Le chemin vers Dieu ·L’amour qui surpasse toute connaissance

Chapitre 1 · 28 min de lecture

L’amour qui surpasse toute connaissance

« Connaître l’amour de Christ, qui surpasse toute connaissance. »
(Éphésiens 3:19.)

Si seulement je pouvais faire comprendre aux hommes le sens véritable des paroles de l’apôtre Jean — « Dieu est amour » — je prendrais ce seul texte et je parcourrais le monde en proclamant cette glorieuse vérité. Si vous parvenez à convaincre un homme que vous l’aimez, vous avez gagné son cœur. Si nous faisions vraiment croire aux gens que Dieu les aime, comme nous les verrions se presser en foule dans le royaume des cieux ! L’ennui, c’est que les hommes s’imaginent que Dieu les hait ; aussi ne cessent-ils de fuir loin de lui.

Nous avons bâti une église à Chicago il y a quelques années, et nous tenions beaucoup à enseigner aux gens l’amour de Dieu. Nous nous sommes dit que si nous ne pouvions pas le prêcher jusque dans leurs cœurs, nous essaierions de l’y graver par le feu ; nous avons donc placé, juste au-dessus de la chaire, ces mots en jets de gaz : Dieu est amour. Un homme qui passait dans la rue un soir jeta un regard par la porte et vit ces mots. C’était un pauvre enfant prodigue. En poursuivant son chemin, il se disait : « Dieu est amour ! Non ! Il ne m’aime pas, car je suis un pauvre et misérable pécheur. » Il tâcha de se débarrasser de ce texte, mais celui-ci semblait se dresser là, devant lui, en lettres de feu. Il alla un peu plus loin, puis fit demi-tour, revint sur ses pas et entra dans la réunion. Il n’entendit pas le sermon, mais les mots de ce court texte s’étaient profondément logés dans son cœur, et cela suffisait. Il importe peu ce que disent les hommes, pourvu que la Parole de Dieu trouve seulement une entrée dans le cœur du pécheur. Il resta après la fin de la première réunion, et je le trouvai là, pleurant comme un enfant. Comme je lui exposais les Écritures et lui disais combien Dieu l’avait aimé tout ce temps, bien qu’il se fût égaré si loin, et comment Dieu attendait de le recevoir et de lui pardonner, la lumière de l’Évangile pénétra dans son esprit, et il s’en alla plein de joie.

Il n’y a rien au monde que les hommes prisent autant que l’amour. Montrez-moi une personne qui n’a personne pour prendre soin d’elle ou l’aimer, et je vous montrerai l’un des êtres les plus misérables qui soient sur la face de la terre. Pourquoi les gens se donnent-ils la mort ? Bien souvent, c’est parce que cette pensée se glisse en eux : que personne ne les aime ; et ils préfèrent mourir que vivre.

Je ne connais dans toute la Bible aucune vérité qui devrait nous atteindre avec autant de puissance et de tendresse que celle de l’amour de Dieu ; et il n’y a dans la Bible aucune vérité que Satan aimerait autant effacer. Depuis plus de six mille ans, il s’efforce de persuader les hommes que Dieu ne les aime pas. Il a réussi à faire croire ce mensonge à nos premiers parents, et il ne réussit que trop souvent auprès de leurs enfants.

L’idée que Dieu ne nous aime pas vient souvent d’un faux enseignement. Les mères commettent une erreur en enseignant à leurs enfants que Dieu ne les aime pas quand ils font le mal, mais seulement quand ils font le bien. Ce n’est pas ce qu’enseigne l’Écriture. Vous n’enseignez pas à vos enfants que, lorsqu’ils font le mal, vous les haïssez. Leur mauvaise conduite ne change pas votre amour en haine ; s’il en était ainsi, vous changeriez d’amour bien des fois. Parce que votre enfant est grognon, ou qu’il a commis quelque acte de désobéissance, vous ne le rejetez pas comme s’il ne vous appartenait pas ! Non ! il est toujours votre enfant, et vous l’aimez. Et si les hommes se sont égarés loin de Dieu, il ne s’ensuit pas qu’il les haïsse. C’est le péché qu’il hait.

