Chapitre 3 · 7 min de lecture
Le voyage commence
Le culte s’était achevé dans la petite chapelle, et un petit groupe d’adolescents s’était rassemblé autour du jeune prédicateur. Nous étions venus ce soir-là pour l’encourager, car il débutait dans le ministère de la prédication laïque, si essentiel aux nombreuses petites chapelles du pays de Galles. Son message est depuis longtemps oublié, mais non la conversation qui suivit. Nous parlâmes de mon école, la Cowbridge Grammar, où il avait été élève deux ans plus tôt à peine, puis Aneurin posa la question qui a changé ma vie.
« Dis-moi, Gareth, me dit-il, que feras-tu du Seigneur Jésus-Christ ? »
Ce n’était que cinq semaines plus tôt que j’étais entré pour la première fois chez Vince et Betty Bishop. Ils tenaient pour les adolescents des réunions auxquelles ma sœur Barbara assistait chaque vendredi soir. On y chantait des chœurs entraînants, on y jouait à des quiz bibliques et, parfois, on y recevait un orateur invité. J’avais fréquenté l’école du dimanche jusqu’à la mort de ma mère, quand j’avais quatorze ans, mais je ne portais désormais que peu d’intérêt aux choses spirituelles. Cependant, sur l’invitation de Barbara, je me retrouvai assis dans le confortable fauteuil d’angle du salon des Bishop, et je dus admettre que je passais un bon moment. Vous comprendrez que cela était bien facile, puisque j’étais le seul garçon parmi quinze filles ! Je pensai que c’était peut-être la raison pour laquelle Betty m’appela à la cuisine à la fin de la soirée, tandis qu’on préparait des boissons fraîches et des biscuits.
Naturellement, elle attendait de moi que je porte le lourd plateau de boissons.
Je ne m’attendais pas à ce qu’elle me dise ce qu’elle dit en se tournant vers moi. « Dis-moi, Gareth, me dit-elle, que feras-tu du Seigneur Jésus-Christ ? »
Dans l’agitation de cette cuisine, il était facile d’éluder la question ; mais il me fut impossible de la chasser de mon esprit, jusqu’à ce que le jeune prédicateur m’interpelle de nouveau. Entre-temps, j’en étais venu à comprendre que le christianisme proclame non seulement la mort de Jésus sur la croix, mais aussi sa résurrection d’entre les morts. Je me mis à raisonner ainsi : s’il est vraiment ressuscité des morts, il est vivant ; il est donc possible de le connaître personnellement. Chaque semaine, j’avais réussi à éviter de me trouver seul avec Betty, sachant qu’elle me poserait de nouveau la question à laquelle je n’avais pas de réponse ; mais voici que cette question m’avait rattrapé. Tandis que les autres accompagnaient Aneurin jusqu’à l’arrêt du bus, je gravis la colline vers la maison. Entrant dans ma chambre, je m’agenouillai près du lit et fis une simple prière.
« Seigneur Jésus, si tu es réel, entre, je t’en prie, dans ma vie, ôte mon péché et fais de moi ton enfant. » Je ne savais que dire d’autre, aussi poursuivis-je avec les paroles d’un simple chœur récemment appris : « Dans mon cœur, dans mon cœur, viens dans mon cœur, Seigneur Jésus. Viens aujourd’hui, viens pour rester, viens dans mon cœur, Seigneur Jésus. Amen. » J’étais loin de mesurer le passionnant voyage de foi que je venais d’entreprendre.
D’aucuns diront que ce n’était qu’une coïncidence si Aneurin posa la même question que celle que j’évitais ; mais j’ai vu tant d’exemples de l’intervention de Dieu dans ma vie par des voies aussi « fortuites », que je les reconnais désormais comme les rendez-vous de Dieu, des pierres de gué dans ma marche de foi. Mon dessein, dans ce livre, est de vous présenter le Dieu qui a à cœur de conduire chacun de nous dans une marche intime avec lui-même. Il ouvre des portes et les ferme ; il conduit à travers les vallées et par-dessus les cimes des montagnes ; il prend nos déceptions et en fait ses rendez-vous.
