Entretiens avec le fermier ·Le Champ du paresseux

Chapitre 1 · 25 min de lecture

Le Champ du paresseux

« J’ai passé près du champ d’un paresseux, Et près de la vigne d’un homme dépourvu de sens. Et voici, les épines y croissaient partout, Les ronces en couvraient la face, Et le mur de pierres était écroulé.

J’ai regardé attentivement, Et j’ai tiré instruction de ce que j’ai vu. » — Proverbes 24:30-32 Sans doute Salomon était-il parfois heureux de mettre de côté ses habits royaux, d’échapper aux cérémonies de la cour et de parcourir la campagne sans être reconnu. Un jour, il regarda par-dessus le mur écroulé d’un petit domaine appartenant à l’un de ses compatriotes. Cette propriété se composait d’un morceau de terre labourée et d’une vigne. Un seul coup d’œil lui montra qu’elle appartenait à un paresseux qui l’avait laissée à l’abandon. Les mauvaises herbes avaient poussé dru et couvraient le sol tout entier. De ce spectacle, Salomon tira instruction. En général, les hommes n’acquièrent la sagesse que s’ils la possèdent déjà. L’œil de l’artiste voit la beauté d’un paysage parce qu’il porte la beauté dans son esprit. « À celui qui a, il sera davantage donné », et il sera dans l’abondance, car il moissonnera même dans un champ couvert d’épines et de ronces.

Il y a une grande différence entre les hommes dans la manière dont ils usent de l’œil de l’esprit. Je possède un livre intitulé « The Harvest of a Quiet Eye », et c’est un bon livre. La moisson d’un œil paisible peut se recueillir sur la terre d’un paresseux tout aussi bien que dans une ferme bien tenue. Enfants, on nous apprenait un petit poème appelé « Eyes and No Eyes ». Il renfermait beaucoup de vérité. Certains ont des yeux et ne voient point, ce qui revient à peu près à n’avoir point d’yeux du tout. D’autres, au contraire, ont l’œil vif pour découvrir l’instruction. Les uns ne regardent que la surface, tandis que les autres voient non seulement l’enveloppe extérieure, mais le noyau vivant de vérité caché au-dedans des choses.

Nous pouvons trouver l’instruction partout. Pour une âme spirituelle, les orties ont leur raison d’être et les mauvaises herbes ont leur leçon. Les épines et les chardons ne sont-ils pas destinés à enseigner les hommes pécheurs ?

Ne sortent-ils pas de la terre pour nous montrer ce que le péché a fait, et quelle sorte de produit résulte lorsque nous semons les semences de la révolte contre Dieu ? « J’ai passé près du champ d’un paresseux, Et près de la vigne d’un homme dépourvu de sens », dit Salomon. « J’ai regardé attentivement, Et j’ai tiré instruction de ce que j’ai vu. » Quoi que tu voies, prends soin de le considérer attentivement, et tu ne le verras pas en vain.

Tu trouveras des livres et des sermons partout — sur la terre et dans la mer, dans le sol et dans les cieux. Tu peux apprendre de chaque bête, oiseau, poisson et insecte vivant, et de chaque plante, utile ou inutile, qui sort du sol. Nous pouvons aussi recueillir de précieuses leçons des choses que nous n’aimons pas. Salomon n’admirait certainement pas les épines et les orties qui couvraient la vigne, et pourtant il y trouva de l’instruction. Beaucoup sont piqués par les orties, mais peu en sont instruits. Certains sont blessés par les ronces, mais en voici un qui en fut amélioré. La sagesse a l’art de recueillir des raisins sur les épines et des figues sur les orties. Elle tire du bien de plantes qui semblent déplaisantes et nuisibles.

Ne te plains pas des épines ; tires-en plutôt du profit. Ne te pique pas aux orties ; saisis-les fermement et emploie-les pour la santé de ton âme.