Je crois que si tant de gens s’imaginent que Dieu ne les aime pas, c’est parce qu’ils mesurent Dieu à leur propre petite mesure, de leur propre point de vue. Nous aimons les hommes tant que nous les jugeons dignes de notre amour ; quand ils ne le sont plus, nous les rejetons. Il n’en va pas ainsi de Dieu. Il y a une immense différence entre l’amour humain et l’amour divin.

Dans Éphésiens 3:18, il nous est parlé de la largeur, de la longueur, de la profondeur et de la hauteur de l’amour de Dieu. Beaucoup d’entre nous pensent connaître quelque chose de l’amour de Dieu ; mais dans des siècles nous reconnaîtrons que nous n’en avons jamais découvert grand-chose. Colomb découvrit l’Amérique ; mais que savait-il de ses grands lacs, de ses fleuves, de ses forêts et de la vallée du Mississippi ? Il mourut sans savoir grand-chose de ce qu’il avait découvert. De même, beaucoup d’entre nous ont découvert quelque chose de l’amour de Dieu ; mais il en est des hauteurs, des profondeurs et des longueurs que nous ne connaissons pas. Cet amour est un vaste océan, et il nous faut nous y plonger avant d’en connaître vraiment quoi que ce soit. On raconte d’un archevêque catholique romain de Paris que, jeté en prison et condamné à être fusillé, peu de temps avant qu’on ne le menât à la mort, il aperçut dans sa cellule une fenêtre en forme de croix. Au sommet de la croix il écrivit « hauteur », au pied « profondeur », et au bout de chaque bras « longueur ». Il avait fait l’expérience de la vérité que rend cette hymne —

« Quand je contemple la merveilleuse Croix,

Sur laquelle mourut le Prince de gloire. »

Lorsque nous voulons connaître l’amour de Dieu, nous devons aller au Calvaire. Pouvons-nous contempler cette scène et dire que Dieu ne nous a pas aimés ? Cette croix parle de l’amour de Dieu. Jamais on n’a enseigné de plus grand amour que celui qu’enseigne la croix. Qu’est-ce qui poussa Dieu à livrer Christ ? qu’est-ce qui poussa Christ à mourir ? si ce n’est l’amour ? « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » Christ donna sa vie pour ses ennemis ; Christ donna sa vie pour ses meurtriers ; Christ donna sa vie pour ceux qui le haïssaient ; et l’esprit de la croix, l’esprit du Calvaire, c’est l’amour. Quand ils se moquaient de lui et le raillaient, que dit-il ? « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. » Voilà l’amour. Il ne fit pas descendre le feu du ciel pour les consumer ; il n’y avait dans son cœur que de l’amour.

Si vous étudiez la Bible, vous constaterez que l’amour de Dieu est immuable. Beaucoup de ceux qui vous aimaient jadis ont peut-être vu leur affection se refroidir et se sont détournés de vous : il se peut même que leur amour se soit changé en haine. Il n’en va pas ainsi de Dieu. Il est écrit de Jésus-Christ, au moment même où il allait être séparé de ses disciples et mené au Calvaire, qu’« ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il mit le comble à son amour pour eux » (Jean 13:1). Il savait que l’un de ses disciples le trahirait ; et pourtant il aimait Judas. Il savait qu’un autre disciple le renierait et jurerait ne l’avoir jamais connu ; et pourtant il aimait Pierre. C’est l’amour que Christ avait pour Pierre qui lui brisa le cœur et le ramena, repentant, aux pieds de son Seigneur. Pendant trois ans, Jésus avait été avec les disciples, s’efforçant de leur enseigner son amour, non seulement par sa vie et ses paroles, mais par ses œuvres. Et, la nuit où il fut trahi, il prend un bassin d’eau, se ceint d’un linge et, prenant la place d’un serviteur, leur lave les pieds ; il voulait les convaincre de son amour immuable.

