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Le Salut par la Foi

Portrait de John Wesley John Wesley

Texte

Éphésiens 2:8

En bref

Ni la foi d’un païen, ni celle d’un démon, ni même celle que les apôtres possédaient tandis que Christ était encore sur la terre — Wesley les écarte tour à tour avant de dire ce qu’est la foi qui sauve : non point un froid assentiment, une suite d’idées dans la tête, mais une disposition du cœur. Prêché devant l’Université, à Oxford, trois semaines après Aldersgate.

«C’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi.»

1. Toutes les bénédictions que Dieu a répandues sur l’homme procèdent de sa seule grâce, de sa libéralité, ou de sa faveur ; de sa faveur libre et imméritée ; d’une faveur entièrement imméritée ; l’homme n’ayant aucun droit à la moindre de ses miséricordes. Ce fut la grâce toute gratuite qui «forma l’homme de la poussière de la terre, et souffla en lui une âme vivante», qui imprima sur cette âme l’image de Dieu, et «mit toutes choses sous ses pieds». Cette même grâce gratuite nous continue, aujourd’hui encore, la vie, le souffle, et toutes choses. Car il n’est rien que nous soyons, que nous ayons, ou que nous fassions, qui puisse mériter la moindre chose de la main de Dieu. «Toutes nos œuvres, c’est Toi, ô Dieu, qui les as opérées en nous.» Celles-ci, dès lors, sont autant de nouveaux témoignages de sa miséricorde gratuite : et quelque justice qui se puisse trouver en l’homme, elle est aussi le don de Dieu.

2. Par quel moyen donc l’homme pécheur expiera-t-il le moindre de ses péchés ? Par ses propres œuvres ? Non. Fussent-elles jamais si nombreuses ou si saintes, elles ne sont point à lui, mais à Dieu. Bien plus, elles sont toutes en elles-mêmes impures et pécheresses, de sorte que chacune d’elles a besoin d’une nouvelle expiation. Il ne croît que du fruit corrompu sur un arbre corrompu. Et son cœur est entièrement corrompu et abominable, étant «privé de la gloire de Dieu», de cette glorieuse justice d’abord empreinte sur son âme, selon l’image de son grand Créateur. C’est pourquoi, n’ayant rien à alléguer, ni justice ni œuvres, sa bouche est entièrement fermée devant Dieu.

3. Si donc des hommes pécheurs trouvent grâce devant Dieu, c’est «grâce sur grâce» ! Si Dieu daigne encore répandre sur nous de nouvelles bénédictions, oui, la plus grande de toutes les bénédictions, le salut ; que pouvons-nous dire à ces choses, sinon : «Grâces soient rendues à Dieu pour son don ineffable» ! Et il en est ainsi. En ceci «Dieu fait éclater son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore pécheurs, Christ est mort» pour nous sauver. «C’est par la grâce» donc «que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi.» La grâce est la source, la foi la condition, du salut.

Or, afin que nous ne demeurions point en deçà de la grâce de Dieu, il nous importe de rechercher avec soin, —

I. Quelle est la foi par laquelle nous sommes sauvés.

II. Quel est le salut qui est par la foi.

III. Comment nous pouvons répondre à quelques objections.

I. Quelle est la foi par laquelle nous sommes sauvés.

1. Et, premièrement, ce n’est point simplement la foi d’un païen.

Or, Dieu requiert d’un païen qu’il croie «que Dieu est ; qu’il est le rémunérateur de ceux qui le cherchent avec diligence» ; et qu’il le faut chercher en le glorifiant comme Dieu, en lui rendant grâces pour toutes choses, et par une pratique attentive de la vertu morale, de la justice, de la miséricorde et de la vérité, envers ses semblables. Un Grec ou un Romain, dès lors, oui, un Scythe ou un Indien, était sans excuse s’il ne croyait pas au moins ceci : l’existence et les attributs de Dieu, un état futur de récompense et de châtiment, et le caractère obligatoire de la vertu morale. Car ce n’est là que la foi d’un païen.

