fonds-nous ensemble en un seul par la puissance du Saint-Esprit ; que le Saint-Esprit, qui, à la Pentecôte, les fit tous d’un seul cœur et d’une seule âme, accomplisse parmi nous son œuvre bénie. Dieu soit loué, nous pouvons nous aimer les uns les autres d’un amour divin, car « le fruit de l’Esprit, c’est l’amour ». Livrez-vous à l’amour, et le Saint-Esprit viendra ; recevez l’Esprit, et il vous enseignera à aimer davantage.
Dieu est amour
Or, pourquoi le fruit de l’Esprit est-il l’amour ? Parce que Dieu est amour (1 Jean 4:8).
Et qu’est-ce que cela signifie ?
C’est la nature même et l’être même de Dieu de se plaire à se communiquer. Dieu n’a point d’égoïsme, Dieu ne garde rien pour lui-même. La nature de Dieu est de toujours donner. Dans le soleil, dans la lune et les étoiles, dans chaque fleur vous le voyez, dans chaque oiseau de l’air, dans chaque poisson de la mer. Dieu communique la vie à ses créatures. Et les anges autour de son trône, les séraphins et les chérubins qui sont des flammes de feu — d’où tiennent-ils leur gloire ? C’est parce que Dieu est amour, et qu’il leur communique de son éclat et de sa félicité. Et nous, ses enfants rachetés — Dieu se plaît à répandre son amour en nous. Et pourquoi ? Parce que, comme je l’ai dit, Dieu ne garde rien pour lui-même. De toute éternité Dieu avait son Fils unique, et le Père lui a donné toutes choses, et rien de ce que Dieu possédait ne fut retenu. « Dieu est amour. »
L’un des anciens Pères de l’Église a dit que nous ne pouvons mieux comprendre la Trinité que comme une révélation de l’amour divin — le Père, celui qui aime, la Source de l’amour ; le Fils, le bien-aimé, le Réservoir de l’amour, en qui l’amour fut répandu ; et l’Esprit, l’amour vivant qui unissait les deux et qui déborda ensuite sur ce monde. L’Esprit de la Pentecôte, l’Esprit du Père et l’Esprit du Fils est amour. Et lorsque le Saint-Esprit vient à nous et à d’autres hommes, sera-t-il moins un Esprit d’amour qu’il ne l’est en Dieu ? Cela ne se peut ; il ne peut changer sa nature. L’Esprit de Dieu est amour, et « le fruit de l’Esprit, c’est l’amour ».
L’humanité a besoin d’amour
Pourquoi cela ? C’était là le grand besoin de l’humanité, c’était là ce que la rédemption de Christ vint accomplir : rendre l’amour à ce monde.
Quand l’homme pécha, pourquoi pécha-t-il ? L’égoïsme triompha — il se chercha lui-même au lieu de Dieu. Et voyez ! Adam se met aussitôt à accuser la femme de l’avoir égaré. L’amour pour Dieu s’en était allé, l’amour pour l’homme était perdu. Voyez encore : des deux premiers enfants d’Adam, l’un devient le meurtrier de son frère.
Cela ne nous enseigne-t-il pas que le péché avait dépouillé le monde de l’amour ? Ah ! quelle preuve l’histoire du monde a été de la perte de l’amour ! Il a pu y avoir de beaux exemples d’amour même parmi les païens, mais seulement comme un faible reste de ce qui avait été perdu. L’une des pires choses que le péché fit à l’homme fut de le rendre égoïste, car l’égoïsme ne peut aimer.
