Chapitre 6 · 23 min de lecture
Témoignage personnel
Après six années d’une reconnaissante expérience de la guérison du Seigneur dans ma propre vie, dans ma famille et dans mon ministère, il ne sera peut-être pas déplacé de clore ce petit volume par un bref témoignage personnel.
Tout ce que je sais de la guérison divine, et tout ce que j’ai écrit dans les pages qui précèdent, il a fallu que le Seigneur me l’enseignât lui-même dans ma propre vie ; et il ne me fut pas permis de lire autre chose que sa Parole sur ce sujet, longtemps même après que j’eus appris à me confier en lui pour moi-même et que j’eus, de fait, écrit une grande partie de ce petit livre.
Pendant plus de vingt ans, je fus affligé de nombreuses infirmités et faiblesses physiques. Ayant commencé à quatorze ans une vie de dur labeur intellectuel, je m’effondrai sans espoir, épuisé par la prostration nerveuse, tandis que je me préparais pour l’université ; et pendant bien des mois mon médecin ne me permit même pas de regarder un livre. Durant ce temps, je m’approchai tout près de la mort et, au bord de l’éternité, je me donnai enfin à Dieu. Mes études universitaires achevées, je devins à vingt et un ans le pasteur ambitieux d’une grande Église de ville et, me jetant tête baissée dans mon travail, je m’effondrai de nouveau au bout d’un an, atteint d’un mal de cœur, et je dus m’en aller pour des mois de repos, revenant à la longue, comme il me le semblait alors, pour mourir. Me ranimant toutefois et me rétablissant lentement en partie, je poursuivis mon labeur pendant des années à l’aide de remèdes et de précautions constants. Je portai des années durant une fiole d’ammoniaque dans ma poche, et j’eusse été saisi d’un spasme nerveux si je m’étais aventuré sans elle. Maintes et maintes fois, tandis que je gravissais une légère montée ou montais un escalier, l’affreuse et suffocante angoisse fondait sur moi, et la pensée de cette fiole, comme dernier recours, me calmait. Je me souviens bien du jour où, en Europe, je m’aventurai jusqu’au sommet du Rhigi, en Suisse — par le train —, puis encore lorsque j’essayai de gravir les hauts escaliers du Campanile, à Florence, et comment, tandis que le paroxysme d’une suffocation imminente m’envahissait, je résolus de ne plus jamais me risquer en un tel péril. Dieu sait combien de centaines de fois, dans les premiers temps de mon ministère, lorsque je prêchais du haut de ma chaire ou officiais auprès d’une tombe, il me sembla que j’allais tomber au milieu du service, ou choir dans cette tombe ouverte.
Plusieurs années après, deux autres effondrements survinrent dans ma santé, de longue durée, et maintes et maintes fois, durant ces terribles saisons, il sembla que les dernières gouttes de la vie s’écoulaient, et qu’un fil fragile empêchait seul la chaîne vitale de se rompre pour toujours.
La plupart du temps, je m’acquittais péniblement de mon travail et l’on me tenait souvent pour un ouvrier ardent et fécond ; mais mes braves gens me trouvaient toujours si « délicat », et je me lassais tant de recevoir leur compassion chaque fois qu’ils me rencontraient. Bien des visites négligées m’étaient excusées par ces bonnes gens parce que je n’étais « pas solide ». Quand enfin je pris le Seigneur pour mon Guérisseur, je me souviens que j’étais si fatigué de cette pitié continuelle que je demandai simplement au Seigneur de me rendre si bien portant que mes gens n’auraient plus jamais à me plaindre, mais que je serais pour eux un émerveillement continuel, par la force et le soutien de Dieu.
Je crois qu’il a exaucé cette prière, car, ces six ou sept dernières années, ils se sont souvent émerveillés de l’œuvre qu’il m’a été donné d’accomplir en son nom.
