Chapitre 10 · 33 min de lecture
Les figuratifs
642
Preuve des deux Testaments à la fois. — Pour prouver tout d’un coup les deux, il ne faut que voir si les prophéties de l’un sont accomplies en l’autre. Pour examiner les prophéties, il faut les entendre ; car, si on croit qu’elles n’ont qu’un sens, il est sûr que le Messie ne sera point venu ; mais si elles ont deux sens, il est sûr qu’il sera venu en Jésus-Christ.
Toute la question est donc de savoir si elles ont deux sens.
Que l’Écriture a deux sens, que Jésus-Christ et les apôtres ont donnés, dont voici les preuves :
1o Preuve par l’Écriture même ;
2o Preuve par les Rabbins : Moïse Maymon dit qu’elle a deux faces, et que les prophètes n’ont prophétisé que de Jésus-Christ ;
3o Preuve par la Cabale ;
4o Preuve par l’interprétation mystique que les Rabbins mêmes donnent à l’Écriture ;
5o Preuve par les principes des Rabbins, qu’il y a deux sens, qu’il y a deux avènements, glorieux ou abject, du Messie, selon leur mérite, que les prophètes n’ont prophétisé que du Messie — la loi n’est pas éternelle, mais doit changer au Messie — qu’alors on ne se souviendra plus de la mer Rouge, que les juifs et les gentils seront mêlés ;
[6o Preuves par la clé que Jésus-Christ et les apôtres nous en donnent.]
643
Isaïe LI : La mer Rouge, image de la Rédemption. Ut sciatis quod filius hominis habet potestatem remittendi peccata, tibi dico : Surge. Dieu, voulant faire paraître qu’il pouvait former un peuple saint d’une sainteté invisible et le remplir d’une gloire éternelle, a fait des choses visibles. Comme la nature est une image de la grâce, il a fait dans les biens de la nature ce qu’il devait faire dans ceux de la grâce, afin qu’on jugeât qu’il pouvait faire l’invisible, puisqu’il faisait bien le visible.
Il a donc sauvé ce peuple du déluge ; il l’a fait naître d’Abraham, il l’a racheté d’entre ses ennemis, et l’a mis dans le repos.
L’objet de Dieu n’était pas de sauver du déluge, et de faire naître tout un peuple d’Abraham, pour ne l’introduire que dans une terre grasse.
Et même la grâce n’est que la figure de la gloire, car elle n’est pas la dernière fin. Elle a été figurée par la loi et figure elle-même la [gloire] : mais elle en est la figure, et le principe ou la cause.
La vie ordinaire des hommes est semblable à celle des saints. Ils recherchent tous leur satisfaction, et ne diffèrent qu’en l’objet où ils la placent ; ils appellent leurs ennemis ceux qui les en empêchent, etc. Dieu a donc montré le pouvoir qu’il a de donner les biens invisibles, par celui qu’il a montré qu’il avait sur les visibles.
644
Figures. — Dieu voulant se former un peuple saint, qu’il séparerait de toutes les autres nations, qu’il délivrerait de ses ennemis, qu’il mettrait dans un lieu de repos, a promis de le faire, et a prédit par ses prophètes le temps et la manière de sa venue. Et cependant, pour affermir l’espérance de ses élus, il leur en a fait voir l’image dans tous les temps, sans les laisser jamais sans des assurances de sa puissance et de sa volonté pour leur salut. Car, dans la création de l’homme, Adam en était le témoin, et le dépositaire de la promesse du Sauveur qui devait naître de la femme, lorsque les hommes étaient encore si voisins de la création, qu’ils ne pouvaient avoir oublié leur création et leur chute. Lorsque ceux qui avaient vu Adam n’ont plus été au monde, Dieu a envoyé Noé, et l’a sauvé, et noyé toute la terre, par un miracle qui marquait assez le pouvoir qu’il avait de sauver le monde, et la volonté qu’il avait de le faire, et de faire naître de la semence de la femme celui qu’il avait promis. Ce miracle suffisait pour affermir l’espérance des…
La mémoire du déluge étant encore si fraîche parmi les hommes, lorsque Noé vivait encore, Dieu fit ses promesses à Abraham et lorsque Sem vivait encore, Dieu envoya Moïse, etc…
645
Figures. — Dieu voulant priver les siens des biens périssables, pour montrer que ce n’était pas par impuissance, il a fait le peuple juif.
646
La synagogue ne périssait point, parce qu’elle était la figure ; mais, parce qu’elle n’était que la figure, elle est tombée dans la servitude. La figure a subsisté jusqu’à la vérité, afin que l’Église fût toujours visible, ou dans la peinture qui la promettait, ou dans l’effet.
647
Que la loi était figurative.
648
Deux erreurs : 1o prendre tout littéralement : 2o prendre tout spirituellement.
649
Parler contre les trop grands figuratifs.
