À l’école de la prière avec Christ
La puissance de la prière persévérante

Chapitre 17 · 16 min de lecture

La puissance de la prière persévérante

« Jésus leur adressa une parabole, pour montrer qu’il faut toujours prier, et ne point se relâcher. … Le Seigneur ajouta: Entendez ce que dit le juge inique. Et Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus, qui crient à lui jour et nuit, et tardera-t-il à leur égard? Je vous le dis, il leur fera promptement justice. » — Luc 18:1-8.

DE tous les mystères du monde de la prière, la nécessité de la prière persévérante est l’un des plus grands. Que le Seigneur, si aimant et si désireux de bénir, doive être supplié fois après fois, parfois année après année, avant que la réponse ne vienne, voilà ce que nous ne pouvons aisément comprendre. C’est aussi l’une des plus grandes difficultés pratiques dans l’exercice de la prière de la foi. Lorsque, après une supplication persévérante, notre prière demeure sans réponse, il est souvent plus commode pour notre chair paresseuse — et cela a toute l’apparence d’une pieuse soumission — de penser que nous devons désormais cesser de prier, parce que Dieu a peut-être une raison secrète de retenir sa réponse à notre requête.

C’est par la foi seule que la difficulté est surmontée. Une fois que la foi s’est fondée sur la parole de Dieu et sur le nom de Jésus, et qu’elle s’est livrée à la conduite de l’Esprit pour ne chercher dans sa prière que la volonté et l’honneur de Dieu, elle n’a pas à se laisser décourager par le délai. Elle sait, par l’Écriture, que la puissance de la prière de la foi est tout simplement irrésistible ; la vraie foi ne peut jamais être déçue. Elle sait que, de même que l’eau, pour exercer la puissance irrésistible qu’elle peut avoir, doit être rassemblée et accumulée jusqu’à ce que le courant puisse descendre de toute sa force, de même il doit souvent y avoir une accumulation de prière, jusqu’à ce que Dieu voie que la mesure est pleine, et que la réponse vienne. Elle sait que, de même que le laboureur doit faire ses dix mille pas et semer ses dix mille graines, chacune étant une part de la préparation de la moisson finale, de même une prière persévérante et souvent répétée est nécessaire, œuvrant tout entière à quelque bénédiction désirée. Elle sait avec certitude que pas une seule prière de la foi ne peut manquer son effet dans le ciel, mais qu’elle a son influence et qu’elle est mise en réserve pour produire une réponse, en temps voulu, à celui qui persévère jusqu’à la fin. Elle sait qu’elle a affaire non aux pensées ou aux possibilités humaines, mais à la parole du Dieu vivant. Et ainsi, de même qu’Abraham, durant tant d’années, « Espérant contre toute espérance, il crut », et puis « par la foi et la patience hérita de la promesse », elle tient que la patience du Seigneur est salut, attendant et se hâtant vers la venue de son Seigneur pour accomplir sa promesse.

Pour que nous puissions, lorsque la réponse à notre prière ne vient pas aussitôt, unir une paisible patience et une joyeuse confiance dans notre prière persévérante, nous devons nous efforcer tout particulièrement de comprendre les deux mots par lesquels notre Seigneur expose le caractère et la conduite, non du juge inique, mais de notre Dieu et Père envers ceux qu’il laisse crier à lui jour et nuit : « Il est patient envers eux ; il leur fera promptement justice. »

Il leur fera promptement justice, dit le Maître. La bénédiction est toute préparée ; il est non seulement disposé, mais des plus empressés à leur donner ce qu’ils demandent ; l’amour éternel brûle du désir ardent de se révéler pleinement à ses bien-aimés et de satisfaire leurs besoins. Dieu ne tardera pas un seul instant de plus qu’il n’est absolument nécessaire ; il fera tout ce qui est en son pouvoir pour hâter et précipiter la réponse.

Mais pourquoi, si cela est vrai et si sa puissance est infinie, faut-il souvent attendre si longtemps la réponse à la prière ? Et pourquoi les élus de Dieu doivent-ils si souvent, au milieu de la souffrance et du combat, crier jour et nuit ? « Il est patient envers eux. » « Voici, le laboureur attend le précieux fruit de la terre, prenant patience à son égard, jusqu’à ce qu’il ait reçu les pluies de la première et de l’arrière-saison. » Le laboureur soupire, il est vrai, après sa moisson, mais il sait qu’elle doit avoir tout son temps de soleil et de pluie, et il patiente longtemps. L’enfant veut si souvent cueillir le fruit à demi mûr ; le laboureur, lui, sait attendre le moment convenable. L’homme, dans sa nature spirituelle aussi, est soumis à la loi de la croissance graduelle qui règne dans toute vie créée. Ce n’est que sur le chemin du développement qu’il peut atteindre sa destinée divine. Et c’est le Père, dans les mains de qui sont les temps et les saisons, qui seul connaît le moment où l’âme ou l’Église est mûrie pour cette plénitude de foi dans laquelle elle peut réellement prendre et garder la bénédiction. Comme un père qui aspire à voir revenir de l’école son unique enfant, et qui pourtant attend patiemment que le temps de sa formation soit achevé, ainsi en est-il de Dieu et de ses enfants : il est Celui qui est patient, et il répond promptement.