Il n’y a pas de passage de l’Écriture que je lise aussi souvent que Jean 14 ; et il n’en est aucun qui me soit plus doux. Je ne me lasse jamais de le lire. Écoutez ce que dit notre Seigneur, tandis qu’il épanche son cœur devant ses disciples : « En ce jour-là, vous connaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et que je suis en vous. Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père » (14:20, 21). Songez que le grand Dieu qui a créé le ciel et la terre nous aime, vous et moi ! . . . « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera ; nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure chez lui » (v. 23).

Plût à Dieu que nos esprits chétifs pussent saisir cette grande vérité : que le Père et le Fils nous aiment au point de désirer venir et demeurer avec nous. Non pour s’attarder l’espace d’une nuit, mais pour venir demeurer dans nos cœurs.

Nous avons un autre passage plus merveilleux encore dans Jean 17:23. « Moi en eux, et toi en moi, afin qu’ils soient parfaitement un, et que le monde connaisse que tu m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. » Je pense que c’est là l’une des paroles les plus remarquables qui soient jamais tombées des lèvres de Jésus-Christ. Il n’y a aucune raison pour que le Père ne l’aime pas. Il fut obéissant jusqu’à la mort ; jamais il ne transgressa la loi du Père, ni ne s’écarta d’un cheveu du sentier de la parfaite obéissance. Il en va tout autrement de nous ; et pourtant, malgré toute notre rébellion et notre folie, il dit que si nous nous confions en Christ, le Père nous aime comme il aime le Fils. Amour prodigieux ! Amour merveilleux ! Que Dieu puisse nous aimer comme il aime son propre Fils semble trop beau pour être vrai. C’est pourtant là l’enseignement de Jésus-Christ.

Il est difficile de faire croire à un pécheur en cet amour immuable de Dieu. Quand un homme s’est égaré loin de Dieu, il s’imagine que Dieu le hait. Nous devons faire une distinction entre le péché et le pécheur. Dieu aime le pécheur, mais il hait le péché. Il hait le péché parce qu’il défigure la vie humaine. C’est justement parce que Dieu aime le pécheur qu’il hait le péché.

L’amour de Dieu n’est pas seulement immuable, il est aussi infaillible. Dans Ésaïe 49:15, 16, nous lisons : « Une femme oublie-t-elle l’enfant qu’elle allaite? N’a-t-elle pas pitié du fruit de ses entrailles? Quand elle l’oublierait, Moi je ne t’oublierai point. Voici, je t’ai gravée sur mes mains; Tes murs sont toujours devant mes yeux. »

Or l’amour humain le plus fort que nous connaissions, c’est l’amour d’une mère. Bien des choses sépareront un homme de sa femme. Un père peut tourner le dos à son enfant ; frères et sœurs peuvent devenir des ennemis acharnés ; des maris peuvent abandonner leurs femmes, et des femmes leurs maris. Mais l’amour d’une mère endure à travers tout. Dans la bonne comme dans la mauvaise réputation, face à la condamnation du monde entier, une mère continue d’aimer, et espère que son enfant se détournera de ses mauvaises voies et se repentira. Elle se souvient des sourires du nourrisson, du rire joyeux de l’enfance, des promesses de la jeunesse ; et jamais on ne pourra l’amener à le juger indigne. La mort ne peut éteindre l’amour d’une mère ; il est plus fort que la mort.

Vous avez vu une mère veiller sur son enfant malade. Avec quelle bonne volonté elle prendrait la maladie dans son propre corps si elle pouvait ainsi soulager son enfant ! Semaine après semaine, elle montera la garde ; elle ne laissera personne d’autre prendre soin de cet enfant malade.

Un de mes amis, il y a quelque temps, était en visite dans une belle demeure où il rencontra nombre d’amis. Après leur départ à tous, ayant oublié quelque chose, il revint le chercher. Il y trouva la maîtresse de maison, une dame fortunée, assise derrière un pauvre homme qui avait l’air d’un vagabond. C’était son propre fils. Comme le prodigue, il s’était égaré bien loin ; pourtant la mère disait : « C’est mon garçon ; je l’aime encore. » Prenez une mère de neuf ou dix enfants : si l’un d’eux s’égare, elle semble l’aimer plus que tous les autres.