2. Ce n’est pas non plus, en second lieu, la foi d’un démon, quoique celle-ci aille beaucoup plus loin que celle d’un païen. Car le démon croit, non seulement qu’il existe un Dieu sage et puissant, prompt à récompenser et juste à punir ; mais encore que Jésus est le Fils de Dieu, le Christ, le Sauveur du monde. Ainsi le trouvons-nous déclarant, en termes exprès : «Je sais qui Tu es ; le Saint de Dieu» (Luc 4:34). Et nous ne saurions douter que cet esprit infortuné ne croie toutes ces paroles qui sont sorties de la bouche du Saint, oui, et tout ce qui fut d’ailleurs écrit par ces saints hommes d’autrefois, dont il fut contraint de rendre de deux d’entre eux ce glorieux témoignage : «Ces hommes sont les serviteurs du Dieu très-haut, qui vous annoncent la voie du salut.» Voilà donc ce que le grand ennemi de Dieu et de l’homme croit, et il tremble en le croyant, — que Dieu a été manifesté en chair ; qu’il «foulera tous ses ennemis sous ses pieds» ; et que «toute l’Écriture est divinement inspirée». Jusque-là va la foi d’un démon.

3. Troisièmement. La foi par laquelle nous sommes sauvés, dans ce sens du mot qui sera ci-après expliqué, n’est point simplement celle que les Apôtres eux-mêmes avaient tandis que Christ était encore sur la terre ; quoiqu’ils crussent en lui jusqu’à «tout quitter et le suivre» ; quoiqu’ils eussent alors le pouvoir d’opérer des miracles, de «guérir toute maladie et toute langueur» ; oui, ils avaient alors «puissance et autorité sur tous les démons» ; et, ce qui surpasse tout cela, ils furent envoyés par leur Maître pour «prêcher le royaume de Dieu».

4. Quelle est donc la foi par laquelle nous sommes sauvés ? On peut répondre, premièrement, en général, que c’est une foi en Christ : Christ, et Dieu par Christ, en sont les objets propres. En ceci, dès lors, elle se distingue suffisamment et absolument de la foi des païens, tant anciens que modernes. Et de la foi d’un démon elle se distingue pleinement par ceci : elle n’est point simplement une chose spéculative et rationnelle, un assentiment froid et sans vie, une suite d’idées dans la tête ; mais elle est aussi une disposition du cœur. Car ainsi parle l’Écriture : «C’est du cœur que l’on croit à justice» ; et : «Si tu confesses de ta bouche le Seigneur Jésus, et si tu crois dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé.»

5. Et voici en quoi elle diffère de cette foi que les Apôtres eux-mêmes possédaient tandis que notre Seigneur était sur la terre : elle reconnaît la nécessité et le mérite de sa mort, et la puissance de sa résurrection. Elle reconnaît sa mort comme l’unique moyen suffisant de racheter l’homme de la mort éternelle, et sa résurrection comme le rétablissement de nous tous à la vie et à l’immortalité ; d’autant qu’il «a été livré pour nos offenses, et est ressuscité pour notre justification». La foi chrétienne est donc, non seulement un assentiment à tout l’Évangile de Christ, mais aussi un plein appui sur le sang de Christ ; une confiance dans les mérites de sa vie, de sa mort et de sa résurrection ; un repos sur lui comme notre expiation et notre vie, comme donné pour nous, et vivant en nous ; et, par une conséquence de ceci, une union avec lui, et un attachement à lui, comme notre «sagesse, justice, sanctification et rédemption», ou, en un mot, notre salut.