La pénétration de cette vérité conduit le croyant à cultiver les dispositions qui y correspondent : la patience et la foi, l’attente et la hâte, voilà le secret de sa persévérance. Par la foi en la promesse de Dieu, nous savons que nous avons les requêtes que nous lui avons adressées. La foi prend et retient la réponse dans la promesse, comme une possession spirituelle invisible ; elle s’en réjouit et elle en loue Dieu. Mais il y a une différence entre la foi qui saisit ainsi la parole et sait qu’elle possède la réponse, et la foi plus claire, plus pleine, plus mûre, qui obtient la promesse comme une expérience présente. C’est dans une prière persévérante — non incrédule, mais confiante et pleine de louange — que l’âme grandit jusqu’à cette pleine union avec son Seigneur où elle peut entrer en possession de la bénédiction en lui. Il peut y avoir, autour de nous, il peut y avoir dans ce grand système des êtres dont nous faisons partie, il peut y avoir dans le gouvernement de Dieu, des choses qui doivent être remises en ordre par notre prière avant que la réponse ne puisse pleinement venir : la foi qui, selon le commandement, a cru qu’elle avait reçu, peut laisser à Dieu le temps qu’il faut ; elle sait qu’elle a prévalu et qu’elle doit prévaloir. Dans une persévérance paisible, constante et résolue, elle demeure dans la prière et l’action de grâces jusqu’à ce que la bénédiction vienne. Et ainsi nous voyons unies des choses qui, au premier abord, semblent si contradictoires : la foi qui se réjouit de la réponse du Dieu invisible comme d’une possession présente, et la patience qui crie jour et nuit jusqu’à ce qu’elle soit révélée. Le promptement de la patience de Dieu répond à la foi triomphante mais patiente de son enfant qui attend.

Notre grand danger, dans cette école de la réponse différée, c’est la tentation de penser qu’après tout, il n’est peut-être pas dans la volonté de Dieu de nous donner ce que nous demandons. Si notre prière est conforme à la parole de Dieu et sous la conduite de l’Esprit, ne cédons pas à ces craintes. Apprenons à laisser du temps à Dieu. Dieu a besoin de temps avec nous. Si seulement nous lui laissons du temps — c’est-à-dire du temps, dans la communion quotidienne avec lui, pour qu’il exerce sur nous toute l’influence de sa présence, et du temps, jour après jour, tout au long de l’attente à laquelle il nous tient, pour que la foi prouve sa réalité et remplisse tout notre être — lui-même nous conduira de la foi à la vision ; nous verrons la gloire de Dieu. Qu’aucun délai n’ébranle notre foi. Pour la foi, cette parole demeure vraie : d’abord l’herbe, puis l’épi, puis le grain tout formé dans l’épi. Chaque prière de la foi nous rapproche d’un pas de la victoire finale. Chaque prière de la foi contribue à mûrir le fruit et à nous en rapprocher ; elle comble la mesure de prière et de foi connue de Dieu seul ; elle triomphe des obstacles dans le monde invisible ; elle hâte la fin. Enfant de Dieu ! laisse du temps au Père. Il est patient envers toi. Il veut que la bénédiction soit riche, pleine et sûre ; laisse-lui du temps, tandis que tu cries jour et nuit. Souviens-toi seulement de cette parole : « Je vous le dis, il leur fera promptement justice. »

La bénédiction d’une telle prière persévérante est inexprimable. Il n’y a rien qui sonde le cœur autant que la prière de la foi. Elle t’apprend à découvrir, à confesser et à abandonner tout ce qui fait obstacle à la venue de la bénédiction, tout ce qui, peut-être, n’est pas conforme à la volonté du Père. Elle conduit à une communion plus étroite avec Celui qui seul peut enseigner à prier, à un abandon plus entier pour s’approcher sans autre voile que celui du sang et de l’Esprit. Elle appelle à une demeure plus étroite et plus simple en Christ seul. Chrétien ! laisse du temps à Dieu. Il achèvera ce qui te concerne. « Patient — promptement » : telle est la devise de Dieu tandis que tu franchis les portes de la prière ; qu’elle soit aussi la tienne.

