Chapitre 29 · 11 min de lecture
Christ le sacrifice
« Il disait: Abba, Père, toutes choses te sont possibles, éloigne de moi cette coupe! Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux. »—Marc 14:36.
QUEL contraste dans l’espace de quelques heures ! Quelle transition, depuis la sereine élévation de cet instant où il leva les yeux au ciel et dit : « PÈRE, JE VEUX », jusqu’à cette chute sur la terre et ce cri d’angoisse : « Mon Père ! Non pas ce que je veux. » Dans l’un nous voyons le souverain sacrificateur au dedans du voile, dans son intercession toute-puissante ; dans l’autre, la victime sur l’autel, ouvrant le chemin à travers le voile déchiré. Le « Père ! Je veux » sacerdotal précède, dans l’ordre du temps, le « Père ! Non pas ce que je veux » sacrificiel ; mais ce n’était que par anticipation, pour montrer ce que serait l’intercession une fois le sacrifice offert. En réalité, c’est de cette prière à l’autel, « Père ! Non pas ce que je veux », que la prière devant le trône, « Père ! Je veux », tirait son origine et sa puissance. C’est du plein abandon de sa volonté à Gethsémané que le souverain sacrificateur sur le trône tient le pouvoir de demander ce qu’il veut, et le droit de faire participer aussi son peuple à ce pouvoir, pour qu’il demande ce qu’il veut.
Pour tous ceux qui veulent apprendre à prier à l’école de Jésus, cette leçon de Gethsémané est l’une des plus sacrées et des plus précieuses. À un disciple superficiel, elle peut sembler ôter le courage de prier avec foi. Si même la fervente supplication du Fils ne fut pas exaucée, si même le Bien-aimé dut dire : « NON PAS CE QUE JE VEUX ! », combien plus nous faut-il parler ainsi. Et il paraît dès lors impossible que les promesses que le Seigneur avait données quelques heures auparavant seulement, « TOUT CE QUE VOUS DEMANDEREZ », « CE QUE VOUS VOUDREZ », aient pu être entendues à la lettre. Une intelligence plus profonde du sens de Gethsémané nous apprendrait que nous avons là même le fondement assuré et le chemin ouvert vers la certitude d’une réponse à notre prière. Approchons-nous, dans un étonnement révérencieux et adorateur, pour contempler ce grand spectacle : le Fils de Dieu présentant ainsi des prières et des supplications, avec de grands cris et avec larmes, et n’obtenant pas ce qu’il demande. Il est lui-même notre Maître, et il nous ouvrira le mystère de son saint sacrifice, tel qu’il est révélé dans cette prière admirable.
Pour comprendre cette prière, notons la différence infinie entre ce que notre Seigneur priait tout à l’heure comme souverain sacrificateur royal, et ce qu’il supplie ici dans sa faiblesse. Là, c’était pour la glorification du Père qu’il priait, et pour sa propre glorification et celle de son peuple, comme accomplissement de promesses précises qui lui avaient été données. Il demandait ce qu’il savait être selon la parole et la volonté du Père ; il pouvait dire avec assurance : « PÈRE ! JE VEUX. » Ici, il prie pour une chose à l’égard de laquelle la volonté du Père ne lui est pas encore claire. Autant qu’il le sache, c’est la volonté du Père qu’il boive la coupe. Il avait parlé à ses disciples de la coupe qu’il devait boire : un peu plus tard, il dirait encore : « Ne boirai-je pas la coupe que le Père m’a donnée à boire? » C’est pour cela qu’il était venu sur cette terre. Mais lorsque, dans l’indicible agonie de l’âme qui fondit sur lui tandis que la puissance des ténèbres s’abattait sur lui, et qu’il commença à goûter les premières gouttes de la mort comme colère de Dieu contre le péché, sa nature humaine, frémissant en présence de l’effroyable réalité d’être fait malédiction, exhala dans ce cri d’angoisse son désir que, si le dessein de Dieu pouvait s’accomplir sans elle, cette coupe terrible lui fût épargnée : « Que cette coupe s’éloigne de moi. » Ce désir était la preuve de l’intense réalité de son humanité. Le « Non pas ce que je veux » empêchait ce désir d’être péché : tandis qu’il crie en suppliant : « Toutes choses te sont possibles », et revient à une prière plus ardente encore pour que la coupe soit ôtée, c’est son triple « NON PAS CE QUE JE VEUX » qui constitue l’essence même et le prix de son sacrifice. Il avait demandé une chose dont il ne pouvait dire : Je sais que c’est ta volonté. Il avait invoqué la puissance et l’amour de Dieu, puis les avait retirés dans son ultime : « QUE TA VOLONTÉ SOIT FAITE. » La prière que la coupe passât ne pouvait être exaucée ; la prière de soumission, que la volonté de Dieu fût faite, fut entendue, et glorieusement exaucée dans sa victoire, d’abord sur la crainte, puis sur la puissance de la mort.
