Chapitre 9 · 24 min de lecture
La rétrogradation
« Je réparerai leur infidélité, J’aurai pour eux un amour sincère ; Car ma colère s’est détournée d’eux. » — Osée 14:4.
Il y a deux sortes de rétrogrades. Les uns n’ont jamais été convertis : ils ont accompli la formalité de se joindre à une communauté chrétienne et se disent rétrogrades ; mais jamais ils n’ont, si je puis employer l’expression, « avancé ». Ils peuvent parler de rétrograder ; mais ils n’ont jamais réellement été régénérés. Il faut les traiter autrement que les vrais rétrogrades — ceux qui sont nés de la semence incorruptible, mais qui se sont détournés. Ce sont ces derniers que nous voulons ramener par le même chemin qu’ils ont pris pour quitter leur premier amour.
Ouvrez au Psaume 85:5. Là vous lisez : « T’irriteras-tu contre nous à jamais ? Prolongeras-tu ta colère éternellement ? Ne nous rendras-tu pas à la vie, Afin que ton peuple se réjouisse en toi ? Éternel ! Fais-nous voir ta bonté, Et accorde-nous ton salut ! » Maintenant regardez encore : « J’écouterai ce que dit Dieu, l’Éternel ; Car il parle de paix à son peuple et à ses fidèles, Pourvu qu’ils ne retombent pas dans la folie » (verset 8).
Rien ne fait autant de bien aux rétrogrades que d’entrer en contact avec la Parole de Dieu ; et pour eux l’Ancien Testament est aussi rempli de secours que le Nouveau. Le livre de Jérémie renferme des passages admirables pour les égarés. Ce que nous voulons, c’est amener les rétrogrades à écouter ce que dira le Seigneur Dieu.
Regardez un moment Jérémie 6:10. « A qui m’adresser, et qui prendre à témoin pour qu’on écoute ? Voici, leur oreille est incirconcise, Et ils sont incapables d’être attentifs ; Voici, la parole de l’Éternel est pour eux un opprobre, Ils n’y trouvent aucun plaisir. » Telle est la condition des rétrogrades. Ils ne trouvent aucun plaisir dans la parole de Dieu. Mais nous voulons les ramener et laisser Dieu gagner leur oreille. Lisez à partir du quatorzième verset : « Ils pansent à la légère la plaie de la fille de mon peuple : Paix ! Paix ! Disent-ils ; Et il n’y a point de paix ; Ils seront confus, car ils commettent des abominations ; Ils ne rougissent pas, ils ne connaissent pas la honte ; C’est pourquoi ils tomberont avec ceux qui tombent, Ils seront renversés quand je les châtierai, Dit l’Éternel. Ainsi parle l’Éternel : Placez-vous sur les chemins, regardez, Et demandez quels sont les anciens sentiers, Quelle est la bonne voie ; marchez-y, Et vous trouverez le repos de vos âmes ! Mais ils répondent : Nous n’y marcherons pas. J’ai mis près de vous des sentinelles : Soyez attentifs au son de la trompette ! Mais ils répondent : Nous n’y serons pas attentifs. »
Telle était la condition des Juifs quand ils avaient rétrogradé. Ils s’étaient détournés des anciens sentiers. Et telle est la condition des rétrogrades. Ils se sont éloignés du bon vieux livre. Adam et Ève tombèrent pour n’avoir pas écouté la parole de Dieu. Ils ne crurent pas la parole de Dieu ; mais ils crurent le tentateur. C’est ainsi que tombent les rétrogrades — en se détournant de la parole de Dieu.