Les épreuves et les afflictions, les soucis et les troubles, les petites contrariétés et les déceptions, tout cela peut te servir si tu le permets. Comme Salomon, vois-les et considère-les attentivement — regarde-les et tires-en instruction. Quant à nous, nous considérerons d’abord la description que Salomon donne du paresseux : c’est « un homme dépourvu de sens ». En second lieu, nous remarquerons sa description de la terre du paresseux : « les épines y croissaient partout, Les ronces en couvraient la face ». Après avoir considéré ces deux points, nous conclurons en recueillant l’instruction que cette terre négligée peut nous offrir.

Considérons d’abord la description que Salomon fait d’un homme paresseux. Salomon n’est pas quelqu’un que nous contredirions, car il possédait une grande sagesse, et il écrivit sous l’inspiration divine dans le livre des Proverbes. Salomon dit qu’un paresseux est « un homme dépourvu de sens ». L’homme paresseux ne le pense pas.

Il met les mains dans ses poches, et à son air assuré on croirait qu’il possède la Banque d’Angleterre. Il paraît fort sage à ses propres yeux et se comporte de manière à impressionner les autres par sa prétendue capacité. Comment il a acquis cette sagesse, il est difficile de le dire. Il ne s’est jamais donné la peine de réfléchir. Je ne saurais dire qu’il saute aux conclusions, car il ne saute jamais ; il s’y installe simplement avec paresse. Pourtant il croit tout savoir et avoir résolu toute question.

La méditation lui demande trop d’effort. L’étude est une chose qu’il n’a jamais consenti à endurer.

Et pourtant il se plaît à se croire naturellement intelligent. Il ne désire pas en savoir plus qu’il n’en sait déjà, car à ses propres yeux il en sait assez — quoiqu’en vérité il ne sache rien.

Le proverbe n’est pas flatteur, mais Salomon avait raison de l’appeler « un homme dépourvu de sens ».

Selon la politesse de la bonne société moderne, cela peut sembler brutal, d’autant plus que cet homme possédait un champ et une vigne. Comme le dit le dicton : « Quand j’ai un cheval et une vache, chacun me souhaite le bonjour. »

Comment peut-on dire qu’un homme manque d’intelligence s’il possède des terres et des biens ? N’admet-on pas communément que l’intelligence d’un homme se mesure à sa richesse ? La richesse attire souvent des éloges sur une prétendue habileté. Ainsi va le monde.

Mais telle n’est pas la voie de l’Écriture. Qu’il possède ou non un champ et une vigne, Salomon dit que, s’il est un paresseux, il est insensé — ou, pour parler clairement, il est vide d’intelligence.

Non seulement il ne comprend pas, mais il n’a pas non plus la capacité de comprendre. S’il est paresseux, il a la tête vide. On peut l’appeler un gentleman. Il peut être un propriétaire terrien. Il peut posséder une vigne et un champ.

Pourtant ces possessions ne le rendent pas meilleur. Elles le rendent même pire, car c’est un homme dépourvu de sens, incapable dès lors de faire bon usage de ce qu’il a.

Je suis heureux que Salomon nous dise si nettement qu’un homme paresseux manque de sens, car c’est un renseignement utile. J’ai rencontré des gens qui croyaient comprendre parfaitement les doctrines de la grâce. Ils pouvaient exposer clairement l’élection des saints, la prédestination de Dieu, la certitude du décret divin, la nécessité de l’œuvre de l’Esprit, et toutes les glorieuses doctrines qui forment l’édifice de notre foi.

Pourtant, de ces vérités, ils concluaient qu’ils n’avaient rien à faire, et ainsi ils devenaient des paresseux.

Ne rien faire devint leur credo. Ils ne voulaient même pas encourager les autres à travailler pour le Seigneur, car, disaient-ils : « Dieu fera lui-même son œuvre. Le salut est tout entier de grâce. »

Leur idée était qu’un homme doit simplement attendre et ne rien faire — rester tranquille et laisser l’herbe lui monter jusqu’aux chevilles en espérant le secours du ciel. Se remuer, selon eux, serait contrarier le dessein éternel de Dieu.

