Le Dieu de toute consolation ·Dieu suffit

Chapitre 17 · 23 min de lecture

Dieu suffit

« Oui, mon âme, confie-toi en Dieu ! Car de lui vient mon espérance. Oui, c’est lui qui est mon rocher et mon salut ; Ma haute retraite : je ne chancellerai pas. Sur Dieu reposent mon salut et ma gloire ; Le rocher de ma force, mon refuge, est en Dieu » (Psaume 62:6-8).

La dernière et la plus grande leçon que l’âme ait à apprendre, c’est ce fait que Dieu, et Dieu seul, suffit à tous ses besoins. C’est la leçon que toutes ses relations avec nous ont pour but de nous enseigner ; et c’est le couronnement de toute notre vie chrétienne. DIEU SUFFIT !

Nous avons considéré dans ce livre quelques aspects du caractère et des voies de Dieu, tels qu’ils nous sont révélés dans le Seigneur Jésus-Christ ; et aussi quelques-unes des erreurs qui nous empêchent de nous approprier la plénitude qui est nôtre en lui. Et maintenant, pour conclure, je voudrais dire, du mieux que je le puis, ce qui me paraît être l’aboutissement de tout cela.

Si Dieu est ce qu’il semble être d’après les révélations que nous avons considérées ; s’il est vraiment le « Dieu de toute consolation », comme nous l’avons vu ; s’il est notre Berger ; s’il est réellement et véritablement notre Père ; si, en un mot, tous les nombreux aspects de son caractère et de ses voies que nous avons étudiés sont réellement vrais, alors nous devons, il me semble, parvenir à la conviction positive qu’il est, en lui seul, suffisant pour tous nos besoins possibles, et que nous pouvons en toute sécurité nous reposer en lui, absolument et pour toujours.

La plupart des chrétiens ont, je suppose, chanté plus souvent qu’ils ne pourraient le compter ces paroles de l’un de nos cantiques les plus familiers : « Toi, ô Christ, es tout ce que je veux, En toi je trouve plus que tout. »

Mais je doute que tous, nous puissions honnêtement dire que ces paroles aient exprimé une quelconque réalité dans notre propre expérience. Le Christ n’a pas été tout ce que nous voulions. Nous avons voulu bien d’autres choses que lui. Nous avons voulu des sentiments intenses à son sujet, ou la conscience de sa présence auprès de nous, ou une révélation intérieure de son amour ; ou bien nous avons exigé des systèmes de doctrine satisfaisants, ou une œuvre chrétienne fructueuse, ou telle ou telle chose, en dehors de lui-même, qui nous constituât un titre personnel sur lui.

Le Christ seul, le Christ lui-même, sans l’addition d’aucune de nos expériences à son sujet, ne nous a pas suffi, en dépit de tous nos chants ; et nous ne voyons même pas comment il serait possible qu’il pût nous suffire.

Le Psalmiste disait aux jours d’autrefois : « Oui, mon âme, confie-toi en Dieu ! Car de lui vient mon espérance » (Psaume 62:6). Mais aujourd’hui le chrétien dit : « Mon âme, attends-toi à mes saines doctrines, car mon attente vient d’elles » ; ou : « Mon âme, attends-toi à mes bons états et à mes bons sentiments, ou à mes œuvres justes, ou à mes prières ferventes, ou à mes efforts sincères, car mon attente vient de là. » S’attendre à Dieu seul leur semble l’une des choses les plus dangereuses qu’ils puissent faire, et avoir leur attente de lui seul leur donne l’impression de bâtir sur le sable. Ils tendent la main de tous côtés vers quelque chose sur quoi s’appuyer, et ce n’est que lorsque tout le reste leur fait défaut qu’ils mettent leur confiance en Dieu seul. George Macdonald dit : « Nous regardons Dieu comme notre dernière et plus faible ressource. Nous n’allons à lui que lorsque nous n’avons plus où aller. Et alors nous apprenons que les tempêtes de la vie nous ont poussés, non sur les écueils, mais dans le port désiré. »

Nulle âme ne peut être vraiment en repos avant d’avoir renoncé à toute dépendance à l’égard de tout le reste et d’avoir été contrainte de dépendre du Seigneur seul. Tant que notre attente vient d’autres choses, rien que la déception nous attend. Les états et les sentiments émotifs peuvent changer, et changeront avec nos circonstances changeantes ; les doctrines et les dogmes peuvent être ébranlés ; l’œuvre chrétienne peut n’aboutir à rien ; les prières peuvent sembler perdre leur ferveur ; les promesses peuvent sembler défaillir ; tout ce à quoi nous avons cru ou nous nous sommes appuyés peut sembler emporté, et Dieu seul demeure — Dieu tout seul, Dieu nu, si l’on me permet l’expression ; simplement et seulement Dieu.