Qu’il en soit ainsi, que tu pries pour toi-même ou pour les autres. Tout labeur, corporel ou intellectuel, demande du temps et de l’effort : nous devons nous donner nous-mêmes à ce labeur. La nature ne découvre ses secrets et ne livre ses trésors qu’à un travail diligent et réfléchi. Si peu que nous puissions le comprendre, il en va de même dans la culture spirituelle : la semence que nous jetons dans le sol du ciel, les efforts que nous déployons, l’influence que nous cherchons à exercer dans le monde d’en haut réclament tout notre être : nous devons nous donner nous-mêmes à la prière. Mais tenons ferme cette grande assurance : nous moissonnerons au temps convenable, si nous ne nous relâchons pas.

Et apprenons tout particulièrement cette leçon lorsque nous prions pour l’Église de Christ. Elle est vraiment comme la pauvre veuve : en l’absence de son Seigneur, apparemment à la merci de son adversaire, impuissante à obtenir justice. Lorsque nous prions pour son Église, ou pour quelque partie d’elle qui est sous la puissance du monde, en lui demandant de la visiter par les puissantes opérations de son Esprit et de la préparer pour sa venue, prions avec une foi assurée : la prière est efficace ; prier sans cesse et ne point se lasser amènera la réponse. Laisse seulement du temps à Dieu. Puis continue de crier jour et nuit. « Entendez ce que dit le juge inique. Et Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus, qui crient à lui jour et nuit, et tardera-t-il à leur égard? Je vous le dis, il leur fera promptement justice. »

« SEIGNEUR, ENSEIGNE-NOUS À PRIER. »

Ô Seigneur mon Dieu ! enseigne-moi maintenant à connaître ta voie, et à saisir par la foi ce que ton Fils bien-aimé a enseigné : « Il leur fera promptement justice. » Que ta tendre affection, et la joie que tu prends à exaucer et à bénir tes enfants, me conduisent à accepter sans réserve ta promesse : que nous recevons ce que nous croyons, que nous avons les requêtes que nous demandons, et que la réponse, en son temps, se verra. Seigneur ! nous comprenons les saisons dans la nature, et nous savons attendre avec patience le fruit après lequel nous soupirons — ô remplis-nous de l’assurance que tu ne tarderas pas un instant de plus qu’il n’est nécessaire, et que la foi hâtera la réponse.

Maître béni ! tu as dit que c’est un signe des élus de Dieu qu’ils crient jour et nuit. Ô enseigne-nous à le comprendre. Tu sais avec quelle promptitude nous devenons défaillants et las. C’est comme si la Majesté divine était tellement au-dessus du besoin ou de la portée d’une supplication continue qu’il ne nous siérait pas d’être trop importuns. Ô Seigneur ! enseigne-moi combien le labeur de la prière est réel. Je sais comment, ici-bas, lorsque j’ai échoué dans une entreprise, je puis souvent réussir par un effort renouvelé et plus soutenu, en y consacrant plus de temps et de réflexion : montre-moi comment, en me donnant plus entièrement à la prière, en vivant dans la prière, j’obtiendrai ce que je demande. Et par-dessus tout, ô mon Maître béni, Auteur et Consommateur de la foi, fais que, par ta grâce, ma vie tout entière soit une vie de foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi — en qui ma prière trouve son acceptation, en qui j’ai l’assurance de la réponse, en qui la réponse sera mienne. Seigneur Jésus ! dans cette foi je prierai toujours et ne me lasserai point. Amen.

NOTE

La nécessité d’une prière persévérante et importune paraît à certains en désaccord avec la foi qui sait qu’elle a reçu ce qu’elle demande (Marc 11:24). L’un des mystères de la vie divine est l’harmonie entre le graduel et le soudain, entre la pleine possession immédiate et l’appropriation lente et imparfaite. Et ainsi, ici, la prière persévérante apparaît comme l’école où l’âme est fortifiée pour la hardiesse de la foi. Et, dans la diversité des opérations de l’Esprit, il peut y avoir des personnes chez qui la foi prend davantage la forme d’une attente persistante ; tandis que, pour d’autres, l’action de grâces triomphante paraît la seule expression convenable de l’assurance d’avoir été exaucées.