En Jérémie 2, nous trouvons Dieu plaidant avec eux comme un père plaiderait avec un fils. « Ainsi parle l’Éternel : Quelle iniquité vos pères ont-ils trouvée en moi, Pour s’éloigner de moi, Et pour aller après des choses de néant et n’être eux-mêmes que néant ?… C’est pourquoi je veux encore contester avec vous, dit l’Éternel, Je veux contester avec les enfants de vos enfants… Car mon peuple a commis un double péché : Ils m’ont abandonné, moi qui suis une source d’eau vive, Pour se creuser des citernes, des citernes crevassées, Qui ne retiennent pas l’eau. »
Or il est une chose sur laquelle nous voulons attirer l’attention des rétrogrades ; c’est que le Seigneur ne les a jamais abandonnés ; mais que ce sont eux qui l’ont abandonné ! Le Seigneur ne les a jamais quittés ; mais ce sont eux qui l’ont quitté ! Et cela, sans aucune cause ! Il dit : « Quelle iniquité vos pères ont-ils trouvée en moi, Pour s’éloigner de moi ? » Dieu n’est-il pas le même aujourd’hui que lorsque tu vins à lui pour la première fois ? Dieu a-t-il changé ? Les hommes sont enclins à penser que Dieu a changé ; mais la faute est en eux. Rétrograde, je te le demande : « Quelle iniquité y a-t-il en Dieu, pour que tu l’aies quitté et que tu te sois éloigné de lui ? » Vous vous êtes, dit-il, creusé des citernes crevassées qui ne retiennent pas l’eau. Le monde ne peut satisfaire la nature nouvelle. Aucun puits terrestre ne peut satisfaire l’âme qui est devenue participante de la nature céleste. L’honneur, la richesse et les plaisirs de ce monde ne satisferont pas ceux qui, ayant goûté l’eau de la vie, se sont égarés en cherchant le rafraîchissement aux fontaines du monde. Les puits terrestres se dessécheront. Ils ne peuvent étancher la soif spirituelle.
De nouveau, au trente-deuxième verset : « La jeune fille oublie-t-elle ses ornements, La fiancée sa ceinture ? Et mon peuple m’a oublié Depuis des jours sans nombre. » Telle est l’accusation que Dieu porte contre le rétrograde. Ils l’ont oublié « depuis des jours sans nombre ».
J’ai souvent surpris de jeunes femmes en leur disant : « Mon amie, vous pensez plus à vos boucles d’oreilles qu’au Seigneur. » La réponse a été : « Non, pas du tout. » Mais quand j’ai demandé : « Ne seriez-vous pas troublée si vous en perdiez une ; et ne vous mettriez-vous pas à la chercher ? » la réponse a été : « Eh bien, oui, je crois que oui. » Mais bien qu’elles se fussent détournées du Seigneur, cela ne leur causait aucun trouble ; et elles ne le cherchaient pas pour le trouver.
Combien, jadis en communion et en relation quotidienne avec le Seigneur, pensent aujourd’hui plus à leurs robes et à leurs parures qu’à leur âme précieuse ! L’amour n’aime pas être oublié. Des mères auraient le cœur brisé si leurs enfants les quittaient sans jamais écrire un mot ni envoyer le moindre gage de leur affection ; et Dieu plaide sur les rétrogrades comme un parent sur des êtres aimés qui se sont égarés. Il cherche à les ramener par la tendresse. Il demande : « Qu’ai-je fait pour que tu m’aies abandonné ? »
Les paroles les plus tendres et les plus aimantes qui se trouvent dans toute la Bible sont celles de l’Éternel à ceux qui l’ont quitté sans cause. Jérémie 2:19.
Écoutez comment il raisonne avec de tels hommes : (Jérémie 2:19.) « Ta méchanceté te châtiera, et ton infidélité te punira, Tu sauras et tu verras que c’est une chose mauvaise et amère D’abandonner l’Éternel, ton Dieu, Et de n’avoir de moi aucune crainte, Dit le Seigneur, l’Éternel des armées. »
Je n’exagère pas en disant que j’ai vu des centaines de rétrogrades revenir ; et je leur ai demandé s’ils n’avaient pas trouvé que c’était une chose mauvaise et amère d’abandonner le Seigneur. Vous ne trouverez pas un vrai rétrograde, qui ait connu le Seigneur, sans qu’il reconnaisse que c’est une chose mauvaise et amère de se détourner de lui ; et je ne connais pas de verset plus employé pour ramener les égarés que celui-là même. Puisse-t-il te ramener, si tu t’es égaré dans le pays lointain.
Voyez Lot. N’a-t-il pas trouvé que c’était une chose mauvaise et amère ? Il fut vingt ans à Sodome et ne fit jamais un seul converti. Il prospérait aux yeux du monde. Les hommes vous auraient dit qu’il était l’un des personnages les plus influents et les plus estimés de tout Sodome. Mais hélas ! hélas ! il ruina sa famille. Et c’est un spectacle pitoyable de voir ce vieux rétrograde parcourir les rues de Sodome à minuit, après avoir averti ses enfants, et qu’ils ont fait la sourde oreille.