Nous disons parfois : « Si seulement je pouvais trouver une promesse qui s’applique à mon cas, je pourrais alors être en repos. » Mais les promesses peuvent être mal comprises ou mal appliquées, et au moment même où nous mettons tout notre poids sur elles, elles peuvent sembler nous manquer entièrement. Mais le Promettant, qui se tient derrière ses promesses et qui est infiniment plus que ses promesses, ne peut jamais faillir ni changer. Le petit enfant n’a besoin d’aucune promesse de sa mère pour être content ; il a sa mère elle-même, et cela suffit. Sa mère vaut mieux que mille promesses. Dans notre plus haut idéal d’amour ou d’amitié, les promesses n’entrent pas. L’un peut aimer à faire des promesses, comme le fait notre Seigneur, mais l’autre n’en a pas besoin ; la personne de celui qui aime ou de l’ami vaut mieux que toutes ses promesses. Et quand bien même toute promesse serait effacée de la Bible, il nous resterait encore Dieu, et Dieu suffirait. Je le répète encore : seulement Dieu, lui-même, tel qu’il est, sans l’addition de quoi que ce soit de notre part — que ce soient des états ou des sentiments émotifs, ou des expériences, ou de bonnes œuvres, ou de saines doctrines, ou toute autre chose extérieure ou intérieure : « Oui, c’est lui qui est mon rocher et mon salut ; Ma haute retraite : je ne chancellerai pas » (Psaume 62:7).

Je ne veux pas dire par là que nous ne devions pas avoir de sentiments, ou d’expériences, ou de révélations, ou de bonnes œuvres, ou de saines doctrines. Nous pouvons avoir tout cela, mais ce doit être le résultat du salut et jamais sa cause ; et on ne peut jamais s’y fier comme à une quelconque indication de notre état spirituel. Ce sont toutes des choses qui vont et viennent, et qui dépendent souvent de l’état de notre santé, ou de notre entourage, ou même parfois de la direction du vent. Certaines personnes, par exemple, ne peuvent jamais croire que Dieu les aime quand le vent est à l’est. Et si nous nous appuyons sur l’une quelconque de ces choses, si peu que ce soit, comme fondement de notre assurance ou de notre joie, nous sommes sûrs d’en venir au malheur. Ce que je veux dire, c’est que nous devons nous tenir absolument indépendants de tout cela, ne reposant que sur ce fait grandiose et magnifique que Dieu existe et qu’il est notre Sauveur ; avec une vie intérieure qui prospère tout aussi bien et qui est tout aussi triomphante sans ces expériences ou ces actions personnelles qu’avec elles. Nous devons trouver Dieu — le fait de Dieu — suffisant pour tous nos besoins spirituels, que nous nous sentions dans un désert ou dans une vallée fertile. Nous devons dire avec le prophète : « Car le figuier ne fleurira pas, La vigne ne produira rien, Le fruit de l’olivier manquera, Les champs ne donneront pas de nourriture ; Les brebis disparaîtront du pâturage, Et il n’y aura plus de bœufs dans les étables. Toutefois, je veux me réjouir en l’Éternel, Je veux me réjouir dans le Dieu de mon salut » (Habacuc 3:17-18).

L’âme est faite pour cela et ne peut jamais trouver de repos en deçà. Toutes les relations de Dieu avec nous, par conséquent, sont ordonnées à cette fin ; et il est souvent obligé de nous priver de toute joie en toute autre chose afin de nous contraindre à trouver notre joie uniquement et entièrement en lui. Il est bon, peut-être, de se réjouir de ses promesses, ou de se réjouir des révélations qu’il a pu nous accorder, ou des expériences que nous avons pu éprouver ; mais se réjouir du Promettant lui-même — lui seul — sans promesses, ni expériences, ni révélations, voilà le point culminant de la vie chrétienne. C’est le seul lieu où nous puissions connaître la paix qui surpasse toute intelligence et que rien ne peut troubler.

