Pensées
La perpétuité

Chapitre 9 · 31 min de lecture

La perpétuité

589

Sur ce que la religion chrétienne n’est pas unique. — Tant s’en faut que ce soit une raison qui fasse croire qu’elle n’est pas la véritable, qu’au contraire, c’est ce qui fait voir qu’elle l’est.

590

Pour les religions, il faut être sincère : vrais païens vrais juifs, vrais chrétiens.

591

Païens

Mahomet

592

Fausseté des autres religions. — Ils n’ont point de témoins ; ceux-ci en ont. Dieu défie les autres religions de produire de telles marques : Isaïe, xliii, 9 ; xliv, 8.

593

Histoire de la Chine. — Je ne crois que les histoires dont les témoins se feraient égorger.

[Lequel est le plus croyable des deux, Moïse ou la Chine ?]

Il n’est pas question de voir cela en gros ; je vous dis qu’il y a de quoi aveugler et de quoi éclairer.

Par ce mot seul, je ruine tous vos raisonnements. Mais la Chine obscurcit, dites-vous, et je réponds : La Chine obscurcit, mais il y a clarté à trouver ; cherchez-la.

Ainsi tout ce que vous dites fait à un des desseins, et rien contre l’autre. Ainsi cela sert, et ne nuit pas.

Il faut donc voir cela en détail ; il faut mettre papiers sur table.

594

Contre l’histoire de la Chine. — Les historiens de Mexico, des cinq soleils, dont le dernier est il n’y a que huit cents ans.

Différence d’un livre reçu d’un peuple, ou qui forme un peuple.

595

Mahomet, sans autorité. Il faudrait donc que ses raisons fussent bien puissantes, n’ayant que leur propre force.

Que dit-il donc ? qu’il faut le croire.

596

Les psaumes chantés par toute la terre.

Qui rend témoignage de Mahomet ? Lui-même. Jésus-Christ veut que son témoignage ne soit rien.

La qualité de témoins fait qu’il faut qu’ils soient toujours et partout, et, misérable, il est seul.

597

Contre Mahomet. — L’Alcoran n’est pas plus de Mahomet, que l’Évangile, de saint Mathieu, car il est cité de plusieurs auteurs de siècle en siècle ; les ennemis mêmes, Celse et Porphyre, ne l’ont jamais désavoué.

L’Alcoran dit que saint Mathieu était homme de bien. Donc, il était faux prophète, ou en appelant gens de bien des méchants, ou en ne demeurant pas d’accord de ce qu’ils ont dit de Jésus Christ.

598

Ce n’est pas par ce qu’il y a d’obscur dans Mahomet, et qu’on peut faire passer pour un sens mystérieux, que je veux qu’on en juge, mais par ce qu’il y a de clair, par son paradis, et par le reste ; c’est en cela qu’il est ridicule ; et c’est pourquoi il n’est pas juste de prendre ses obscurités pour des mystères, vu que ses clartés sont ridicules.

Il n’en est pas de même de l’Écriture. Je veux qu’il y ait des obscurités qui soient aussi bizarres que celles de Mahomet ; mais il y a des clartés admirables, et des prophéties manifestes et accomplies. La partie n’est donc pas égale. Il ne faut pas confondre et égaler les choses qui ne se ressemblent que par l’obscurité et non pas par la clarté, qui mérite qu’on révère les obscurités.

599

Différence entre Jésus-Christ et Mahomet. — Mahomet, non prédit ; Jésus-Christ, prédit.

Mahomet, en tuant ; Jésus-Christ, en faisant tuer les siens.

Mahomet, en défendant de lire ; les apôtres, en ordonnant de lire.

Enfin, cela est si contraire, que, si Mahomet a pris la voie de réussir humainement, Jésus-Christ a pris celle de périr humainement ; et qu’au lieu de conclure que, puisque Mahomet a réussi, Jésus-Christ a bien pu réussir, il faut dire que, puisque Mahomet a réussi, Jésus-Christ devait périr.

600

Tout homme peut faire ce qu’a fait Mahomet ; car il n’a point fait de miracles, il n’a point été prédit ; nul homme ne peut faire ce qu’a fait Jésus-Christ.

601

Fondement de notre foi. — La religion païenne est sans fondement [aujourd’hui. On dit qu’autrefois elle en a eu par les oracles qui ont parlé. Mais quels sont les livres qui nous en assurent ? sont-ils si dignes de foi par la vertu de leurs auteurs ? sont-ils conservés avec tant de soin qu’on puisse s’assurer qu’ils ne sont point corrompus ?]

La religion mahométane a pour fondement l’Alcoran et Mahomet ; mais ce prophète, qui devait être la dernière attente du monde, a-t-il été prédit ? et quelle marque a-t-il que n’ait aussi tout homme qui se voudra dire prophète ? quels miracles dit-il lui-même avoir faits ? quels mystères a-t-il enseignés, selon sa tradition même ? quelle morale et quelle félicité ?