Un ministre en vue de l’État de New York me raconta un jour l’histoire d’un père d’un très mauvais caractère. La mère fit tout ce qu’elle put pour préserver le garçon de la contagion ; mais l’influence du père fut la plus forte, et il entraîna son fils dans toutes sortes de péchés, jusqu’à ce que l’enfant devînt l’un des pires criminels. Il commit un meurtre et fut traduit en justice. Durant tout le procès, la mère veuve (car le père était mort) resta assise dans la salle du tribunal. Lorsque les témoins déposaient contre le garçon, cela semblait blesser la mère bien plus que le fils. Quand il fut reconnu coupable et condamné à mort, tous les autres, sentant la justice du verdict, parurent satisfaits du résultat. Mais l’amour de la mère ne faiblit jamais. Elle implora un sursis ; mais on le lui refusa. Après l’exécution, elle réclama le corps ; cela aussi lui fut refusé. Selon l’usage, il fut enterré dans la cour de la prison. Peu de temps après, la mère elle-même mourut ; mais, avant qu’on ne l’emportât, elle exprima le désir d’être ensevelie auprès de son garçon. Elle n’avait pas honte d’être connue comme la mère d’un meurtrier.

On raconte l’histoire d’une jeune femme d’Écosse qui quitta son foyer et devint une déclassée à Glasgow. Sa mère la chercha en tous lieux, mais en vain. Enfin, elle fit accrocher son portrait aux murs des salles de la Mission de minuit, où se rendaient les femmes perdues. Beaucoup jetaient au portrait un regard distrait. L’une d’elles s’attarda près du tableau. C’est ce même cher visage qui s’était penché sur elle dans son enfance. Sa mère ne l’avait pas oubliée ni rejetée, son enfant coupable ; sinon jamais son portrait n’eût été accroché à ces murs. Les lèvres semblaient s’ouvrir et murmurer : « Reviens à la maison ; je te pardonne, et je t’aime encore. » La pauvre fille s’effondra, submergée par ses sentiments. C’était la fille prodigue. La vue du visage de sa mère lui avait brisé le cœur. Elle se repentit véritablement de ses péchés et, le cœur plein de chagrin et de honte, retourna au foyer qu’elle avait délaissé ; et la mère et la fille furent de nouveau réunies.

Mais laissez-moi vous dire qu’aucun amour de mère ne saurait se comparer à l’amour de Dieu ; il ne mesure ni la hauteur ni la profondeur de l’amour de Dieu. Jamais aucune mère en ce monde n’aima son enfant comme Dieu vous aime, vous et moi. Songez à l’amour que Dieu dut avoir lorsqu’il donna son Fils pour qu’il mourût pour le monde. J’avais coutume de penser bien davantage à Christ qu’au Père. D’une manière ou d’une autre, je m’étais fait l’idée que Dieu était un juge sévère, que Christ s’interposait entre Dieu et moi et apaisait la colère de Dieu. Mais après être devenu père, et avoir eu pendant des années un fils unique, en regardant mon garçon je pensais au Père donnant son Fils pour qu’il mourût ; et il me semblait qu’il fallait plus d’amour au Père pour donner son Fils qu’au Fils pour mourir. Oh ! l’amour que Dieu dut avoir pour le monde lorsqu’il donna son Fils pour qu’il mourût pour lui ! « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle » (Jean 3:16). Je n’ai jamais pu prêcher sur ce texte. J’ai souvent pensé le faire ; mais il est si haut que je ne puis jamais en gravir la hauteur ; je me suis contenté de le citer et de passer outre. Qui peut sonder la profondeur de ces mots : « Car Dieu a tant aimé le monde » ? Nous ne pourrons jamais escalader les hauteurs de son amour ni en sonder les profondeurs. Paul pria de pouvoir connaître la hauteur, la profondeur, la longueur et la largeur de l’amour de Dieu ; mais cela dépassait ce qu’il pouvait découvrir. Cet amour « surpasse toute connaissance » (Éph. 3:19).