Il est difficile d’expliquer exactement ce que je veux dire. Nous nous sommes si bien habitués à considérer tous ces accompagnements de la vie spirituelle comme étant la vie spirituelle elle-même, qu’il nous est difficile de nous en détacher. Nous ne pouvons croire que le Seigneur puisse être quelque chose pour nous à moins de trouver en nous-mêmes de quoi nous assurer de son amour et de ses soins. Et quand nous parlons de trouver notre tout en lui, nous entendons généralement que nous le trouvons dans nos sentiments ou nos idées à son sujet. Si, par exemple, nous éprouvons un élan d’amour envers lui, alors nous pouvons dire de bon cœur qu’il suffit ; mais quand cet élan cesse, comme il est presque sûr de le faire tôt ou tard, alors nous ne sentons plus que nous avons trouvé notre tout en lui. La vérité, c’est que ce qui nous satisfait, ce n’est pas le Seigneur, mais nos propres sentiments à l’égard du Seigneur. Mais nous n’en avons pas conscience ; et par conséquent, quand nos sentiments défaillent, nous croyons que c’est le Seigneur qui a défailli, et nous voici plongés dans les ténèbres.

Bien entendu, tout cela est fort insensé, mais c’est une expérience si commune que bien peu peuvent en voir la folie. Peut-être une comparaison nous aidera-t-elle à voir plus clair. Représentons-nous un homme accusé d’un crime, se tenant devant un juge. Qu’est-ce qui serait important pour cet homme : ses propres sentiments envers le juge, ou les sentiments du juge envers lui ? Passerait-il son temps à observer ses propres émotions, cherchant à savoir s’il sent que le juge lui est favorable, ou bien observerait-il le juge et chercherait-il à découvrir, d’après ses regards ou ses paroles, s’il doit ou non s’attendre à un jugement favorable ? Bien sûr, nous dirions aussitôt que les sentiments de l’homme n’ont pas la moindre importance en l’affaire, et que seules les opinions et les sentiments du juge méritent un instant de réflexion.

L’homme pourrait avoir tous les « élans » et toutes les « expériences » imaginables, que cela ne servirait absolument à rien. Tout dépendrait du Juge seul. Voilà ce que nous appellerions un fait qui va de soi. De même, si seulement nous voulons appliquer notre bon sens à ce sujet, nous ne pouvons manquer de voir que la seule chose vraiment vitale dans nos relations avec le Seigneur n’est pas ce que sont nos sentiments envers lui, mais ce que sont ses sentiments envers nous. L’homme que l’on juge doit trouver dans le Juge tout ce dont il a besoin, s’il doit le trouver quelque part. Sa suffisance ne peut venir de lui-même, mais de celui de qui dépend son sort. Et notre suffisance, dit l’Apôtre, ne vient pas de nous-mêmes, mais de Dieu.

« Ce n’est pas à dire que nous soyons par nous-mêmes capables de concevoir quelque chose comme venant de nous-mêmes. Notre capacité, au contraire, vient de Dieu » (2 Corinthiens 3:5). Voilà donc ce que je veux dire quand je dis que Dieu suffit. C’est que nous trouvons en lui, dans le fait de son existence et de son caractère, tout ce que nous pouvons désirer pour toutes choses. Dieu est, et doit être, notre réponse à toute question et à tout cri de détresse. S’il y a quelque manque en Celui qui a entrepris de nous sauver, rien de ce que nous pourrions ajouter n’y suppléera ; et s’il n’y a aucun manque en lui, alors lui, de lui-même et en lui-même, suffit.

Je voudrais qu’il fût possible de rendre ma pensée claire, car je crois que c’est là le secret d’une délivrance permanente de tout le malaise et de toute l’inquiétude de la vie chrétienne. Votre malaise et votre inquiétude viennent de vos efforts acharnés mais inutiles pour établir en vous-mêmes quelque fondement satisfaisant d’assurance ; tel, par exemple, ce que vous jugez être les sentiments convenables, ou la juste mesure de ferveur ou de zèle, ou du moins, à défaut d’autre chose, un degré suffisant d’intérêt pour les choses spirituelles. Et parce qu’aucune de ces choses n’est jamais satisfaisante (et, je puis vous le dire, ne le sera jamais), il est impossible que votre vie religieuse soit autre chose qu’inconfortable.

Mais si nous voyons que tout notre salut, du commencement à la fin, dépend du Seigneur seul ; et si nous avons appris qu’il est capable et désireux de faire pour nous « infiniment au-delà de tout ce que nous demandons ou pensons » (Éphésiens 3:20), alors la paix et le réconfort ne peuvent manquer de régner en souverains. Tout dépend de ceci : le Seigneur, en lui-même et par lui-même, suffit-il à notre salut, ou faut-il ajouter d’autres choses de notre part pour le rendre suffisant ?