Le Seigneur Jésus-Christ descendit du ciel comme le Fils de l’amour de Dieu. « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » (Jean 3:16). Le Fils de Dieu vint montrer ce qu’est l’amour, et il vécut ici-bas une vie d’amour, dans la communion avec ses disciples, dans la compassion envers les pauvres et les misérables, dans l’amour même envers ses ennemis, et il mourut de la mort de l’amour. Et lorsqu’il monta au ciel, qui envoya-t-il ? L’Esprit d’amour, pour venir bannir l’égoïsme, l’envie et l’orgueil, et apporter l’amour de Dieu dans le cœur des hommes. « Le fruit de l’Esprit, c’est l’amour. »
Et quelle fut la préparation à la promesse du Saint-Esprit ? Vous connaissez cette promesse telle qu’elle se trouve au quatorzième chapitre de l’Évangile de Jean. Mais souvenez-vous de ce qui précède au treizième chapitre. Avant de promettre le Saint-Esprit, Christ donna un commandement nouveau, et sur ce commandement nouveau il dit des choses admirables. L’une d’elles était : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » Pour eux, son amour jusqu’à la mort devait être l’unique loi de leur conduite et de leurs rapports mutuels. Quel message pour ces pêcheurs, pour ces hommes pleins d’orgueil et d’égoïsme ! « Apprenez à vous aimer les uns les autres, disait Christ, comme je vous ai aimés. » Et par la grâce de Dieu, ils le firent. Quand la Pentecôte vint, ils étaient d’un seul cœur et d’une seule âme. Christ le fit pour eux.
Et maintenant il nous appelle à demeurer et à marcher dans l’amour. Il demande que, même si un homme vous hait, vous l’aimiez encore. Le véritable amour ne peut être vaincu par rien, ni dans le ciel ni sur la terre. Plus il y a de haine, plus l’amour triomphe à travers tout cela et montre sa vraie nature. Tel est l’amour que Christ a commandé à ses disciples de pratiquer.
Que dit-il encore ? « À ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jean 13:35).
Vous savez tous ce que c’est que de porter un insigne. Et Christ dit à ses disciples, en substance : « Je vous donne un insigne, et cet insigne, c’est l’amour. Ce sera votre marque. C’est la seule chose, dans le ciel ou sur la terre, par laquelle les hommes puissent me reconnaître. »
Ne commençons-nous pas à craindre que l’amour ait fui de la terre ? Que si nous demandions au monde : « Nous avez-vous vus porter l’insigne de l’amour ? », le monde répondrait : « Non ; ce que nous avons entendu de l’Église de Christ, c’est qu’il n’y a pas un lieu où il n’y ait querelles et divisions. » Demandons à Dieu d’un seul cœur de pouvoir porter l’insigne de l’amour de Jésus. Dieu est capable de le donner.
L’amour vainc l’égoïsme
« Le fruit de l’Esprit, c’est l’amour. » Pourquoi ? Parce que rien d’autre que l’amour ne peut expulser et vaincre notre égoïsme.
Le moi est la grande malédiction, que ce soit dans sa relation avec Dieu, ou avec nos semblables en général, ou avec nos frères chrétiens, quand nous pensons à nous-mêmes et cherchons notre propre intérêt. Le moi est notre plus grande malédiction. Mais, Dieu soit loué, Christ est venu nous racheter du moi. Nous parlons parfois de délivrance de la vie du moi — et grâces soient rendues à Dieu pour toute parole qui peut être dite là-dessus pour nous aider — mais je crains que certains ne pensent que la délivrance de la vie du moi signifie qu’ils n’auront désormais plus aucune peine à servir Dieu ; et ils oublient que la délivrance de la vie du moi, c’est d’être un vase débordant d’amour envers tous, tout le jour.
Et voilà la raison pour laquelle bien des gens prient pour la puissance du Saint-Esprit, et reçoivent quelque chose, mais oh ! si peu ! parce qu’ils ont prié pour la puissance en vue de l’œuvre, et pour la puissance en vue de la bénédiction, mais ils n’ont pas prié pour la puissance en vue d’une pleine délivrance du moi. Cela signifie non seulement le moi propre-juste dans nos rapports avec Dieu, mais le moi sans amour dans nos rapports avec les hommes. Et il y a une délivrance. « Le fruit de l’Esprit, c’est l’amour. » Je vous apporte la glorieuse promesse de Christ qu’il est capable de remplir nos cœurs d’amour.
Beaucoup d’entre nous s’efforcent parfois d’aimer. Nous essayons de nous contraindre à aimer, et je ne dis pas que cela soit mal ; cela vaut mieux que rien. Mais la fin en est toujours bien triste. « J’échoue continuellement », doit confesser un tel homme. Et quelle en est la raison ? La raison est simplement celle-ci : parce qu’ils n’ont jamais appris à croire et à accepter cette vérité, que le Saint-Esprit peut répandre l’amour de Dieu dans leur cœur. Ce texte béni ; combien souvent on l’a limité ! — « L’amour de Dieu est répandu dans nos cœurs » (Romains 5:5). On l’a souvent compris en ce sens : cela signifie l’amour de Dieu envers moi. Oh ! quelle limitation ! Ce n’est que le commencement. L’amour de Dieu est toujours l’amour de Dieu dans sa totalité, dans sa plénitude comme une puissance intérieure, un amour de Dieu envers moi qui remonte vers lui en amour, et déborde vers mes semblables en amour — l’amour de Dieu envers moi, et mon amour envers Dieu, et mon amour envers mes semblables. Les trois ne font qu’un ; on ne peut les séparer.