Je n’ai jamais vu un homme et sa femme rétrograder sans que cela n’entraînât la ruine totale de leurs enfants. Ils tourneront la religion en dérision et se moqueront de leurs parents : « Ta méchanceté te châtiera, et ton infidélité te punira. » David ne l’a-t-il pas éprouvé ? Voyez-le, s’écriant : « Mon fils Absalom ! Mon fils, mon fils Absalom ! Que ne suis-je mort à ta place ! Absalom, mon fils, mon fils ! » Je crois que c’est la ruine, plutôt que la mort de son fils, qui causa cette angoisse.
Je me souviens d’avoir été engagé dans une conversation il y a quelques années, jusque passé minuit, avec un vieil homme. Il avait erré des années durant sur les montagnes arides du péché. Cette nuit-là, il voulait revenir. Nous priâmes, priâmes et priâmes encore, jusqu’à ce que la lumière se fît en lui ; et il s’en alla plein de joie. Le lendemain soir, il était assis devant moi tandis que je prêchais, et je crois n’avoir jamais vu de ma vie personne paraître aussi triste et misérable. Il me suivit dans la salle des entretiens. « Qu’y a-t-il ? » demandai-je. « Ton regard s’est-il détourné du Sauveur ? Tes doutes sont-ils revenus ? » « Non, ce n’est pas cela, dit-il. Je ne suis pas allé à mes affaires, mais j’ai passé toute cette journée à visiter mes enfants. Ils sont tous mariés et dans cette ville. Je suis allé de maison en maison, mais il n’y en a pas eu un seul qui ne se soit moqué de moi. C’est le jour le plus sombre de ma vie. Je me suis éveillé à ce que j’ai fait. J’ai entraîné mes enfants dans le monde ; et maintenant je ne puis les en retirer. » Le Seigneur lui avait rendu la joie de son salut ; pourtant restait l’amère conséquence de sa transgression. Vous pouvez parcourir votre expérience ; et vous trouverez de tels exemples répétés maintes et maintes fois. Beaucoup qui vinrent dans votre ville il y a des années en servant Dieu l’ont oublié dans leur prospérité : et où sont leurs fils et leurs filles ? Montrez-moi le père et la mère qui ont déserté le Seigneur et sont retournés aux faibles rudiments du monde ; et je me trompe fort si leurs enfants ne sont pas sur la grande route de la ruine.
Comme nous désirons être fidèles, nous avertissons ces rétrogrades. C’est un signe d’amour que d’avertir du danger. On pourra nous regarder un temps comme des ennemis ; mais les amis les plus vrais sont ceux qui élèvent la voix pour avertir. Israël n’eut jamais d’ami plus vrai que Moïse. Dans Jérémie, Dieu donna à son peuple un prophète en larmes pour le ramener à lui ; mais ils rejetèrent Dieu. Ils oublièrent le Dieu qui les avait fait sortir d’Égypte et qui les avait conduits à travers le désert jusqu’à la terre promise. Dans leur prospérité, ils l’oublièrent et se détournèrent. Le Seigneur leur avait dit ce qui arriverait. (Deutéronome 28.) Et voyez ce qui arriva. Le roi qui fit peu de cas de la parole de Dieu fut emmené captif par Nebucadnetsar, et ses enfants amenés devant lui et tous égorgés : on lui creva les yeux ; et il fut lié de chaînes d’airain et jeté dans un cachot à Babylone. (2 Rois 25:7.) C’est ainsi qu’il moissonna ce qu’il avait semé. Assurément, c’est une chose mauvaise et amère que de rétrograder ; mais le Seigneur voudrait te reconquérir par le message de son œuvre.