J’ai vu un tel homme prendre un air aigre, hocher sa tête chenue et parler durement contre des croyants zélés qui s’efforçaient de gagner des âmes. Je l’ai vu décourager des jeunes gens et, tel un lourd marteau-pilon, les écraser en les traitant de mal affermis et d’ignorants.

Comment supporter la critique d’un homme si dogmatique ? Comment échapper à ce paresseux prétendument savant et censeur ? Salomon vient à notre secours et le réduit au silence en déclarant qu’il est dépourvu de sens. Il peut bien se croire la règle de l’orthodoxie et juger tous les autres, Salomon applique pourtant une autre règle et dit qu’il manque d’intelligence. Il connaît peut-être la doctrine, mais il ne la comprend pas vraiment. S’il la comprenait, il saurait que les doctrines de la grâce nous conduisent à rechercher la grâce que ces doctrines proclament.

Quand nous voyons Dieu à l’œuvre, nous apprenons qu’il opère en nous, non pour nous rendre oisifs, mais « le vouloir et le faire, selon son bon plaisir » (Philippiens 2:13). La prédestination d’un peuple par Dieu signifie qu’il l’a destiné « pour de bonnes œuvres » (Éphésiens 2:10), afin qu’il fasse éclater ses louanges. Si toi ou moi tirons d’une doctrine quelconque — si vraie soit-elle — la conclusion que nous pouvons être oisifs et indifférents à l’égard des choses de Dieu, alors nous manquons d’intelligence. Nous faisons un mauvais usage de l’Évangile. Nous prenons ce qui était destiné à nous nourrir et nous le changeons en poison. Le paresseux, qu’il soit indolent dans ses affaires ou insouciant de son âme, est un homme dépourvu de sens.

En règle générale, nous pouvons mesurer l’intelligence d’un homme à son activité utile. Certains se disent « cultivés », et pourtant ils ne cultivent rien. Une grande part de la pensée moderne, d’après ce que j’ai observé, est comme une bouteille de fumée — imposante d’apparence, mais ne produisant rien de solide. Il y a des gens qui savent analyser, discuter, raffiner et réfuter, tandis que la ciguë pousse dans le sillon et que la charrue rouille inutilisée. Si ta connaissance, ta culture ou ton éducation ne te conduisent pas à servir Dieu concrètement dans ta propre génération, alors tu n’as pas appris ce que Salomon appelle la sagesse. Tu ne ressembles pas au Bienheureux — la Sagesse incarnée — dont il est écrit : « allait de lieu en lieu faisant du bien » (Actes 10:38).

Un homme paresseux ne ressemble pas à notre Sauveur, qui disait : « Mon Père agit jusqu’à présent; moi aussi, j’agis » (Jean 5:17). La vraie sagesse est pratique. La culture vide se contente de parler et de théoriser.

La sagesse laboure son champ. La sagesse bine sa vigne. La sagesse surveille ses récoltes. La sagesse tire le meilleur parti de tout. Quiconque n’agit pas ainsi, quelque savoir qu’il prétende avoir, est un homme dépourvu de sens. Pourquoi manque-t-il d’intelligence ? N’est-ce pas parce qu’il a des occasions dont il ne se sert pas ? Son jour est venu et il s’écoule, et pourtant il laisse les heures s’enfuir sans but. Que chacun de nous s’examine sérieusement. Est-ce que j’emploie les minutes à mesure qu’elles passent ? Cet homme avait une vigne, mais il ne la cultivait pas. Il avait un champ, mais il ne le labourait pas. Usons-nous de nos occasions ? Chacun de nous a quelque aptitude à servir Dieu. L’employons-nous ?