Croyez donc que l’amour de Dieu peut être répandu dans votre cœur et dans le mien, en sorte que nous puissions aimer tout le jour.
« Ah ! dites-vous, combien peu j’ai compris cela ! »
Pourquoi un agneau est-il toujours doux ? Parce que telle est sa nature. En coûte-t-il à l’agneau d’être doux ? Non. Pourquoi ? Il est si beau et si doux. Un agneau doit-il étudier pour être doux ? Non. Pourquoi cela lui est-il si facile ? C’est sa nature. Et un loup — pourquoi n’en coûte-t-il rien à un loup d’être cruel, et d’enfoncer ses crocs dans le pauvre agneau ou la brebis ? Parce que telle est sa nature. Il n’a pas à rassembler son courage ; la nature du loup est là.
Et comment puis-je apprendre à aimer ? Jamais, jusqu’à ce que l’Esprit de Dieu remplisse mon cœur de l’amour de Dieu, et que je commence à aspirer à l’amour de Dieu dans un sens tout différent de celui où je l’ai recherché si égoïstement, comme une consolation, une joie, un bonheur et un plaisir pour moi-même ; jamais, jusqu’à ce que je commence à apprendre que « Dieu est amour », à le réclamer, et à le recevoir comme une puissance intérieure de sacrifice de soi ; jamais, jusqu’à ce que je commence à voir que ma gloire, ma félicité, est d’être semblable à Dieu et à Christ, en abandonnant tout ce qui est en moi pour mes semblables. Que Dieu nous l’enseigne ! Oh ! la divine félicité de l’amour dont le Saint-Esprit peut remplir nos cœurs ! « Le fruit de l’Esprit, c’est l’amour. »
L’amour est le don de Dieu
Une fois encore je le demande : pourquoi cela doit-il être ainsi ? Et ma réponse est : sans cela nous ne pouvons vivre la vie quotidienne de l’amour.
Que de fois, lorsque nous parlons de la vie consacrée, il nous faut parler de l’humeur, et quelques-uns ont parfois dit :
« Vous faites trop de cas de l’humeur. »
Je ne pense pas que nous puissions en faire trop de cas. Songez un instant à une horloge et à ce que signifient ses aiguilles. Les aiguilles me disent ce qui est à l’intérieur de l’horloge, et si je vois que les aiguilles restent immobiles, ou qu’elles marquent une heure fausse, ou que l’horloge retarde ou avance, je dis que quelque chose ne fonctionne pas bien à l’intérieur de l’horloge. Et l’humeur est justement comme la révélation que l’horloge donne de ce qui est au dedans. L’humeur est une preuve, montrant si l’amour de Christ remplit le cœur, ou non. Combien y en a-t-il qui trouvent plus facile, à l’église, ou dans une réunion de prière, ou dans l’œuvre du Seigneur — un travail assidu et fervent — d’être saints et heureux, que dans la vie quotidienne avec leur femme et leurs enfants ; plus facile d’être saints et heureux hors de la maison que dans la maison ! Où est l’amour de Dieu ? En Christ. Dieu a préparé pour nous une merveilleuse rédemption en Christ, et il aspire à faire de nous quelque chose de surnaturel. Avons-nous appris à y aspirer, à le demander, et à l’attendre dans sa plénitude ?