II. Quel est le salut qui est par cette foi, voilà la seconde chose à considérer.

1. Et, premièrement, quoi qu’il implique d’ailleurs, c’est un salut présent. C’est une chose que l’on peut atteindre, oui, que l’on atteint réellement, ici-bas, par ceux qui participent à cette foi. Car ainsi parle l’Apôtre aux croyants d’Éphèse, et en eux aux croyants de tous les âges, non point : Vous serez (quoique cela aussi soit vrai), mais : «Vous êtes sauvés par le moyen de la foi

2. Vous êtes sauvés (pour tout renfermer en un seul mot) du péché. Voilà le salut qui est par la foi. Voilà ce grand salut annoncé par l’ange, avant que Dieu introduisît son Premier-né dans le monde : «Tu appelleras son nom Jésus ; car il sauvera son peuple de ses péchés.» Et ni ici, ni en d’autres endroits de la sainte Écriture, n’y a-t-il aucune limitation ni restriction. Tout son peuple, ou, comme il est exprimé ailleurs, «tous ceux qui croient en lui», il les sauvera de tous leurs péchés ; du péché originel et actuel, passé et présent, «de la chair et de l’esprit». Par la foi qui est en lui, ils sont sauvés et de la coulpe et de la puissance du péché.

3. Premièrement. De la coulpe de tout péché passé : car, tandis que le monde entier est coupable devant Dieu, à tel point que, s’il «prenait garde avec rigueur à ce qui se fait de mal, nul ne pourrait subsister» ; et tandis que «par la loi vient» seulement «la connaissance du péché», mais nulle délivrance de lui, en sorte que, «en» accomplissant «les œuvres de la loi, nulle chair ne peut être justifiée devant lui» : maintenant, «la justice de Dieu, qui est par la foi en Jésus-Christ, est manifestée envers tous ceux qui croient». Maintenant, «ils sont justifiés gratuitement par sa grâce, par la rédemption qui est en Jésus-Christ». «Dieu l’a établi pour être une propitiation par la foi en son sang, afin de montrer sa justice par (ou pour) la rémission des péchés passés.» Maintenant Christ a ôté «la malédiction de la loi, étant fait malédiction pour nous». Il a «effacé l’acte qui était contre nous, l’ôtant du milieu, et le clouant à sa croix». «Il n’y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui» croient «en Jésus-Christ».

4. Et étant sauvés de la coulpe, ils sont sauvés de la crainte. Non certes d’une crainte filiale d’offenser ; mais de toute crainte servile ; de cette crainte qui porte avec elle le tourment ; de la crainte du châtiment ; de la crainte de la colère de Dieu, qu’ils ne regardent plus désormais comme un Maître sévère, mais comme un Père indulgent. «Ils n’ont point reçu de nouveau un esprit de servitude, mais l’Esprit d’adoption, par lequel ils crient : Abba, Père ! l’Esprit lui-même rendant aussi témoignage à leur esprit qu’ils sont enfants de Dieu.» Ils sont aussi sauvés de la crainte, quoique non de la possibilité, de déchoir de la grâce de Dieu, et de demeurer en deçà des grandes et précieuses promesses. Ainsi ont-ils «la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ. Ils se glorifient dans l’espérance de la gloire de Dieu. Et l’amour de Dieu est répandu dans leurs cœurs par le Saint-Esprit qui leur a été donné.» Et par là ils sont persuadés (quoique peut-être non en tout temps, ni avec la même plénitude de persuasion), que «ni la mort, ni la vie, ni les choses présentes, ni les choses à venir, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre créature, ne pourront les séparer de l’amour de Dieu, qui est en Jésus-Christ notre Seigneur».

5. De plus : par cette foi ils sont sauvés de la puissance du péché, aussi bien que de sa coulpe. Ainsi le déclare l’Apôtre : «Vous savez qu’il a été manifesté pour ôter nos péchés ; et il n’y a point de péché en lui. Quiconque demeure en lui ne pèche point» (1 Jean 3:5 et suiv.). Et encore : «Petits enfants, que nul ne vous séduise. Celui qui commet le péché est du diable. Quiconque croit est né de Dieu. Et quiconque est né de Dieu ne commet point le péché ; car sa semence demeure en lui : et il ne peut pécher, parce qu’il est né de Dieu.» Une fois encore : «Nous savons que quiconque est né de Dieu ne pèche point ; mais celui qui est engendré de Dieu se garde lui-même, et le malin ne le touche point» (1 Jean 5:18).

