Chapitre 30 · 15 min de lecture
Notre assurance dans la prière
« Nous avons auprès de lui cette assurance, que si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute. Et si nous savons qu’il nous écoute, quelque chose que nous demandions, nous savons que nous possédons la chose que nous lui avons demandée. » — 1 Jean 5:14-15.
L’UN des plus grands obstacles à la prière croyante est sans doute, pour beaucoup, celui-ci : ils ne savent pas si ce qu’ils demandent est selon la volonté de Dieu. Tant qu’ils demeurent dans le doute sur ce point, ils ne peuvent avoir l’assurance de demander avec la certitude qu’ils recevront à coup sûr. Et ils en viennent bientôt à penser que, une fois leurs requêtes présentées, s’ils ne reçoivent pas de réponse, mieux vaut laisser Dieu agir selon son bon plaisir. Les paroles de Jean, « Si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute », telles qu’ils les comprennent, rendent impossible toute certitude quant à l’exaucement de la prière, parce qu’ils ne peuvent être sûrs de ce qu’est réellement la volonté de Dieu. Ils se représentent la volonté de Dieu comme son conseil caché — comment l’homme pourrait-il sonder ce qu’est réellement le dessein du Dieu infiniment sage ?
C’est là tout le contraire de ce que Jean visait en écrivant ainsi. Il voulait nous éveiller à l’assurance, à la confiance, à la pleine certitude de la foi dans la prière. Il dit : « C’est là l’assurance que nous avons auprès de lui, » à savoir que nous pouvons dire : Père ! Tu sais, et je sais, que je demande selon ta volonté : je sais que tu m’écoutes. « Nous avons auprès de lui cette assurance, que si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute. » C’est pourquoi il ajoute aussitôt : « Si nous savons qu’il nous écoute, quelque chose que nous demandions, nous savons, » par cette foi, que nous possédons, » que dès maintenant, pendant que nous prions, nous recevons « la chose, » les choses précises, « que nous lui avons demandée. » Jean suppose que, lorsque nous prions, nous commençons par découvrir si nos prières sont selon la volonté de Dieu. Elles peuvent être selon la volonté de Dieu, et pourtant ne pas venir aussitôt, ni sans la prière persévérante de la foi. C’est pour nous donner le courage de persévérer ainsi et d’être forts dans la foi qu’il nous dit : voici ce qui nous donne de l’assurance ou de la confiance dans la prière : si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute. Il est évident que, s’il demeure pour nous incertain que nos requêtes soient selon sa volonté, nous ne pouvons goûter la consolation de ce qu’il dit : « Nous savons que nous possédons la chose que nous lui avons demandée. »
Mais c’est là précisément la difficulté. Plus d’un croyant dit : « Je ne sais pas si ce que je désire est selon la volonté de Dieu. La volonté de Dieu est le dessein de sa sagesse infinie : il m’est impossible de savoir s’il ne juge pas quelque autre chose meilleure pour moi que ce que je désire, ou s’il n’a pas quelque raison de me refuser ce que je demande. » Chacun sent combien, avec de telles pensées, la prière de la foi, dont Jésus a dit : « Quiconque croira que ce qu’il dit s’accomplira aura tout ce qu’il dit », devient une impossibilité. Il peut y avoir la prière de soumission et de confiance en la sagesse de Dieu ; il ne peut y avoir la prière de la foi. La grande erreur, ici, c’est que les enfants de Dieu ne croient pas réellement qu’il soit possible de connaître la volonté de Dieu. Ou, s’ils le croient, ils ne prennent pas le temps ni la peine de la découvrir. Ce qu’il nous faut, c’est voir clairement de quelle manière le Père conduit son enfant, patient et docile, à savoir que sa requête est selon sa volonté. C’est par la sainte parole de Dieu, reçue et gardée dans le cœur, la vie, la volonté ; et par le Saint-Esprit de Dieu, accueilli dans son habitation et sa conduite, que nous apprendrons à savoir que nos requêtes sont selon sa volonté.