En Jérémie 8:5, nous lisons : « Pourquoi donc ce peuple de Jérusalem s’abandonne-t-il A de perpétuels égarements ? Ils persistent dans la tromperie, Ils refusent de se convertir. » C’est là ce que le Seigneur retient contre eux. « Ils refusent de se convertir. » « Je suis attentif, et j’écoute : Ils ne parlent pas comme ils devraient ; Aucun ne se repent de sa méchanceté, Et ne dit : Qu’ai-je fait ? Tous reprennent leur course, Comme un cheval qui s’élance au combat. Même la cigogne connaît dans les cieux sa saison ; La tourterelle, l’hirondelle et la grue Observent le temps de leur arrivée ; Mais mon peuple ne connaît pas la loi de l’Éternel. »
Maintenant regardez : « Je suis attentif, et j’écoute : Ils ne parlent pas comme ils devraient. » Pas d’autel de famille ! Pas de lecture de la Bible ! Pas de dévotion dans le secret ! Dieu se penche pour écouter ; mais son peuple s’est détourné ! S’il est un rétrograde pénitent, désireux du pardon et du relèvement, vous ne trouverez pas de paroles plus tendres que celles de Jérémie 3:12 : « Va, crie ces paroles vers le septentrion, et dis : Reviens, infidèle Israël ! Dit l’Éternel. Je ne jetterai pas sur vous un regard sévère ; Car je suis miséricordieux, dit l’Éternel, Je ne garde pas ma colère à toujours. » Maintenant remarquez : « Reconnais seulement ton iniquité, Reconnais que tu as été infidèle à l’Éternel, ton Dieu, Que tu as dirigé çà et là tes pas vers les dieux étrangers, Sous tout arbre vert, Et que tu n’as pas écouté ma voix, dit l’Éternel. Revenez, enfants rebelles, dit l’Éternel ; Car je suis votre maître » — songez à Dieu venant dire : « Je suis votre maître ! — Je vous prendrai, un d’une ville, deux d’une famille, Et je vous ramènerai dans Sion. »
« Reconnais seulement ton iniquité. » Que de fois ai-je présenté ce passage à un rétrograde ! « Reconnais »-la ; et Dieu dit : je te pardonnerai. Je me souviens d’un homme demandant : « Qui a dit cela ? Est-ce vraiment là ? » Et je lui présentai le passage : « Reconnais seulement ton iniquité » ; et l’homme tomba à genoux et s’écria : « Mon Dieu, j’ai péché » ; et le Seigneur le rétablit sur-le-champ. Si tu t’es égaré, il veut que tu reviennes.
Il dit ailleurs : « Que te ferai-je, Éphraïm ? Que te ferai-je, Juda ? Votre piété est comme la nuée du matin, Comme la rosée qui bientôt se dissipe » (Osée 6:4). Sa compassion et son amour sont admirables !
En Jérémie 3:22 : « Revenez, enfants rebelles, Je pardonnerai vos infidélités. Nous voici, nous allons à toi, Car tu es l’Éternel, notre Dieu. » Il met simplement les paroles dans la bouche du rétrograde. Viens seulement ; et, si tu veux venir, il te recevra favorablement et t’aimera d’un amour sincère.
En Osée 14:1, 2, 4 : « Israël, reviens à l’Éternel, ton Dieu, Car tu es tombé par ton iniquité. Apportez avec vous des paroles, Et revenez à l’Éternel (il met les paroles dans ta bouche) : Dites-lui : Pardonne toutes les iniquités, Et reçois-nous favorablement ! Nous t’offrirons, au lieu de taureaux, l’hommage de nos lèvres… Je réparerai leur infidélité, J’aurai pour eux un amour sincère, car ma colère s’est détournée d’eux. » Remarquez seulement ceci : Reviens ! Reviens !! Reviens !!! retentit à travers tous ces passages.
Or, si tu t’es égaré, souviens-toi que c’est toi qui l’as quitté, et non lui qui t’a quitté. Il te faut sortir de la fosse du rétrograde par le même chemin que tu as pris pour y entrer. Et si tu prends la même route que lorsque tu quittas le Maître, tu le trouveras maintenant, là même où tu es.