650
Il y a des figures claires et démonstratives, mais il y en a d’autres qui semblent un peu tirées par les cheveux, et qui ne prouvent qu’à ceux qui sont persuadés d’ailleurs. Celles-là sont semblables aux apocalyptiques, mais la différence qu’il y a, est qu’il n’en ont point d’indubitables ; tellement qu’il n’y a rien de si injuste que quand ils montrent que les leurs sont aussi bien fondées que quelques-unes des nôtres ; car ils n’en ont pas de démonstratives comme quelques-unes des nôtres. La partie n’est donc pas égale. Il ne faut pas égaler et confondre ces choses, parce qu’elles semblent être semblables par un bout, étant si différentes par l’autre ; ce sont les clartés qui méritent, quand elles sont divines, qu’on révère les obscurités.
[C’est comme ceux entre lesquels il y a un certain langage obscur : ceux qui n’entendraient pas cela n’y comprendraient qu’un sot sens.]
651
Extravagances des Apocalyptiques, et Préadamites, Millénaires, etc. — Qui voudra fonder des opinions extravagantes sur l’Écriture, en fondera par exemple sur cela : Il est dit que cette génération ne passera point jusqu’à ce que tout cela se fasse. Sur cela je dirai qu’après cette génération, il viendra une autre génération, et toujours successivement.
Il est parlé dans les IIes Paralipomènes de Salomon et de roi, comme si c’étaient deux personnes diverses. Je dirai que c’en étaient deux.
652
Figures particulières. — Double loi, doubles tables de la loi, double temple, double captivité.
653
Figures. — Les prophètes prophétisaient par figures de ceintures, de barbe et de cheveux brûlés, etc.
654
Différence entre le dîner et le souper.
En Dieu la parole ne diffère pas de l’intention, car il est véritable ; ni la parole de l’effet, car il est puissant ; ni les moyens de l’effet, car il est sage. Bern., ult. sermo in Missus.
Aug., V, de Civit., 10. Cette règle est générale : Dieu peut tout, hormis les choses lesquelles s’il les pouvait il ne serait pas tout-puissant, comme mourir, être trompé et mentir, etc..
Plusieurs Évangélistes pour la confirmation de la vérité : leur dissemblance utile.
Eucharistie après la Cène : vérité après figure.
Ruine de Jérusalem : figure de la ruine du monde, quarante ans après la mort de Jésus.
Je ne sais pas, comme homme, ou comme légat. Math., XXIV, 36.
Jésus condamné par les Juifs et Gentils.
Les Juifs et Gentils figurés par les deux fils. Aug., XX, de Civit., 29.
655
Les six âges, les six pères des six âges, les six merveilles à l’entrée des six âges, les six orients à l’entrée des six âges.
656
Adam forma futuri. Les six jours pour former [l]’un, les six âges pour former l’autre ; les six jours que Moïse représente pour la formation d’Adam, ne sont que la peinture des six âges pour former Jésus-Christ et l’Église. Si Adam n’eût point péché, et que Jésus-Christ ne fût point venu, il n’y eût eu qu’une seule alliance, qu’un seul âge des hommes, et la création eût été représentée comme faite en un seul temps.
657
Figures. — Les peuples juif et égyptien visiblement prédits par ces deux particuliers que Moïse rencontra : l’Égyptien battant le Juif, Moïse le vengeant et tuant l’Égyptien, et le Juif en étant ingrat.
658
(20v). Les figures de l’Évangile pour l’état de l’âme malade sont des corps malades ; mais parce qu’un corps ne peut être assez malade pour le bien exprimer, il en a fallu plusieurs. Ainsi il y a le sourd, le muet, l’aveugle, le paralytique, le Lazare mort, le possédé ; tout cela ensemble est dans l’âme malade.
659
Figures. — Pour montrer que l’Ancien Testament n’est que figuratif, et que les prophètes entendaient par les biens temporels d’autres biens, c’est :
Premièrement que cela serait indigne de Dieu ;
Secondement que leurs discours expriment très clairement la promesse des biens temporels, et qu’ils disent néanmoins que leurs discours sont obscurs, et que leur sens ne sera point entendu. D’où il paraît que ce sens secret n’était pas celui qu’ils exprimaient à découvert, et que, par conséquent, ils entendaient parler d’autres sacrifices, d’un autre libérateur, etc. Ils disent qu’on ne l’entendra qu’à la fin des temps. Jér., xxxiii, ult.
La troisième preuve est que leurs discours sont contraires et se détruisent, de sorte que, si on pense qu’ils n’aient entendu par les mots de loi et de sacrifice autre chose que celle de Moïse, il y a contradiction manifeste et grossière ; donc ils entendaient autre chose, se contredisant quelquefois dans un même chapitre.
Or, pour entendre le sens d’un auteur…
660
La concupiscence nous est devenue naturelle, et a fait notre seconde nature ; ainsi il y a deux natures en nous : l’une bonne, l’autre mauvaise. Où est Dieu ? où vous n’êtes pas, et le royaume de Dieu est dans vous. — Rabbins.
661
La pénitence, seule de tous les mystères, a été déclarée manifestement aux Juifs, et par saint Jehan, précurseur ; et puis les autres mystères, pour marquer qu’en chaque homme comme au monde entier cet ordre doit être observé.