D’ordinaire, il me fallait attendre le mercredi pour me remettre des effets du sermon du dimanche, et vers le jeudi j’étais prêt à commencer de me préparer pour le dimanche suivant. Grâce soit rendue à Dieu, les trois premières années qui suivirent ma guérison, je prêchai plus de mille sermons, et tins parfois plus de vingt réunions en une seule semaine, sans me rappeler m’être une seule fois senti épuisé par un service, durant tout ce temps.
Quelques mois avant que je prisse Christ pour mon Guérisseur, un médecin éminent de New York insista pour m’entretenir de ma santé, et me dit qu’il ne me restait plus assez de force constitutionnelle pour durer plus de quelques mois. Il exigea que je prisse sans délai des mesures pour la préservation de ma vie et de mon utilité. Durant l’été qui suivit, je me rendis pour un temps à Saratoga Springs et, tandis que j’y étais, un dimanche après-midi, je m’en allai errer jusqu’au campement indien, où les Jubilee Singers conduisaient les chants dans un service d’évangélisation. J’étais profondément abattu, et toutes choses de la vie me paraissaient sombres et flétries. Soudain, j’entendis le refrain : « Mon Jésus est le Seigneur des seigneurs ; nul ne peut œuvrer comme lui. »
Maintes et maintes fois, dans les notes graves et profondes et dans les tons plus élevés qui semblaient s’élancer vers le ciel, ils le chantèrent et le rechantèrent : « Nul ne peut œuvrer comme lui, nul ne peut œuvrer comme lui. »
Cela tomba sur moi comme un charme. Cela me fascina. Cela me parut une voix venue du ciel. Cela s’empara de tout mon être. Je le pris, lui aussi, pour mon Seigneur des seigneurs, et pour qu’il œuvrât en ma faveur. Je ne savais pas tout ce que cela signifiait ; mais je le pris dans les ténèbres, et je m’en allai de ce service fruste et suranné, ne me souvenant de rien d’autre, mais étrangement relevé pour toujours.
Quelques semaines plus tard, je me rendis avec ma famille à Old Orchard Beach, dans le Maine. J’y allais surtout pour jouir de l’air délicieux de la plus belle de toutes les plages de l’océan. J’y demeurais tout au bord de la mer, et j’assistais de temps à autre aux réunions du campement, mais je n’y pris part qu’une ou deux fois, et je ne m’étais point, jusqu’alors, engagé en un sens plénier envers la vérité ou l’expérience de la guérison divine.
En même temps, je m’y intéressais vivement depuis des années. Plusieurs années auparavant, je m’étais donné au Seigneur dans une pleine consécration, et je l’avais pris pour ma justice intérieure. À cette époque, j’avais été très frappé par un cas remarquable de guérison dans ma propre assemblée. On m’appela auprès d’un mourant abandonné par tous les médecins. On me dit qu’il n’avait ni parlé ni mangé depuis des jours. C’était un cas des plus graves de paralysie et de ramollissement du cerveau ; et son rétablissement fut ensuite tenu pour si remarquable qu’il fut publié dans les revues médicales comme l’un des cas insignes de la science médicale.
Sa mère était une chrétienne dévouée, convertie dès l’enfance de son fils ; mais celui-ci, depuis bien des années, était devenu comédien et, elle le craignait, un étranger au Seigneur. Elle me supplia de prier pour lui, et, tandis que je priais, je fus conduit à demander, non sa guérison, mais qu’il revînt à lui assez longtemps pour lui faire savoir qu’il était sauvé. Je me relevai de mes genoux et j’allais partir — et laisser ma prière là où nous la laissons trop souvent, dans l’oubli — lorsque quelques-uns de mes paroissiens survinrent, et je fus retenu quelques minutes à les présenter à la mère.