La religion juive doit être regardée différemment dans la tradition des livres saints et dans la tradition du peuple. La morale et la félicité en est ridicule dans la tradition du peuple ; mais elle est admirable dans celle de leurs Saints (et toute religion est de même : car la chrétienne est bien différente dans les Livres Saints et dans les casuistes). Le fondement en est admirable, c’est le plus ancien livre du monde et le plus authentique ; et, au lieu que Mahomet, pour faire subsister le sien, a défendu de le lire, Moïse, pour faire subsister le sien, a ordonné à tout le monde de le lire.

Notre religion est si divine, qu’une autre religion divine n’en a que le fondement.

602

Ordre. — Voir ce qu’il y a de clair dans tout l’état des Juifs, et d’incontestable.

604

La seule science qui est contre le sens commun et la nature des hommes, est la seule qui ait toujours subsisté parmi les hommes.

605

La seule religion contre la nature, contre le sens commun, contre nos plaisirs, est la seule qui ait toujours été.

606

Nulle religion que la nôtre n’a enseigné que l’homme naît en péché, nulle secte de philosophes ne l’a dit : nulle n’a donc dit vrai.

Nulle secte ni religion n’a toujours été sur la terre, que la religion chrétienne.

607

Qui jugera de la religion des Juifs par les grossiers la connaîtra mal ; elle est visible dans les Saints Livres et dans la tradition des prophètes, qui ont assez fait entendre qu’ils n’entendaient pas la loi à la lettre. Ainsi notre religion est divine dans l’Évangile, les apôtres et la tradition ; mais elle est ridicule dans ceux qui la traitent mal.

Le Messie, selon les Juifs charnels, doit être un grand prince temporel. Jésus-Christ, selon les Chrétiens charnels, est venu nous dispenser d’aimer Dieu, et nous donner des sacrements qui opèrent tout sans nous. Ni l’un ni l’autre n’est la religion chrétienne, ni juive.

Les vrais Juifs et les vrais Chrétiens ont toujours attendu un Messie qui les ferait aimer Dieu, et, par cet amour, triompher de leurs ennemis.

608

Les Juifs charnels tiennent le milieu entre les Chrétiens et les païens. Les païens ne connaissent point Dieu, et n’aiment que la terre. Les Juifs connaissent le vrai Dieu, et n’aiment que la terre. Les Chrétiens connaissent le vrai Dieu, et n’aiment point la terre. Les Juifs et les païens aiment les mêmes biens. Les Juifs et les Chrétiens connaissent le même Dieu.

Les Juifs étaient de deux sortes : les uns n’avaient que les affections païennes, les autres avaient les affections chrétiennes.

609

Deux sortes d’hommes en chaque religion : parmi les païens, des adorateurs des bêtes, et les autres, adorateurs d’un seul Dieu dans la religion naturelle. Parmi les Juifs, les charnels, et les spirituels qui étaient les Chrétiens de la loi ancienne. Parmi les Chrétiens, les grossiers qui sont les Juifs de la loi nouvelle.

Les Juifs charnels attendaient un Messie charnel, et les Chrétiens grossiers croient que le Messie les a dispensés d’aimer Dieu : les vrais Juifs et les vrais Chrétiens adorent un Messie qui leur fait aimer Dieu.

610

Pour montrer que les vrais Juifs et les vrais Chrétiens n’ont qu’une même religion. — La religion des Juifs semblait consister essentiellement en la paternité d’Abraham, en la circoncision, aux sacrifices, aux cérémonies, en l’arche, au temple, en Hiérusalem, et enfin en la loi et en l’alliance de Moïse.

Je dis : qu’elle ne consistait en aucune de ces choses, mais seulement en l’amour de Dieu, et que Dieu réprouvait toutes les autres choses.

Que Dieu n’acceptait point la postérité d’Abraham.

Que les Juifs seront punis de Dieu comme les étrangers, s’ils l’offensent. Deut., viii, 19 : « Si vous oubliez Dieu, et que vous suiviez des dieux étrangers, je vous prédis que vous périrez de la même manière que les nations que Dieu a exterminées devant vous. »

Que les étrangers seront reçus de Dieu comme les Juifs, s’ils l’aiment. Is., lvi, 3 : « Que l’étranger ne dise pas : Le Seigneur ne me recevra pas. — Les étrangers qui s’attachent à Dieu seront pour le servir et l’aimer : je les mènerai en ma sainte montagne, et recevrai d’eux des sacrifices, car ma maison est la maison d’oraison. »

Que les vrais Juifs ne considéraient leur mérite que de Dieu, et non d’Abraham. Is., lxiii, 16 : « Vous êtes véritablement notre père, et Abraham ne nous a pas connus, et Israël n’a pas eu de connaissance de nous ; mais c’est vous qui êtes notre père et notre rédempteur. »

Moïse même leur a dit que Dieu n’accepterait pas les personnes. Deut., x, 17 : « Dieu, dit-il, n’accepte pas les personnes, ni les sacrifices ».

