Chapitre 1 · 15 min de lecture
Pourquoi ce livre a été écrit
« Des paroles pleines de charme bouillonnent dans mon cœur. Je dis: Mon œuvre est pour le roi! » Psaume 45:1 Je m’entretenais un jour de religion avec un agnostique intelligent, sur qui je désirais vivement exercer quelque influence ; après m’avoir écoutée poliment pendant un moment, il me dit : « Eh bien, madame, tout ce que j’ai à dire est ceci. Si vous, chrétiens, voulez donner aux agnostiques que nous sommes l’envie de regarder de plus près votre religion, il vous faut essayer d’en jouir avec un peu plus d’aise vous-mêmes. Les chrétiens que je rencontre me semblent les gens les plus mal à l’aise qui soient. Ils ont l’air de porter leur religion comme on porte un mal de tête. On ne veut pas se défaire de sa tête, mais il est en même temps fort incommode de l’avoir ainsi. Et moi, pour ma part, je ne tiens pas à ce genre de religion. » Ce fut là une leçon que je n’ai jamais oubliée, et c’est la première raison qui m’a poussée à écrire ce livre.
J’étais très jeune dans la vie chrétienne à l’époque de cette conversation, et j’en goûtais encore la première joie ; aussi ne pouvais-je croire qu’aucun des enfants de Dieu pût être aussi mal à l’aise dans sa vie religieuse que mon ami agnostique le prétendait. Mais lorsque le premier éclat de ma conversion se fut éteint, et que je fus redescendue dans la monotonie des devoirs et des responsabilités de chaque jour, je découvris bientôt, par ma propre expérience comme par celle, toute semblable, de la plupart des chrétiens autour de moi, qu’il y avait beaucoup trop de vérité dans sa parole, et que la vie religieuse de la plupart d’entre nous était pleine de malaise et d’inquiétude. En fait, il semblait, comme me le dit un jour l’une de mes amies chrétiennes tandis que nous comparions nos expériences, « que nous avions juste assez de religion pour nous rendre malheureux ».
J’avoue que cela fut bien décevant, car j’avais attendu tout autre chose. Il me paraissait extrêmement contradictoire qu’une religion, dont la Bible déclare que les fruits sont l’amour, la joie et la paix, aboutît si souvent en pratique au résultat exactement inverse, et produisît le doute, la crainte, l’inquiétude, le conflit et toutes sortes de malaises ; et je résolus, s’il était possible, de découvrir ce qui n’allait pas. Pourquoi, me demandais-je, les enfants de Dieu mènent-ils une vie religieuse si totalement inconfortable, alors qu’il nous a amenés à croire que son joug est doux et son fardeau léger ? Pourquoi sommes-nous troublés par tant de doutes spirituels et accablés d’angoisses spirituelles si lourdes ?
Pourquoi trouvons-nous si difficile d’être assurés que Dieu nous aime réellement, et pourquoi semblons-nous incapables de croire longtemps à sa bonté et à sa sollicitude ? Comment se fait-il que nous nous permettions de le soupçonner de nous oublier et de nous abandonner au temps du besoin ? Nous savons nous fier à nos amis d’ici-bas et nous sentir à l’aise en leur compagnie ; pourquoi donc ne pouvons-nous nous fier à notre Ami céleste, et pourquoi semblons-nous incapables d’être à l’aise à son service ?
Je crois avoir trouvé la réponse à ces questions, et je veux dire franchement que mon dessein, en écrivant ce livre, est d’essayer d’apporter un peu de consolation vraie et véritable à quelques vies chrétiennes troublées autour de moi. Pour moi, la religion du Seigneur Jésus-Christ était destinée à être toute pleine de consolation. Je suis certaine que tout lecteur impartial du Nouveau Testament dirait la même chose, et je crois que tout nouveau converti, dans la première joie de sa conversion, s’y attend pleinement. Et pourtant, comme je l’ai dit, il semble que, pour un grand nombre de chrétiens, la vie religieuse soit la part la plus inconfortable de leur existence. La faute de cette situation revient-elle au Seigneur ? A-t-il promis plus qu’il ne peut donner ?