Si nous traitions Christ comme n’importe quel ami terrestre, nous ne le quitterions jamais ; et il n’y aurait jamais de rétrograde. Si je séjournais dans une ville une seule semaine, je ne songerais pas à partir sans serrer la main des amis que je m’y serais faits et sans leur dire « au revoir ». On me blâmerait à juste titre si je prenais le train et m’en allais sans dire un mot à personne. Le cri serait : « Qu’y a-t-il ? » Mais avez-vous jamais entendu parler d’un rétrograde disant « adieu » au Seigneur Jésus-Christ ; entrant dans le secret de sa chambre et disant : « Seigneur Jésus, je t’ai connu dix, vingt ou trente ans : mais je suis las de ton service ; ton joug n’est pas aisé, ni ton fardeau léger ; aussi je retourne au monde, aux marmites de l’Égypte. Adieu, Seigneur Jésus ! Adieu ! » ? Avez-vous jamais entendu cela ? Non ; jamais vous ne l’avez entendu, et jamais vous ne l’entendrez. Je vous le dis, si tu entres dans le secret de ta chambre, fermes la porte au monde et tiens communion avec le Maître, tu ne peux le quitter. Le langage de ton cœur sera : « à qui irions-nous », sinon à toi ? « Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jean 6:68). Tu ne pourrais retourner au monde si tu le traitais de la sorte. Mais tu l’as quitté et tu t’es enfui. Tu l’as oublié des jours sans nombre. Reviens aujourd’hui ; tel que tu es ! Décide-toi à ne pas trouver de repos que Dieu ne t’ait rendu la joie de son salut.
Un homme de Cornouailles rencontra un jour dans la rue un chrétien qu’il savait être un rétrograde. Il s’approcha de lui et dit : « Dites-moi, n’y a-t-il pas quelque éloignement entre vous et le Seigneur Jésus ? » L’homme baissa la tête et dit : « Oui. » « Eh bien, dit le gentilhomme, que vous a-t-il fait ? » Ce à quoi il ne répondit que par un flot de larmes.
En Apocalypse 2:4, 5, nous lisons : « Mais ce que j’ai contre toi, c’est que tu as abandonné ton premier amour. Souviens-toi donc d’où tu es tombé, repens-toi, et pratique tes premières œuvres ; sinon, je viendrai à toi, et j’ôterai ton chandelier de sa place, à moins que tu ne te repentes. » Je veux te mettre en garde contre une erreur que certains commettent au sujet de « pratiquer les premières œuvres ». Beaucoup pensent qu’ils doivent revivre la même expérience. Cela a maintenu des milliers de personnes des mois durant sans paix, parce qu’elles attendaient un renouvellement de leur première expérience. Jamais tu n’auras la même expérience que lorsque tu vins pour la première fois au Seigneur. Dieu ne se répète jamais. Parmi les millions d’hommes de la terre, il n’en est pas deux qui se ressemblent ou pensent de même. Vous direz peut-être que vous ne pouvez distinguer deux personnes l’une de l’autre ; mais quand vous les connaissez bien, vous discernez très vite les différences. Ainsi, nul n’aura une seconde fois la même expérience. Si Dieu veut rendre sa joie à ton âme, laisse-le faire à sa manière. Ne trace pas à Dieu le chemin par lequel il doit te bénir. Ne t’attends pas à la même expérience que tu eus il y a deux ans ou vingt ans. Tu auras une expérience nouvelle, et Dieu agira envers toi à sa propre manière. Si tu confesses tes péchés et lui dis que tu t’es écarté du sentier de ses commandements, il te rendra la joie de son salut.
Je veux attirer votre attention sur la manière dont Pierre tomba ; et je crois que presque tous tombent à peu près de la même façon. Je veux élever une note d’avertissement à l’adresse de ceux qui ne sont pas tombés. « Ainsi donc, que celui qui croit être debout prenne garde de tomber ! » (1 Corinthiens 10:12.) Il y a vingt-cinq ans — et durant les cinq premières années après ma conversion — je pensais que, si je pouvais tenir debout vingt ans, je n’aurais plus à craindre aucune chute. Mais plus on s’approche de la croix, plus le combat est ardent. Satan vise haut. Il alla parmi les douze et distingua le Trésorier — Judas Iscariot — et le premier des apôtres — Pierre. La plupart des hommes qui sont tombés l’ont fait du côté le plus fort de leur caractère. On me dit que le seul côté par lequel le château d’Édimbourg fut pris d’assaut avec succès était celui où les rochers étaient les plus escarpés, et où la garnison se croyait en sûreté. Si un homme pense être assez fort pour résister au diable sur un point quelconque, c’est là qu’il lui faut une garde particulière, car c’est par là que vient le tentateur.