662
Les Juifs charnels n’entendaient ni la grandeur ni l’abaissement du Messie prédit dans leurs prophéties. Ils l’ont méconnu dans sa grandeur prédite, comme quand il dit que le Messie sera seigneur de David, quoique son fils, et qu’il est devant qu’Abraham, et qu’il l’a vu ; ils ne le croyaient pas si grand, qu’il fût éternel et ils l’ont méconnu de même dans son abaissement et dans sa mort. Le Messie, disaient-ils, demeure éternellement, et celui-ci dit qu’il mourra. — Ils ne le croyaient donc ni mortel, ni éternel : ils ne cherchaient en lui qu’une grandeur charnelle.
663
Figuratif. — Rien n’est ni semblable à la charité que la cupidité, et rien n’y est si contraire. Ainsi les Juifs, pleins des biens qui flattaient leur cupidité, étaient très conformes aux Chrétiens, et très contraires ; et par ce moyen, ils avaient les deux qualités qu’il fallait qu’ils eussent, d’être très conformes au Messie pour le figurer, et très contraires pour n’être pas témoins suspects.
664
Figuratif. — Dieu s’est servi de la concupiscence des Juifs pour les faire servir à Jésus-Christ [qui portait le remède à la concupiscence].
665
La charité n’est pas un précepte figuratif. Dire que Jésus-Christ, qui est venu ôter les figures pour mettre la vérité, ne serait venu que mettre la figure de la charité, pour ôter la réalité qui était auparavant, cela est horrible.
« Si la lumière est ténèbres, que seront les ténèbres ? »
666
Fascination. Somnum suum. Figura hujus mundi.
L’Eucharistie. Comedes panem tuum. Panem nostrum.
Inimici Dei terram lingent, les pécheurs lèchent la terre, c’est-à-dire aiment les plaisirs terrestres.
L’Ancien Testament contenait les figures de la joie future, et le Nouveau contient les moyens d’y arriver.
Les figures étaient de joie : les moyens, de pénitence ; et néanmoins l’agneau pascal était mangé avec des laitues sauvages, cum amaritudinibus.
Singularis sum ego donec transeam, Jésus-Christ avant sa mort était presque seul de martyr.
667
Figuratifs. — Les termes d’épée, d’écu. Potentissime.
668
On ne s’éloigne qu’en s’éloignant de la charité.
Nos prières et nos vertus sont abominables devant Dieu, si elles ne sont les prières et vertus de Jésus-Christ. Et nos péchés ne seront jamais l’objet de la [miséricorde], mais de la justice de Dieu, s’ils ne sont [ceux] de Jésus-Christ. Il a adopté nos péchés, et nous a [admis à son] alliance ; car les vertus lui sont [propres, et les] péchés étrangers ; et les vertus nous [sont] étrangères, et nos péchés nous sont propres.
Changeons la règle que nous avons prise jusqu’[ici] pour juger de ce qui est bon. Nous en avions pour règle notre volonté, prenons maintenant la volonté de [Dieu] : tout ce qu’il veut nous est bon et juste, tout ce qu’il ne veut [pas, mauvais].
Tout ce que Dieu ne veut pas est défendu. Les péchés sont défendus par la déclaration générale que Dieu a faite, qu’il ne les voulait pas. Les autres choses qu’il a laissées sans défense générale, et qu’on appelle par cette raison permises, ne sont pas néanmoins toujours permises ; car quand Dieu en éloigne quelqu’un de nous, et que par l’événement qui est une manifestation de la volonté de Dieu, il paraît que Dieu ne veut pas que nous ayons une chose, cela nous est défendu alors comme le péché, puisque la volonté de Dieu est que nous n’ayons non plus l’un que l’autre. Il y a cette différence seule entre ces deux choses, qu’il est sûr que Dieu ne voudra jamais le péché, au lieu qu’il ne l’est pas qu’il ne voudra jamais l’autre. Mais tandis que Dieu ne la veut pas, nous la devons regarder comme péché ; tandis que l’absence de la volonté de Dieu, qui est seule toute la bonté et toute la justice, la rend injuste et mauvaise.
669
Changer de figure, à cause de notre faiblesse.
670
Figures. — Les Juifs avaient vieilli dans ces pensées terrestres, que Dieu aimait leur père Abraham, sa chair et ce qui en sortait ; que pour cela il les avait multipliés et distingués de tous les autres peuples, sans souffrir qu’ils s’y mêlassent ; que, quand ils languissaient dans l’Égypte, il les en retira avec tous ses grands signes en leur faveur ; qu’il les nourrit de la manne dans le désert ; qu’il les mena dans une terre bien grasse ; qu’il leur donna des rois et un temple bien bâti pour y offrir des bêtes, et par le moyen de l’effusion de leur sang qu’ils seraient purifiés, et qu’il leur devait enfin envoyer le Messie pour les rendre maîtres de tout le monde, et il a prédit le temps de sa venue.