6. Celui qui est, par la foi, né de Dieu ne pèche point (1.) par aucun péché habituel ; car tout péché habituel est un péché qui règne : or le péché ne peut régner en quiconque croit. Ni (2.) par aucun péché volontaire : car sa volonté, tant qu’il demeure dans la foi, est entièrement opposée à tout péché, et l’abhorre comme un poison mortel. Ni (3.) par aucun désir pécheur ; car il désire continuellement la sainte et parfaite volonté de Dieu ; et toute tendance vers un désir impur, il l’étouffe, par la grâce de Dieu, dès sa naissance. Ni (4.) ne pèche-t-il par infirmités, soit en acte, soit en parole, soit en pensée ; car ses infirmités n’ont point le concours de sa volonté ; et sans cela elles ne sont pas proprement des péchés. Ainsi, «celui qui est né de Dieu ne commet point le péché» : et quoiqu’il ne puisse dire qu’il n’a point péché, néanmoins maintenant «il ne pèche point».

7. Voilà donc le salut qui est par la foi, dès le monde présent : un salut du péché, et des conséquences du péché, l’un et l’autre souvent exprimés par le mot justification ; lequel, pris dans le sens le plus large, implique une délivrance de la coulpe et du châtiment, par l’expiation de Christ actuellement appliquée à l’âme du pécheur qui croit désormais en lui, et une délivrance de la puissance du péché, par Christ formé dans son cœur. En sorte que celui qui est ainsi justifié, ou sauvé par la foi, est en effet né de nouveau. Il est né de nouveau de l’Esprit à une vie nouvelle, qui «est cachée avec Christ en Dieu». Et, comme un enfant nouveau-né, il reçoit avec joie l’adolon, «le lait pur de la parole, et il croît par lui» ; s’avançant dans la force du Seigneur son Dieu, de foi en foi, de grâce en grâce, jusqu’à ce qu’enfin il parvienne à «l’état d’homme fait, à la mesure de la stature de la plénitude de Christ».

III. La première objection que l’on fait ordinairement à ceci est,

1. Que prêcher le salut, ou la justification, par la foi seule, c’est prêcher contre la sainteté et les bonnes œuvres. À quoi l’on pourrait donner cette brève réponse : «Il en serait ainsi, si nous parlions, comme le font quelques-uns, d’une foi séparée de celles-ci ; mais nous parlons d’une foi qui n’est point telle, mais qui produit toutes les bonnes œuvres et toute la sainteté.»

2. Mais il peut être utile de la considérer plus au long ; d’autant que ce n’est point une objection nouvelle, mais aussi ancienne que le temps de saint Paul. Car même alors on demandait : «N’anéantissons-nous point la loi par la foi ?» Nous répondons, premièrement, que tous ceux qui ne prêchent point la foi anéantissent manifestement la loi ; soit directement et grossièrement, par des restrictions et des gloses qui rongent tout l’esprit du texte ; soit indirectement, en n’indiquant point l’unique moyen par lequel il est possible de l’accomplir. Tandis que, secondement, «nous établissons la loi», et en montrant toute son étendue et son sens spirituel ; et en appelant tous les hommes à cette voie vivante, par laquelle «la justice de la loi peut être accomplie en eux». Ceux-là, tandis qu’ils se confient au seul sang de Christ, usent de toutes les ordonnances qu’il a instituées, font toutes les «bonnes œuvres qu’il a préparées d’avance afin qu’ils y marchent», et goûtent et manifestent toutes les dispositions saintes et célestes, oui, ce même esprit qui était en Jésus-Christ.