Rien ne nous parle de l’amour de Dieu comme la croix de Christ. Venez avec moi au Calvaire, et regardez le Fils de Dieu suspendu là. Pouvez-vous entendre ce cri perçant de ses lèvres mourantes : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font ! » et dire qu’il ne vous aime pas ? « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jean 15:13). Mais Jésus-Christ donna sa vie pour ses ennemis.

Voici une autre pensée : il nous a aimés bien avant que nous ayons jamais pensé à lui. L’idée qu’il ne nous aime pas avant que nous l’ayons d’abord aimé ne se trouve pas dans l’Écriture. Dans 1 Jean 4:10, il est écrit : « Et cet amour consiste, non point en ce que nous avons aimé Dieu, mais en ce qu’il nous a aimés et a envoyé son Fils comme victime expiatoire pour nos péchés. » Il nous a aimés avant que nous ayons jamais pensé à l’aimer. Vous avez aimé vos enfants avant qu’ils ne connaissent rien de votre amour. Ainsi, bien avant que nous ayons jamais pensé à Dieu, nous étions dans ses pensées.

Qu’est-ce qui ramena le prodigue à la maison ? Ce fut la pensée que son père l’aimait. Supposez que la nouvelle lui fût parvenue qu’il était rejeté, et que son père ne se souciait plus de lui : serait-il retourné ? Jamais ! Mais la pensée se leva en lui que son père l’aimait encore ; alors il se leva et retourna dans sa maison. Cher lecteur, l’amour du Père devrait nous ramener à lui. Ce furent le malheur et le péché d’Adam qui révélèrent l’amour de Dieu. Quand Adam tomba, Dieu descendit et le traita avec miséricorde. Si quelqu’un est perdu, ce ne sera pas parce que Dieu ne l’aime pas : ce sera parce qu’il a résisté à l’amour de Dieu.

Qu’est-ce qui rendra le ciel attrayant ? Sont-ce les portes de perles ou les rues d’or ? Non. Le ciel sera attrayant parce que là nous contemplerons celui qui nous a tant aimés qu’il a donné son Fils unique pour qu’il mourût pour nous. Qu’est-ce qui rend un foyer attrayant ? Sont-ce le beau mobilier et les pièces majestueuses ? Non ; certains foyers pourvus de tout cela sont pareils à des sépulcres blanchis. À Brooklyn, une mère était mourante ; et il fallut lui retirer son enfant, car la petite ne pouvait comprendre la nature de la maladie et troublait sa mère. Chaque soir l’enfant s’endormait en sanglotant dans la maison d’un voisin, car elle voulait retourner auprès de sa mère ; mais la mère empira, et on ne put ramener l’enfant à la maison. Enfin la mère mourut ; et après sa mort on jugea préférable de ne pas laisser l’enfant voir sa mère morte dans son cercueil. Après l’enterrement, l’enfant courut dans une chambre en criant : « Maman ! maman ! », puis dans une autre en criant : « Maman ! maman ! », et parcourut ainsi toute la maison ; et lorsque la petite créature ne parvint pas à trouver cet être aimé, elle demanda en pleurant qu’on la ramenât chez les voisins. Ainsi, ce qui rend le ciel attrayant, c’est la pensée que nous verrons Christ, qui nous a aimés et s’est donné lui-même pour nous.

Si vous me demandez pourquoi Dieu devrait nous aimer, je ne saurais le dire. Je suppose que c’est parce qu’il est un véritable Père. Il est dans sa nature d’aimer, tout comme il est dans la nature du soleil de briller. Il veut que vous ayez part à cet amour. Ne laissez pas l’incrédulité vous tenir éloigné de lui. Ne pensez pas que, parce que vous êtes un pécheur, Dieu ne vous aime pas, ou ne se soucie pas de vous. Il le fait ! Il veut vous sauver et vous bénir.

« Car, lorsque nous étions encore sans force, Christ, au temps marqué, est mort pour des impies » (Rom. 5:6). N’est-ce pas assez pour vous convaincre qu’il vous aime ? Il ne serait pas mort pour vous s’il ne vous avait pas aimé. Votre cœur est-il si dur que vous puissiez vous cuirasser contre son amour, et le dédaigner et le mépriser ? Vous le pouvez ; mais ce sera à vos risques et périls.