C’est dans ce renoncement à sa volonté, cet abandon complet de sa volonté à la volonté du Père, que l’obéissance de Christ atteignit sa plus haute perfection. C’est du sacrifice de la volonté à Gethsémané que le sacrifice de la vie au Calvaire tire sa valeur. C’est ici, comme dit l’Écriture, qu’il apprit l’obéissance et devint, pour tous ceux qui lui obéissent, l’auteur d’un salut éternel. C’est parce que là, dans cette prière, il se rendit obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la croix, que Dieu l’a souverainement élevé et lui a donné le pouvoir de demander ce qu’il veut. C’est dans ce « Père ! Non pas ce que je veux » qu’il obtint la puissance pour cet autre « PÈRE ! Je veux ». C’est par la soumission de Christ à Gethsémané, consentant à ce que sa volonté ne fût pas faite, qu’il acquit pour son peuple le droit de leur dire : « Demandez ce que vous voudrez. »
Laissez-moi les contempler de nouveau, ces profonds mystères que Gethsémané offre à mes regards. Voici le premier : le Père offre à son Bien-aimé la coupe, la coupe de la colère. Le deuxième : le Fils, toujours si obéissant, recule et implore de n’avoir pas à la boire. Le troisième : le Père n’accorde pas au Fils sa requête, mais donne cependant la coupe. Et enfin le dernier : le Fils cède sa volonté, se contente que sa volonté ne soit pas faite, et sort vers le Calvaire pour boire la coupe. Ô Gethsémané ! en toi je vois comment mon Seigneur a pu me donner une assurance si illimitée d’une réponse à mes prières. Comme ma caution, il l’a gagnée pour moi, en consentant à ce que sa propre requête restât sans réponse.
C’est en harmonie avec tout le plan de la rédemption. Notre Seigneur gagne toujours pour nous le contraire de ce qu’il a souffert. Il fut lié afin que nous soyons libres. Il fut fait péché afin que nous devenions justice de Dieu. Il mourut afin que nous vivions. Il porta la malédiction de Dieu afin que la bénédiction de Dieu fût nôtre. Il endura que sa prière ne fût pas exaucée, afin que nos prières trouvent une réponse. Oui, il a dit : « Non pas ce que je veux, » afin de pouvoir nous dire : « Si vous demeurez en moi, demandez ce que vous voudrez ; cela vous sera accordé. »
Oui, « Si vous demeurez en moi ; » ici, à Gethsémané, cette parole acquiert une force et une profondeur nouvelles. Christ est notre Chef, qui, comme caution, se tient à notre place et porte ce que nous aurions dû porter à jamais. Nous avions mérité que Dieu fît la sourde oreille à nos cris, et n’écoutât jamais notre appel. Christ vient, et souffre cela aussi pour nous : il souffre ce que nous avions mérité ; à cause de nos péchés, il souffre sous le fardeau de cette prière sans réponse. Mais désormais, cette souffrance qu’il endure profite pour moi : ce qu’il a porté m’est ôté ; son mérite m’a gagné la réponse à toute prière, si je demeure en lui.
