À l’école de la prière avec Christ
La guérison de l’incrédulité

Chapitre 14 · 13 min de lecture

La guérison de l’incrédulité

« Alors les disciples s’approchèrent de Jésus, et lui dirent en particulier: Pourquoi n’avons-nous pu chasser ce démon? C’est à cause de votre incrédulité, leur dit Jésus. Je vous le dis en vérité, si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, rien ne vous serait impossible. Mais cette sorte de démon ne sort que par la prière et par le jeûne »—Matthieu 17:19-21.

LORSQUE les disciples virent Jésus chasser l’esprit mauvais hors de l’épileptique qu’« ils n’avaient pu guérir », ils demandèrent au Maître la cause de leur échec. Il leur avait donné « force et pouvoir sur tous les démons, avec la puissance de guérir les maladies ». Ils avaient souvent exercé ce pouvoir, et raconté avec joie comment les démons leur étaient soumis. Et pourtant, maintenant, tandis qu’il était sur la montagne, ils avaient totalement échoué. Qu’il n’y eût rien, ni dans la volonté de Dieu ni dans la nature des choses, pour rendre la délivrance impossible, cela avait été prouvé : sur l’ordre du Christ, l’esprit mauvais était sorti. À leur parole, « Pourquoi n’avons-nous pu ? », il est évident qu’ils avaient voulu et cherché à le faire ; ils avaient probablement usé du nom du Maître et sommé l’esprit mauvais de sortir. Leurs efforts avaient été vains, et en présence de la foule, ils avaient été couverts de honte. « Pourquoi n’avons-nous pu ? »

La réponse du Christ fut directe et simple : « C’est à cause de votre incrédulité. » La cause de sa réussite et de leur échec ne tenait pas à ce qu’il aurait possédé une puissance spéciale à laquelle ils n’auraient pas eu accès. Non ; la raison n’était pas à chercher bien loin. Il leur avait si souvent enseigné qu’il existe une seule puissance, celle de la foi, devant laquelle, dans le royaume des ténèbres comme dans le royaume de Dieu, tout doit plier ; dans le monde spirituel, l’échec n’a qu’une seule cause : le manque de foi. La foi est l’unique condition à laquelle toute puissance divine peut entrer dans l’homme et agir à travers lui. Elle est la réceptivité de l’invisible : la volonté de l’homme livrée à la volonté de Dieu et façonnée par elle. Le pouvoir qu’ils avaient reçu de chasser les démons, ils ne le détenaient pas en eux-mêmes comme un don ou une possession permanente ; ce pouvoir était dans le Christ, pour être reçu, retenu et employé par la foi seule, la foi vivante en lui-même. S’ils avaient été remplis de foi en lui comme Seigneur et Vainqueur dans le monde des esprits, s’ils avaient été remplis de foi en lui comme leur ayant donné l’autorité de chasser en son nom, cette foi leur aurait donné la victoire. « C’est à cause de votre incrédulité » fut, pour tous les temps, l’explication et le reproche du Maître à l’impuissance et à l’échec dans son Église.

Mais un tel manque de foi doit avoir une cause, lui aussi. Les disciples auraient bien pu demander : « Et pourquoi n’avons-nous pu croire ? Notre foi a chassé des démons avant ceci : pourquoi avons-nous maintenant failli à croire ? » Le Maître se hâte de le leur dire avant qu’ils ne le demandent : « Mais cette sorte de démon ne sort que par la prière et par le jeûne. » De même que la foi est le plus simple, elle est aussi le plus élevé des exercices de la vie spirituelle, où notre esprit se livre en parfaite réceptivité à l’Esprit de Dieu et se trouve ainsi fortifié jusqu’à sa plus haute activité. Cette foi dépend entièrement de l’état de la vie spirituelle ; ce n’est que lorsque celle-ci est forte et en pleine santé, lorsque l’Esprit de Dieu règne pleinement sur notre vie, qu’il y a la puissance de foi capable d’accomplir ses œuvres puissantes. Et c’est pourquoi Jésus ajoute : « Mais cette sorte de démon ne sort que par la prière et par le jeûne. » La foi qui peut vaincre une résistance aussi opiniâtre que celle que vous venez de voir dans cet esprit mauvais, leur dit Jésus, n’est possible qu’aux hommes qui vivent dans une communion très étroite avec Dieu, et dans une séparation toute particulière d’avec le monde — dans la prière et le jeûne. Et ainsi il nous enseigne, touchant la prière, deux leçons d’une profonde importance. L’une, que la foi a besoin d’une vie de prière pour croître et demeurer forte. L’autre, que la prière a besoin du jeûne pour son plein et parfait développement.