Ce qui m’a personnellement aidée, plus que toute autre chose, à parvenir à la conviction que Dieu me suffisait vraiment, fut une expérience que je fis il y a quelques années. C’était à une époque de ma vie religieuse où je traversais bien des questionnements et des perplexités, et où je sentais qu’aucun chrétien n’avait jamais eu, avant moi, de difficultés aussi singulières que les miennes. Il se trouvait justement demeurer près de moi, pour quelques semaines, une dame que l’on tenait pour une chrétienne profondément spirituelle, et à qui l’on m’avait conseillé de m’adresser pour une aide spirituelle. Je rassemblai donc mon courage, un après-midi, et j’allai la voir, et je déversai mes tourments ; m’attendant, bien entendu, à ce qu’elle prît un profond intérêt à mon cas et se mît en grande peine de faire tout ce qu’elle pourrait pour m’aider.

Elle m’écouta assez patiemment, et ne m’interrompit pas ; mais quand j’eus achevé mon récit et fait une pause, m’attendant à de la sympathie et à de la considération, elle dit simplement : « Oui, tout ce que vous dites peut être très vrai, mais malgré tout cela, il y a Dieu. » J’attendis quelques minutes quelque chose de plus, mais rien ne vint, et mon amie et institutrice avait l’air d’avoir dit tout ce qui était nécessaire.

« Mais, repris-je, vous n’avez sûrement pas compris combien mes difficultés sont graves et embarrassantes. » « Oh si, je l’ai compris, répondit mon amie, mais malgré tout, comme je vous le dis, il y a Dieu. » Et je ne pus l’amener à faire aucune autre réponse. Cela me parut on ne peut plus décevant et insatisfaisant. Je sentais que mes expériences singulières et vraiment déchirantes ne pouvaient être rencontrées par quelque chose d’aussi simple que la seule affirmation : « Oui, mais il y a Dieu. » Je savais bien que Dieu était là, certes, mais je sentais que j’avais besoin de quelque chose de plus que Dieu seul ; et j’en vins à conclure que mon amie, malgré toute sa grande réputation de maîtresse spirituelle, n’était en tout cas pas capable de se mesurer à un cas aussi singulier que le mien.

Cependant, mon besoin était si grand que je ne renonçai pas après ce premier essai, mais que je retournai la voir maintes et maintes fois, toujours avec l’espoir qu’elle finirait par comprendre l’importance de mes difficultés et me donnerait une aide suffisante. Ce fut en vain. Jamais je ne pus lui arracher d’autre réponse. Toujours, à tout, venait la simple réplique, d’un air d’en avoir tout à fait fini avec le sujet : « Oui, je sais ; mais il y a Dieu. » Et à la fin, à force de l’entendre répéter, je devins convaincue que mon amie croyait réellement et véritablement que le simple fait de l’existence de Dieu, comme Créateur et Rédempteur du genre humain, et de moi comme membre de la race, était une réponse pleinement suffisante à tout besoin possible de ses créatures. Et à la fin, parce qu’elle le disait si souvent et paraissait si sûre, je commençai vaguement à me demander si Dieu, après tout, ne pourrait pas suffire, même à mon besoin, si accablant et si singulier que je le sentisse. Du questionnement, j’en vins peu à peu à croire que, étant mon Créateur et mon Rédempteur, il devait suffire ; et à la fin une conviction éclata en moi qu’il suffisait réellement, et mes yeux s’ouvrirent au fait de la suffisance absolue et entière de Dieu.

Mes tourments disparurent comme par enchantement, et je ne fis que m’étonner d’avoir pu être assez sotte pour m’en troubler, alors que tout ce temps il y avait Dieu, le Dieu tout-puissant et qui voit tout, le Dieu qui m’avait créée et qui par conséquent était de mon côté, empressé à prendre soin de moi et à m’aider. J’avais découvert que Dieu suffisait, et mon âme était en repos.