Par la parole. Il y a une volonté secrète de Dieu, dont nous craignons souvent que nos prières s’écartent. Or ce n’est pas à cette volonté de Dieu, mais à sa volonté telle qu’elle est révélée dans sa parole, que nous avons affaire dans la prière. Nos idées sur ce que la volonté secrète aurait pu décréter, et sur la manière dont elle rendrait impossible l’exaucement de nos prières, sont le plus souvent très erronées. La foi d’enfant, quant à ce qu’il veut bien faire pour ses enfants, s’en tient simplement à l’assurance du Père : qu’il est de sa volonté d’écouter la prière et de faire ce que la foi en sa parole désire et accepte. Dans sa parole, le Père a révélé, par des promesses générales, les grands principes de sa volonté à l’égard de son peuple. L’enfant doit prendre la promesse et l’appliquer aux circonstances particulières de sa vie auxquelles elle se rapporte. Tout ce qu’il demande dans les limites de cette volonté révélée, il peut le savoir conforme à la volonté de Dieu, et il peut l’attendre avec confiance. Dans sa parole, Dieu nous a donné la révélation de sa volonté et de ses plans à notre égard, à l’égard de son peuple et du monde, avec les promesses les plus précieuses de la grâce et de la puissance par lesquelles, au travers de son peuple, il accomplira ses plans et fera son œuvre. À mesure que la foi devient assez forte et assez hardie pour réclamer l’accomplissement de la promesse générale dans le cas particulier, nous pouvons avoir l’assurance que nos prières sont exaucées : elles sont selon la volonté de Dieu. Prenons pour l’illustrer les paroles de Jean, au verset qui suit notre texte : « Si quelqu’un voit son frère commettre un péché qui ne mène point à la mort, qu’il prie, et Dieu donnera la vie à ce frère. » Telle est la promesse générale ; et le croyant qui plaide en s’appuyant sur cette promesse prie selon la volonté de Dieu, et Jean voudrait lui donner l’assurance de savoir qu’il possède la requête qu’il demande.
Mais cette perception de la volonté de Dieu est quelque chose de spirituel, et doit être discernée spirituellement. Ce n’est pas par un raisonnement logique que nous pouvons l’établir : Dieu l’a dit ; il faut que je l’aie. Tout chrétien n’a pas non plus le même don ni la même vocation. Si la volonté générale révélée dans la promesse est la même pour tous, il y a pour chacun une volonté particulière et différente selon le dessein de Dieu. Et c’est en cela que consiste la sagesse des saints : connaître cette volonté particulière de Dieu pour chacun de nous, selon la mesure de grâce qui nous est donnée, et ainsi demander dans la prière précisément ce que Dieu a préparé et rendu possible pour chacun. C’est pour nous communiquer cette sagesse que le Saint-Esprit habite en nous. L’application personnelle des promesses générales de la parole à nos besoins personnels particuliers — c’est pour cela que la conduite du Saint-Esprit nous est donnée.
C’est cette union de l’enseignement de la parole et de l’Esprit que beaucoup ne comprennent pas, et il en résulte une double difficulté à connaître ce qu’est la volonté de Dieu. Les uns cherchent la volonté de Dieu dans un sentiment ou une conviction intérieurs, et voudraient que l’Esprit les conduise sans la parole. D’autres la cherchent dans la parole, sans la conduite vivante du Saint-Esprit. Les deux doivent être unies : c’est dans la parole seule, dans l’Esprit seul, mais en eux très sûrement, que nous pouvons connaître la volonté de Dieu et apprendre à prier selon elle. Dans le cœur, la parole et l’Esprit doivent se rencontrer : ce n’est que par leur habitation en nous que nous pouvons éprouver leur enseignement. La parole doit habiter, doit demeurer en nous : le cœur et la vie doivent, jour après jour, être sous son influence. Ce n’est pas du dehors, mais du dedans, que vient la vivification de la parole par l’Esprit. Seul celui qui se livre entièrement, dans toute sa vie, à la souveraineté de la parole et de la volonté de Dieu peut espérer discerner, dans les cas particuliers, ce que cette parole et cette volonté lui permettent de demander avec hardiesse. Et, comme pour la parole, il en va de même pour l’Esprit : si je veux que la conduite de l’Esprit dans la prière m’assure quelle est la volonté de Dieu, toute ma vie doit être livrée à cette conduite ; ainsi seulement l’intelligence et le cœur peuvent devenir spirituels et capables de connaître la sainte volonté de Dieu. C’est celui qui, par la parole et l’Esprit, vit dans la volonté de Dieu en la faisant, qui saura prier selon cette volonté dans l’assurance qu’il nous écoute.