Le monde ayant vieilli dans ses erreurs charnelles, Jésus-Christ est venu dans le temps prédit, mais non pas dans l’éclat attendu ; et ainsi ils n’ont pas pensé que ce fût lui. Après sa mort, saint Paul est venu apprendre aux hommes que toutes ces choses étaient arrivées en figure, que le royaume de Dieu ne consistait pas en la chair, mais en l’esprit ; que les ennemis des hommes n’étaient pas les Babyloniens, mais les passions ; que Dieu ne se plaisait pas aux temples faits de main, mais en un cœur pur et humilié ; que la circoncision du corps était inutile, mais qu’il fallait celle du cœur ; que Moïse ne leur avait pas donné le pain du ciel, etc.
Mais Dieu n’ayant pas voulu découvrir ces choses à ce peuple, qui en était indigne, et ayant voulu néanmoins les prédire afin qu’elles fussent crues, il en a prédit le temps clairement, et les a quelquefois exprimées clairement, mais abondamment, en figures, afin que ceux qui aimaient les choses figurantes s’y arrêtassent, et que ceux qui aimaient les figurées les y vissent.
Tout ce qui ne va point à la charité est figure.
L’unique objet de l’Écriture est la charité.
Tout ce qui ne va point à l’unique but en est la figure ; car, puisqu’il n’y a qu’un but, tout ce qui n’y va point en mots propres est figuré.
Dieu diversifie ainsi cet unique précepte de charité, pour satisfaire notre curiosité qui recherche la diversité, par cette diversité qui nous mène toujours à notre unique nécessaire ; car une seule chose est nécessaire, et nous aimons la diversité ; et Dieu satisfait à l’un et à l’autre par ces diversités, qui mènent au seul nécessaire.
Les Juifs ont tant aimé les choses figurantes et les ont si bien attendues, qu’ils ont méconnu la réalité, quand elle est venue dans le temps et en la manière prédite.
Les Rabbins prennent pour figures les mamelles de l’épouse, et tout ce qui n’exprime pas l’unique but qu’ils ont, des biens temporels.
Et les chrétiens prennent même l’Eucharistie pour figure de la gloire où ils tendent.
671
Les Juifs, qui ont été appelés à dompter les nations et les rois, ont été esclaves du péché ; et les Chrétiens, dont la vocation a été à servir et à être sujets, sont les enfants libres.
672
Pour formalistes. — Quand saint Pierre et les apôtres délibèrent d’abolir la circoncision, où il s’agissait d’agir contre la loi de Dieu, ils ne consultent point les prophètes, mais simplement la réception du Saint-Esprit en la personne des incirconcis.
Ils jugent plus sûr que Dieu approuve ceux qu’il remplit de son esprit, que non pas qu’il faille observer la loi. Ils savaient que la fin de la loi n’était que le Saint-Esprit ; et qu’ainsi, puisqu’on l’avait bien sans circoncision, elle n’était pas nécessaire.
673
Fac secundum exemplar quod tibi ostensum est in monte.
La religion des Juifs a donc été formée sur la ressemblance de la vérité du Messie ; et la vérité du Messie a été reconnue par la religion des Juifs, qui en était la figure.
Dans les Juifs, la vérité n’était que figurée ; dans le ciel, elle est découverte.
Dans l’Église, elle est couverte, et reconnue par le rapport à la figure.
La figure a été faite sur la vérité, et la vérité a été reconnue sur la figure.
Saint Paul dit lui-même que des gens défendront les mariages, et lui-même en parle aux Corinthiens d’une manière qui est une ratière ; car si un prophète avait dit l’un, et que saint Paul eût dit ensuite l’autre, on l’eût accusé.
674
Figuratives. — « Fais toutes choses, selon le patron qui t’a été montré sur la montagne. » Sur quoi saint Paul dit que les Juifs ont peint les choses célestes.
675
Et cependant ce Testament, fait pour aveugler les uns et éclairer les autres, marquait, en ceux mêmes qu’il aveuglait, la vérité qui devait être connue des autres. Car les biens visibles qu’ils recevaient de Dieu étaient si grands et si divins, qu’il paraissait bien qu’il était puissant de leur donner les invisibles, et un Messie.
Car la nature est une image de la grâce, et les miracles visibles sont images des invisibles. Ut sciatis… tibi dico : Surge.
Isaïe LI dit que la rédemption sera comme le passage de la mer Rouge.
Dieu a donc montré en la sortie d’Égypte, de la mer, en la défaite des rois, en la manne, en toute la généalogie d’Abraham, qu’il était capable de sauver, de faire descendre le pain du ciel, etc. ; de sorte que le peuple ennemi est la figure et la représentation du même Messie qu’ils ignorent, etc.
Il nous a donc appris enfin que toutes ces choses n’étaient que figures, et ce que c’est que vraiment libre, vrai Israélite, vraie circoncision, vrai pain du ciel, etc.
Dans ces promesses-là, chacun trouve ce qu’il a dans le fond de son cœur, les biens temporels ou les biens spirituels, Dieu ou les créatures ; mais avec cette différence que ceux qui y cherchent les créatures les y trouvent, mais avec plusieurs contradictions, avec la défense de les aimer, avec l’ordre de n’adorer que Dieu et de n’aimer que lui, ce qui n’est qu’une même chose, et qu’enfin il n’est point venu Messie pour eux ; au lieu que ceux qui y cherchent Dieu le trouvent, et sans aucune contradiction, avec commandement de n’aimer que lui, et qu’il est venu un Messie dans le temps prédit pour leur donner les biens qu’ils demandent.