La toute-suffisance de Dieu devrait être aussi complète pour l’enfant de Dieu que la toute-suffisance d’une bonne mère l’est pour son enfant. Nous connaissons tous le repos parfait du petit enfant dans la présence de sa mère et dans l’amour de sa mère. Que sa mère soit là suffit à faire disparaître toutes ses craintes et tous ses tourments. Il n’a pas besoin que sa mère lui fasse des promesses ; elle-même, telle qu’elle est, sans promesses et sans explications, est tout ce dont l’enfant a besoin. Ma propre expérience d’enfant me l’enseigna, au-delà de tout doute possible. Ma mère était le remède à tous mes propres problèmes, et je croyais fermement qu’elle était le remède aux problèmes du monde entier, si seulement on pouvait les lui apporter. Quand quelqu’un exprimait des doutes sur sa capacité à tout arranger, je me souviens avec quel dédain vigoureux j’avais coutume de le faire taire en disant : « Ah ! mais vous ne connaissez pas ma mère. »

Et maintenant, quand une âme qui se débat ne voit pas que Dieu suffit, j’ai envie de dire, non avec dédain, mais avec une pitié infinie : « Ah, cher ami, vous ne connaissez pas Dieu ! Si vous le connaissiez, vous ne pourriez manquer de voir qu’il est le remède à tout besoin de votre âme, et qu’il est un remède pleinement suffisant. » Dieu suffit, quand bien même aucune promesse ne semblerait s’appliquer à votre cas, et qu’aucun sentiment intérieur ne vous donnerait d’assurance. Celui qui fait la promesse est plus grand que ses promesses ; son existence est un fondement d’assurance plus certain que les sentiments intérieurs les plus intenses.

« Oh, prononce seulement le nom de Dieu Tout au fond de ton cœur, Et vois comme de l’âme aussitôt Toute crainte anxieuse s’enfuit. »

Mais quelqu’un dira peut-être : « Tout cela est sans doute vrai, et je pourrais aisément le croire si seulement je pouvais être sûr que cela s’applique à moi. Mais je suis si inutile et si plein de péché que je ne me sens aucun titre à de telles richesses de grâce. »

Raison de plus : si vous êtes inutile et plein de péché, vous avez un titre à la toute-suffisance de Dieu.

Votre manque même de mérite et votre péché sont votre titre le plus éclatant. Comme quelqu’un l’a dit, il n’y a que le pécheur qui désire le salut à se trouver sur le chemin du Sauveur. La Bible déclare : « C’est une parole certaine et entièrement digne d’être reçue, que Jésus-Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs, dont je suis le premier » (1 Timothée 1:15). Il n’est pas venu sauver les justes, ni les enthousiastes, ni les zélés ouvriers, mais simplement et seulement sauver les pécheurs. Pourquoi donc dépenserions-nous notre temps et notre énergie à essayer de nous créer un titre, qui après tout n’en est pas un, mais seulement un obstacle ?

Tant que notre attention est tournée vers nous-mêmes et vers nos propres expériences, elle est détournée du Seigneur. C’est là un simple bon sens. Comme je l’ai dit ailleurs, nous ne pouvons voir que la chose que nous regardons, et tant que nous nous regardons nous-mêmes, nous ne pouvons tout simplement pas « contempler Dieu ». Ce n’est pas qu’il se cache ; il est toujours là, en pleine vue de tous ceux qui regardent à lui. Mais si nous regardons dans une autre direction, nous ne pouvons nous attendre à le voir.

Dans le passé, il se peut que nos yeux aient été si exclusivement fixés sur nous-mêmes que tout notre questionnement intérieur n’ait porté que sur notre propre état : mon amour pour Dieu est-il assez ardent ? Suis-je assez sérieux ? Mes sentiments envers lui sont-ils ce qu’ils devraient être ? Ai-je assez de zèle ? Est-ce que je ressens mon besoin comme je le devrais ? Nous avons été malheureux parce que nous n’avons jamais pu répondre à ces questions de façon satisfaisante. Bien que nous ne le sachions pas, ce fut une miséricorde que nous n’ayons jamais pu y répondre de façon satisfaisante ; car si nous l’avions pu, notre « moi » se serait enflé, et nous aurions été remplis d’autosatisfaction et d’orgueil.

Si nous voulons voir Dieu, notre questionnement intérieur doit porter sur lui, et non sur nous-mêmes. Que ressent Dieu envers moi ? Son amour pour moi est-il assez ardent ? A-t-il assez de zèle ? Ressent-il assez profondément mon besoin ? Est-il assez sérieux ? Bien que ces questions puissent paraître irrévérencieuses à certains, elles ne font que représenter les doutes et les craintes de bien des cœurs hésitants. Il suffit de les poser pour prouver que ce sont ces doutes et ces craintes qui sont la véritable irrévérence. Nous savons tous quelles seraient les réponses triomphantes à de telles questions. Aucun doute ne pourrait résister à leur témoignage, et l’âme qui les pose et y répond honnêtement sera conduite à une conviction profonde et absolue que Dieu est, et doit être, suffisant.