J’imagine que certains se disent : « Oui, nous croyons que Dieu nous aime, si nous l’aimons ; nous croyons que Dieu aime les purs et les saints. » Laissez-moi vous dire, mon ami, que Dieu n’aime pas seulement les purs et les saints : il aime aussi les impies. « Mais Dieu prouve son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous » (Rom. 5:8). Dieu l’envoya mourir pour les péchés du monde entier. Si vous appartenez au monde, alors vous avez part et lot à cet amour qui s’est manifesté dans la croix de Christ.

Il y a dans l’Apocalypse (1:5) un passage auquel j’attache beaucoup de prix : « A celui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés. » On pourrait penser que Dieu nous laverait d’abord, puis nous aimerait. Mais non : il nous a d’abord aimés. Il y a environ huit ans, tout le pays était intensément ému au sujet du petit Charlie Ross, un enfant de quatre ans qui avait été enlevé. Deux hommes dans un cabriolet lui demandèrent, à lui et à son frère aîné, s’ils voulaient des bonbons. Puis ils partirent avec le plus jeune des garçons, laissant l’aîné. Pendant des années, on le rechercha dans chaque État et chaque territoire. Des hommes se rendirent en Grande-Bretagne, en France et en Allemagne, et cherchèrent en vain l’enfant. La mère vit toujours dans l’espoir de revoir son Charlie perdu depuis si longtemps. Je ne me souviens pas que le pays tout entier ait jamais été aussi bouleversé par un événement, sinon peut-être l’assassinat du président Garfield. Or supposez que la mère de Charlie Ross se trouve dans quelque réunion ; et que, pendant que le prédicateur parle, il lui arrive de baisser les yeux sur l’auditoire et d’apercevoir son fils perdu depuis si longtemps. Supposez qu’il soit pauvre, sale et déguenillé, sans souliers ni manteau : que ferait-elle ? Attendrait-elle qu’il fût lavé et décemment vêtu avant de le reconnaître ? Non, elle descendrait aussitôt de l’estrade, se précipiterait vers lui et le prendrait dans ses bras. Après cela, elle le laverait et le vêtirait. Il en est ainsi de Dieu. Il nous a aimés, et il nous a lavés. J’imagine quelqu’un disant : « Si Dieu m’aime, pourquoi ne me rend-il pas bon ? » Dieu veut des fils et des filles dans le ciel ; il ne veut ni machines ni esclaves. Il pourrait briser nos cœurs obstinés, mais il veut nous attirer à lui par les liens de l’amour.

Il a voulu que vous vous asseyiez avec lui au festin des noces de l’Agneau ; vous laver et vous rendre plus blanc que la neige. Il veut que vous marchiez avec lui sur le pavé de cristal de ce monde bienheureux, là-haut. Il veut vous adopter dans sa famille et faire de vous un fils ou une fille du ciel. Foulerez-vous son amour aux pieds ? ou bien, à cette heure, vous donnerez-vous à lui ?

Pendant notre terrible guerre civile, une mère reçut la nouvelle que son garçon avait été blessé à la bataille de la Wilderness. Elle prit le premier train et partit rejoindre son fils, bien que l’ordre fût venu du Ministère de la Guerre qu’on n’admît plus aucune femme à l’intérieur des lignes. Mais l’amour d’une mère ne connaît rien aux ordres ; à force de larmes et de supplications, elle parvint donc à franchir les lignes jusqu’à la Wilderness. Elle finit par trouver l’hôpital où était son garçon. Alors elle alla trouver le médecin et lui dit : « Voulez-vous me laisser aller dans la salle pour soigner mon garçon ? »

Le médecin répondit : « Je viens tout juste d’endormir votre garçon ; il est dans un état très critique, et je crains que, si vous le réveillez, l’émotion ne soit si grande qu’elle l’emporte. Vous feriez mieux d’attendre un moment et de rester dehors jusqu’à ce que je lui dise que vous êtes venue, et que je lui annonce la nouvelle peu à peu. » La mère regarda le médecin en face et dit : « Docteur, et si mon garçon ne se réveillait pas, et que je ne le revoie jamais vivant ! Laissez-moi aller m’asseoir à ses côtés ; je ne lui parlerai pas. » « Si vous ne lui parlez pas, vous le pouvez », dit le médecin.