Ainsi les Juifs avaient des miracles, des prophéties qu’ils voyaient accomplir ; et la doctrine de leur loi était de n’adorer et de n’aimer qu’un Dieu ; elle était aussi perpétuelle. Ainsi elle avait toutes les marques de la vraie religion : aussi elle l’était. Mais il faut distinguer la doctrine des Juifs d’avec la doctrine de la loi des Juifs ; or la doctrine des Juifs n’était pas vraie, quoiqu’elle eût les miracles, les prophéties, et la perpétuité, parce qu’elle n’avait pas cet autre point de n’adorer, de n’aimer que Dieu.
676
Le voile qui est sur ces livres pour les Juifs y est aussi pour les mauvais Chrétiens, et pour tous ceux qui ne se haïssent pas eux-mêmes.
Mais qu’on est bien disposé à les entendre et à connaître Jésus-Christ, quand on se hait véritablement soi-même !
677
Figure porte absence et présence, plaisir et déplaisir.
Chiffre a double sens : un clair et où il est dit que le sens est caché.
678
Un portrait porte absence et présence, plaisir et déplaisir. La réalité exclut absence et déplaisir.
Figures. — Pour savoir si la loi et les sacrifices sont réalité ou figure, il faut voir si les prophètes, en parlant de ces choses, y arrêtaient leur vue et leur pensée, en sorte qu’ils n’y vissent que cette ancienne alliance, ou s’ils y voient quelque autre chose dont elle fût la peinture ; car dans un portrait on voit la chose figurée. Il ne faut pour cela qu’examiner ce qu’ils en disent.
Quand ils disent qu’elle sera éternelle, entendent-ils parler de l’alliance de laquelle ils disent qu’elle sera changée ; et de même des sacrifices, etc. ?
Le chiffre a deux sens. Quand on surprend une lettre importante où l’on trouve un sens clair, et où il est dit néanmoins que le sens en est voilé et obscurci, qu’il est caché en sorte qu’on verra cette lettre sans la voir et qu’on l’entendra sans l’entendre ; que doit-on penser sinon que c’est un chiffre à double sens, et d’autant plus qu’on y trouve des contrariétés manifestes dans le sens littéral ? Les prophètes ont dit clairement qu’Israël serait toujours aimé de Dieu, et que la loi serait éternelle ; et ils ont dit que l’on n’entendrait point leur sens, et qu’il était voilé.
Combien doit-on donc estimer ceux qui nous découvrent le chiffre et nous apprennent à connaître le sens caché, et principalement quand les principes qu’ils en prennent sont tout à fait naturels et clairs ! C’est ce qu’a fait Jésus-Christ, et les apôtres : ils ont levé le sceau, il a rompu le voile et a découvert l’esprit ; ils nous ont appris pour cela que les ennemis de l’homme sont ses passions, que le Rédempteur serait spirituel et son règne spirituel, qu’il y aurait deux avènements : l’un de misère pour abaisser l’homme superbe, l’autre de gloire, pour élever l’homme humilié ; que Jésus-Christ serait Dieu et homme.
679
Figures. — Jésus-Christ leur ouvrit l’esprit pour entendre les Écritures.
Deux grandes ouvertures sont celles-là : 1o Toutes choses leur arrivaient en figures : vere Israelitæ, vere liberi, vrai pain du ciel ; 2o un Dieu humilié jusqu’à la Croix : il a fallu que le Christ ait souffert pour entrer dans sa gloire : « qu’il vaincrait la mort par sa mort. » Deux avènements.
680
Figures. — Dès qu’une fois on a ouvert ce secret, il est impossible de ne pas le voir. Qu’on lise le vieil Testament en cette vue, et qu’on voie si les sacrifices étaient vrais, si la parenté d’Abraham était la vraie cause de l’amitié de Dieu, si la terre promise était le véritable lieu de repos. — Non ; donc c’étaient des figures. Qu’on voie de même toutes les cérémonies ordonnées et tous les commandements qui ne sont pas pour la charité, on verra que c’en sont les figures.
Tous ces sacrifices et cérémonies étaient donc figures ou sottises. Or il y a des choses claires trop hautes, pour les estimer des sottises.
Savoir si les prophètes arrêtaient leur vue dans l’Ancien Testament, ou y voyaient d’autres choses.
681
Figuratives. — Clé du chiffre : Veri adoratores. Ecce agnus Dei qui tollit peccata mundi.
682
Is., i, 21. Changement de bien en mal et vengeance de Dieu.
Is., x, 1 : Væ qui condunt leges iniquas. Is., xxvi, 20 : Vade, populus meus, intra in cubicula tua, claude ostia tua super te, abscondere modicum ad momentum, donec pertranseat indignatio. — Is., xxviii, 1 : Væ coronæ superbiæ.