Le sabbat n’était qu’un signe, Ex., xxxi, 13 ; et en mémoire de la sortie d’Égypte, Deut., v, 15. Donc il n’est plus nécessaire, puisqu’il faut oublier l’Égypte.

La circoncision n’était qu’un signe, Gen., xvii, 11. Et de là vient qu’étant dans le désert ils ne furent point circoncis, parce qu’ils ne pouvaient se confondre avec les autres peuples ; et qu’après que Jésus-Christ est venu, elle n’est plus nécessaire.

Que la circoncision du cœur est ordonnée. Deut., x, 16 ; Jérém., iv, 4 : « Soyez circoncis de cœur ; retranchez les superfluités de votre cœur, et ne vous endurcissez plus ; car votre Dieu est un Dieu grand, puissant et terrible, qui n’accepte pas les personnes. »

Que Dieu dit qu’il le ferait un jour. Deut., xxx, 6 : « Dieu te circoncira le cœur et à tes enfants, afin que tu l’aimes de tout ton cœur. »

Que les incirconcis de cœur seront jugés, Jér., ix, 26 : Car Dieu jugera les peuples incirconcis et tout le peuple d’Israël, parce qu’il est « incirconcis de cœur ».

Que l’extérieur ne sert rien sans l’intérieur. Joel., ii, 13 : Scindite corda vestra, etc. Is., lviii, 3, 4, etc.

L’amour de Dieu est recommandé en tout le Deutéronome. Deut., xxx, 19 : « Je prends à témoin le ciel et la terre que j’ai mis devant vous la mort et la vie, afin que vous choisissiez la vie, et que vous aimiez Dieu et que vous lui obéissiez, car c’est Dieu qui est votre vie. »

Que les Juifs, manque de cet amour, seraient réprouvés pour leurs crimes, et les païens élus en leur place. Os., i, 10 ; Deut., xxxii, 20 : « Je me cacherai d’eux, dans la vue de leurs derniers crimes ; car c’est une nation méchante et infidèle. Ils m’ont provoqué à courroux par les choses qui ne sont point des dieux, et je les provoquerai à jalousie par un peuple qui n’est pas mon peuple, et par une nation sans science et sans intelligence. » Is., LXV, 1.

Que les biens temporels sont faux, et que le vrai bien est d’être uni à Dieu. Ps., cxliii, 15.

Que leurs fêtes déplaisent à Dieu, Amos, v, 21.

Que les sacrifices des Juifs déplaisent à Dieu. Is., lxvi, 1-3 ; i, 11 ; Jérém., vi, 20. David, Miserere. — Même de la part des bons, Exspectavi. Ps., xlix, 8, 9, 10, 11, 12, 13 et 14.

Qu’il ne les a établis que pour leur dureté. Michée, admirablement vi. I.R. xv, 22 ; Osée, vi, 6.

Que les sacrifices des païens seront reçus de Dieu, et que Dieu retirera sa volonté des sacrifices des Juifs. Malach., i, 11.

Que Dieu fera une nouvelle alliance par le Messie, et que l’ancienne sera rejetée. Jérém., xxxi, 31.

Mandata non bona. Ézéch..

Que les anciennes choses seront oubliées. Is., xliii, 18, 19 ; lxv, 17, 18.

Qu’on ne se souviendra plus de l’arche. Jér., iii, 15, 16.

Que le temple serait rejeté. Jér., vii, 12, 13, 14.

Que les sacrifices seraient rejetés, et d’autres sacrifices purs établis. Malach., i, 11.

Que l’ordre de la sacrificature d’Aaron serait réprouvé, et celle de Melchisédech introduite par le Messie. Dixit Dominus.

Que cette sacrificature serait éternelle. Ibid.

Que Hiérusalem serait réprouvée, et Rome admise. Dixit Dominus.

Que le nom des Juifs serait réprouvé et un nouveau nom donné. Is., lxv, 15.

Que ce dernier nom serait meilleur que celui de Juifs, et éternel. Is., lvi, 5.

Que les Juifs devaient être sans prophètes (Amos), sans roi, sans princes, sans sacrifice, sans idole.

Que les Juifs subsisteraient néanmoins toujours en peuple. Jér., xxxi, 36.

611

République. — La république chrétienne, et même judaïque, n’a eu que Dieu pour maître, comme remarque Philon juif, De la monarchie.

Quand ils combattaient, ce n’était que pour Dieu ; [ils] n’espéraient principalement que de Dieu ; ils ne considéraient leurs villes que comme étant à Dieu, et les conservaient pour Dieu. I Paralip., xix, 13.

612

Gen., xvii, Statuant pactum meum inter me et te fœdere sempiterno… ut sim Deus tuus…

Et tu ergo custodies pactum meum.