Si nous sommes ses enfants, il ne nous a pas placés là où nous devions être inutiles. Il nous a donné quelque part où nous pouvons briller de la lumière qu’il nous a donnée, ne fût-ce qu’une petite chandelle. Brillons-nous ? « Semons-nous le long des eaux » ? Semons-nous notre semence le matin sans retenir notre main le soir ? (Ecclésiaste 11:6) Sinon, le verdict de Salomon demeure : le paresseux est un homme dépourvu de sens ; un homme vide d’intelligence. Cet homme avait des occasions dont il ne se servait pas. Il avait aussi des devoirs qu’il n’accomplissait pas. Quand Dieu donna à chaque Israélite une portion de terre, il n’entendait pas qu’elle restât en friche, mais qu’elle fût cultivée.

Quand Dieu plaça Adam dans le jardin d’Éden, ce n’était pas seulement pour en admirer la beauté, mais « pour le cultiver et pour le garder » (Genèse 2:15). De même, la terre de chaque Israélite devait atteindre sa pleine fécondité par un labeur fidèle. La propriété entraînait la responsabilité. Le paresseux manqua à cette responsabilité, et ainsi il manquait d’intelligence.

Quel est ton rôle ? Père ? Maître ? Serviteur ? Ministre ? Enseignant ? Dans ces rôles, tu as tes champs et tes vignes. Si tu ne t’en sers pas comme il faut, tu négliges le but de ton existence et tu manques à l’appel que Dieu t’a adressé. Le fermier paresseux avait aussi des aptitudes dont il ne se servait pas. Il aurait pu travailler sa terre s’il l’avait voulu. Il n’était pas malade ; il était simplement paresseux par choix.

Dieu ne réclame pas de nous ce que nous n’avons pas. « La bonne volonté, quand elle existe, est agréable en raison de ce qu’elle peut avoir à sa disposition, et non de ce qu’elle n’a pas » (2 Corinthiens 8:12). On n’attend pas de l’homme aux deux talents qu’il en produise cinq, mais on attend de lui qu’il emploie ses deux. Ce paresseux refusait de tenter ce qui était manifestement en son pouvoir. Beaucoup ont des aptitudes qui demeurent en sommeil. D’autres emploient leurs dons pour eux-mêmes plutôt que pour Celui qui les a donnés. Si Dieu nous a accordé quelque pouvoir de faire le bien, employons-le. Ce monde est las et méchant. Nous ne devrions pas cacher même la lueur d’un ver luisant dans une telle obscurité. Nous ne devrions pas retenir même une seule parole de vérité dans un monde rempli d’erreur.

Si faible que soit notre voix, élevons-la pour la vérité et la justice. Ne manquons pas d’intelligence en négligeant les occasions, en ignorant les devoirs et en n’employant pas nos aptitudes. Dans les choses de l’âme, le paresseux manque particulièrement de sens, car il badine avec des matières qui exigent le plus grand sérieux.

N’as-tu jamais cultivé ton cœur ? La charrue n’a-t-elle jamais rompu le sol dur de ton âme ? La semence de la Parole n’a-t-elle jamais été semée — ou n’a-t-elle pris aucune racine ?

N’as-tu jamais arrosé les jeunes pousses du désir ? Jamais essayé d’arracher les mauvaises herbes du péché ? Tu prends soin de ton corps en passant du temps devant le miroir, et pourtant tu négliges ton âme. Tu pares la chair, qui bientôt retournera à la poussière, tandis que ton âme demeure sans être lavée ni soignée. C’est là une folie de la plus haute espèce. Celui qui est paresseux à l’égard de la vigne de son cœur est vraiment dépourvu de sens.

Et si tu es chrétien, vraiment sauvé, et pourtant négligent dans l’œuvre du Seigneur, alors tu montres bien peu d’intelligence. Si tu connais le danger des âmes perdues, comment peux-tu ne pas t’efforcer de les secourir ? Le temps ne s’attarde pas. La mort ne s’attarde pas. L’enfer ne s’attarde pas. Satan n’est pas oisif. Les puissances des ténèbres sont actives. Comment donc pourrions-nous être paresseux si le Maître nous a placés dans sa vigne ? Si nous avons été sauvés par l’amour infini de Dieu, ne devrions-nous pas nous dépenser et nous laisser dépenser à son service ? L’ordre même des choses exige qu’une personne sauvée soit ardente.