3. Mais prêcher cette foi ne conduit-il point les hommes à l’orgueil ? Nous répondons : accidentellement, cela se peut : c’est pourquoi tout croyant doit être sérieusement averti, par les paroles du grand Apôtre : «À cause de l’incrédulité», les premières branches «ont été retranchées : et toi, tu subsistes par la foi. Ne t’enorgueillis point, mais crains. Car si Dieu n’a point épargné les branches naturelles, prends garde qu’il ne t’épargne pas non plus. Considère donc la bonté et la sévérité de Dieu ! sévérité envers ceux qui sont tombés ; mais envers toi, bonté, si tu demeures dans sa bonté ; autrement, toi aussi tu seras retranché.» Et tandis qu’il y demeure, il se souviendra de ces paroles de saint Paul, prévoyant et réfutant cette objection même (Rom. 3:27) : «Où est donc le sujet de se glorifier ? Il est exclu. Par quelle loi ? celle des œuvres ? Non : mais par la loi de la foi.» Si un homme était justifié par ses œuvres, il aurait de quoi se glorifier. Mais il n’y a point de gloire pour celui «qui ne travaille point, mais qui croit en celui qui justifie l’impie» (Rom. 4:5). Au même effet tendent les paroles qui précèdent et qui suivent le texte (Éph. 2:4 et suiv.) : «Dieu, qui est riche en miséricorde, alors même que nous étions morts dans nos péchés, nous a vivifiés ensemble avec Christ (c’est par la grâce que vous êtes sauvés), afin de montrer les richesses infinies de sa grâce, par sa bonté envers nous en Jésus-Christ. Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi ; et cela ne vient point de vous.» Ce n’est point de vous-mêmes que vient ni votre foi ni votre salut : «c’est le don de Dieu» ; le don libre et immérité ; la foi par laquelle vous êtes sauvés, aussi bien que le salut que, de son propre bon plaisir, de sa seule faveur, il y attache. Que vous croyiez, c’est un effet de sa grâce ; que, croyant, vous soyez sauvés, en est un autre. «Non par les œuvres, afin que nul ne se glorifie.» Car toutes nos œuvres, toute notre justice, qui étaient antérieures à notre foi, ne méritaient de Dieu rien que la condamnation ; tant s’en faut qu’elles méritassent la foi, laquelle, dès lors, quand elle est donnée, n’est point par les œuvres. Le salut n’est pas non plus par les œuvres que nous faisons quand nous croyons, car c’est alors Dieu qui opère en nous : et, par conséquent, qu’il nous donne une récompense pour ce que lui-même opère, cela ne fait que relever les richesses de sa miséricorde, mais ne nous laisse rien de quoi nous glorifier.

4. «Toutefois, en parlant ainsi de la miséricorde de Dieu, comme sauvant ou justifiant gratuitement par la foi seule, n’encourage-t-on point les hommes dans le péché ?» Certes, cela se peut et cela arrivera : beaucoup «demeureront dans le péché afin que la grâce abonde» : mais leur sang est sur leur propre tête. La bonté de Dieu devrait les conduire à la repentance ; et ainsi fera-t-elle pour ceux qui sont sincères de cœur. Lorsqu’ils sauront qu’il y a encore pardon auprès de lui, ils crieront à haute voix afin qu’il efface aussi leurs péchés, par la foi qui est en Jésus. Et s’ils crient avec ardeur, et ne se lassent point, s’ils le cherchent dans tous les moyens qu’il a institués ; s’ils refusent d’être consolés jusqu’à ce qu’il vienne ; «il viendra, et ne tardera point». Et il peut faire beaucoup d’œuvre en peu de temps. Nombreux sont les exemples, dans les Actes des Apôtres, où Dieu opère cette foi dans les cœurs des hommes, comme un éclair tombant du ciel. Ainsi, à l’heure même où Paul et Silas commencèrent à prêcher, le geôlier se repentit, crut, et fut baptisé ; comme le furent trois mille hommes, par saint Pierre, au jour de la Pentecôte, qui tous se repentirent et crurent à sa première prédication. Et, béni soit Dieu, il y a maintenant beaucoup de preuves vivantes qu’il est encore «puissant pour sauver».