À cet instant même, je m’approchai machinalement du lit, et soudain le jeune homme ouvrit les yeux et se mit à me parler. J’étais stupéfait, et plus encore la chère vieille mère. Et lorsque, comme je le questionnais davantage, il donna un témoignage satisfaisant de sa simple confiance en Jésus, j’ai honte de le dire, nous fûmes tous submergés d’étonnement et de joie. Dès cette heure-là, il se rétablit rapidement, et vécut des années. Il vint plus tard me voir et me dit qu’il regardait sa guérison comme un miracle de la puissance divine. L’impression que produisit cet événement ne quitta jamais mon cœur. Peu après, je tentai de prendre le Seigneur pour mon Guérisseur, et pour un temps, tant que je me confiai en lui, il me soutint merveilleusement ; mais ensuite, étant entièrement dénué d’instruction, et un pieux médecin chrétien m’ayant averti que c’était de la présomption, j’abandonnai ma position de simple dépendance envers Dieu seul, et ainsi je me débattis et trébuchai pendant des années. Cependant, à mesure que j’entendais parler de cas isolés, je n’osai jamais en douter, ni mettre en question que Dieu guérît parfois de la sorte. Pour moi-même, toutefois, cette vérité n’avait aucune puissance vraiment pratique ni efficace, car je ne pus jamais sentir que j’eusse, en un cas de besoin donné, une autorité claire pour me confier à lui.
Mais l’été dont je parle, j’entendis un grand nombre de personnes témoigner qu’elles avaient été guéries en se confiant simplement à la Parole de Christ, exactement comme elles l’auraient fait pour leur salut. Cela me poussa vers ma Bible. Je résolus qu’il me fallait trancher cette question dans un sens ou dans l’autre. Que je suis heureux de ne m’être pas adressé à l’homme ! À ses pieds, seul, ma Bible ouverte, sans personne pour m’aider ou me guider, j’acquis la conviction que cela faisait partie du glorieux Évangile de Christ pour un monde pécheur et souffrant, et de l’acquisition de sa Croix bénie, pour tous ceux qui voudraient croire et recevoir sa Parole. Cela suffisait. Je ne pouvais croire cela et refuser ensuite de le prendre pour moi-même, car je sentais que je n’osais tenir aucune vérité de la Parole de Dieu pour une simple théorie, ni enseigner aux autres ce que je n’avais pas éprouvé moi-même. Et ainsi, un vendredi après-midi, à l’heure de trois heures, je m’en allai dans le silence des bois de pins — je me souviens de l’endroit même — et là je levai ma main droite vers le Ciel et, en vue du Jour du Jugement, je fis à Dieu, comme si je l’avais vu là devant moi face à face, ces trois grands et éternels engagements : 1. Comme je te rencontrerai en ce jour-là, j’accepte solennellement cette vérité comme une partie de ta Parole et de l’Évangile de Christ ; et, Dieu m’aidant, je ne la mettrai jamais en question jusqu’à ce que je te rencontre là. 2. Comme je te rencontrerai en ce jour-là, je prends le Seigneur Jésus pour ma vie physique, pour tous les besoins de mon corps jusqu’à ce que toute l’œuvre de ma vie soit accomplie ; et, Dieu m’aidant, je ne douterai jamais qu’il devienne ainsi ma vie et ma force dès cet instant, et qu’il me gardera en toutes circonstances jusqu’à son bienheureux avènement, et jusqu’à ce que toute sa volonté à mon égard soit parfaitement accomplie. 3. Comme je te rencontrerai en ce jour-là, je consens solennellement à user de cette bénédiction pour la gloire de Dieu et le bien d’autrui, et à en parler ou à l’exercer, de quelque manière que Dieu m’appelle ou que d’autres aient besoin de moi à l’avenir.
Je me relevai. Il ne s’était écoulé que quelques instants, mais je savais que quelque chose était accompli. Chaque fibre de mon âme vibrait du sentiment de la présence de Dieu. Je ne sais si mon corps se portait mieux ou non — je sais que je ne m’en souciais pas et ne cherchais pas à le sentir — tant il était glorieux de le croire simplement, et de savoir que désormais il tenait la chose en main.