Le chrétien paresseux dans le service ne mesure pas ce qu’il perd. La part la plus riche de la communion avec Dieu, c’est la consécration sans réserve à Dieu. Certains n’ont juste assez de religion pour qu’on doute qu’ils en aient. Ils affichent un peu de piété, mais bien peu de preuves de l’œuvre de l’Esprit. Nous sommes destinés à refléter Christ. Au contraire, certains attirent l’opprobre sur lui. Quand nous voyons des serviteurs paresseux, nous supposons que leur maître doit être indifférent lui aussi.

Que le monde ne pense jamais que Christ est indifférent à la souffrance ou dénué de zèle. Ils peuvent pourtant le penser si ceux qui prétendent le servir ne sont que des paresseux. L’homme paresseux perd l’honneur et la joie du service. Il déshonore la cause qu’il prétend aimer et prépare des épines pour l’oreiller de sa mort.

Que cela demeure établi : le paresseux, qu’il soit pasteur, diacre ou simple chrétien, est un homme dépourvu de sens.

Maintenant, en second lieu, considérons la terre du paresseux : « J’ai passé près du champ d’un paresseux, Et près de la vigne d’un homme dépourvu de sens. Et voici, les épines y croissaient partout, Les ronces en couvraient la face, Et le mur de pierres était écroulé. » (Proverbes 24:30-31) La terre produira toujours quelque chose. Un sol propre à un champ ou à une vigne portera quelque fruit. De même, nos cœurs et nos sphères d’influence produiront quelque chose. Nous ne pouvons vivre comme des pages blanches. Nous ferons le bien ou le mal.

Si tu es oisif dans l’œuvre de Christ, tu es actif dans celle du diable. En dormant, le paresseux cultivait les épines plus efficacement que par aucun effort. Si nous ne produisons pas de froment pour Christ, nous ferons croître des herbes bonnes seulement à être brûlées. Si l’âme n’est pas cultivée pour Dieu, elle produira son fruit naturel.

Et quel est ce fruit naturel ? Le péché et la misère. Si l’on abandonne les enfants sans les former, que produiront-ils ? Si une ville est laissée sans l’Évangile, que poussera-t-il là ? Le crime et la corruption. Il y aura toujours une moisson. Si nous sommes paresseux, cette moisson nous sera douloureuse à nous-mêmes. Nul ne repose commodément sur des épines. Pendant que tu dors, Satan sème. Si tu retiens la bonne semence, il répandra librement la mauvaise. De là viendront des regrets, peut-être pour l’éternité.

« il te produira des épines et des ronces » (Genèse 3:18). Souvent le mauvais produit sera abondant. Une bonne terre porte des mauvaises herbes en abondance si on la néglige. L’homme qui aurait pu faire beaucoup pour Dieu fera beaucoup de mal s’il reste oisif. Ce qu’il y a de meilleur, négligé, devient ce qu’il y a de pire. Si tu veux le salut, il faut faire des efforts pour te montrer le chemin. Mais si tu veux être perdu, il ne faut que de la négligence : « comment échapperons-nous en négligeant un si grand salut ? » (Hébreux 2:3) Le paresseux dit : « Un peu de sommeil, un peu d’assoupissement, Un peu croiser les mains pour dormir!… » (Proverbes 24:33), et les épines se multiplient sans nombre et lui préparent mainte piqûre.