Un écrivain a dit : « Nous savons ce qu’est la réclame excessive. C’est un mal moderne dont nous souffrons tous. Il y a des affiches sur chaque panneau, des exagérations sur chaque mur nu, des représentations et de fausses représentations sans nombre. Quelles visions n’avons-nous pas eues de fruits et de fleurs impossibles, poussés des graines d’un tel ! Tout est vanté à l’excès. En est-il de même du royaume de Dieu ? Les fruits que nous produisons de la bonne semence du royaume répondent-ils à la description qu’en a donnée Celui de qui nous avons reçu cette bonne semence ? Nous a-t-il trompés ? On sent, ici et là, que le Christ aurait offert dans son Évangile plus qu’il n’a à donner. Les gens s’imaginent n’avoir pas tout à fait éprouvé ce qui était promis comme le partage des enfants de Dieu. Mais pourquoi cela ? Le royaume de Dieu a-t-il été trop vanté, ou a-t-il simplement été trop peu cru ? Le Seigneur Jésus-Christ a-t-il été surestimé, ou a-t-on seulement trop peu mis sa confiance en lui ? »
Ce que je veux faire dans ce livre, c’est montrer, à ma modeste manière, ce que je crois fermement : que le royaume de Dieu ne saurait en aucune façon être trop vanté, ni le Seigneur Jésus-Christ surestimé, car « ce sont des choses que l’œil n’a point vues, que l’oreille n’a point entendues, et qui ne sont point montées au cœur de l’homme, des choses que Dieu a préparées pour ceux qui l’aiment » ; et que toute la difficulté vient de ce que nous avons trop peu cru et trop peu fait confiance.
Je veux donc montrer aussi clairement que je le puis les raisons qui se trouvent, dans la religion du Seigneur Jésus-Christ, de cette paix profonde et durable et de cette consolation de l’âme que rien sur la terre ne peut troubler, et dont on dit qu’elle est le partage de ceux qui l’embrassent. Et je veux aussi expliquer, si c’est bien là notre légitime partage, comment nous devons en user, et ce qui y fait obstacle. Il y a la part de Dieu en cette affaire, et il y a la part de l’homme, et nous devons considérer l’une et l’autre avec soin.
Un jeune homme dissipé, qui fut amené au Seigneur lors d’une réunion d’évangélisation, et qui devint ensuite un chrétien joyeux et mena une belle vie, se vit demander par quelqu’un ce qu’il avait fait pour être converti. « Oh ! dit-il, j’ai fait ma part, et le Seigneur a fait la sienne. »
« Mais quelle était ta part, demanda celui qui l’interrogeait, et quelle était la part du Seigneur ? »
« Ma part, répondit-il aussitôt, était de m’enfuir, et la part du Seigneur était de courir après moi jusqu’à ce qu’il m’eût rattrapé. »
Réponse bien significative ; mais combien peu savent vraiment la comprendre !
La part de Dieu est toujours de courir après nous. Le Christ est venu chercher et sauver ce qui était perdu. « Quel homme d’entre vous, s’il a cent brebis, et qu’il en perde une, ne laisse les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour aller après celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il la retrouve? Lorsqu’il l’a retrouvée, il la met avec joie sur ses épaules. » Telle est toujours la part divine ; mais, dans notre folie, nous ne la comprenons pas, et nous nous imaginons au contraire que c’est le Seigneur qui est perdu, et que notre part est de le chercher et de le trouver. Les expressions mêmes dont nous usons le montrent. Nous pressons les pécheurs de « chercher le Seigneur », et nous parlons de l’avoir « trouvé ». « Avez-vous trouvé le Sauveur ? » demanda une ouvrière de mission trop zélée à une petite fille heureuse et confiante.
D’un air stupéfait, elle répondit d’un ton d’étonnement : « Comment ! je ne savais pas que le Sauveur fût perdu ! »
C’est notre ignorance de Dieu qui cause tout cela. Parce que nous ne le connaissons pas, nous nous formons tout naturellement toutes sortes de fausses idées à son sujet. Nous le prenons pour un Juge irrité, guettant nos moindres fautes, ou pour un dur Maître résolu à exiger de nous le plus grand service, ou pour une Divinité égocentrique réclamant toute la mesure de son honneur et de sa gloire, ou pour un Souverain lointain, occupé de ses seules affaires et indifférent à notre bien-être. Qui s’étonnera qu’un tel Dieu ne puisse être ni aimé ni digne de confiance ? Et qui pourrait attendre de chrétiens qui se font de lui de telles idées qu’ils soient autre chose que pleins de malaise et de misère ?