5. Cependant, à cette même vérité, placée sous un autre jour, on fait une objection tout opposée : «Si un homme ne peut être sauvé par tout ce qu’il peut faire, cela poussera les hommes au désespoir.» Il est vrai, au désespoir d’être sauvés par leurs propres œuvres, leurs propres mérites, ou leur propre justice. Et il en doit être ainsi ; car nul ne peut se confier aux mérites de Christ, avant d’avoir entièrement renoncé aux siens. Celui qui «s’efforce d’établir sa propre justice» ne peut recevoir la justice de Dieu. La justice qui est de la foi ne peut lui être donnée tant qu’il se confie en celle qui est de la loi.

6. Mais cette doctrine, dit-on, est une doctrine sans consolation. Le diable a parlé selon lui-même, c’est-à-dire, sans vérité ni honte, lorsqu’il a osé suggérer aux hommes qu’elle est telle. C’est la seule doctrine consolante, elle est «toute pleine de consolation», pour tous les pécheurs qui se sont perdus et condamnés eux-mêmes. Que «quiconque croit en lui ne sera point confus», que «ce même Seigneur de tous est riche envers tous ceux qui l’invoquent» : voilà une consolation, haute comme le ciel, plus forte que la mort ! Quoi ! de la miséricorde pour tous ? Pour Zachée, un brigand public ? Pour Marie-Madeleine, une vile courtisane ? Il me semble entendre quelqu’un dire : «Alors moi, moi aussi, je puis espérer miséricorde !» Et tu le peux en effet, ô toi l’affligé, que nul n’a consolé ! Dieu ne rejettera point ta prière. Bien plus, peut-être dira-t-il à l’heure prochaine : «Prends courage, tes péchés te sont pardonnés» ; pardonnés de telle sorte qu’ils ne régneront plus sur toi ; oui, et que «le Saint-Esprit rendra témoignage à ton esprit que tu es enfant de Dieu». Ô heureuse nouvelle ! nouvelle d’une grande joie, qui est envoyée à tout le peuple ! «Holà ! vous tous qui êtes altérés, venez aux eaux : venez, et achetez, sans argent et sans rien payer.» Quels que soient vos péchés, «fussent-ils rouges comme le cramoisi», fussent-ils plus nombreux que les cheveux de votre tête, «retournez à l’Éternel, et il aura pitié de vous, et à notre Dieu, car il pardonne abondamment».

7. Lorsqu’il ne se présente plus d’objections, on nous dit alors simplement que le salut par la foi seule ne doit point être prêché comme la première doctrine, ou, du moins, ne doit point être prêché du tout. Mais que dit le Saint-Esprit ? «Nul ne peut poser d’autre fondement que celui qui est posé, savoir Jésus-Christ.» Ainsi donc, que «quiconque croit en lui sera sauvé», voilà, et voilà ce qui doit être, le fondement de toute notre prédication ; c’est-à-dire qu’il doit être prêché en premier. «Soit, mais non à tous.» À qui donc ne devons-nous point le prêcher ? Qui excepterons-nous ? Les pauvres ? Non ; ils ont un droit particulier à ce que l’Évangile leur soit prêché. Les ignorants ? Non. Dieu a révélé ces choses à des hommes sans lettres et ignorants dès le commencement. Les jeunes ? Nullement. «Laissez-les», en toute manière, «venir à Christ, et ne les en empêchez point.» Les pécheurs ? Eux moins que tous. «Il n’est pas venu appeler les justes, mais les pécheurs à la repentance.» Pourquoi donc, s’il en faut excepter quelques-uns, ce serait les riches, les savants, les gens de bonne réputation, les hommes de mœurs réglées. Et il est vrai qu’eux-mêmes trop souvent s’exceptent de l’écouter ; néanmoins nous devons dire les paroles de notre Seigneur. Car voici la teneur de notre commission : «Allez, et prêchez l’Évangile à toute créature.» Si quelqu’un la détourne, elle ou quelque partie d’elle, à sa propre perdition, il en portera lui-même le fardeau. Mais encore : «l’Éternel est vivant ! tout ce que l’Éternel nous dira, c’est cela que nous annoncerons.»