Puis il y a la langue ! Nous parlons parfois de la langue lorsque nous traitons de la vie meilleure et de la vie de repos, mais songez seulement à quelle liberté bien des chrétiens laissent à leur langue. Ils disent :
« J’ai le droit de penser ce que je veux. »
Lorsqu’ils parlent les uns des autres, lorsqu’ils parlent de leurs voisins, lorsqu’ils parlent d’autres chrétiens, que de remarques acerbes ! Que Dieu me garde de dire quoi que ce soit qui manque d’amour ; que Dieu me ferme la bouche si je ne dois pas parler dans un tendre amour. Mais ce que je dis est un fait. Que de fois l’on trouve, parmi des chrétiens associés dans une même œuvre, la critique amère, le jugement tranchant, l’opinion hâtive, les paroles sans amour, le mépris secret les uns des autres, la condamnation secrète les uns des autres ! Oh ! de même que l’amour d’une mère couvre ses enfants, met en eux ses délices et a la plus tendre compassion pour leurs faiblesses ou leurs fautes, de même il devrait y avoir dans le cœur de chaque croyant un amour maternel envers chaque frère et chaque sœur en Christ. Avez-vous visé à cela ? L’avez-vous recherché ? L’avez-vous jamais imploré ? Jésus-Christ a dit : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jean 13:34). Et il ne mit pas cela parmi les autres commandements, mais il dit en substance :
C’est là un commandement nouveau , l’unique commandement : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jean 13:34).
C’est dans notre vie et notre conduite de chaque jour que le fruit de l’Esprit est l’amour. De là découlent toutes les grâces et toutes les vertus dans lesquelles l’amour se manifeste : la joie, la paix, la patience, la douceur, la bonté ; nulle âpreté ni dureté dans le ton, nulle malveillance ni égoïsme ; l’humilité devant Dieu et devant les hommes. Vous voyez que ce sont là toutes les vertus les plus douces. J’ai souvent pensé, en lisant ces paroles dans les Colossiens : « Revêtez-vous donc, comme des élus de Dieu, saints et bien-aimés, d’entrailles de miséricorde, de bonté, d’humilité, de douceur, de patience » (Colossiens 3:12), que si nous avions écrit cela, nous aurions mis au premier plan les vertus viriles, telles que le zèle, le courage et la diligence ; mais il nous faut voir combien les vertus les plus douces, les plus féminines, sont particulièrement liées à la dépendance à l’égard du Saint-Esprit. Ce sont bien là des grâces célestes. Elles ne se rencontraient jamais dans le monde païen. Il fallut que Christ vînt du ciel pour nous les enseigner. Votre félicité, c’est la patience, la douceur, la bonté ; votre gloire, c’est l’humilité devant Dieu. Le fruit de l’Esprit qu’il apporta du ciel, du cœur du Christ crucifié, et qu’il donne dans notre cœur, c’est avant tout et par-dessus tout — l’amour.
Vous savez ce que dit Jean : « Personne n’a jamais vu Dieu ; si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous » (1 Jean 4:12). C’est-à-dire : je ne puis voir Dieu, mais, en compensation, je puis voir mon frère, et si je l’aime, Dieu demeure en moi. Cela est-il vraiment vrai ? Que je ne puis voir Dieu, mais que je dois aimer mon frère, et que Dieu demeurera en moi ? Aimer mon frère est le chemin d’une véritable communion avec Dieu. Vous savez ce que Jean dit encore dans cette épreuve des plus solennelles : « Si quelqu’un dit : J’aime Dieu, et qu’il haïsse son frère, c’est un menteur ; car celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, comment peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas ? » (1 Jean 4:20). Voici un frère, un homme des plus difficiles à aimer. Il vous importune chaque fois que vous le rencontrez. Il est d’un caractère tout opposé au vôtre. Vous êtes un homme d’affaires soigneux, et vous avez à traiter avec lui dans vos affaires. Il est des plus désordonnés, des plus dépourvus de sens des affaires. Vous dites :
« Je ne puis l’aimer. »
Oh ! ami, vous n’avez pas appris la leçon que Christ voulait enseigner par-dessus tout. Que l’homme soit ce qu’il voudra, vous devez l’aimer. L’amour doit être le fruit de l’Esprit tout le jour et chaque jour. Oui, écoutez ! Si un homme n’aime pas son frère qu’il a vu — si vous n’aimez pas cet homme difficile à aimer que vous avez vu, comment pouvez-vous aimer Dieu que vous n’avez pas vu ? Vous pouvez vous tromper vous-même par de belles pensées sur l’amour de Dieu. Vous devez prouver votre amour pour Dieu par votre amour pour votre frère ; c’est là l’unique mesure par laquelle Dieu jugera votre amour pour lui. Si l’amour de Dieu est dans votre cœur, vous aimerez votre frère. Le fruit de l’Esprit, c’est l’amour.