Puis vint l’épreuve de la foi. La première me frappa avant même que j’eusse quitté l’endroit. Une voix subtile murmura : « Maintenant que tu as résolu de prendre Dieu pour ton guérisseur, il serait bon que tu descendes simplement jusqu’au chalet du Dr Cullis et que tu le pries de prier avec toi. » Je l’écoutai un moment, sans vraiment réfléchir. L’instant d’après, un coup parut frapper mon cerveau, qui me fit chanceler un moment comme un homme étourdi. Je vacillai et m’écriai : « Seigneur, qu’ai-je fait ? » Je sentais que j’étais en quelque grand péril. En un instant, la pensée me vint très vite : « Cela eût été bien avant ceci, mais tu viens de régler cette affaire pour toujours, et tu as dit à Dieu que tu ne douterais jamais qu’elle est accomplie. » Je le vis comme un éclair, et en ce moment je compris ce que signifiait la foi, et quelle chose solennelle et redoutable c’était de tenir foi à Dieu, inexorablement et exactement. J’ai souvent remercié Dieu pour ce coup. Je vis que, lorsqu’une chose était réglée avec Dieu, elle ne devait jamais être remise en cause. Une fois accomplie, elle ne devait jamais être défaite, ni recommencée, en aucun sens qui pût comporter un doute sur le caractère définitif de l’engagement déjà pris. Je crois que, dans les premiers jours de l’œuvre de foi à laquelle Dieu m’appela ensuite, je fus autant aidé par une sainte crainte de douter de Dieu que par aucune des joies et des ravissements de sa présence ou de ses promesses. Cette petite parole brillait souvent comme un feu vivant dans ma Bible : « S’il se retire, mon âme ne prend pas plaisir en lui. » Ce que l’ennemi désirait, c’était de glisser quelque élément de doute sur la certitude et la plénitude de la transaction qui venait de se conclure, et Dieu, dans sa miséricorde, m’en retint.
Le lendemain, je partis pour les montagnes du New Hampshire. L’épreuve suivante vint le dimanche d’après, deux jours seulement après que j’eus revendiqué ma guérison. On m’invita à prêcher dans l’Église congrégationaliste. Je sentais le Saint-Esprit me presser de rendre un témoignage particulier. Mais j’essayai de prêcher un beau sermon de mon propre choix. Il portait sur le Saint-Esprit et avait souvent été béni ; mais ce n’était pas sa parole pour cette heure-là, j’en suis sûr. Il voulait que je disse au peuple ce qu’il m’avait montré. Mais je tâchai d’être conventionnel et respectable, et je passai un moment affreux. Mes mâchoires semblaient des masses de plomb, et mes lèvres bougeaient à peine. J’en finis aussitôt que je le pus, et je m’enfuis dans un champ voisin, où je me prosternai devant le Seigneur et lui demandai de me montrer ce que signifiait mon fardeau, et de me pardonner. Il le fit avec beaucoup de grâce, et me laissa une occasion encore de témoigner pour lui et de le glorifier. Ce soir-là, nous eûmes un service dans notre hôtel, et il me fut permis de parler de nouveau. Cette fois, je dis bien ce que Dieu avait fait. Je ne dis pas grand-chose, mais je tâchai d’être fidèle en balbutiant, et je racontai au peuple comment j’avais naguère vu le Seigneur Jésus et son bienheureux Évangile dans une plénitude plus profonde, comme le Guérisseur du corps, et comment je l’avais pris pour moi-même, et savais qu’il serait fidèle et suffisant. Dieu ne me demanda pas de témoigner de mes sentiments ou de mes expériences, mais de Jésus et de sa fidélité. Et je suis sûr qu’il appelle tous ceux qui se confient en lui à témoigner avant qu’ils fassent l’expérience de sa pleine bénédiction. Je crois que j’aurais perdu ma guérison si j’avais attendu de la sentir.