Puissent les chrétiens voir quel mal incalculable ils se font à eux-mêmes par cette pensée que, leur prière n’étant peut-être pas selon la volonté de Dieu, il leur faut se contenter d’être sans réponse. La parole de Dieu nous dit que la grande raison des prières sans réponse, c’est que nous ne prions pas comme il faut : « Vous demandez, et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal. » En n’accordant pas de réponse, le Père nous dit qu’il y a quelque chose qui ne va pas dans notre manière de prier. Il veut nous apprendre à le découvrir et à le confesser, et ainsi nous former à la vraie prière, croyante et victorieuse. Il ne peut atteindre son but que lorsqu’il nous amène à voir que c’est nous qui sommes cause du refus de la réponse : notre but, ou notre foi, ou notre vie n’est pas ce qu’il devrait être. Mais ce dessein de Dieu est déjoué tant que nous nous contentons de dire : c’est peut-être parce que ma prière n’est pas selon sa volonté qu’il ne m’écoute pas. Oh ! ne rejetons plus la faute de nos prières sans réponse sur la volonté secrète de Dieu, mais sur notre manière de mal prier. Que cette parole, « Vous ne recevez pas parce que vous demandez mal », soit comme la lampe du Seigneur, sondant le cœur et la vie pour prouver que nous sommes bien de ceux à qui Christ a donné ses promesses d’exaucements certains. Croyons que nous pouvons savoir si notre prière est selon la volonté de Dieu. Livrons notre cœur pour que la parole du Père y habite richement, pour que la parole de Christ demeure en nous. Vivons chaque jour sous l’onction qui nous enseigne toutes choses. Livrons-nous sans réserve au Saint-Esprit, tandis qu’il nous enseigne à demeurer en Christ, à demeurer dans la présence du Père, et nous comprendrons bientôt combien l’amour du Père aspire à ce que l’enfant connaisse sa volonté et sache aussi, dans l’assurance que cette volonté renferme tout ce que sa puissance et son amour ont promis de faire, qu’il écoute les requêtes que nous lui demandons. « C’est là l’assurance que nous avons, que si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute. »
« SEIGNEUR, ENSEIGNE-NOUS À PRIER. »
Maître béni ! De tout mon cœur, je te remercie de cette précieuse leçon : que le chemin d’une vie remplie de réponses à la prière passe par la volonté de Dieu. Seigneur ! Enseigne-moi à connaître cette volonté bénie en la vivant, en l’aimant et en la faisant toujours. Ainsi apprendrai-je à offrir des prières selon cette volonté, et à trouver, dans leur accord avec la volonté bénie de Dieu, mon assurance dans la prière et ma confiance à en recevoir la réponse.
Père ! c’est ta volonté que ton enfant jouisse de ta présence et de ta bénédiction. C’est ta volonté que tout, dans la vie de ton enfant, soit conforme à ta volonté, et que le Saint-Esprit l’opère en lui. C’est ta volonté que ton enfant vive dans l’expérience quotidienne de réponses précises à la prière, afin de jouir d’une communion vivante et directe avec toi-même. C’est ta volonté que ton nom soit glorifié en tes enfants et par eux, et il le sera en ceux qui se confient en toi. Ô mon Père ! que cette volonté qui est la tienne soit mon assurance en tout ce que je demande.
Sauveur béni ! Enseigne-moi à croire en la gloire de cette volonté. Cette volonté est l’amour éternel qui, avec une puissance divine, accomplit son dessein dans chaque volonté humaine qui s’abandonne à lui. Seigneur ! Enseigne-moi ceci. Tu peux me faire voir combien chaque promesse et chaque commandement de la parole est vraiment la volonté de Dieu, et que son accomplissement m’est garanti par Dieu lui-même. Que la volonté de Dieu devienne ainsi pour moi le roc assuré sur lequel reposent à jamais ma prière et mon assurance d’une réponse. Amen.