D’une manière remarquable, la nécessité de la prière persévérante, et l’accès graduel à une plus grande aisance à obtenir la réponse, sont illustrées dans la vie de Blumhardt. Des plaintes avaient été portées contre lui : on lui reprochait de négliger son œuvre de ministre de l’Évangile et de se consacrer à la guérison des malades, et surtout de guérir sans autorisation des malades appartenant à d’autres assemblées. Pour sa défense, il écrit : « Je me suis simplement hasardé à faire ce qui convient à celui qui a la charge des âmes, et à prier selon le commandement du Seigneur en Jacques 1:6-7. En aucune manière je ne me suis fié à ma propre force, ni n’ai imaginé posséder quelque don que d’autres n’auraient pas. Mais ceci est vrai : je me suis mis à l’œuvre comme un ministre de l’Évangile, qui a le droit de prier. Or j’ai bientôt découvert que les portes du ciel ne m’étaient pas pleinement ouvertes. Souvent j’étais enclin à me retirer dans le désespoir. Mais la vue des malades, qui ne pouvaient trouver de secours nulle part, ne me laissait aucun repos. Je pensais à cette parole du Seigneur : “Demandez, et l’on vous donnera” (Luc 11:9-10). Et de plus, je pensais que si l’Église et ses ministres avaient, par incrédulité, paresse et désobéissance, perdu ce qu’il fallait pour vaincre la puissance de Satan, c’était précisément pour de tels temps de disette et de famine que le Seigneur avait dit la parabole de l’ami à minuit et de ses trois pains. Je sentais que je n’étais pas digne de paraître ainsi, à minuit, en un temps de grandes ténèbres, devant Dieu comme son ami, et de demander pour un membre de mon assemblée ce dont il avait besoin. Et pourtant, le laisser sans soin, je ne le pouvais pas non plus. Ainsi je continuais de frapper, comme la parabole l’ordonne — ou, comme certains l’ont dit, avec une grande présomption, en tentant Dieu. Quoi qu’il en soit, je ne pouvais laisser mon hôte sans provision. En ce temps-là, la parabole de la veuve me devint très précieuse. Je voyais que l’Église était la veuve, et que j’étais un ministre de l’Église. J’avais le droit d’être sa bouche contre l’adversaire ; mais longtemps le Seigneur ne le voulut pas. Je ne demandais rien de plus que les trois pains, ce dont j’avais besoin pour mon hôte. Enfin le Seigneur écouta le mendiant importun, et me vint en aide. Était-ce mal à moi de prier ainsi ? Les deux paraboles doivent assurément s’appliquer quelque part, et où pouvait-on concevoir un plus grand besoin ?

Et quel fut le fruit de ma prière ? L’ami qui d’abord n’était pas disposé ne dit pas : “Va maintenant ; je donnerai moi-même à ton ami ce dont il a besoin ; je n’ai pas besoin de toi” ; mais il me le donna comme à son ami, pour que je le donne à mon hôte. Ainsi je me servis des trois pains, et il m’en resta. Mais la provision était petite, et de nouveaux hôtes arrivèrent, parce qu’ils voyaient que j’avais à cœur de les secourir, et que je prendrais la peine, même à minuit, d’aller trouver mon ami. Lorsque, pour eux aussi, je demandai, je reçus de nouveau le nécessaire, et il en resta encore. Comment aurais-je pu empêcher que les nécessiteux vinssent sans cesse à ma maison ? Devais-je m’endurcir et dire : “Pourquoi venez-vous à moi ? il y a dans la ville de grandes et de meilleures maisons, allez-y” ? Leur réponse était : “Cher monsieur, nous ne pouvons y aller. Nous y sommes allés : ils étaient bien fâchés de nous renvoyer si affamés, mais ils ne pouvaient se charger d’aller demander à un ami ce dont nous avions besoin. Va, toi, et procure-nous du pain, car nous souffrons beaucoup.” Que pouvais-je faire ? Ils disaient vrai, et leur souffrance touchait mon cœur. Quelque labeur qu’il m’en coûtât, j’allais chaque fois de nouveau, et j’obtenais les trois pains. Souvent j’obtenais ce que je demandais bien plus vite qu’au début, et aussi bien plus abondamment. Mais tous ne se souciaient pas de ce pain, et quelques-uns quittèrent ma maison affamés. »

Dans ses premières luttes avec les mauvais esprits, il lui fallut plus de dix-huit mois de prière et de labeur avant que la victoire finale fût remportée. Par la suite, il eut un tel accès au trône, et se tint en communication si étroite avec le monde invisible, que souvent, lorsque des lettres arrivaient demandant la prière pour des malades, il pouvait, après avoir seulement levé les yeux un seul instant, obtenir la réponse quant à savoir s’ils seraient guéris.

Tiré de Johann Christophe Blumhardt, Ein Lebenabild von F. Etindel.

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