En regardant la vigne de l’homme paresseux, regardons aussi dans le cœur du paresseux impie. Il ne se soucie ni de la repentance ni de la foi. Penser sérieusement à son âme ou à l’éternité lui demande trop d’effort. Il préfère prendre la vie à son aise, avec « un peu croiser les mains pour dormir ». Qu’est-ce qui pousse dans son esprit et son caractère ? Chez certains de ces paresseux spirituels, on voit l’ivrognerie, l’impureté, l’avidité, la colère, l’orgueil, et bien d’autres chardons et orties. Chez d’autres, où de tels péchés manifestes sont retenus par un entourage respectable, on trouve d’autres variétés de mal. Le cœur ne peut demeurer vide. Christ ou le diable l’occupera. Mon ami, si tu n’es pas décidé pour Dieu, tu ne peux rester neutre. Dans ce conflit, chacun se tient soit avec Dieu, soit contre lui.

Tu ne peux rester comme une feuille de papier blanche. L’écriture nette de Satan est sur toi ; ne peux-tu en voir les traces ? À moins que Christ n’ait inscrit son propre nom plein de grâce en travers de la page, la signature de Satan y demeure. Tu diras peut-être : « Je ne vis pas dans un péché manifeste ; je suis un homme moral. » Pourtant, si tu examinais ton cœur attentivement, tu y verrais de l’hostilité envers Dieu et ses voies. Tu n’aimes ni sa loi, ni son Fils, ni son Évangile. Tu es étranger de cœur, rempli de pensées vaines et de mauvais désirs.

Celles-ci croîtront et se multiplieront aussi longtemps que tu resteras un paresseux spirituel et que tu laisseras ton cœur sans culture. Que l’Esprit de Dieu te réveille. Qu’il te pousse à une réflexion sérieuse et fervente.

Alors tu verras que ces pousses nuisibles doivent être arrachées, que ton cœur doit être défoncé par la conviction, et ensemencé de la bonne semence de l’Évangile jusqu’à ce qu’il porte une moisson pour le grand Cultivateur. Ami, si tu crois en Christ, permets-moi de regarder aussi dans ton cœur, surtout si tu es un chrétien paresseux. Je crains que des orties et des chardons n’y poussent également. Ne t’ai-je pas entendu chanter récemment : « ’Tis a point I long to know » ? Cette question te troublera souvent, car le doute pousse aisément dans les esprits oisifs.

Je ne me souviens pas d’avoir lu, dans le journal de John Wesley, qu’il ait mis en doute son salut. Il était si occupé à la moisson de son Maître qu’il ne lui vint pas à l’esprit de se défier de son Dieu.

Certains chrétiens ont peu de foi parce qu’ils n’ont jamais semé le grain de sénevé qui leur avait été donné.

Si tu ne te sers pas de ta foi, comment croîtra-t-elle ? Lorsque la foi est activement exercée au service de Christ, elle prend racine, se fortifie et finit par étouffer le doute. D’autres souffrent de sombres pressentiments. Ils deviennent mécontents, irritables, égoïstes et grognons — souvent parce qu’ils sont oisifs. Voilà les mauvaises herbes qui poussent dans le jardin d’un paresseux.

J’ai vu des croyants paresseux devenir si maussades que rien ne les contentait. Le chrétien le plus fervent ne pouvait les satisfaire. Les croyants les plus aimants n’étaient jamais assez affectueux. L’Église la plus active n’était jamais assez énergique. Ils trouvaient à redire partout, même là où Dieu était manifestement à l’œuvre. Cet esprit de critique, de querelle et de plainte incessante est l’une des orties qui poussent à coup sûr là où règne la paresse spirituelle.

Si ton cœur ne porte pas de fruit pour Dieu, il produira à coup sûr ce qui te nuit à toi et aux autres.

Les épines étouffent souvent la bonne semence, mais c’est une chose bénie quand la bonne semence croît si abondamment qu’elle étouffe les épines. Dieu rend certains croyants si féconds que, lorsque Satan sème l’ivraie, elle ne peut croître. Le Saint-Esprit affaiblit le mal dans le cœur de sorte qu’il n’y domine plus. Si tu es paresseux, examine le champ de ton cœur et afflige-toi de ce que tu y vois.