613

Perpétuité. — Cette religion, qui consiste à croire que l’homme est déchu d’un état de gloire et de communication avec Dieu en un état de tristesse, de pénitence et d’éloignement de Dieu, mais qu’après cette vie nous serons rétablis par un Messie qui devait venir, a toujours été sur la terre. Toutes choses ont passé, et celle-là a subsisté, pour laquelle sont toutes choses.

Les hommes dans le premier âge du monde, ont été emportés dans toutes sortes de désordres, et il y avait cependant des saints, comme Énoch, Lamech et d’autres, qui attendaient en patience le Christ promis dès le commencement du monde. Noé a vu la malice des hommes au plus haut degré ; et il a mérité de sauver le monde en sa personne, par l’espérance du Messie dont il a été la figure. Abraham était environné d’idolâtres, quand Dieu lui a fait connaître le mystère du Messie, qu’il a salué de loin. Au temps d’Isaac et de Jacob, l’abomination était répandue sur toute la terre ; mais ces saints vivaient en la foi ; et Jacob, mourant et bénissant ses enfants, s’écrie, par un transport qui lui fait interrompre son discours : « J’attends, ô mon Dieu ! le Sauveur que vous avez promis : Salutare tuum exspectabo, Domine. » Les Égyptiens étaient infectés et d’idolâtrie et de magie ; le peuple de Dieu même était entraîné par leurs exemples ; mais cependant Moïse et d’autres croyaient celui qu’ils ne voyaient pas, et l’adoraient en regardant aux dons éternels qu’il leur préparait.

Les Grecs, et les Latins ensuite, ont fait régner les fausses déités ; les poètes ont fait cent diverses théologies ; les philosophes se sont séparés en mille sectes différentes ; et cependant il y avait toujours au cœur de la Judée des hommes choisis qui prédisaient la venue de ce Messie, qui n’était connu que d’eux.

Il est venu enfin en la consommation des temps ; et depuis, on a vu naître tant de schismes et d’hérésies, tant renverser d’États, tant de changements en toutes choses ; et cette Église, qui adore Celui qui a toujours été adoré, a subsisté sans interruption. Et ce qui est admirable, incomparable et tout à fait divin, est que cette religion, qui a toujours duré, a toujours été combattue. Mille fois elle a été à la veille d’une destruction universelle ; et toutes les fois qu’elle a été en cet état, Dieu l’a relevée par des coups extraordinaires de sa puissance. C’est ce qui est étonnant, et qu’elle s’est maintenue sans fléchir et ployer sous la volonté des tyrans. Car il n’est pas étrange qu’un État subsiste, lorsque l’on fait quelquefois céder ses lois à la nécessité, mais que… (Voyez le rond dans Montaigne.)

614

Les États périraient, si on ne faisait ployer souvent les lois à la nécessité ; mais jamais la religion n’a souffert cela, et n’en a usé. Aussi il faut ces accommodements, ou des miracles. Il n’est pas étrange qu’on se conserve en ployant, et ce n’est pas proprement se maintenir ; et encore périssent-ils enfin entièrement, il n’y en a point qui ait duré mille ans. Mais que cette religion se soit toujours maintenue, et inflexible, cela est divin.

615

On a beau dire. Il faut avouer que la religion chrétienne a quelque chose d’étonnant. C’est parce que vous y êtes né, dira-t-on. Tant s’en faut ; je me roidis contre, pour cette raison-là même, de peur que cette prévention ne me suborne ; mais, quoique j’y sois né, je ne laisse pas de le trouver ainsi.

616

Perpétuité. — Le Messie a toujours été cru. La tradition d’Adam était encore nouvelle en Noé et en Moïse ; les prophètes l’ont prédit depuis, en prédisant toujours d’autres choses, dont les événements, qui arrivaient de temps en temps à la vue des hommes, marquaient la vérité de leur mission, et par conséquent celle de leurs promesses touchant le Messie ; Jésus-Christ a fait des miracles, et les apôtres aussi, qui ont converti tous les païens ; et par là toutes les prophéties étant accomplies, le Messie est prouvé pour jamais.

617

Perpétuité. — Qu’on considère que, depuis le commencement du monde, l’attente ou l’adoration du Messie subsiste sans interruption ; qu’il s’est trouvé des hommes qui ont dit que Dieu leur avait révélé qu’il devait naître un Rédempteur qui sauverait son peuple ; qu’Abraham est venu ensuite dire qu’il avait eu révélation qu’il naîtrait de lui par un fils qu’il aurait ; que Jacob a déclaré que, de ses douze enfants, il naîtrait de Juda ; que Moïse et les prophètes sont venus ensuite déclarer le temps et la manière de sa venue ; qu’ils ont dit que la loi qu’ils avaient n’était qu’en attendant celle du Messie ; que jusque-là elle serait perpétuelle, mais que l’autre durerait éternellement ; qu’ainsi leur loi, ou celle du Messie, dont elle était la promesse, serait toujours sur la terre ; qu’en effet elle a toujours duré ; qu’enfin est venu Jésus-Christ dans toutes les circonstances prédites. Cela est admirable.