Elle se glissa jusqu’au lit et regarda le visage de son garçon. Comme elle avait désiré le contempler ! Comme ses yeux semblaient se repaître tandis qu’elle contemplait son visage ! Quand elle fut assez près, elle ne put retenir ses mains ; elle posa cette main tendre et aimante sur son front. À l’instant même où la main toucha le front de son garçon, celui-ci, sans ouvrir les yeux, s’écria : « Mère, tu es venue ! » Il reconnaissait le contact de cette main aimante. Il y avait là de l’amour et de la compassion.

Ah ! pécheur, si tu sens le contact aimant de Jésus, tu le reconnaîtras ; il est si plein de tendresse. Le monde peut te traiter durement ; mais jamais Christ ne le fera. Tu n’auras jamais de meilleur Ami en ce monde. Ce dont tu as besoin, c’est de venir aujourd’hui à lui. Que son bras aimant te soutienne ; que sa main aimante t’entoure ; et il te tiendra d’une puissance formidable. Il te gardera, et remplira ton cœur de sa tendresse et de son amour.

J’imagine certains d’entre vous disant : « Comment irai-je à lui ? » Eh bien, tout comme vous iriez vers votre mère. Avez-vous fait à votre mère un grand tort, une grande injustice ? Si oui, vous allez vers elle et vous lui dites : « Mère, je veux que tu me pardonnes. » Traitez Christ de la même manière. Allez à lui aujourd’hui et dites-lui que vous ne l’avez pas aimé, que vous ne l’avez pas traité comme il le fallait ; confessez vos péchés, et voyez avec quelle promptitude il vous bénira.

Cela me rappelle un autre épisode : celui d’un garçon qui avait été jugé par un conseil de guerre et condamné à être fusillé. Le cœur du père et de la mère se brisa lorsqu’ils apprirent la nouvelle. Dans ce foyer se trouvait une petite fille. Elle avait lu la vie d’Abraham Lincoln, et elle dit : « Si Abraham Lincoln savait combien mon père et ma mère aiment leur garçon, il ne laisserait pas fusiller mon frère. » Elle voulait que son père allât à Washington plaider pour son garçon. Mais le père dit : « Non ; cela ne sert à rien ; la loi doit suivre son cours. Ils ont refusé de gracier un ou deux hommes condamnés par ce conseil de guerre, et un ordre a été donné que le Président n’interviendrait plus ; si un homme a été condamné par un conseil de guerre, il doit en subir les conséquences. » Ce père et cette mère n’avaient pas la foi de croire que leur garçon pût être gracié.

Mais la petite fille était forte dans l’espérance ; elle monta dans le train, tout là-haut dans le Vermont, et partit pour Washington. Quand elle atteignit la Maison-Blanche, les soldats refusèrent de la laisser entrer ; mais elle raconta sa pitoyable histoire, et ils la laissèrent passer. Lorsqu’elle parvint au bureau du secrétaire, où se tenait le secrétaire particulier du Président, celui-ci refusa de la laisser entrer dans le cabinet privé du Président. Mais la petite fille raconta son histoire, et elle toucha le cœur du secrétaire particulier ; il la fit donc entrer. Comme elle pénétrait dans la pièce d’Abraham Lincoln, il s’y trouvait des sénateurs des États-Unis, des généraux, des gouverneurs et d’éminents hommes politiques, venus pour d’importantes affaires touchant à la guerre ; mais le Président aperçut par hasard cette enfant debout à sa porte. Il voulut savoir ce qu’elle désirait, et elle alla droit à lui et raconta son histoire dans son propre langage. Il était père, et de grosses larmes roulèrent sur les joues d’Abraham Lincoln. Il rédigea une dépêche et l’envoya à l’armée pour que ce garçon fût aussitôt conduit à Washington. À son arrivée, le Président le gracia, lui accorda trente jours de permission et le renvoya chez lui avec la petite fille pour réjouir le cœur du père et de la mère.