Abraham se tient, pour ainsi dire, à la tête de la famille de la foi ; et l’on peut dire que les enfants de la foi font remonter leur origine à Abraham : et pourtant, en Égypte, il renia sa femme. (Genèse 12.) Moïse était renommé pour sa douceur ; et pourtant il fut exclu de la terre promise à cause d’un seul acte et d’une seule parole précipités, lorsque le Seigneur lui commanda de parler au rocher afin que l’assemblée et son bétail eussent de l’eau à boire. « Écoutez donc, rebelles ! Est-ce de ce rocher que nous vous ferons sortir de l’eau ? » (Nombres 20:10.)
Élie était remarquable par sa hardiesse : et pourtant il s’en alla une journée de marche dans le désert comme un lâche et se cacha sous un genêt, demandant pour lui-même de mourir, à cause d’un message qu’il avait reçu d’une femme. (1 Rois 19.) Soyons attentifs. Qui que soit l’homme — fût-il en chaire — s’il devient présomptueux, il ne manquera pas de tomber. Nous qui suivons Christ, nous avons sans cesse besoin de prier pour être rendus humbles et gardés humbles. Dieu fit tellement resplendir le visage de Moïse que les autres hommes pouvaient le voir ; mais Moïse lui-même ne savait pas que son visage resplendissait, et plus un homme a le cœur saint, plus sa vie et sa conversation quotidiennes se manifesteront au monde extérieur. Certains parlent de leur humilité ; mais s’ils ont la vraie humilité, il ne sera pas nécessaire qu’ils la publient. Ce n’est pas nécessaire. Un phare ne fait pas battre le tambour ni sonner de la trompette pour proclamer la proximité d’un phare : il est son propre témoin. Ainsi, si nous avons en nous la vraie lumière, elle se montrera d’elle-même. Ce ne sont pas ceux qui font le plus de bruit qui ont le plus de piété. Il y a un ruisseau, ou un petit « burn » comme disent les Écossais, non loin de là où j’habite ; et après une forte pluie, on entend le fracas de ses eaux de très loin : mais qu’il vienne quelques jours de beau temps, et le ruisseau devient presque silencieux. Mais il y a près de ma maison une rivière dont je n’ai de ma vie entendu le cours, tandis qu’elle roule ses eaux profondes et majestueuses toute l’année durant. Nous devrions avoir en nous tant de l’amour de Dieu que sa présence soit évidente sans que nous en fassions à grand bruit la proclamation.
Le premier pas dans la chute de Pierre fut sa confiance en lui-même. Le Seigneur l’avertit. Le Seigneur dit : « Simon, Simon, Satan vous a réclamés, pour vous cribler comme le froment. Mais j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point » (Luc 22:31, 32). Mais Pierre dit : « je suis prêt à aller avec toi et en prison et à la mort. » « Quand tu serais pour tous une occasion de chute, tu ne le seras jamais pour moi. » (Matthieu 26:33.) « Jacques et Jean, et les autres, pourront te quitter ; mais sur moi tu peux compter ! » Mais le Seigneur l’avertit : « Pierre, je te le dis, le coq ne chantera pas aujourd’hui que tu n’aies nié trois fois de me connaître. » (Luc 22:34.)
Bien que le Seigneur le reprît, Pierre dit qu’il était prêt à le suivre jusqu’à la mort. Cette vantardise est trop souvent l’avant-coureur de la chute. Marchons humblement et doucement. Nous avons un grand tentateur ; et, à une heure où nous ne veillons pas, nous pouvons trébucher et tomber et causer un scandale à l’égard de Christ.