618

Ceci est effectif. Pendant que tous les philosophes se séparent en différentes sectes, il se trouve en un coin du monde des gens qui sont les plus anciens du monde, déclarant que tout le monde est dans l’erreur, que Dieu leur a révélé la vérité, qu’elle sera toujours sur la terre. En effet, toutes les autres sectes cessent, celle-là dure toujours, et depuis 4 000 ans.

Ils déclarent qu’ils tiennent de leurs ancêtres que l’homme est déchu de la communication avec Dieu, dans un entier éloignement de Dieu, mais qu’il a promis de les racheter ; que cette doctrine serait toujours sur la terre ; que leur loi a double sens ; que durant 1 600 ans, ils ont eu des gens qu’ils ont crus prophètes, qui ont prédit le temps et la manière ; que 400 ans après ils ont été épars partout, parce que Jésus-Christ devait être annoncé partout ; que Jésus-Christ est venu en la manière et au temps prédits ; que depuis les Juifs sont épars, partout en malédiction et subsistant néanmoins.

619

Je vois la religion chrétienne fondée sur une religion précédente, et voici ce que je trouve d’effectif.

Je ne parle point ici des miracles de Moïse, de Jésus-Christ et des apôtres, parce qu’ils ne paraissent pas d’abord convaincants, et que je ne veux que mettre ici en évidence tous les fondements de cette religion chrétienne qui sont indubitables, et qui ne peuvent être mis en doute par quelque personne que ce soit. Il est certain que nous voyons en plusieurs endroits du monde un peuple particulier, séparé de tous les autres peuples du monde, qui s’appelle le peuple juif.

Je vois donc des foisons de religions en plusieurs endroits du monde et dans tous les temps, mais elles n’ont ni la morale qui peut me plaire, ni les preuves qui peuvent m’arrêter, et qu’ainsi j’aurais refusé également et la religion de Mahomet, et celle de la Chine, et celle des anciens Romains, et celle des Égyptiens, par cette seule raison que l’une n’ayant pas plus [de] marques de vérité que l’autre, ni rien qui déterminât nécessairement, la raison ne peut pencher plutôt vers l’une que vers l’autre.

Mais, en considérant ainsi cette inconstante et bizarre variété de mœurs et de créances dans les divers temps, je trouve en un coin du monde un peuple particulier, séparé de tous les autres peuples de la terre, le plus ancien de tous, et dont les histoires précèdent de plusieurs siècles les plus anciennes que nous ayons.

Je trouve donc ce peuple grand et nombreux, sorti d’un seul homme, qui adore un seul Dieu, et qui se conduit par une loi qu’ils disent tenir de sa main. Ils soutiennent qu’ils sont les seuls du monde auxquels Dieu a révélé ses mystères, que tous les hommes sont corrompus et dans la disgrâce de Dieu, qu’ils sont tous abandonnés à leurs sens et à leur propre esprit, et que de là viennent les étranges égarements et les changements continuels qui arrivent entre eux, et de religions, et de coutumes, au lieu qu’ils demeurent inébranlables dans leur conduite, mais que Dieu ne laissera pas éternellement les autres peuples dans ces ténèbres, qu’il viendra un libérateur pour tous, qu’ils sont au monde pour l’annoncer aux hommes, qu’ils sont formés exprès pour être les avant-coureurs et les hérauts de ce grand avènement, et pour appeler tous les peuples à s’unir à eux dans l’attente de ce libérateur.

La rencontre de ce peuple m’étonne, et me semble digne de l’attention. Je considère cette loi qu’ils se vantent de tenir de Dieu, et je la trouve admirable. C’est la première loi de toutes, et de telle sorte qu’avant même que le mot de loi fût en usage parmi les Grecs, il y avait près de mille ans qu’ils l’avaient reçue et observée sans interruption. Ainsi je trouve étrange que la première loi du monde se rencontre aussi la plus parfaite, en sorte que les plus grands législateurs en ont emprunté les leurs, comme il paraît par la loi des Douze Tables d’Athènes, qui fut ensuite prise par les Romains, et comme il [serait] aisé de le montrer, si Josèphe et d’autres n’avaient assez traité cette matière.

620

Avantages du peuple juif. — Dans cette recherche, le peuple juif attire d’abord mon attention par quantité de choses admirables et singulières qui y paraissent.

Je vois d’abord que c’est un peuple tout composé de frères, et, au lieu que tous les autres sont formés de l’assemblage d’une infinité de familles, celui-ci, quoique si étrangement abondant, est tout sorti d’un seul homme, et, étant ainsi tous une même chair, et membres les uns des autres, [ils] composent un puissant État d’une seule famille. Cela est unique.