NOTE.
Il règne souvent une grande confusion au sujet de la volonté de Dieu. Les gens pensent que ce que Dieu veut doit inévitablement s’accomplir. Il n’en est nullement ainsi. Dieu veut pour son peuple une grande abondance de bénédictions qui ne lui parviennent jamais. Il les veut avec la plus grande ardeur, mais eux ne les veulent pas, et elles ne peuvent leur parvenir. C’est là le grand mystère de la création de l’homme doté d’un libre arbitre, et aussi du renouvellement de sa volonté dans la rédemption : Dieu a rendu l’exécution de sa volonté, en bien des choses, dépendante de la volonté de l’homme. De la volonté de Dieu révélée dans ses promesses, il s’accomplira autant que notre foi en accepte. La prière est la puissance par laquelle s’accomplit ce qui, autrement, n’aurait pas lieu. Et la foi, la puissance par laquelle il est décidé quelle part de la volonté de Dieu s’accomplira en nous. Une fois que Dieu révèle à une âme ce qu’il veut bien faire pour elle, la responsabilité de l’exécution de cette volonté repose sur nous.
Certains craignent que ce ne soit là remettre trop de pouvoir entre les mains de l’homme. Mais tout pouvoir est remis entre les mains de l’homme en Jésus-Christ. La clé de toute prière et de toute puissance est à lui ; et lorsque nous apprenons à comprendre qu’il est tout autant avec nous qu’avec le Père, et que nous sommes aussi pleinement un avec lui que lui avec le Père, nous verrons combien il est naturel, juste et sûr qu’à ceux qui demeurent en lui comme lui dans le Père une telle puissance soit donnée. C’est Christ le Fils qui a le droit de demander ce qu’il veut : c’est par notre demeure en lui et sa demeure en nous (dans une réalité divine dont nous avons trop peu conscience) que son Esprit inspire en nous ce qu’il veut demander et obtenir par nous. Nous prions en son nom : les prières sont réellement nôtres et tout aussi réellement siennes.
D’autres encore craignent que croire que la prière ait une telle puissance ne revienne à limiter la liberté et l’amour de Dieu. Oh ! si seulement nous savions combien nous limitons sa liberté et son amour en ne le laissant pas agir de la seule manière dont il choisit d’agir, maintenant qu’il nous a admis dans la communion avec lui-même — par nos prières et notre foi. Un frère dans le ministère demanda un jour, comme nous parlions de ce sujet, s’il n’y avait pas là un danger : celui de penser que notre amour pour les âmes et notre désir de les voir bénies devraient émouvoir l’amour de Dieu et sa disposition à les bénir. Nous longions justement de grandes conduites d’eau, par lesquelles l’eau était amenée par monts et par vaux, d’un grand torrent de montagne jusqu’à une ville éloignée. Regarde ces conduites, fut la réponse ; elles ne rendaient pas l’eau désireuse de descendre des collines, et ne lui donnaient pas non plus son pouvoir de bénir et de rafraîchir : c’est là sa nature même. Tout ce qu’elles pouvaient faire, c’était de décider de sa direction : par elles, les habitants de la ville disaient qu’ils voulaient la bénédiction là. Et il en va de même : il est de la nature même de Dieu d’aimer et de bénir. Toujours plus bas, son amour aspire à descendre avec ses courants vivifiants et rafraîchissants. Mais il a laissé à la prière le soin de dire où la bénédiction doit venir. Il a confié à son peuple croyant le soin d’apporter l’eau vive aux lieux désertés : la volonté de Dieu de bénir dépend de la volonté de l’homme de dire où la bénédiction doit descendre. « C’est une gloire pour tous ses fidèles. » « Nous avons auprès de lui cette assurance, que si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute. Et si nous savons qu’il nous écoute, quelque chose que nous demandions, nous savons que nous possédons la chose que nous lui avons demandée. »
1Voir cette vérité illustrée dans les extraits de George Muller à la fin de ce volume.
Chapitre 30 terminé
Notre assurance dans la prière