« Quand Dieu veut discipliner un homme…
et l’enflammer…
et le rendre habile ; quand Dieu veut modeler un homme pour lui faire jouer le plus noble des rôles ; quand il aspire de tout son cœur à créer un homme si grand et si hardi que le monde entier en soit émerveillé — observe ses méthodes ! observe ses voies !
Comme il perfectionne sans pitié — ceux qu’il élit royalement ; comme il le martèle et le meurtrit et, à grands coups, le transforme en mottes d’argile éprouvées que Dieu seul peut comprendre !
Tandis que son cœur torturé crie et qu’il élève des mains suppliantes !
Comme il courbe, sans jamais les briser, ceux dont il entreprend le bien ; comme il se sert de ceux qu’il choisit et, dans un dessein d’amour, les façonne, par l’âme accablée l’amenant à éprouver les richesses de Dieu.
Dieu sait ce qu’il fait ! »
— Anonyme Dans les mois qui suivirent ma simple prière, j’avais beaucoup grandi dans ma compréhension des vérités bibliques fondamentales. J’eus la grâce d’avoir de bons enseignants qui aimaient le Seigneur et sa Parole. J’avais rejoint une Église et je m’activais dans son groupe de jeunes adultes, appelé « Les Croisés ». Je commençais à découvrir les richesses de notre héritage en Christ — le fruit de son Esprit. Vraiment, « Le ciel là-haut est d’un bleu plus doux, la terre alentour d’un vert plus tendre ; quelque chose vit dans chaque teinte que les yeux sans Christ n’ont jamais vue » (G. Wade Robinson). C’était l’époque où nous affichions nos allégeances en portant au revers des « badges ». Les uns proclamaient leur soutien au club de football local, les autres à la dernière « vedette » du spectacle. Le mien disait simplement : « Croisé d’Elim ». Guère inspirant, mais très significatif.
L’été suivant, je regardais notre équipe de cricket affronter l’un de ses plus redoutables rivaux — une grammar school de Swansea. Les visiteurs étaient à la batte et peinaient contre nos lanceurs, et j’étais passionnément pris par le jeu.
« Je vois que tu appartiens aux Croisés d’Elim, dit une voix tout près. Je suppose que tu connais le Seigneur. »
Je me retournai et vis que celui qui me parlait était un joueur de l’équipe visiteuse. Il avait l’allure d’un bel athlète dans sa « tenue blanche de cricket », et son sourire engageant invitait à l’amitié.
« Ou-oui », balbutiai-je, car je n’avais encore rencontré personne d’aussi ouvert à révéler sa foi. « Oui, je le connais. »
Bientôt, nous nous mîmes à déambuler tout autour du terrain de cricket. Nous fîmes connaissance et parlâmes de notre amitié toute neuve en Christ. À l’instant même où nous arrivions à la barrière donnant sur les terrains de sport de l’école, mon ancien professeur de latin — un maître exigeant qui se trouvait aussi être sélectionneur de l’équipe de cricket des écoliers gallois — fit son entrée. Mon nouvel ami était pressenti pour une place dans l’équipe galloise, de sorte que mon professeur le connaissait effectivement. J’étais connu, moi aussi, non pour mes talents sur le terrain de cricket, mais pour mon ignorance en cours de latin ! Il savait également que nous portions le même nom de famille — Evans.
« Bonjour, Don ! Bonjour, Gareth ! » dit-il, avant d’ajouter : « Êtes-vous frères tous les deux ? »
La question paraissait si absurde, étant donné que nous vivions à une cinquantaine de kilomètres l’un de l’autre, que je fus saisi d’entendre Don répondre : « Oui, monsieur ! Frères dans le Seigneur ! »
C’était la première fois que j’entendais quelqu’un proclamer sa foi avec une telle hardiesse, et j’en fus fort embarrassé.
Une parenthèse intéressante ici ; bien des années plus tard, je me trouvais en visite dans une Église de Cardiff, alors que je représentais l’Anastasis. Là, un ancien de cette Église, sachant que j’avais fait mes études à la Cowbridge Grammar School, me demanda si j’avais connu Sid Harris, le professeur de latin. Je découvris alors que Sid était mort depuis peu, après avoir été durant de longues années un ancien fidèle de cette Église. Je me le demande : le témoignage rendu ce jour-là par Don eut-il, plus tard, quelque influence sur la conversion de Sid ?