Miracles. — Is., [xxxiii], 9 : Luxit et elanguit terra, confusus est Libanus et obsorduit, etc.
Nunc consurgam, dicit Dominus, nunc exaltabor, nunc sublevabor. — Is., xl, 17 : Omnes gentes quasi non sint. — Is. xli, 26 : Quis annuntiavit ab exordio ut sciamus et a principio ut dicamus : Justus es ? — Is. xliii, 13 : Operabor et quis avertet illud ? — Jér. xi, 21 : Non prophetabis in nomine Domini et non morieris in manibus nostris. Propterea hæc dicit Dominus.
Is. xliv, 20 : Neque dicet : Forte mendacium est in dextera mea.
Is. xliv, 21, etc. : Memento horum, Jacob et Israel, quoniam servus meus es tu. Formavi te, servus meus es tu, Israel, ne obliviscaris mei.
Delevi ut nubem iniquitates tuas, et quasi nebulam peccata tua, revertere ad me quoniam redemi te.
xliv, 23, 24 : Laudate cœli quoniam misericordiam fecit Dominus…, quoniam redemit Dominus Jacob, et Israel gloriabitur. Hæc dicit Dominus redemptor tuus et formator tuus ex utero : Ego sum Dominus faciens omnia et extendens cœlos, solus, stabiliens terram et nullus mecum.
Is. liv, 8 : In momento indignationis abscondi faciem meam parumper a te et in misericordia sempiterna misertus sum tui, dixit redemptor tuus Dominus.
Is. lxiii, 12 : Qui eduxit ad dexteram Moysen brachio majestatis suæ, qui scidit aquas ante eos ut faceret sibi nomen sempiternum.
14. Sic adduxisti populum tuum ut faceres tibi nomen gloriæ.
Is. lxiii, 16. Tu enim pater noster, et Abraham nescivit nos et Israel ignoravit nos.
Is. lxiii, 17. Quare indurasti cor nostrum ne timeremus te ?
Is. lxvi, 17. Qui sanctifîcabantar et mundos se putabant,… simul consumentur, dicit Dominus.
Jér. ii, 35. Et dixisti : Absque peccato et innocens ego sum, et propterea avertatur furor tuus a me. Ecce ego judicio contendam tecum eo quod dixeris : Non peccavi.
Jér. iv, 22. Sapientes sunt ut faciant mala, bene autem facere nescierunt.
Jér. iv, 23, 24. Aspexi terram, et ecce vacua erat et nihili, et cœlos, et non erat lux in eis. Vidi montes et ecce movebantur, et omnes colles conturbati sunt. Intuitus sum et non erat homo, et omne volatile cœli recessit. Aspexi et ecce Carmelus desertus et omnes urbes ejus destructæ sunt a facie Domini, et a facie iræ furoris ejus. Hæc enim dicit Dominus : Deserta erit omnis terra, sed tamen consummationem non faciam.
Jér. v, 4. Ego autem dixi : Forsitan pauperes sunt et stulti ignorantes viam Domini, judicium Dei sui. Ibo ad optimates et loquar eis, ipsi enim cognoverunt viam Domini, et ecce magis hi simul confregerunt jugum, ruperunt vincula. Idcirco percussit eos leo de sylva, pardus vigilans super civitates eorum.
Jér. v, 29 : Numquid super his non visitabo, dicit Dominus ? Aut saper gentem hujuscemodi non ulciscetur anima mea ?
Jér. v, 30 : Stupor et mirabilia facla sunt in terra.
Jér. v, 31 : Prophetæ prophetabant mendacium, et sacerdotes applaudebant manibus, et populus meus dilexit talia : quid igitur fiet in novissimo ejus ?
Jér. vi, 16 : Hæc dicit Dominus : State super vias, et videte et interrogate de semitis antiquis quæ sit via bona et ambulate in ea ; et invenietis refrigerium animabus vestris. Et dixerunt : Non ambulabimus.
Et constitui super vos speculatores, audite vocem tubæ. Et dixerunt : Non audiemus.
Ideo audite, gentes, quanta ego faciam eis. Audi terra : ecce ego adducam mala, etc.
Fiance aux sacrements extérieurs : Jér. vii, 14 : Faciam domui huic in qua invocatum est nomen meum et in qua vos habetis fiduciam, et loco quem dedi vobis et patribus vestris, sicut feci Silo. Tu ergo noli orare pro populo hoc. — L’essentiel n’est pas le sacrifice extérieur. Jér. vii, 22 : Quia non sum locutus cum patribus vestris et non præcepi eis in die qua eduxi eos de terra Egypti, de verbo holocautomatum et victimarum. Sed hoc verbum præcepi eis dicens : Audite vocem meam et ero vobis Deus, et vos eritis mihi populus, et ambulate in omni via quam mandavi vobis ut bene sit vobis. Et non audierunt.
Multitude de doctrines. Jér. xi, 13 : Secundum numerum enim civitatum tuarum erant Dei tui Juda, et secundum numerum viarum Jerusalem posuisti aras confusionis, tu ergo noli orare pro populo hoc.