J’ai su depuis que des centaines de personnes ont échoué précisément en ce point. Dieu m’obligea à m’engager envers lui et envers son alliance de guérison, avant de me bénir pleinement. Je connais un cher frère dans le ministère, aujourd’hui grandement employé dans l’Évangile et dans l’Évangile de la guérison, qui reçut une merveilleuse manifestation de la puissance de Dieu dans son corps, puis rentra dans son Église sans rien en dire, et attendit de voir comment tout cela tiendrait. En quelques semaines, il était plus mal que jamais, et lorsque je le rencontrai la fois suivante, il portait le visage le plus abattu qu’on puisse imaginer. Je lui dis son erreur, et tout s’éclaira en lui aussitôt. Il rentra chez lui et rendit à Dieu la gloire de ce qu’il avait fait, et bientôt son Église fut le centre d’une bénie œuvre de grâce et de guérison qui rayonna au loin, et lui-même se réjouissait dans la plénitude de Jésus.
Je suis bien assuré que ce témoignage du dimanche soir me fit à moi plus de bien qu’à quiconque, et je crois que si je l’avais retenu, je n’écrirais pas aujourd’hui les pages de l’Évangile de la guérison. Or, le lendemain, la troisième épreuve survint.
Tout près se dressait une montagne de trois mille pieds — on me pria de me joindre à un petit groupe qui devait la gravir. Je reculai aussitôt. Ne me souvenais-je pas de l’effroi des hauteurs qui m’avait toujours accablé, et de la terreur avec laquelle j’avais résolu, en Suisse et à Florence, de ne plus jamais m’y risquer ? Ne savais-je pas combien un escalier ordinaire m’épuisait et tourmentait mon pauvre cœur ?
Puis vint la pensée solennelle et pénétrante : « Si tu crains ou refuses d’y aller, c’est que tu ne crois pas que Dieu t’a guéri. Si tu l’as pris pour ta force, dois-tu craindre de faire quoi que ce soit à quoi il t’appelle ? »
Je sentis que c’était la pensée de Dieu. Je sentis que ma crainte serait, en ce cas, pure incrédulité, et je dis à Dieu que, dans sa force, j’irais.
Ici même, je voudrais dire que je n’entends pas laisser croire que nous devrions jamais faire des choses simplement pour montrer combien nous sommes forts, ou sans qu’il y en ait de véritable nécessité. Je ne crois pas que Dieu veuille que ses enfants gravissent inutilement des montagnes ou marchent des milles pour la seule raison qu’on le leur demande. Mais en ce cas — et il est de tels cas dans toute expérience — il me fallait m’avancer et revendiquer ma victoire à un moment ou à un autre, et c’était là le moment et la voie de Dieu. Il appellera et montrera à chacun ce qui le concerne. Et chaque fois que nous reculons par crainte, il est fort probable qu’il nous appellera précisément à ce qu’il nous faut faire pour vaincre la crainte.
Et ainsi je gravis cette montagne. Au début, il semblait que cela m’ôterait presque le dernier souffle. Je ressentais toute l’ancienne faiblesse et l’effroi physique ; je trouvais qu’il n’y avait en moi-même pas plus de force que jamais. Mais, en face de ma faiblesse et de ma souffrance, je pris conscience qu’il y avait une autre Présence. Il y avait une force divine tendue vers moi, si je voulais la recevoir, la prendre, la revendiquer, la tenir, et y persévérer. D’un côté, semblait peser sur moi un poids de Mort ; de l’autre, une Vie infinie. Et j’étais accablé par l’une, ou soulevé par l’autre, selon que je reculais ou m’avançais, selon que je craignais ou me confiais ; il me semblait marcher entre elles, et celle que je touchais s’emparait de moi. Le loup et le Berger marchaient de part et d’autre, mais le Berger béni ne me laissa pas me détourner. Je me pressai plus près, plus près, plus près, contre son sein, et chaque pas semblait plus fort, jusqu’à ce que, parvenu au sommet de cette montagne, il me semblât être à la porte du Ciel, et le monde de la faiblesse et de la crainte gisait à mes pieds. Grâce à Dieu, depuis ce temps-là j’ai eu un cœur nouveau dans cette poitrine, littéralement autant que spirituellement, et Christ en a été la glorieuse vie.