Mais je puis dire avec assurance, et sans crainte d’être contredite, qu’il est impossible à quiconque connaît vraiment Dieu de nourrir sur lui de si pénibles pensées. Il peut y avoir bien des malaises extérieurs, bien des chagrins et des épreuves d’ici-bas, mais à travers tout cela l’âme qui connaît Dieu doit demeurer intérieurement en un lieu de paix parfaite. « celui qui m’écoute reposera avec assurance, Il vivra tranquille et sans craindre aucun mal. » Et voilà une affirmation que nul ne peut mettre en doute. Si nous voulions vraiment écouter Dieu — ce qui signifie non seulement l’entendre, mais croire ce que nous entendons — nous ne pourrions manquer de savoir que, parce qu’il est Dieu, il ne peut rien faire d’autre que de veiller sur nous comme sur la prunelle de son œil, et que tout ce que peuvent faire un tendre amour et une divine sagesse pour notre bien sera assurément fait. Pas la moindre ouverture au souci ou à la crainte n’est laissée à l’âme qui connaît Dieu.
« Ah oui ! dites-vous, mais comment donc le connaître ? D’autres semblent avoir une sorte de révélation intérieure qui la leur fait connaître, mais moi jamais ; et j’ai beau prier, tout me demeure obscur. Je veux connaître Dieu, mais je ne vois pas comment m’y prendre. »
Votre difficulté, c’est que vous vous faites une fausse idée de ce qu’est connaître Dieu, ou du moins de la sorte de connaissance dont je parle. Car je n’entends nullement par là de mystiques révélations intérieures. De telles expériences sont délicieuses lorsqu’elles se produisent, mais elles ne dépendent pas toujours de nous, et elles peuvent être incertaines et inconstantes. La connaissance dont je parle est la connaissance simple et pratique de la nature et du caractère de Dieu, celle qui vient de croire ce qui nous est révélé de lui dans la Bible.
L’apôtre Jean, à la fin de son Évangile, dit au sujet des choses qu’il avait écrites : « Jésus a fait encore, en présence de ses disciples, beaucoup d’autres miracles, qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ces choses ont été écrites afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie en son nom. » (Jean 20:30). C’est croire ce qui est écrit, et non ce qui est intérieurement révélé, qui donne la vie ; et la connaissance dont je parle est celle qui vient de croire ce qui est écrit.
Je veux dire, en termes pratiques, que lorsque je lis dans la Bible que Dieu est amour, je dois le croire simplement parce que cela est écrit, et non parce que j’aurais eu quelque expérience intérieure m’en prouvant la vérité ; et lorsque la Bible dit qu’il prend soin de nous comme il prend soin des lis des champs et des oiseaux du ciel, et que même les cheveux de notre tête sont tous comptés, je dois le croire simplement parce que cela est écrit, que j’en aie ou non le sentiment intérieur.
Il nous importe beaucoup de comprendre que la Bible est l’énoncé, non de théories, mais de faits réels ; et que les choses ne sont pas vraies parce qu’elles sont dans la Bible, mais qu’elles sont dans la Bible parce qu’elles sont vraies. Un petit garçon, qui avait appris à l’école la découverte de l’Amérique, dit un jour à son père : « Père, si j’avais été Colomb, je ne me serais pas donné toute cette peine pour découvrir l’Amérique. »
« Eh quoi ! qu’aurais-tu donc fait ? » demanda son père.
« Oh ! répondit le petit garçon, je serais tout bonnement allé la trouver sur la carte. »
Ce petit garçon ne comprenait pas que les cartes ne sont que des représentations de lieux déjà connus, et que l’Amérique n’existait pas parce qu’elle figurait sur la carte, mais qu’elle ne pouvait figurer sur la carte que parce qu’elle existait déjà. Et il en va de même de la Bible. Elle est, comme la carte, un simple énoncé de faits ; de sorte que, lorsqu’elle nous dit que Dieu nous aime, elle ne fait que nous dire une chose qui est déjà vraie, et qui ne serait pas dans la Bible si ce n’était pas un fait.
Ce fut pour moi une grande découverte, lorsque je le compris. Il me sembla que cela ôtait toute incertitude et toute spéculation à la révélation qui nous est donnée dans la Bible touchant le salut du Seigneur Jésus-Christ, et que cela faisait de tout ce qui est écrit à son sujet un simple énoncé de faits indéniables. Or les faits sont chose que nous pouvons croire — et de fait, nous les croyons dès que nous les reconnaissons pour des faits. Les révélations intérieures ne dépendent pas de nous, mais quiconque a son bon sens peut croire ce qui est écrit. Et bien que cela puisse d’abord paraître assez terne et simple, si l’on s’y tient avec constance, il en résultera une assurance intérieure profondément bénie, et cela nous conduira finalement à une connaissance de Dieu telle qu’elle transformera notre vie.