Le pas suivant dans la chute de Pierre fut qu’il s’endormit. Si Satan peut endormir l’Église, il accomplit son œuvre par le moyen même du peuple de Dieu. Au lieu de veiller une seule petite heure à Gethsémané, Pierre s’endormit, et le Seigneur lui demanda : « Vous n’avez donc pu veiller une heure avec moi ! » (Matthieu 26:40.) La chose suivante fut qu’il combattit dans l’énergie de la chair. Le Seigneur le reprit de nouveau et dit : « tous ceux qui prendront l’épée périront par l’épée. » (Matthieu 26:52.) Jésus dut défaire ce que Pierre avait fait. Puis il « le suivit de loin ». Pas à pas, il s’éloigne. C’est une chose triste quand un enfant de Dieu suit de loin. Quand vous le voyez frayer avec des amis mondains et jeter son influence du mauvais côté, c’est qu’il suit de loin ; et il ne se passera pas longtemps avant que la honte ne soit attirée sur le vieux nom de la famille, et que Jésus-Christ ne soit blessé dans la maison de ses amis. Cet homme, par son exemple, en fera trébucher et tomber d’autres.
La chose suivante — Pierre se fait familier et ami avec les ennemis de Christ. Une servante dit à ce hardi Pierre : « Toi aussi, tu étais avec Jésus le Galiléen. » Mais il le nia devant tous, disant : « Je ne sais ce que tu veux dire. » Et comme il était sorti dans le vestibule, une autre servante le vit et dit à ceux qui se trouvaient là : « Celui-ci était aussi avec Jésus de Nazareth. » Et de nouveau il nia avec serment : « Je ne connais pas cet homme. » Une autre heure s’écoula ; et pourtant il ne mesurait pas sa situation ; lorsqu’un autre affirma avec assurance qu’il était Galiléen, car son langage le trahissait. Et il se mit en colère et commença à faire des imprécations et à jurer, et de nouveau il renia son Maître : et le coq chanta. (Matthieu 26:69-74.)
Il commence tout en haut, sur le pinacle de la présomption, et descend degré par degré jusqu’à éclater en imprécations et à jurer qu’il n’a jamais connu son Seigneur.
Le Maître aurait pu se tourner et lui dire : « Est-il vrai, Pierre, que tu m’aies oublié si vite ? Ne te souviens-tu pas, lorsque la belle-mère de ta femme était couchée, malade de la fièvre, que je repris le mal et qu’il la quitta ? Ne te rappelles-tu pas ton étonnement à la pêche miraculeuse, au point que tu t’écrias : “Seigneur, retire-toi de moi, parce que je suis un homme pécheur” ? Te souviens-tu que, en réponse à ton cri, “Seigneur, sauve-moi, je péris !”, j’étendis ma main et t’empêchai de te noyer dans l’eau ? As-tu oublié que, sur la montagne de la Transfiguration, avec Jacques et Jean, tu me dis : “Seigneur, il est bon que nous soyons ici ; dressons trois tentes” ? As-tu oublié d’avoir été avec moi à la table de la Cène, et à Gethsémané ? Est-il vrai que tu m’aies oublié si vite ? » Le Seigneur aurait pu l’accabler de questions semblables : mais il n’en fit rien. Il jeta un seul regard sur Pierre : et il y avait tant d’amour dans ce regard qu’il brisa le cœur de ce hardi disciple : et il sortit et pleura amèrement.
Et après que Christ fut ressuscité des morts, voyez avec quelle tendresse il traita le disciple égaré. L’ange au sépulcre dit : « allez dire à ses disciples et à Pierre. » (Marc 16:7.) Le Seigneur n’oublia pas Pierre, bien que Pierre l’eût renié trois fois ; aussi fit-il porter ce bienveillant message tout spécial au disciple repentant. Quel Sauveur tendre et aimant nous avons !
Ami, si tu es l’un des égarés, laisse le regard d’amour du Maître te reconquérir ; et laisse-le te rendre la joie de son salut.
Avant de conclure, permettez-moi de dire que j’ai confiance que Dieu relèvera quelque rétrograde qui lit ces pages, et qui pourra devenir à l’avenir un membre utile de la société et un brillant ornement de l’Église. Nous n’aurions jamais eu le trente-deuxième Psaume si David n’avait été relevé : « Heureux celui à qui la transgression est remise, A qui le péché est pardonné ! » ; ni ce beau cinquante et unième Psaume qui fut écrit par le rétrograde relevé. Nous n’aurions pas eu non plus ce merveilleux sermon du jour de la Pentecôte, où trois mille personnes furent converties — prêché par un autre rétrograde relevé.
Que Dieu relève d’autres rétrogrades et les rende mille fois plus utiles pour sa gloire qu’ils ne le furent jamais auparavant.