Quelques semaines plus tard, je revins à mon travail dans cette ville, et, avec une profonde gratitude envers Dieu, je puis dire en vérité — des centaines de personnes m’en étant témoins — que, depuis près de sept ans, il m’a été donné de travailler pour le cher Seigneur, dans la chaleur de l’été comme dans le froid de l’hiver, sans interruption, sans une seule saison de repos prolongé, et avec un réconfort, une force et un ravissement croissants. La vie a eu pour moi une saveur, et le travail un enivrement, que je n’avais jamais connus aux jours les plus frais de mon enfance. Le Seigneur a permis que l’épreuve fût très rude. Quelques mois après ma guérison, il m’appela à l’œuvre particulière — pastorale, évangélique et littéraire — qui a depuis absorbé mon temps et mon énergie, et dont je puis dire en toute vérité qu’elle a exigé un labeur quatre fois plus grand qu’aucune période antérieure de ma vie. Outre l’œuvre évangélique et pastorale de mon Église, qui occupe la plus grande part de ce temps, avec plusieurs sermons chaque semaine, il y a eu les travaux supplémentaires suivants : la charge éditoriale entière et une grande part de la rédaction d’une revue mensuelle ; la préparation de plusieurs traités et volumes ; la surveillance personnelle de tout le travail de publication et la responsabilité d’une abondante correspondance ; la direction de la Maison Berachah, avec l’accueil, chaque semaine, de nombreux visiteurs et de personnes en quête, et plusieurs réunions en ce lieu ; une ou deux conférences chaque jour, durant sept mois de l’année, au Collège de formation missionnaire, exigeant la pensée la plus élaborée et la plus soignée ; et maintes réunions et assemblées, en divers lieux, avec les chers enfants de Dieu. Une grande partie de ce travail a dû se faire la nuit, au prix d’un long effort prolongé couvrant souvent de douze à seize, voire dix-huit heures de labeur sur les vingt-quatre. Et pourtant je désire consigner mon témoignage, à l’honneur et à la gloire de Christ : cela a été un continuel ravissement, rarement un fardeau ou une fatigue, et bien, bien plus aisé à tous égards que les tâches beaucoup plus légères des années passées. J’ai eu conscience, toutefois, tout ce temps, que je ne me servais pas de ma propre force naturelle. Physiquement, je ne crois pas être plus robuste que jamais. Je n’oserais tenter, une seule semaine, ce que je fais maintenant, si je devais compter sur mes propres ressources constitutionnelles. J’ai intensément conscience, à chaque souffle, que je puise ma vitalité à une source directement surnaturelle, et qu’elle va de pair avec les appels et les nécessités de mon travail. Aussi, un jour de double labeur, aurai-je souvent conscience, à la fin, d’une double vigueur, et me sentirai-je tout prêt à recommencer, et même presque à regret de voir le sommeil poser sa douce halte sur le délicieux privilège du service. Ce n’est pas non plus un paroxysme d’excitation suivi d’une réaction, car le lendemain vient avec une égale fraîcheur, et tout cela s’est poursuivi durant près de sept ans, venant de près à la suite d’une constitution usée et de vingt ans de souffrance. J’ai remarqué ceci : que mon travail est plus aisé et semble puiser moins dans mon énergie vitale qu’auparavant. Il ne me semble plus consumer ma propre vie dans le travail, mais œuvrer sur un surcroît de vitalité fourni par une autre source. Je crois et je suis assuré que ce n’est rien d’autre que « la vie de Christ manifestée dans ma chair mortelle ». Une fois ou deux, depuis que j’ai pris le