Oui, en lui, tel qu’il est prosterné là, à Gethsémané, je dois demeurer. Comme mon Chef, il n’a pas seulement souffert une fois pour moi, mais il vit à jamais en moi, respirant et opérant en moi sa propre disposition. L’Esprit éternel, par lequel il s’est offert lui-même à Dieu, est l’Esprit qui habite en moi aussi, et me rend participant de cette même obéissance et de ce même sacrifice de la volonté à Dieu. Cet Esprit m’enseigne à livrer ma volonté tout entière à la volonté du Père, à l’abandonner jusqu’à la mort, à lui être mort en Christ. Tout ce qui est mon propre sentiment, ma propre pensée et ma propre volonté, même sans être directement péché, il m’enseigne à le craindre et à le fuir. Il ouvre mon oreille pour que j’attende, avec une grande douceur et une âme docile, ce que le Père a, jour après jour, à dire et à enseigner. Il me découvre comment l’union avec la volonté de Dieu, dans l’amour de cette volonté, est l’union avec Dieu lui-même ; comment l’abandon entier à la volonté de Dieu est l’exigence du Père, l’exemple du Fils et la vraie félicité de l’âme. Il conduit ma volonté dans la communion de la mort et de la résurrection de Christ ; ma volonté meurt en lui, pour être en lui rendue de nouveau vivante. Il insuffle en elle, comme en une volonté renouvelée et vivifiée, une sainte intelligence de la volonté parfaite de Dieu, une sainte joie à se livrer pour être l’instrument de cette volonté, une sainte liberté et une sainte puissance pour saisir la volonté de Dieu afin de répondre à la prière. De toute ma volonté, j’apprends à vivre pour les intérêts de Dieu et de son royaume, à exercer la puissance de cette volonté — crucifiée mais ressuscitée — dans la nature et dans la prière, sur la terre et dans le ciel, avec les hommes et avec Dieu. Plus je pénètre profondément dans le « PÈRE ! NON PAS CE QUE JE VEUX » de Gethsémané, et dans Celui qui le prononça, pour demeurer en lui, plus mon accès spirituel est plein dans la puissance de son « PÈRE ! JE VEUX ». Et l’âme éprouve que c’est la volonté, devenue néant afin que la volonté de Dieu soit tout, qui maintenant se trouve inspirée d’une force divine pour vouloir réellement ce que Dieu veut, et pour réclamer ce qui lui a été promis au nom de Christ.
Ô écoutons Christ à Gethsémané, lorsqu’il appelle : « Si vous demeurez en moi, demandez ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé. » N’avoir qu’une seule pensée et qu’un seul esprit avec lui dans son abandon de tout à la volonté de Dieu, vivre comme lui dans l’obéissance et l’abandon au Père : voilà ce que c’est que demeurer en lui ; voilà le secret de la puissance dans la prière.
« SEIGNEUR, ENSEIGNE-NOUS À PRIER. »
Béni sois-tu, Seigneur Jésus ! Gethsémané fut ton école, où tu appris à prier et à obéir. C’est encore ton école, où tu conduis tous tes disciples qui voudraient apprendre à obéir et à prier tout comme toi. Seigneur ! enseigne-moi à y prier, dans la foi que tu as expié et vaincu notre propre volonté, et que tu peux vraiment nous faire la grâce de prier comme toi.
Ô Agneau de Dieu ! je voudrais te suivre à Gethsémané, pour y devenir un avec toi, et demeurer en toi comme toi, jusqu’à la mort même, tu livres ta volonté au Père. Avec toi, par toi, en toi, je livre ma volonté dans un abandon absolu et entier à la volonté du Père. Conscient de ma propre faiblesse, et de la puissance secrète avec laquelle la propre volonté voudrait s’affirmer et reprendre sa place sur le trône, je réclame dans la foi la puissance de ta victoire. Tu as triomphé d’elle et tu m’en as délivré. Dans ta mort, je voudrais vivre chaque jour ; dans ta vie, je voudrais mourir chaque jour. Demeurant en toi, que ma volonté, par la puissance de ton Esprit éternel, ne soit que l’instrument accordé qui cède à chaque toucher de la volonté de mon Dieu. De toute mon âme, je dis avec toi et en toi : « Père ! Non pas ce que je veux, mais ce que tu veux. »
Et alors, Seigneur béni ! ouvre mon cœur et celui de tout ton peuple, pour saisir pleinement la gloire de cette vérité : qu’une volonté livrée à Dieu est une volonté agréée de Dieu pour être employée à son service, pour désirer, se proposer, décider et vouloir ce qui est selon la volonté de Dieu. Une volonté qui, dans la puissance du Saint-Esprit, le Dieu qui habite en nous, doit exercer sa prérogative royale dans la prière, pour lier et délier dans le ciel et sur la terre, pour demander tout ce qu’elle veut, et pour dire que cela sera fait.
Ô Seigneur Jésus ! enseigne-moi à prier. Amen.
Chapitre 29 terminé
Christ le sacrifice