Considère maintenant ton foyer. C’est une chose grave quand une personne néglige de cultiver sa propre famille.

Dans mes premières années, j’ai connu un homme qui m’accompagnait souvent dans les villages où je prêchais. J’appréciais sa compagnie jusqu’à ce que j’en apprisse davantage sur lui. Il passait toutes ses soirées à des réunions, et pourtant il négligeait ses nombreux enfants. Ils devinrent des jeunes gens impies parce que leur père n’avait jamais cherché à les conduire à Christ. À quoi sert le zèle au-dehors s’il y a négligence au-dedans ? Qu’il est triste de devoir dire : « Ma vigne, à moi, je ne l’ai pas gardée » (Cantique des cantiques 1:6).

J’ai entendu parler un jour d’un homme qui refusait d’enseigner Dieu à ses enfants, ne voulant pas les influencer. Il préférait les laisser choisir plus tard leur religion. Un de ses fils se cassa le bras, et pendant que le médecin le remettait, l’enfant jurait. Le médecin fit cette remarque : « Vous craigniez d’influencer votre fils vers le bien, mais le diable, lui, n’a pas eu de tels scrupules. » Il est de notre devoir de cultiver le champ en faveur des bonnes récoltes, sans quoi il sera bientôt envahi par les mauvaises herbes. Dresse un enfant vers le bien, sinon il dérivera naturellement vers le mal. Il en va des écoles comme des foyers. Un homme qui rejoignit plus tard cette Église avait été autrefois athée. Il attribuait en partie son incrédulité à son expérience scolaire.

Le dimanche, les garçons étaient confinés dans une tribune éloignée de l’église, où ils pouvaient à peine entendre un mot. Ils enduraient d’interminables prières, mais rien ne touchait leur cœur. À la fin, il se lassa tellement de la religion qu’il résolut de l’abandonner dès qu’il serait libre. Les moniteurs de l’école du dimanche doivent y prendre garde.

Les classes peuvent être rendues si ennuyeuses que les enfants en viennent à détester le dimanche lui-même. Le temps peut se perdre sans amener les jeunes cœurs à Christ.

Certains parents chrétiens, par leur dureté et leur manque de tendresse, ont semé des graines de ressentiment au lieu d’amour. Puissions-nous vivre parmi nos enfants de telle sorte qu’ils aiment non seulement nous, mais notre Père qui est dans les cieux. Que les parents montrent une foi joyeuse et sincère, afin que les enfants désirent suivre leur exemple. Si la foi ne règne pas dans le foyer, nous y verrons le désordre, l’orgueil, la folie et les commencements du vice. Que ton foyer ne devienne pas le champ d’un paresseux. Que chaque diacre, chaque responsable de classe et chaque pasteur examine le champ qui lui est confié. Si nous négligeons nos responsabilités, nous devenons comme des arbres stériles occupant la place que des arbres féconds auraient pu occuper. Nous ferons obstacle plutôt que d’aider, à moins de rendre un vrai service. Considère cela sérieusement. Tu ne peux rester neutre. Si tu ne produis aucun gain, tu crées une perte. Que Dieu nous accorde de devenir des serviteurs profitables.

Regarde maintenant le vaste champ du monde. Vois comme il est envahi par les épines. D’immenses régions sont couvertes d’erreur, d’incrédulité et de fausse religion. Le monde abonde en cruauté, en oppression, en impureté et en misère. Dans quelle mesure cela tient-il à une Église négligente ? Près de deux mille ans se sont écoulés, et pourtant une grande partie de la vigne demeure envahie. Partout où l’Église a cessé le labeur missionnaire, elle a décliné. Quand elle cesse de défricher le désert, elle devient elle-même stérile. Plutôt que de nous demander ce que l’Église a fait aux siècles passés, demandons-nous ce que nous ferons maintenant.