La foi a besoin d’une vie de prière pour sa pleine croissance. Dans toutes les diverses parties de la vie spirituelle, il y a une union si étroite, une action et une réaction si incessantes, que chacune peut être à la fois cause et effet. Il en est ainsi de la foi. Il ne peut y avoir de vraie prière sans foi ; une certaine mesure de foi doit précéder la prière. Et pourtant la prière est aussi le chemin vers une foi plus grande ; il ne peut y avoir de plus hauts degrés de foi que par une prière abondante. Telle est la leçon que Jésus enseigne ici. Rien n’a autant besoin de croître que notre foi. « Votre foi fait de grands progrès », est-il dit d’une certaine Église. Lorsque Jésus prononça ces paroles : « Qu’il vous soit fait selon votre foi », il annonça la loi du royaume, qui nous apprend que tous n’ont pas des degrés de foi égaux, que la même personne n’a pas toujours le même degré, et que la mesure de la foi doit toujours déterminer la mesure de la puissance et de la bénédiction. Si nous voulons savoir où et comment notre foi doit croître, le Maître nous montre le trône de Dieu. C’est dans la prière, dans l’exercice de la foi que j’ai, dans la communion avec le Dieu vivant, que la foi peut grandir. La foi ne peut vivre qu’en se nourrissant de ce qui est divin, de Dieu lui-même.

C’est dans l’adoration de Dieu, dans l’attente auprès de lui et de lui, dans le profond silence de l’âme qui se livre pour que Dieu se révèle, que se développera la capacité de connaître Dieu et de se confier en lui. C’est en prenant sa parole dans le Livre béni et en la lui rapportant, en le priant de nous la dire de sa voix vivante et aimante, que viendra la pleine puissance de croire et de recevoir la parole comme la parole que Dieu lui-même nous adresse. C’est dans la prière, dans un contact vivant avec Dieu et dans une foi vivante, que la foi — le pouvoir de se confier en Dieu, et, dans cette confiance, d’accepter tout ce qu’il dit, d’accepter toute possibilité qu’il a offerte à notre foi — deviendra forte en nous. Beaucoup de chrétiens ne peuvent comprendre ce qu’on entend par cette prière abondante dont ils entendent parfois parler : ils n’en peuvent former aucune idée, et n’en ressentent pas le besoin, de passer des heures avec Dieu. Mais ce que dit le Maître, l’expérience de son peuple l’a confirmé : les hommes de foi forte sont des hommes de prière abondante.

Ceci nous ramène simplement à la leçon que nous avons apprise lorsque Jésus, avant de nous dire de croire que nous recevons ce que nous demandons, dit d’abord : « Ayez foi en Dieu. » C’est en Dieu, le Dieu vivant, que notre foi doit enfoncer ses racines, profondes et larges ; alors elle sera assez forte pour transporter les montagnes et chasser les démons. « Si vous aviez de la foi, rien ne vous serait impossible. » Oh ! si seulement nous nous livrions à l’œuvre que Dieu a pour nous dans le monde, entrant en contact avec les montagnes et les démons qu’il faut écarter et chasser, nous comprendrions bientôt combien il faut de foi, et combien de prière, comme le sol où seule la foi peut être cultivée. Le Christ Jésus est notre vie, la vie de notre foi aussi. C’est sa vie en nous qui nous rend forts et qui nous rend simples pour croire. C’est dans la mort à soi-même qu’implique une prière abondante, dans une union plus étroite avec Jésus, que l’esprit de foi viendra avec puissance. La foi a besoin de la prière pour sa pleine croissance.

Et la prière a besoin du jeûne pour sa pleine croissance : c’est la seconde leçon. La prière est la main par laquelle nous saisissons l’invisible ; le jeûne, l’autre main, par laquelle nous lâchons et rejetons le visible. En rien l’homme n’est plus étroitement lié au monde des sens que dans son besoin de nourriture et le plaisir qu’il y prend. Ce fut le fruit, bon à manger, par lequel l’homme fut tenté et tomba au Paradis. Ce fut avec du pain à faire de pierres que Jésus, ayant faim, fut tenté au désert, et ce fut dans le jeûne qu’il triompha. Le corps a été racheté pour être un temple du Saint-Esprit ; c’est dans le corps aussi bien que dans l’esprit, c’est tout particulièrement, dit l’Écriture, dans le manger et le boire, que nous devons glorifier Dieu. Il est à craindre qu’il y ait beaucoup de chrétiens pour qui ce manger à la gloire de Dieu n’est pas encore devenu une réalité spirituelle. Et la première pensée que suggèrent les paroles de Jésus au sujet du jeûne et de la prière, c’est que ce n’est que dans une vie de modération, de tempérance et de renoncement à soi-même qu’il y aura le cœur ou la force de prier beaucoup.

Mais il y a aussi son sens plus littéral. Le chagrin et l’angoisse ne peuvent manger : la joie célèbre ses fêtes en mangeant et en buvant. Il peut venir des temps de désir intense, où l’on sent vivement combien le corps, avec ses appétits, si légitimes soient-ils, entrave encore l’esprit dans son combat contre les puissances des ténèbres, et où l’on éprouve le besoin de le tenir en bride. Nous sommes des créatures des sens : notre esprit est aidé par ce qui nous parvient revêtu d’une forme concrète ; le jeûne aide à exprimer, à approfondir et à confirmer la résolution que nous sommes prêts à tout sacrifier, à nous sacrifier nous-mêmes, pour atteindre ce que nous cherchons pour le royaume de Dieu. Et celui qui accepta le jeûne et le sacrifice du Fils sait apprécier, accueillir et récompenser d’une puissance spirituelle l’âme qui est ainsi prête à tout abandonner pour le Christ et son royaume.