Et quelle est la raison pour laquelle le Saint-Esprit de Dieu ne peut venir avec puissance ? N’est-ce pas possible ?
Vous vous souvenez de la comparaison que j’ai employée en parlant du vase. Je puis puiser un peu d’eau dans un tesson, un morceau de vase ; mais si un vase doit être plein, il faut qu’il soit sans brisure. Et les enfants de Dieu, où qu’ils se rassemblent, à quelque église, mission ou société qu’ils appartiennent, doivent s’aimer les uns les autres intensément, sinon l’Esprit de Dieu ne peut accomplir son œuvre. Nous parlons d’attrister l’Esprit de Dieu par la mondanité, le ritualisme, le formalisme, l’erreur et l’indifférence ; mais, je vous le dis, la seule chose qui, par-dessus tout, attriste l’Esprit de Dieu, c’est ce manque d’amour. Que chaque cœur s’examine lui-même, et demande que Dieu l’examine.
Notre amour manifeste la puissance de Dieu
Pourquoi nous enseigne-t-on que « le fruit de l’Esprit, c’est l’amour » ? Parce que l’Esprit de Dieu est venu faire de notre vie quotidienne une manifestation de la puissance divine et une révélation de ce que Dieu peut faire pour ses enfants.
Au deuxième et au quatrième chapitre des Actes, nous lisons que les disciples n’étaient qu’un cœur et qu’une âme. Pendant les trois années où ils avaient marché avec Christ, jamais ils n’avaient été dans cet esprit. Tout l’enseignement de Christ n’avait pu les rendre d’un seul cœur et d’une seule âme. Mais le Saint-Esprit vint du ciel et répandit l’amour de Dieu dans leurs cœurs, et ils furent d’un seul cœur et d’une seule âme. Le même Saint-Esprit qui apporta l’amour du ciel dans leurs cœurs doit nous remplir, nous aussi. Rien de moins ne suffira. Comme le fit Christ lui-même, on pourrait prêcher l’amour pendant trois ans avec la langue d’un ange, mais cela n’apprendrait à aucun homme à aimer, à moins que la puissance du Saint-Esprit ne vînt sur lui pour apporter l’amour du ciel dans son cœur.
Pensez à l’Église dans son ensemble. Que de divisions ! Pensez aux différentes communions. Prenez la question de la sainteté, prenez la question du sang qui purifie, prenez la question du baptême de l’Esprit — que de différends de telles questions causent parmi de chers croyants ! Qu’il y ait des divergences d’opinion ne me trouble pas. Nous n’avons pas tous la même constitution, le même tempérament et le même esprit. Mais que de fois la haine, l’amertume, le mépris, la division, le manque d’amour sont causés par les plus saintes vérités de la Parole de Dieu ! Nos doctrines, nos confessions de foi, ont été plus importantes que l’amour. Nous croyons souvent être vaillants pour la vérité, et nous oublions le commandement de Dieu de dire la vérité dans l’amour. Et il en fut ainsi au temps de la Réforme entre les Églises luthériennes et calvinistes. Quelle amertume il y eut alors au sujet de la sainte Cène, qui devait être le lien d’union entre tous les croyants ! Et ainsi, à travers les âges, les vérités les plus chères de Dieu sont devenues des montagnes qui nous ont séparés.
Si nous voulons prier avec puissance, et si nous voulons attendre que le Saint-Esprit descende avec puissance, et si nous voulons vraiment que Dieu répande son Esprit, il nous faut entrer dans une alliance avec Dieu, celle de nous aimer les uns les autres d’un amour céleste.
Y êtes-vous prêts ? Seul est un véritable amour celui qui est assez large pour embrasser tous les enfants de Dieu, les plus dépourvus d’amour et les plus difficiles à aimer, les plus indignes, les plus insupportables et les plus éprouvants. Si mon vœu — l’abandon absolu à Dieu — était sincère, alors il doit signifier l’abandon absolu à l’amour divin pour qu’il me remplisse ; il doit signifier d’être un serviteur de l’amour, pour aimer chaque enfant de Dieu autour de moi. « Le fruit de l’Esprit, c’est l’amour. »
Oh ! Dieu fit une chose merveilleuse lorsqu’il donna à Christ, à sa droite, le Saint-Esprit, pour descendre du cœur du Père et de son amour éternel. Et combien nous avons abaissé le Saint-Esprit au rang d’une simple puissance par laquelle nous avons à faire notre œuvre ! Que Dieu nous pardonne ! Oh ! que le Saint-Esprit soit tenu en honneur comme une puissance destinée à nous remplir de la vie même et de la nature même de Dieu et de Christ !