Jér. xv, 2 : Quod si dixerint ad te : Quo egrediemur ? dices ad eos : Hæc dicit Dominus : Qui ad mortem, ad mortem, et qui ad gladium, ad gladium, et qui ad famem, ad famem, et qui ad captivitatem, ad captivitatem. — Jér. xvii, 9 : Pravum est cor omnium et inscrutabile : quis cognoscet illud ? c’est-à-dire qui en connaîtra toute la malice, car il est déjà connu qu’il est méchant. Ego Dominus scrutans cor et probans renes. Et dixerunt : Venite et cogitemus contra Jeremiam cogitationes, non enim peribit lex a sacerdote, neque sermo a propheta. — Jér. xvii, 17 : Non sis tu mihi formidini, tu spes mea in die afflictionum.
Jér. xxiii, 15 : A prophetis enim Hierusalem egressa est pollutio super omnem terram.
Jér. xxiii, 17 : Dicunt his qui blasphemant me : Locutus est Dominus : Pax erit vobis ; et omni qui ambulat in pravitate cordis sui dixerunt : Non veniet super vos malum.
683
Figures. — La lettre tue ; tout arrivait en figures. Voilà le chiffre que saint Paul nous donne. Il fallait que le Christ souffrît. Un Dieu humilié. Circoncision du cœur, vrai jeûne, vrai sacrifice, vrai temple. Les prophètes ont indiqué qu’il fallait que tout cela fût spirituel.
Non la viande qui périt, mais celle qui ne périt point.
« Vous seriez vraiment libres. » Donc l’autre liberté n’est qu’une figure de liberté.
« Je suis le vrai pain du ciel. »
684
Contradiction. — On ne peut faire une bonne physionomie qu’en accordant toutes nos contrariétés, et il ne suffit pas de suivre une suite de qualités accordantes sans accorder les contraires. Pour entendre le sens d’un auteur, il faut accorder tous les passages contraires.
Ainsi, pour entendre l’Écriture, il faut avoir un sens dans lequel tous les passages contraires s’accordent. Il ne suffit pas d’en avoir un qui convienne à plusieurs passages accordants, mais d’en avoir un qui accorde les passages même contraires.
Tout auteur a un sens auquel tous les passages contraires s’accordent, ou il n’a point de sens du tout. On ne peut pas dire cela de l’Écriture et des prophètes ; ils avaient assurément trop bon sens. Il faut donc en chercher un qui accorde toutes les contrariétés.
Le véritable sens n’est donc pas celui des Juifs ; mais en Jésus-Christ toutes les contradictions sont accordées.
Les Juifs ne sauraient accorder la cessation de la royauté et principauté, prédite par Osée, avec la prophétie de Jacob.
Si on prend la loi, les sacrifices, et le royaume, pour réalités, on ne peut accorder tous les passages. Il faut donc par nécessité qu’ils ne soient que figures. On ne saurait pas même accorder les passages d’un même auteur, ni d’un même livre, ni quelquefois d’un même chapitre, ce qui marque trop quel était le sens de l’auteur ; comme quand Ézéchiel, chap. xx, dit qu’on vivra dans les commandements de Dieu et qu’on n’y vivra pas.
685
Figures. — Si la loi et les sacrifices sont la vérité, il faut qu’elle plaise à Dieu, et qu’elle ne lui déplaise point. S’ils sont figures, il faut qu’ils plaisent et déplaisent.
Or dans toute l’Écriture ils plaisent et déplaisent. Il est dit que la loi sera changée, que le sacrifice sera changé, qu’ils seront sans loi, sans prince et sans sacrifice, qu’il sera fait une nouvelle alliance, que la loi sera renouvelée, que les préceptes qu’ils ont reçus ne sont pas bons, que leurs sacrifices sont abominables, que Dieu n’en n’a point demandé.
Il est dit, au contraire, que la loi durera éternellement, que cette alliance sera éternelle, que le sacrifice sera éternel, que le sceptre ne sortira jamais d’avec eux, puisqu’il n’en doit point sortir que le Roi éternel n’arrive.
Tous ces passages marquent-ils que ce soit réalité ? non. Marquent-ils aussi que ce soit figure ? non : mais que c’est réalité, ou figure. Mais les premiers, excluant la réalité, marquent que ce n’est que figure.
Tous ces passages ensemble ne peuvent être dits de la réalité ; tous peuvent être dits de la figure : donc ils ne sont pas dits de la réalité, mais de la figure.
Agnus occisus est ab origine mundi. Juge sacrificateur.
686
Contrariétés. — Le sceptre jusqu’au Messie, — sans roi ni prince.
Loi éternelle — changée.
Alliance éternelle, — alliance nouvelle.
Lois bonnes, — préceptes mauvais. Ézéch..
687
Figures. — Quand la parole de Dieu, qui est véritable, est fausse littéralement, elle est vraie spirituellement. Sede a dextris meis, cela est faux littéralement ; donc cela est vrai spirituellement.
En ces expressions, il est parlé de Dieu à la manière des hommes ; et cela ne signifie autre chose, sinon que l’intention que les hommes ont en faisant asseoir à leur droite, Dieu l’aura aussi ; c’est donc une marque de l’intention de Dieu, non de sa manière de l’exécuter.