Puis vient une application plus large encore. La prière, c’est l’élan vers Dieu et vers l’invisible ; le jeûne, c’est l’abandon de tout ce qui appartient au visible et au temporel. Tandis que les chrétiens ordinaires s’imaginent que tout ce qui n’est pas positivement défendu et coupable leur est permis, et cherchent à retenir autant que possible de ce monde, avec ses biens, sa littérature, ses plaisirs, l’âme véritablement consacrée est comme le soldat qui ne porte que ce dont il a besoin pour le combat. Rejetant tout fardeau, ainsi que le péché qui l’enveloppe si facilement, craignant de s’embarrasser des affaires de cette vie, elle cherche à mener une vie de naziréen, comme quelqu’un spécialement mis à part pour le Seigneur et son service. Sans une telle séparation volontaire, même d’avec ce qui est permis, nul n’atteindra la puissance dans la prière : cette sorte de démon ne sort que par la prière et par le jeûne.

Disciples de Jésus ! vous qui avez demandé au Maître de vous apprendre à prier, venez maintenant recevoir ses leçons. Il vous dit que la prière est le chemin de la foi, d’une foi forte, capable de chasser les démons. Il vous dit : « Si vous aviez de la foi, rien ne vous serait impossible » ; que cette glorieuse promesse vous encourage à prier beaucoup. Le prix à gagner ne vaut-il pas ce qu’il coûte ? N’allons-nous pas tout abandonner pour suivre Jésus dans le chemin qu’il nous ouvre ici ; ne jeûnerons-nous pas, s’il le faut ? Ne ferons-nous pas tout ce qu’il faut pour que ni le corps ni le monde qui nous entoure ne nous entravent dans notre grande œuvre de vie — avoir commerce avec notre Dieu dans la prière, afin de devenir des hommes de foi, dont il puisse se servir dans son œuvre de salut du monde.

« SEIGNEUR, ENSEIGNE-NOUS À PRIER. »

Ô Seigneur Jésus ! combien continuellement il te faut nous reprendre de notre incrédulité ! Combien elle doit te paraître étrange, cette terrible incapacité de nous confier en notre Père et en ses promesses. Seigneur ! que ton reproche, avec sa question pénétrante : « C’est à cause de votre incrédulité », descende jusqu’au plus profond de nos cœurs, et nous révèle combien du péché et de la souffrance qui nous entourent est notre faute. Et alors enseigne-nous, Seigneur béni, qu’il est un lieu où la foi peut être apprise et acquise — dans la prière et le jeûne qui introduisent dans une communion vivante et permanente avec toi-même et avec le Père.

Ô Sauveur ! toi-même tu es l’Auteur et le Consommateur de notre foi ; enseigne-nous ce que c’est que de te laisser vivre en nous par ton Saint-Esprit. Seigneur ! nos efforts et nos prières pour obtenir la grâce de croire ont été si vains. Nous savons pourquoi : nous cherchions en nous-mêmes une force qui devait nous venir de toi. Saint Jésus ! enseigne-nous enfin le mystère de ta vie en nous, et comment toi, par ton Esprit, tu entreprends de vivre en nous la vie de la foi, de veiller à ce que notre foi ne défaille point. Ô fais-nous voir que notre foi ne sera qu’une part de cette merveilleuse vie de prière que tu donnes en ceux qui attendent leur formation pour le ministère de l’intercession, non pas seulement en parole et en pensée, mais dans la sainte Onction que tu donnes, l’effusion de l’Esprit de ta propre vie. Et enseigne-nous comment, dans le jeûne et la prière, nous pouvons grandir jusqu’à la foi à laquelle rien ne sera impossible. Amen.

NOTE

À l’époque où Blumhardt traversait son terrible conflit avec les esprits mauvais chez ceux qui étaient possédés, et cherchait à les chasser par la prière, il se demandait souvent ce qui empêchait la réponse. Un jour, un ami, à qui il avait parlé de sa peine, attira son attention sur les paroles de notre Seigneur au sujet du jeûne. Blumhardt résolut de s’adonner au jeûne, parfois pendant plus de trente heures. Par la réflexion et l’expérience, il acquit la conviction que cela a plus d’importance qu’on ne le pense généralement. Il dit : « Dans la mesure où le jeûne est, devant Dieu, une preuve pratique que la chose que nous demandons est pour nous un objet d’intérêt véritable et pressant, et dans la mesure où il fortifie à un haut degré l’intensité et la puissance de la prière, et devient l’expression pratique incessante d’une prière sans paroles, je pouvais croire qu’il ne serait pas sans efficacité, d’autant plus que les paroles du Maître se rapportaient à un cas comme celui-ci. J’en fis l’essai, sans le dire à personne, et en vérité le conflit qui suivit en fut extraordinairement allégé. Je pouvais parler avec beaucoup plus de calme et de décision. Je n’avais pas besoin de rester aussi longtemps auprès du malade ; et je sentais que je pouvais agir sans être présent. »

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