Voulez-vous savoir comment aller à Christ ? Allez tout comme cette petite fille alla vers Abraham Lincoln. Il se peut que vous ayez une sombre histoire à raconter. Racontez-la tout entière ; ne cachez rien. Si Abraham Lincoln eut compassion de cette petite fille, entendit sa requête et y répondit, pensez-vous que le Seigneur Jésus n’entendra pas votre prière ? Pensez-vous qu’Abraham Lincoln, ou tout autre homme qui ait jamais vécu sur la terre, ait eu autant de compassion que Christ ? Non ! Il sera touché quand personne d’autre ne le sera ; il fera miséricorde quand personne d’autre ne la fera ; il aura pitié quand personne d’autre n’en aura. Si vous allez droit à lui, en confessant votre péché et votre besoin, il vous sauvera.

Il y a quelques années, un homme quitta l’Angleterre et se rendit en Amérique. C’était un Anglais ; mais il se fit naturaliser et devint ainsi citoyen américain. Au bout de quelques années, il se sentit agité et insatisfait, et il partit pour Cuba ; et peu après son arrivée à Cuba, la guerre civile y éclata ; c’était en 1867 ; et cet homme fut arrêté par le gouvernement espagnol comme espion. Il fut jugé par un conseil de guerre, reconnu coupable et condamné à être fusillé. Tout le procès se déroula en langue espagnole, et le pauvre homme ne savait pas ce qui se passait. Quand on lui annonça le verdict, qu’il avait été reconnu coupable et condamné à être fusillé, il fit appel au consul américain et au consul anglais, et leur exposa toute l’affaire, prouvant son innocence et réclamant leur protection. Ils examinèrent l’affaire et découvrirent que cet homme, que les officiers espagnols avaient condamné à être fusillé, était parfaitement innocent ; ils allèrent trouver le général espagnol et dirent : « Voyez, cet homme que vous avez condamné à mort est un innocent ; il n’est pas coupable. » Mais le général espagnol répondit : « Il a été jugé par notre loi ; il a été reconnu coupable ; il doit mourir. » Il n’y avait pas de câble électrique, et ces hommes ne pouvaient consulter leurs gouvernements.

Vint le matin où l’homme devait être exécuté. On l’amena assis sur son cercueil dans une charrette, et on le conduisit au lieu de l’exécution. On creusa une tombe. On sortit le cercueil de la charrette, on y plaça le jeune homme, on prit la cagoule noire et on était juste en train de la lui abaisser sur le visage. Les soldats espagnols attendaient l’ordre de tirer. Mais à ce moment précis, les consuls américain et anglais arrivèrent à cheval. Le consul anglais bondit hors de la voiture, saisit l’Union Jack, le drapeau britannique, et l’enroula autour de l’homme, et le consul américain enroula autour de lui la bannière étoilée ; puis, se tournant vers les officiers espagnols, ils dirent : « Tirez sur ces drapeaux si vous l’osez. » Ils n’osèrent pas tirer sur les drapeaux. Il y avait deux grands gouvernements derrière ces drapeaux. C’était là le secret de l’affaire.

« Il m’a fait entrer dans la maison du vin; Et la bannière qu’il déploie sur moi, c’est l’amour. . . . Que sa main gauche soit sous ma tête, Et que sa droite m’embrasse! » (Cantique 2:4, 6). Grâce à Dieu, nous pouvons nous mettre sous la bannière aujourd’hui, si nous le voulons. Tout pauvre pécheur peut se mettre sous cette bannière aujourd’hui. Sa bannière d’amour est déployée sur nous. Bienheureux Évangile ; bienheureuse et précieuse nouvelle. Croyez-la aujourd’hui ; recevez-la dans votre cœur ; et entrez dans une vie nouvelle. Que l’amour de Dieu soit répandu dans votre cœur par le Saint-Esprit aujourd’hui : il chassera les ténèbres ; il chassera la tristesse ; il chassera le péché ; et la paix et la joie seront vôtres.

Sommaire

Le chemin vers Dieu Dwight L. Moody

Page 1 / 1 · 28 min restantes dans le chapitre