Continuerons-nous à cultiver sans cesse le même terrain tandis que d’immenses champs demeurent intacts ? Que Dieu nous réveille de notre paresse. Sinon, le rapport pourra être : « J’ai passé près du champ de l’Église paresseuse, et voici, les épines y croissaient partout. » Il y a là une leçon. Livrée à elle-même, la nature humaine ne produit que des épines et des orties. Sans la grâce, c’est là tout ce que nous aurions produit. Si nous produisons maintenant du bon fruit, c’est entièrement dû à la grâce. Faisons donc paraître le fruit de la grâce dans nos vies. Servirons-nous Christ avec moins d’ardeur que nous n’avons jadis servi le péché ? Sacrifierons-nous moins pour lui que nous ne le faisions pour nos anciens désirs ? Que le Saint-Esprit produise en nous un fruit abondant.

Nous apprenons aussi la vanité des bonnes intentions sans les actes. Cet homme voulait toujours travailler dur un jour. Il disait : « Un peu de sommeil, un peu d’assoupissement, Un peu croiser les mains pour dormir!… » (Proverbes 24:33). Un tout petit délai — puis il commencerait. Mais ce jour-là ne vint jamais. Beaucoup entendent des sermons sérieux et se proposent de répondre. Ils comptent se tourner vers Dieu « un jour ». Certains ont différé pendant quarante ans. Quand te tourneras-tu ? « Avant de mourir », dis-tu. Remettras-tu cela à ta dernière heure ? Est-ce sage ? Tu peux mourir subitement. La vie est incertaine. Prends garde aux petits délais. Tu as déjà perdu assez de temps. Décide-toi maintenant. Que le Saint-Esprit t’amène à te décider.

« Vous ne vous opposez sûrement pas à ce que je dorme encore un peu ? » dit le paresseux. « Vous m’avez réveillé si tôt. Je ne demande qu’un petit somme de plus. » « Mon cher homme, la matinée est bien avancée. » Il répond : « Il est assez tard, je le sais ; mais il ne sera pas beaucoup plus tard si je m’assoupis encore un peu. » Tu le réveilles de nouveau et tu lui dis qu’il est midi. Il dit : « C’est la partie la plus chaude du jour : j’ose dire que, si je m’étais levé, je serais allé au canapé prendre un peu de repos loin de la chaleur du soleil. » Tu frappes à sa porte quand le soir est presque là, et alors il s’écrie : « Il ne sert à rien de me lever maintenant, car le jour est presque fini. »

Tu lui rappelles son champ envahi et sa vigne pleine de mauvaises herbes, et il répond : « Oui, je dois me lever, je le sais. » Il se secoue et dit : « Je ne pense pas que cela fasse une grande différence si j’attends que l’horloge sonne. Je vais me reposer encore une minute ou deux. »

Il est collé à son lit, mort tout en vivant, enseveli dans sa paresse. S’il pouvait dormir à jamais, il le ferait, mais il ne le peut, car le jour du jugement le réveillera. Il est écrit : « Dans le séjour des morts, il leva les yeux ; et, tandis qu’il était en proie aux tourments… » (Luc 16:23). Dieu fasse que vous, paresseux spirituels, vous vous réveilliez avant cela ; mais vous ne le ferez pas si vous ne vous remuez à temps, car « Voici maintenant le temps favorable, voici maintenant le jour du salut » (2 Corinthiens 6:2). Et ce peut être maintenant ou jamais.

Demain ne se trouve que dans le calendrier des insensés ; aujourd’hui est le temps du sage, la saison choisie de notre Dieu de grâce. Oh ! que le Saint-Esprit t’amène à saisir l’heure présente, afin que tu te donnes aussitôt au Seigneur par la foi en Jésus-Christ, et qu’alors, de sa vigne — « Arrache vite Les herbes fétides qui, sans profit, sucent La fertilité du sol aux plantes salutaires. »

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Entretiens avec le fermier Charles H. Spurgeon

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