Cette famille, ou ce peuple, est le plus ancien qui soit en la connaissance des hommes ; ce qui me semble lui attirer une vénération particulière, et principalement dans la recherche que nous faisons, puisque, si Dieu s’est de tout temps communiqué aux hommes, c’est à ceux-ci qu’il faut recourir pour en savoir la tradition.

Ce peuple n’est pas seulement considérable par son antiquité ; mais il est encore singulier en sa durée, qui a toujours continué depuis son origine jusqu’à maintenant. Car au lieu que les peuples de Grèce et d’Italie, de Lacédémone, d’Athènes, de Rome, et les autres qui sont venus si longtemps après, soient péris il y a si longtemps, ceux-ci subsistent toujours, et, malgré les entreprises de tant de puissants rois qui ont cent fois essayé de les faire périr, comme leurs historiens le témoignent, et comme il est aisé de le juger par l’ordre naturel des choses, pendant un si long espace d’années, ils ont toujours été conservés néanmoins (et cette conservation a été prédite) ; et s’étendant depuis les premiers temps jusques aux derniers, leur histoire enferme dans sa durée celle de toutes nos histoires [qu’elle devance de bien longtemps].

La loi par laquelle ce peuple est gouverné est tout ensemble la plus ancienne loi du monde, la plus parfaite, et la seule qui ait toujours été gardée sans interruption dans un État. C’est ce que Josèphe montre admirablement contre Apion, et Philon Juif, en divers lieux, où ils font voir qu’elle est si ancienne, que le nom même de loi n’a été connu des plus anciens que plus de mille ans après ; en sorte qu’Homère, qui a écrit de l’histoire de tant d’États, ne s’en est jamais servi. Et il est aisé de juger de sa perfection par la simple lecture, où l’on voit qu’on a pourvu à toutes choses avec tant de sagesse, tant d’équité, tant de jugement, que les plus anciens législateurs grecs et romains, en ayant eu quelque lumière, en ont emprunté leurs principales lois ; ce qui paraît par celle qu’ils appellent des Douzes Tables, et par les autres preuves que Josèphe en donne.

Mais cette loi est en même temps la plus sévère et la plus rigoureuse de toutes, en ce qui regarde le culte de leur religion, obligeant ce peuple, pour le retenir dans son devoir, à mille observations particulières et pénibles, sous peine de la vie, de sorte que c’est une chose bien étonnante qu’elle se soit toujours conservée si constamment durant tant de siècles par un peuple rebelle et impatient comme celui-ci, pendant que tous les autres États ont changé de temps en temps leurs lois, quoique tout autrement faciles.

Le livre qui contient cette loi, la première de toutes, est lui-même le plus ancien livre du monde, ceux d’Homère, d’Hésiode et les autres, n’étant que six ou sept cents ans depuis.

621

La création et le déluge étant passés, et Dieu ne devant plus détruire le monde, non plus que le recréer, ni donner de ces grandes marques de lui, il commença d’établir un peuple sur la terre, formé exprès, qui devait durer jusqu’au peuple que le Messie formerait par son esprit.

622

La création du monde commençant à s’éloigner, Dieu a pourvu d’un historien unique contemporain, et a commis tout un peuple pour la garde de ce livre, afin que cette histoire fût la plus authentique du monde, et que tous les hommes pussent apprendre par là une chose si nécessaire à savoir, et qu’on ne pût la savoir que par là.

623

[Japhet commence la généalogie].

Joseph croise ses bras et préfère le jeune.

624

Pourquoi Moïse va-t-il faire la vie des hommes si longue, et si peu de générations ?

Car ce n’est pas la longueur des années, mais la multitude des générations qui rendent les choses obscures ; car la vérité ne s’altère que par le changement des hommes. Et cependant il met deux choses, les plus mémorables qui se soient jamais imaginées, savoir la création et le déluge, si proches, qu’on y touche.

625

Sem, qui a vu Lamech, qui a vu Adam, a vu aussi Jacob, qui a vu ceux qui ont vu Moïse ; donc le déluge et la création sont vrais. Cela conclut entre de certaines gens qui l’entendent bien.

626

Autre rond. — La longueur de la vie des patriarches, au lieu de faire que les histoires des choses passées se perdissent, servait au contraire à les conserver ; car ce qui fait que l’on n’est pas quelquefois assez instruit dans l’histoire de ses ancêtres, est que l’on n’a jamais guère vécu avec eux, et qu’ils sont morts souvent devant que l’on eût atteint l’âge de raison. Or, lorsque les hommes vivaient si longtemps, les enfants vivaient longtemps avec leurs pères ; ils les entretenaient longtemps. Or, de quoi les eussent-ils entretenus, sinon de l’histoire de leurs ancêtres, puisque toute l’histoire était réduite à celle-là, qu’ils n’avaient point d’études, ni de sciences, ni d’arts, qui occupent une grande partie des discours de la vie ? Aussi l’on voit qu’en ce temps les peuples avaient un soin particulier de conserver leurs généalogies.