8. En ce temps-ci, plus particulièrement, nous annoncerons que «c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi» : car jamais le maintien de cette doctrine ne fut plus opportun qu’il ne l’est aujourd’hui. Rien que ceci ne peut efficacement empêcher l’accroissement de l’erreur romaine parmi nous. Il serait infini d’attaquer, une à une, toutes les erreurs de cette Église. Mais le salut par la foi frappe à la racine, et toutes tombent à la fois là où celui-ci est établi. C’est cette doctrine, que notre Église appelle justement le roc puissant et le fondement de la religion chrétienne, qui, la première, chassa le papisme hors de ces royaumes ; et c’est elle seule qui peut l’en tenir écarté. Rien que ceci ne peut mettre un frein à cette immoralité qui a «couvert le pays comme un déluge». Pouvez-vous vider le grand abîme, goutte à goutte ? Alors vous pourrez nous réformer par des dissuasions contre des vices particuliers. Mais que la «justice qui est de Dieu par la foi» soit introduite, et alors ses flots orgueilleux seront arrêtés. Rien que ceci ne peut fermer la bouche de ceux qui «se glorifient dans leur honte, et renient ouvertement le Seigneur qui les a rachetés». Ils peuvent parler de la loi aussi sublimement que celui qui la porte écrite par Dieu dans son cœur. À les entendre parler sur ce sujet, on pourrait être porté à penser qu’ils ne sont pas loin du royaume de Dieu : mais tirez-les de la loi pour les mener à l’Évangile ; commencez par la justice de la foi ; par Christ, «la fin de la loi pour quiconque croit» ; et ceux qui, à l’instant même, paraissaient presque, sinon tout à fait, chrétiens, se trouvent avérés les fils de perdition ; aussi éloignés de la vie et du salut (que Dieu leur fasse miséricorde !) que la profondeur de l’enfer l’est de la hauteur des cieux.

9. C’est pour cette raison que l’adversaire entre en telle fureur toutes les fois que le «salut par la foi» est annoncé au monde : c’est pour cette raison qu’il souleva la terre et l’enfer, pour détruire ceux qui, les premiers, le prêchèrent. Et pour la même raison, sachant que la foi seule pouvait renverser les fondements de son royaume, il appela toutes ses forces, et employa tous ses artifices de mensonge et de calomnie, pour effrayer Martin Luther et le détourner de la faire revivre. Et nous n’en saurions être surpris ; car, comme le remarque cet homme de Dieu : «Combien n’enragerait-il point, un homme fort, orgueilleux et bien armé, d’être arrêté et réduit à néant par un petit enfant venant contre lui avec un roseau dans la main !» surtout lorsqu’il saurait que ce petit enfant le renverserait à coup sûr, et le foulerait aux pieds. Ainsi soit-il, Seigneur Jésus ! Ainsi Ta force s’est-elle toujours «accomplie dans la faiblesse» ! Va donc, ô petit enfant qui crois en lui, et sa «droite t’enseignera des choses terribles» ! Quoique tu sois sans force et faible comme un enfant de peu de jours, l’homme fort ne pourra subsister devant toi. Tu prévaudras sur lui, tu le soumettras, tu le renverseras et le fouleras sous tes pieds. Tu marcheras en avant, sous le grand Chef de ton salut, «en vainqueur et pour vaincre encore», jusqu’à ce que tous tes ennemis soient détruits, et que «la mort soit engloutie en victoire».

Or, grâces soient rendues à Dieu, qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ ; auquel, avec le Père et le Saint-Esprit, soient bénédiction, et gloire, et sagesse, et actions de grâces, et honneur, et puissance, et force, aux siècles des siècles. Amen.

L’Écriture dans ce sermon Éphésiens 2:8Romans 3:27Romans 4:5

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