L’œuvre chrétienne requiert l’amour
« Le fruit de l’Esprit, c’est l’amour. » Je le demande une fois encore : pourquoi en est-il ainsi ? Et la réponse vient : c’est là l’unique puissance dans laquelle les chrétiens peuvent réellement faire leur œuvre.
Oui, c’est là ce dont nous avons besoin. Nous voulons non seulement l’amour qui doit nous lier les uns aux autres, mais un amour divin dans notre œuvre pour les perdus qui nous entourent. Oh ! n’entreprenons-nous pas souvent une grande somme de travail, tout comme les hommes entreprennent une œuvre de philanthropie, par un naturel esprit de compassion pour nos semblables ? N’entreprenons-nous pas souvent l’œuvre chrétienne parce que notre pasteur ou notre ami nous y appelle ? Et n’accomplissons-nous pas souvent l’œuvre chrétienne avec un certain zèle, mais sans avoir reçu un baptême d’amour ?
On demande souvent : « Qu’est-ce que le baptême de feu ? »
J’ai répondu plus d’une fois : je ne connais pas de feu semblable au feu de Dieu, le feu de l’amour éternel qui consuma le sacrifice au Calvaire. Le baptême d’amour est ce dont l’Église a besoin, et pour l’obtenir nous devons commencer sur-le-champ à nous prosterner la face contre terre devant Dieu, dans la confession, et à supplier :
« Seigneur, que l’amour du ciel descende dans mon cœur. Je livre ma vie pour prier et vivre comme un homme qui s’est abandonné afin que l’amour éternel habite en lui et le remplisse. »
Ah ! oui, si l’amour de Dieu était dans nos cœurs, quelle différence cela ferait ! Il y a des centaines de croyants qui disent :
« Je travaille pour Christ, et je sens que je pourrais travailler bien davantage, mais je n’ai pas le don. Je ne sais ni comment ni par où commencer. Je ne sais pas ce que je puis faire. »
Frère, sœur, demandez à Dieu de vous baptiser de l’Esprit d’amour, et l’amour trouvera son chemin. L’amour est un feu qui brûlera à travers toute difficulté. Vous avez beau être un homme timide et hésitant, qui ne sait pas bien parler, l’amour peut tout traverser en brûlant. Que Dieu nous remplisse d’amour ! Nous en avons besoin pour notre œuvre.
Vous avez lu bien des récits touchants d’amour manifesté, et vous vous êtes dit : Que c’est beau ! J’en ai entendu un il n’y a pas longtemps. On avait demandé à une dame de prendre la parole dans un asile de relèvement où se trouvaient un certain nombre de pauvres femmes. Comme elle y arrivait et s’approchait de la fenêtre avec la directrice, elle aperçut au-dehors une misérable créature assise, et demanda :
« Qui est-ce ? »
La directrice répondit : « Elle est entrée dans la maison trente ou quarante fois, et elle est toujours repartie. On ne peut rien faire d’elle, tant elle est abaissée et endurcie. »
Mais la dame dit : « Il faut qu’elle entre. »
La directrice dit alors : « Nous vous attendions, l’assemblée est réunie, et vous n’avez qu’une heure pour votre allocution. »
La dame répondit : « Non, ceci est plus important » ; et elle sortit là où la femme était assise, et dit :
« Ma sœur, qu’avez-vous ? »
« Je ne suis pas votre sœur », fut la réponse.
Alors la dame posa la main sur elle, et dit : « Si, je suis votre sœur, et je vous aime » ; et elle parla ainsi jusqu’à ce que le cœur de la pauvre femme fût touché.
