Chapitre 23 · 5 min de lecture
Un appel en Afrique
Que devais-je faire maintenant que j’avais du temps devant moi ? Mes médicaments agissaient, et je dormais quelques heures chaque nuit. Physiquement, je me sentais bien, mais mon esprit était encore las. Peu à peu, quatre désirs se mirent à prendre forme.
J’aimerais faire du bénévolat, à bord de l’Anastasis. Il se trouvait à présent en Afrique de l’Ouest, mais il serait bon de prendre du temps à « gratter la rouille » — ou à faire tout ce qui serait nécessaire. Peut-être devrais-je aller à Hawaï. YWAM y avait ouvert l’Université des Nations, et je pourrais y suivre une école Crossroads pendant cinq mois. Il serait agréable de « recevoir » au lieu de « donner » sans cesse.
Je pourrais aller en Amérique latine pour venir en aide aux missionnaires qui s’y trouvent. J’étais déjà allé au Mexique et avais vu de mes yeux le besoin d’un pasteur pour les missionnaires. Peut-être devrais-je fonder à Victoria une école pour enseigner les fondements de la Parole et former des disciples en vue des missions.
Deux ans plus tôt, on m’avait demandé de siéger au conseil canadien de Mercy Ships, la branche maritime de YWAM responsable du M/V Anastasis. Ce n’était là qu’une exigence légale destinée à permettre aux donateurs canadiens de recevoir des reçus déductibles d’impôt.
Nous devions tenir des réunions annuelles, qui pouvaient se faire par « conférence téléphonique ». C’est ainsi qu’à la mi-octobre, Don Stephens, président de Mercy Ships, conduisit une réunion téléphonique d’une heure, au terme de laquelle je lui demandai de me rappeler pour une affaire personnelle. Je comptais lui demander son avis sur les deux premières idées que j’avais notées. Pourrais-je être de quelque utilité à bord du navire ?
Y avait-il quelque intérêt à ce que je suive une école Crossroads ? Il me dit qu’il me rappellerait. Don partit peu après visiter l’Asie du Sud-Est, et ma demande fut oubliée. Ce ne fut qu’un mois plus tard qu’il rappela enfin, moment où d’autres circonstances me rendaient impossible tout voyage, que ce fût en Afrique de l’Ouest ou à Hawaï — du moins pour trois mois. Il s’excusa de son oubli, puis écouta tandis que je lui expliquais pourquoi j’avais sollicité son appel.
Puis Don dit : « J’ai une autre raison d’appeler. Hier soir, notre conseil s’est réuni, et l’aumônier actuel a demandé un congé. Anne et toi seriez-vous disposés à venir à bord comme nos aumôniers ? Voici mon numéro de fax. Recontacte-moi dès qu’Anne et toi aurez pris votre décision ! »
J’appelai Anne à son travail, m’attendant tout à fait à une réponse négative. Il n’était pas question qu’elle acceptât de quitter notre foyer, nos filles et nos petits-enfants pour vivre en communauté à bord d’un navire, dans la chaleur de l’Afrique de l’Ouest. Je ne pus en croire mes oreilles lorsqu’elle dit : « Quand partons-nous ? » J’étais certain de m’être trompé de numéro ! Elle fut aussi surprise que moi de sa réponse ; mais nous avons découvert que le Seigneur donne toujours la grâce juste au moment où elle est nécessaire. Les dispositions furent prises pour que nous rejoignions le navire à Rotterdam en mai 1991, au moment même où il revenait de son premier voyage de service au Ghana, en Afrique de l’Ouest.
En attendant le navire, nous saisîmes l’occasion de suivre une école Crossroads à Lindale, au Texas, siège de Mercy Ships. Nous passâmes trois mois merveilleux et reposants à profiter de l’enseignement et de la communion fraternelle. Plus tard, durant notre première semaine à bord, je fus invité à enseigner à l’École de formation de disciples (DTS) ; et je me rendis alors compte qu’en l’espace de quatre mois, je faisais les quatre choses que j’avais désirées. Mais je me trouvais aux côtés non pas d’un seul missionnaire, mais de plus de trois cents ! Je sais combien j’étais privilégié de servir à bord de ce navire, mais je ne puis que me retourner avec émerveillement sur la manière dont le Seigneur me conduisit à chaque pas pour m’y amener. Je sais que la vallée de 1990 fut très profonde, mais il m’avait maintenant conduit sur un sommet très élevé. Il est toujours vrai que les vallées profondes précèdent les hautes montagnes.
J’ai vu des gens monter à bord avec des difformités faciales grotesques, n’ayant guère d’estime d’eux-mêmes et étant considérés comme une malédiction au sein de leur propre société. J’ai vu ces mêmes personnes repartir la tête haute, après que nos chirurgiens leur eurent rendu leur dignité. Je me suis rendu dans les cliniques médicales et dentaires et j’ai vu le désespoir se changer en espérance, tandis que des bénévoles dévoués servaient les besoins d’un peuple privé de l’accès aux soins médicaux que nous tenons pour acquis.
Je puis pressentir les bénédictions que nous avons laissées dans les pays où nous avons bâti une école, une aile d’hôpital ou une clinique, où l’eau potable et des latrines hygiéniques contribuent à enrayer les maladies meurtrières. Ma plus grande joie, cependant, fut l’occasion que j’eus de servir les missionnaires et les pasteurs lors de séminaires et de conférences hebdomadaires.
Tandis que je voyais l’unité grandir entre eux et que j’entendais leurs marques de reconnaissance pour l’enseignement, je savais que j’étais vraiment béni du Seigneur. En Sierra Leone, par exemple, je pus enseigner plus de 150 responsables d’église, trois heures par semaine, pendant onze semaines en tout ! Bien que je n’eusse jamais fréquenté de faculté de théologie, j’enseignai deux jours durant tous les responsables des principales confessions de ce pays — 23 hommes.
Changez un pasteur, et vous changez une église ; changez 100 pasteurs, et vous changez une nation !! Quel privilège, quel sommet !