627

Je crois que Josué a le premier du peuple de Dieu ce nom, comme Jésus-Christ le dernier du peuple de Dieu.

628

Antiquité des Juifs. — Qu’il y a de différence d’un livre à un autre ! Je ne m’étonne pas de ce que les Grecs ont fait l’Iliade, ni les Égyptiens et les Chinois leurs histoires.

Il ne faut que voir comment cela est né. Ces historiens fabuleux ne sont pas contemporains des choses dont ils écrivent. Homère fait un roman, qu’il donne pour tel et qui est reçu pour tel ; [car personne ne doutait que Troie et Agamemnon n’avaient non plus été que la pomme d’or]. Il ne pensait pas aussi à en faire une histoire, mais seulement un divertissement ; il est le seul qui écrit de son temps, la beauté de l’ouvrage fait durer la chose : tout le monde l’apprend et en parle : il la faut savoir, chacun la sait par cœur. Quatre cents ans après, les témoins des choses ne sont plus vivants ; personne ne sait plus par sa connaissance si c’est une fable ou une histoire : on l’a seulement appris de ses ancêtres, cela peut passer pour vrai.

Toute histoire qui n’est pas contemporaine est suspecte ; ainsi les livres des sibylles et de Trismégiste, et tant d’autres qui ont eu crédit au monde, sont faux et se trouvent faux à la suite des temps. Il n’en est pas ainsi des auteurs contemporains.

Il y a bien de la différence entre un livre que fait un particulier et qu’il jette dans le peuple, et un livre que fait lui-même un peuple. On ne peut douter que le livre ne soit aussi ancien que le peuple.

629

Josèphe cache la honte de sa nation.

Moïse ne cache pas sa honte propre.

Quis mihi det ut omnes prophetent ?

Il était las du peuple.

630

La sincérité des juifs. — Depuis qu’ils n’ont plus eu de prophètes, Machabées ; depuis Jésus-Christ, Massor.

« Ce livre vous sera en témoignage. »

Les lettres défectueuses et finales.

Sincères contre leur honneur, et mourant pour cela ; cela n’a point d’exemple dans le monde, ni sa racine dans la nature.

631

Sincérité des juifs. — Ils portent avec amour et fidélité ce livre où Moïse déclare qu’ils ont été ingrats envers Dieu toute leur vie, qu’il sait qu’ils le seront encore plus après sa mort ; mais qu’il appelle le ciel et la terre à témoin contre eux, et qu’il le leur a [enseigné] assez.

Il déclare qu’enfin Dieu, s’irritant contre eux, les dispersera parmi tous les peuples de la terre ; que, comme ils l’ont irrité en adorant les dieux qui n’étaient point leur Dieu, de même il les provoquera en appelant un peuple qui n’est point son peuple ; et veut que toutes ses paroles soient conservées éternellement, et que son livre soit [mis] dans l’arche de l’alliance pour servir à jamais de témoin contre eux.

Isaïe dit la même chose, xxx.

632

Sur Esdras. — Fable : les livres ont été brûlés avec le temple. Faux par les Machabées : Jérémie leur donna la loi.

Fable qu’il récita tout par cœur. Josèphe et Esdras marquent qu’il lut le livre. Baron., Ann., 180 : Nullus penitus Hebrœorum antiquorum reperitur qui tradiderit libros perisse et per Esdram esse restitutos, nisi in IV Esdræ.

Fable qu’il changea les lettres : Philo, in vita Moysis : Illa lingua ac character quo antiquitas scripta est lex sic permansit usque ad lxx. Josèphe dit que la loi était en hébreu quand elle fut traduite par les Septante.

Sous Antiochus et Vespasien, où l’on a voulu abolir les livres, et où il n’y avait pas de prophète, on ne l’a pu faire ; et sous les Babyloniens, où nulle persécution n’a été faite, et où il y avait tant de prophètes, l’auraient-ils laissé brûler ? Josèphe se moque des Juifs qui ne souffriraient….

Tertull. : Perinde potuit abolefactam eam violentia cataclysmi in spiritu rursus reformare, quemadmodum et Hierosolymis Babylonia expugnatione deletis, omne instrumentant judaicæe litteraturæ per Esdram constat restauratum. Il dit que Noé a pu aussi bien rétablir en esprit le livre d’Énoch, perdu par le déluge, qu’Esdras a pu rétablir les Écritures perdues durant la captivité.

Θεός ἐν τῇ ἐπὶ Ναβουχοδόνοσορ αἰχμαλωσίᾳ τοῦ λαοῦ, διαφθαρεισῶν τῶν γραφῶν, ἐνέπνευσε Ἔσδρᾳ τῷ ἱερεῖ ἐκ τῆς φυλῆς Λευὶ τοῦς τῶν προγεγονότων προφητῶν πάντας ἀνατάξασθαι λόγους, καὶ ἀποκαταστῆσαι τῷ λαῷ τὴν διὰ Μωυσέως νομοθησίαν. Il allègue cela pour prouver qu’il n’est pas incroyable que les Septante aient expliqué les Écritures saintes avec cette uniformité que l’on admire en eux. Eusèbe, liv. V, Hist. ch. 8 ; et il a pris cela dans saint Irénée.