L’entretien dura quelque temps, et l’assemblée attendait patiemment. Finalement, la dame amena la femme dans la salle. Là se tenait la pauvre créature misérable et dégradée, pleine de honte. Elle ne voulut pas s’asseoir sur une chaise, mais s’assit sur un tabouret à côté du siège de l’oratrice, et celle-ci la laissa s’appuyer contre elle, les bras autour du cou de la pauvre femme, tandis qu’elle parlait à l’assemblée réunie. Et cet amour toucha le cœur de la femme ; elle avait trouvé quelqu’un qui l’aimait réellement, et cet amour donna accès à l’amour de Jésus.
Dieu soit loué ! il y a de l’amour sur la terre dans les cœurs des enfants de Dieu ; mais oh ! qu’il y en eût davantage !
Ô Dieu, baptise nos pasteurs d’un tendre amour, et nos missionnaires, et nos lecteurs de la Bible, et nos ouvriers, et nos associations de jeunes gens et de jeunes filles. Oh ! que Dieu commence avec nous maintenant, et nous baptise d’un amour céleste !
L’amour inspire l’intercession
Une fois encore. Il n’y a que l’amour qui puisse nous rendre propres à l’œuvre de l’intercession.
J’ai dit que l’amour doit nous rendre propres à notre œuvre. Savez-vous quelle est l’œuvre la plus difficile et la plus importante qui doive être accomplie pour ce monde pécheur ? C’est l’œuvre de l’intercession, l’œuvre d’aller à Dieu et de prendre le temps de le saisir.
Un homme peut être un chrétien fervent, un pasteur fervent, et il peut faire du bien, mais hélas ! que de fois il lui faut confesser qu’il sait bien peu ce que c’est que de demeurer auprès de Dieu. Que Dieu nous donne le grand don d’un esprit d’intercession, un esprit de prière et de supplication ! Permettez-moi de vous demander, au nom de Jésus, de ne pas laisser passer un jour sans prier pour tous les saints, et pour tout le peuple de Dieu.
Je trouve qu’il y a des chrétiens qui font peu de cas de cela. Je trouve qu’il y a des unions de prière où l’on prie pour les membres, et non pour tous les croyants. Je vous en prie, prenez le temps de prier pour l’Église de Christ. Il est juste de prier pour les païens, comme je l’ai déjà dit. Que Dieu nous aide à prier davantage pour eux. Il est juste de prier pour les missionnaires et pour l’œuvre d’évangélisation, et pour les inconvertis. Mais Paul ne disait pas aux gens de prier pour les païens ou pour les inconvertis. Paul leur disait de prier pour les croyants. Faites-en votre première prière chaque jour : « Seigneur, bénis tes saints en tout lieu. »
L’état de l’Église de Christ est indiciblement bas. Intercédez pour le peuple de Dieu, afin qu’il le visite ; intercédez les uns pour les autres ; intercédez pour tous les croyants qui s’efforcent de travailler pour Dieu. Que l’amour remplisse votre cœur. Demandez à Christ de le répandre en vous de nouveau chaque jour. Efforcez-vous de le recevoir par le Saint-Esprit de Dieu : je suis mis à part pour le Saint-Esprit, et le fruit de l’Esprit, c’est l’amour. Que Dieu nous aide à le comprendre.
Que Dieu nous accorde d’apprendre, jour après jour, à nous attendre à lui plus paisiblement. Ne nous attendons pas à Dieu seulement pour nous-mêmes, sinon la puissance de le faire sera bientôt perdue ; mais livrons-nous au ministère et à l’amour de l’intercession, et prions davantage pour le peuple de Dieu, pour le peuple de Dieu autour de nous, pour l’Esprit d’amour en nous et en eux, et pour l’œuvre de Dieu à laquelle nous sommes attachés ; et la réponse viendra sûrement, et notre attente auprès de Dieu sera une source de bénédiction et de puissance inexprimables. « Le fruit de l’Esprit, c’est l’amour. »
Avez-vous un manque d’amour à confesser devant Dieu ? Alors faites-en la confession et dites devant lui : « Ô Seigneur, mon manque de cœur, mon manque d’amour — je le confesse. » Et ensuite, tandis que vous jetez ce manque à ses pieds, croyez que le sang vous purifie, que Jésus vient dans sa puissante vertu qui purifie et qui sauve pour vous délivrer, et qu’il donnera son Saint-Esprit.
« Le fruit de l’Esprit, c’est l’amour. »