« Tout est à vous », déclare l’Apôtre : « soit Paul, soit Apollos, soit Céphas, soit le monde, soit la vie, soit la mort, soit les choses présentes, soit les choses à venir. Tout est à vous ; et vous êtes à Christ, et Christ est à Dieu » (1 Corinthiens 3:21-23). Il serait impossible qu’une déclaration fût plus totale. Tout est à vous parce que vous appartenez au Christ — non parce que vous êtes si bons ou si dignes, mais simplement et seulement parce que vous appartenez au Christ. Toutes les choses dont nous avons besoin font partie de notre héritage en lui, et elles n’attendent que notre revendication. Si grands que soient nos besoins et nos difficultés, il y a dans ces « toutes choses » une réserve qui va « infiniment au-delà de tout ce que nous demandons ou pensons » (Éphésiens 3:20).

Parce qu’il existe, tout doit bien aller pour nous. Parce qu’une mère existe, tout doit bien aller pour ses enfants, dans la mesure de ses moyens ; et cela doit être infiniment plus vrai du Seigneur.

Pour l’enfant, derrière tout ce qui change, il y a le fait unique et immuable de l’existence de sa mère. Tant que la mère vit, l’enfant doit être pris en charge ; et tant que Dieu vit, ses enfants doivent l’être aussi. Que pourrait-il faire d’autre, étant ce qu’il est ? La négligence, l’indifférence, l’oubli et l’ignorance lui sont tous impossibles. Il sait tout, il se soucie de tout, il peut tout gouverner, et il nous aime. Que pourrions-nous demander de plus ?

Les saints de Dieu, à tous les âges, ont su cela et ont éprouvé que Dieu leur suffisait. Job put dire, du fond de douleurs et d’épreuves que peu peuvent égaler : « Quand même il me tuerait, j’espérerais encore en lui » (Job 13:15). David put dire au moment de sa plus vive angoisse : « Quand je marche dans la vallée de l’ombre de la mort, Je ne crains aucun mal, car tu es avec moi : Ta houlette et ton bâton me rassurent » (Psaume 23:4). Et il put dire encore : « Dieu est pour nous un refuge et un appui, Un secours qui ne manque jamais dans la détresse. C’est pourquoi nous sommes sans crainte quand la terre est bouleversée, Et que les montagnes chancellent au cœur des mers, Quand les flots de la mer mugissent, écument, Se soulèvent jusqu’à faire trembler les montagnes... Dieu est au milieu d’elle : elle n’est point ébranlée ; Dieu la secourt dès l’aube du matin » (Psaume 46:2-4, 6). Paul put dire triomphalement, au milieu de nombreuses et lourdes épreuves : « Car j’ai l’assurance que ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni les choses présentes ni les choses à venir, ni les puissances, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur » (Romains 8:38-39). C’est pourquoi, vous, cœurs chrétiens qui doutez et qui vous affligez, à la lumière de tout ce que nous avons appris concernant le Dieu de toute consolation, ne pouvez-vous pas, avec Job, David, Paul et les saints de tous les âges, comprendre que rien d’autre n’est nécessaire pour apaiser toutes vos craintes que ceci : que Dieu est. Sa simple existence est toute la garantie que votre besoin réclame pour son certain soulagement. Rien ne peut vous séparer de son amour — absolument rien. Toute situation possible est prévue ici, et pas une seule d’entre elles ne peut vous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus-Christ notre Seigneur.

Après une telle déclaration, comment l’un de nous oserait-il mettre en question ou révoquer en doute l’amour de Dieu ? Et puisqu’il nous aime, il ne peut exister sans nous secourir. Ne savons-nous pas, par notre propre expérience, comme l’amour doit se répandre en bénédictions sur ceux qu’il aime ? Ne pouvons-nous comprendre que Dieu, qui est amour — qui est, pour ainsi dire, fait d’amour —, ne peut tout simplement pas s’empêcher de nous bénir ? Nous n’avons pas besoin de le supplier de nous bénir ; il ne peut tout simplement pas s’en empêcher.

C’est pourquoi Dieu suffit ; Dieu suffit pour cette vie, et Dieu suffit pour l’éternité. DIEU SUFFIT !

« Seulement m’asseoir et penser à Dieu, Oh ! quelle joie que celle-là !

Penser la pensée, respirer le Nom, La terre n’a pas de plus haute félicité. »

FIN

Le Dieu de toute consolation Hannah Whitall Smith

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