Saint Hilaire, dans la préface sur les Psaumes, dit qu’Esdras mit les Psaumes en ordre. L’origine de cette tradition vient du xive chapitre du IVe livre d’Esdras.

Deus glorificatus est, et Scripturæ veræ divinæ creditæ sunt, omnibus eamdem et eisdem verbis et eisdem nominibus recitantibus ab initio usque ad finem, uti et præsentes gentes cognoscerent quoniam per inspirationem Dei interpretatæ sunt Scripturæ, et non esset mirabile Deum hoc in eis operatum : quando in ea captivitate populi quæ facta est a Nabuchodonosor, corruptis Scripturis et post 70 annos Judæis descendentibus in regionem suam, et post deinde temporibus Artaxercis Persarum regis, inspiravit Esdræ sacerdoti tribus Levi præteritorum prophetarum omnes rememorare sermones, et restituere populo eam legem quæ data est per Moysen.

633

Contre la fable d’Esdras, II Mach., ii. — Josèphe, Ant., ii, 1 : Cyrus prit sujet de la prophétie d’Isaïe de relâcher le peuple, les Juifs avaient des possessions paisibles sous Cyrus en Babylone, donc ils pouvaient bien avoir la loi, IV Rois, xvii, 27.

Josèphe, en toute l’histoire d’Esdras, ne dit pas un mot de ce rétablissement.

634

Si la fable d’Esdras est croyable, donc il faut croire que l’Écriture est Écriture Sainte ; car cette fable n’est fondée que sur l’autorité de ceux qui disent celle des Septante, qui montre que l’Écriture est sainte.

Donc, si ce conte est vrai, nous avons notre compte par là ; sinon, nous l’avons d’ailleurs. Et ainsi ceux qui voudraient ruiner la vérité de notre religion, fondée sur Moïse, l’établissent par la même autorité par où ils l’attaquent. Ainsi, par cette providence, elle subsiste toujours.

635

Chronologie du Rabbinisme. (Les citations des pages sont du livre Pugio.)

Page 27, R. Hakadosch (an 200), auteur du Mischna, ou loi vocale, ou seconde loi.

Bereschit Rabah, par R. Osaia Rabah, commentaire du Mischna.

Bereschit Rabah, Bar Nachmoni, sont des discours subtils, agréables, historiques et théologiques. Ce même auteur a fait des livres appelés Rabot.

Cent ans après le Talmud Hierosol. fut fait le Talmud babylonique, par R. Ase, (440), par le consentement universel de tous les Juifs, qui sont nécessairement obligés d’observer tout ce qui y est contenu. L’addition de R. Ase s’appelle Gemara, c’est-à-dire le commentaire du Mischna.

Et le Talmud comprend ensemble le Mischna et le Gemara.

636

Si ne marque pas l’indifférence : Malachie, Isaïe. Is., Si volumus, etc.

In quacumque die.

637

Prophéties. — Le sceptre ne fut point interrompu par la captivité de Babylone, à cause que le retour était promis et prédit.

638

Preuves de Jésus-Christ. — Ce n’est pas avoir été captif que de l’avoir été avec assurance d’être délivré dans soixante-dix ans ; mais maintenant ils le sont sans aucun espoir.

Dieu leur a promis qu’encore qu’il les disperserait aux bouts du monde, néanmoins, s’ils étaient fidèles à sa loi, il les rassemblerait ; ils y sont très fidèles, et demeurent opprimés.

639

Quand Nabuchodonosor emmena le peuple, de peur qu’on ne crût que le sceptre fût ôté de Juda, il leur fut dit auparavant qu’ils y seraient peu, et qu’ils seraient rétablis. Ils furent toujours consolés par les prophètes, leurs rois continuèrent. Mais la seconde destruction est sans promesse de rétablissement, sans prophètes, sans rois, sans consolation, sans espérance, parce que le sceptre est ôté pour jamais.

640

C’est une chose étonnante et digne d’une étrange attention, de voir ce peuple juif subsister depuis tant d’années, et de le voir toujours misérable : étant nécessaire pour la preuve de Jésus-Christ et qu’il subsiste pour le prouver, et qu’il soit misérable, puisqu’ils l’ont crucifié : et, quoiqu’il soit contraire d’être misérable et de subsister, il subsiste néanmoins toujours, malgré sa misère.

641

C’est visiblement un peuple fait exprès pour servir de témoin au Messie (Is., xliii, 9 ; xliv, 8). Il porte les livres, et les aime, et ne les entend point. Et tout cela est prédit : que les jugements de Dieu leur sont confiés, mais comme un livre scellé.

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