Seigneur pour ma force, je me suis senti si merveilleusement bien que je crois m’être mis à me réjouir et à me confier dans la force donnée de Dieu. En un instant, je sentis qu’elle allait me manquer, et le Seigneur me contraignit aussitôt à regarder à LUI comme à ma force continuelle, et à ne pas même m’appuyer sur la force qu’il avait déjà donnée. J’ai trouvé bien d’autres chers amis contraints d’apprendre cette leçon, et souffrant jusqu’à ce qu’ils l’eussent pleinement apprise. C’est une vie de constante dépendance envers Christ, physiquement autant que spirituellement. Un soir, en particulier, je me souviens d’être revenu d’une ville lointaine et d’avoir trouvé, à une heure tardive, plusieurs heures de travail nocturne sur mon bureau, qu’il paraissait nécessaire d’accomplir avant le matin. En moi-même, je me sentais sur le moment physiquement incapable de le faire, et le cœur comme le cerveau semblaient trembler à cette vue. Mais je regardai à Dieu et fus pleinement assuré que c’était son Œuvre et sa Volonté que je l’accomplisse alors. Je pris ma plume, et en quelques heures ce fut joyeusement achevé ; et, une fois la chose faite, au lieu d’être épuisé, j’étais plus dispos que lorsque je m’étais levé le matin, et prêt à me coucher, les nerfs tranquilles, et à dormir aussi paisiblement qu’un enfant.
Je ne sais comment rendre compte de cela, sinon par la vie communiquée du cher Seigneur Jésus dans mon corps. Je suis assurément des plus indignes d’un tel honneur et d’un tel privilège ; mais je crois qu’il lui plaît, dans sa grande condescendance, de s’unir à nos corps, et je suis persuadé que son corps, qui est parfaitement humain et réel, peut en quelque manière partager ses éléments vitaux avec notre vie organique, et nous vivifier depuis son Cœur vivant et son Esprit intérieur. J’ai beaucoup appris du fait que la force physique de Samson venait de « l’esprit de l’Éternel », et de ce que Paul déclare que, quoique livré chaque jour à la mort à cause de Jésus, la vie même de Christ est manifestée dans son corps. Je trouve que « le corps est pour le Seigneur, et le Seigneur pour le corps », que « nos corps sont des membres de Christ », et que « nous sommes membres de son corps, de sa chair et de ses os ». Je ne désire pas provoquer de dispute, mais je rends mon témoignage simple et humble, et pour moi cela est très réel et très merveilleux. Je sais que « c’est le Seigneur ». Je connais nombre de mes frères qui sont entrés dans la même bénie expérience. Je ne veux que la consacrer et l’employer de plus en plus pour lui. Je sens quel dépôt sacré et saint c’est là. Et je souhaite tant que mes frères las, brisés et surchargés pussent seulement goûter sa joie exquise et sa force pleinement suffisante.
Je voudrais ajouter, pour mes frères dans le ministère, que j’ai trouvé le même secours divin pour mon esprit et mon cerveau que pour mon corps. Ayant beaucoup à écrire et à parler, j’ai donné ma plume et ma langue à Christ, pour qu’il les possède et les emploie, et il m’a tellement aidé que mon travail littéraire n’a jamais été un labeur. Il m’a rendu capable de penser bien plus vite et d’accomplir bien plus d’ouvrage, et avec plus de facilité que jamais auparavant. C’est un travail très simple et très humble ; mais tel qu’il est, il est tout entier par lui, et je m’en remets à lui seul. Et je crois que, malgré toute sa simplicité, il a plus servi à secourir ses enfants et à glorifier son nom que toute la préparation élaborée et le labeur des années accablantes qui précédèrent. À lui soit toute la louange.