Ainsi quand il dit : Dieu a reçu l’odeur de vos parfums, et vous donnera en récompense une terre grasse ; c’est-à-dire la même intention qu’aurait un homme qui, agréant vos parfums, vous donnerait en récompense une terre grasse, Dieu aura la même intention pour vous, parce que vous avez eu pour lui même intention qu’un homme a pour celui à qui il donne des parfums. Ainsi, iratus est, « Dieu jaloux », etc. Car les choses de Dieu étant inexprimables, elles ne peuvent être dites autrement, et l’Église aujourd’hui en use encore : Quia confortavit seras, etc.
Il n’est pas permis d’attribuer à l’Écriture les sens qu’elle ne nous a pas révélé qu’elle a. Ainsi, de dire que le mem fermé d’Isaïe signifie 600, cela n’est pas révélé. Il eût pu dire que les tsade finals et les he deficientes signifieraient des mystères. Il n’est donc pas permis de le dire, et encore moins de dire que c’est la manière de la pierre philosophale. Mais nous disons que le sens littéral n’est pas le vrai, parce que les prophètes l’ont dit eux-mêmes.
688
Je ne dis pas que le mem est mystérieux.
689
Moïse (Deut. xxx) promet que Dieu circoncira leur cœur pour les rendre capables de l’aimer.
690
Un mot de David, ou de Moïse, comme que Dieu circoncira les cœurs, fait juger de leur esprit. Que tous leurs autres discours soient équivoques, et douteux d’être philosophes ou chrétiens, enfin un mot de cette nature détermine tous les autres, comme un mot d’Épictète détermine tout le reste au contraire. Jusque-là l’ambiguïté dure, et non pas après.
691
De deux personnes qui disent de sots contes, l’un qui a double sens entendu dans la cabale, l’autre qui n’a qu’un sens, si quelqu’un, n’étant pas du secret, entend discourir les deux en cette sorte, il en fera même jugement. Mais si ensuite, dans le reste du discours, l’un dit des choses angéliques, et l’autre toujours des choses plates et communes, il jugera que l’un parlait avec mystère, et non pas l’autre : l’un ayant assez montré qu’il est incapable de telle sottise, et capable d’être mystérieux ; l’autre, qu’il est incapable de mystère, et capable de sottise.
Le Vieux Testament est un chiffre.
692
Il y en a qui voient bien qu’il n’y a pas d’autre ennemi de l’homme que la concupiscence, qui le détourne de Dieu, et non pas Dieu ; ni d’autre bien que Dieu, et non pas une terre grasse. Ceux qui croient que le bien de l’homme est en la chair, et le mal en ce qui le détourne des plaisirs des sens, qu’[ils] s’en [soûlent], et qu’[ils] y [meurent]. Mais ceux qui cherchent Dieu de tout leur cœur, qui n’ont de déplaisir que d’être privés de sa vue, qui n’ont de désir que pour le posséder, et d’ennemis que ceux qui les en détournent, qui s’affligent de se voir environnés et dominés de tels ennemis ; qu’ils se consolent, je leur annonce une heureuse nouvelle : il y a un libérateur pour eux, je le leur ferai voir, je leur montrerai qu’il y a un Dieu pour eux ; je ne le ferai pas voir aux autres. Je ferai voir qu’un Messie a été promis, qui délivrerait des ennemis ; et qu’il en est venu un pour délivrer des iniquités, mais non des ennemis.
Quand David prédit que le Messie délivrera son peuple de ses ennemis, on peut croire charnellement que ce sera des Égyptiens, et alors je ne saurais montrer que la prophétie soit accomplie. Mais on peut bien croire aussi que ce sera des iniquités, car, dans la vérité, les Égyptiens ne sont pas ennemis, mais les iniquités le sont. Ce mot d’ennemis est donc équivoque. Mais s’il dit ailleurs, comme il fait, qu’il délivrera son peuple de ses péchés, aussi bien qu’Isaïe et les autres, l’équivoque est ôtée, et le sens double des ennemis réduit au sens simple d’iniquités. Car s’il avait dans l’esprit les péchés, il les pouvait bien dénoter par ennemis ; mais s’il pensait aux ennemis, il ne les pouvait pas désigner par iniquités.
Or, Moïse, et David et Isaïe usaient des mêmes termes. Qui dira donc qu’ils n’avaient pas même sens, et que le sens de David qui est manifestement d’iniquités lorsqu’il parlait d’ennemis, ne fût pas le même que [celui de] Moïse en parlant d’ennemis ?
Daniel (ix) prie pour la délivrance du peuple de la captivité de leurs ennemis ; mais il pensait aux péchés, et pour le montrer il dit que Gabriel lui vint dire qu’il était exaucé, et qu’il n’y avait plus que soixante-dix semaines à attendre, après quoi le peuple serait délivré d’iniquité, le péché prendrait fin, et le libérateur, le Saint des saints, amènerait la justice éternelle, non la légale, mais l’éternelle.
Chapitre 10 terminé
Les figuratifs