Cette sorte de connaissance produit la conviction ; et, à mon sens, la conviction est bien supérieure aux expériences intérieures, si délicieuses soient-elles. Une expérience intérieure peut être altérée par l’état de la santé ou par bien d’autres troubles, mais une conviction demeure. Une fois qu’une personne est convaincue que deux et deux font quatre, aucune maladie, aucun malaise, aucune influence extérieure ne saurait ébranler cette conviction. Elle le sait tout aussi bien quand elle est souffrante que lorsqu’elle est en bonne santé. Les convictions viennent de la connaissance, et aucun changement de sentiments ou d’état physique ne peut altérer la connaissance.
C’est pour aider mes lecteurs à parvenir à cette sorte de connaissance pratique de Dieu, et aux convictions qui en découlent, que ce livre est écrit. J’essaierai d’abord de montrer ce qu’est Dieu — non pas en un sens théologique ou doctrinal, mais simplement ce qu’il est dans la vie réelle de tous les jours, comme le Dieu et Père de chacun de nous. J’indiquerai aussi quelques-unes des choses qui me paraissent être les principaux obstacles à le connaître vraiment.
Je suis tout à fait certaine que parvenir à le connaître tel qu’il est réellement apportera une consolation et une paix infaillibles à tout cœur troublé, et j’aspire profondément à aider tous ceux qui sont à ma portée à parvenir à cette connaissance. L’un des amis de Job dit, en réponse à la détresse de Job : « Attache-toi donc à Dieu, et tu auras la paix; Tu jouiras ainsi du bonheur. » (Job 22:21) Et notre Seigneur, dans sa dernière prière rapportée, dit : « Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. » (Jean 17:3). Il ne s’agit pas de nous connaître nous-mêmes — ce que nous sommes, ce que nous faisons ou ce que nous ressentons — mais simplement de faire connaissance avec Dieu, et de savoir ce qu’il est, ce qu’il fait et ce qu’il ressent. La consolation et la paix ne viennent jamais de ce que nous savons de nous-mêmes, mais toujours de ce que nous savons de lui.
Nous pouvons passer nos journées à accomplir ce que nous appelons des devoirs religieux, et remplir nos dévotions d’enthousiasme, et n’en être pas moins malheureux. Rien ne peut vraiment donner du repos à nos cœurs, si ce n’est une réelle connaissance de Dieu ; car, en fin de compte, tout, dans notre salut, dépend de lui. Notre consolation dépend entièrement de ceci : est-il digne de notre confiance ? Si nous projetions une dangereuse traversée en mer, notre premier souci serait de savoir quel capitaine nous aurions. Le bon sens nous dirait que, si le capitaine n’était pas digne de confiance, tout ce que nous pourrions avoir nous-mêmes de fiabilité ne saurait rendre la traversée sûre. C’est son caractère à lui, et non le nôtre, qui importerait le plus.
Si seulement je puis le dire assez souvent, et d’assez de manières différentes, pour porter la conviction en quelques cœurs troublés, et les élever de leur vie religieuse malheureuse et inconfortable jusque dans le royaume de l’amour, de la joie et de la paix — qui est leur légitime héritage — j’aurai le sentiment que mon dessein, en écrivant ce livre, aura été accompli. Et je pourrai dire : « Maintenant, Seigneur, tu laisses ton serviteur S’en aller en paix, selon ta parole; Car mes yeux ont vu ton salut » ; et ma plume aura essayé de le décrire.
Il faut cependant bien comprendre que ce livre ne cherche pas à traiter des aspects critiques ou théologiques de la religion. Il n’aborde pas les questions touchant l’authenticité de la Bible.
D’autres, bien plus capables, peuvent s’occuper de telles matières. Ce livre est écrit pour ceux qui, comme moi, font profession de croire au Seigneur Jésus-Christ, et qui reçoivent la Bible simplement comme sa révélation.
Laissant donc de côté toutes les questions critiques, je cherche seulement à expliquer ce qui me paraît être le résultat naturel d’une telle foi, et comment les croyants peuvent en faire personnellement l’expérience.
Il peut y avoir des erreurs dans la manière dont j’exprime ces choses, et je demande pour cela l’indulgence de mes lecteurs. Mais la vérité que je veux communiquer — et communiquer de telle sorte que nul ne puisse manquer de la comprendre — n’est pas une erreur. Et cette vérité, la voici : notre vie religieuse devrait être toute pleine de joie, de paix et de consolation, et si nous parvenons à mieux connaître Dieu, elle le sera.