Chapitre 12 · 26 min de lecture
Preuves de Jésus-Christ
737
… De là je refuse toutes les autres religions.
Par là je trouve réponse à toutes les objections.
Il est juste qu’un Dieu si pur ne se découvre qu’à ceux dont le cœur est purifié.
De là cette religion m’est aimable, et je la trouve déjà assez autorisée par une si divine morale ; mais j’y trouve de plus.
Je trouve d’effectif que, depuis que la mémoire des hommes dure (Voici un peuple qui subsiste plus ancien que tout autre peuple), il est annoncé constamment aux hommes qu’ils sont dans une corruption universelle, mais qu’il viendra un Réparateur : un peuple entier le prédit avant sa venue, un peuple entier l’adore après sa venue ; que ce n’est pas un homme qui le dit, mais une infinité d’hommes, et un peuple entier prophétisant et fait exprès durant quatre mille ans, enfin eux sans idoles ni rois. Leurs livres dispersés durant quatre cents ans.
Plus je les examine, plus j’y trouve de vérités : et ce qui a précédé et ce qui a suivi ; et cette synagogue qui est prédite, et ces misérables qui la suivent, et qui, étant nos ennemis, sont d’admirables témoins de la vérité de ces prophéties, où leur misère et leur aveuglement même est prédit.
Je trouve cet enchaînement, cette religion, toute divine dans son autorité, dans sa durée, dans sa perpétuité, dans sa morale, dans sa conduite, dans sa doctrine, dans ses effets, et les ténèbres des Juifs effroyables et prédites : Eris palpans in meridie. Dabitur liber scienti litteras, et dicet : Non possum legere ; le sceptre étant encore entre les mains du premier usurpateur étranger, le bruit de la venue de Jésus-Christ.
Ainsi je tends les bras à mon Libérateur qui, ayant été prédit durant quatre mille ans, est venu souffrir et mourir pour moi sur la terre dans les temps et dans toutes les circonstances qui en ont été prédites ; et, par sa grâce, j’attends la mort en paix, dans l’espérance de lui être éternellement uni ; et je vis cependant avec joie, soit dans les biens qu’il lui plaît de me donner, soit dans les maux qu’il m’envoie pour mon bien, et qu’il m’a appris à souffrir par son exemple.
738
Les prophéties ayant donné diverses marques qui devaient toutes arriver à l’avènement du Messie, il fallait que toutes ces marques arrivassent en un même temps. Ainsi il fallait que la quatrième monarchie fût venue lorsque les Septante semaines de Daniel seraient accomplies et que le sceptre fût alors sorti de Juda, et tout cela est arrivé sans aucune difficulté ; et qu’alors il arrivât le Messie, et Jésus-Christ est arrivé alors qui s’est dit le Messie, et tout cela est encore sans difficulté, et cela marque bien la vérité des prophéties.
739
Les prophètes ont prédit, et n’ont pas été prédits. Les saints ensuite prédits, non prédisants. Jésus-Christ prédit et prédisant.
740
Jésus-Christ, que les deux Testaments regardent l’Ancien comme son attente, le Nouveau comme son modèle, tous deux comme leur centre.
741
Les deux plus anciens livres du monde sont Moïse et Job, l’un juif, l’autre païen, qui tous deux regardent Jésus-Christ comme leur centre commun et leur objet : Moïse, en rapportant les promesses de Dieu à Abraham, Jacob, etc., et ses prophéties ; et Job : Quis mihi det ut, etc ? Scio enim quod redemptor meus vivit, etc.
742
L’Évangile ne parle de la virginité de la Vierge que jusques à la naissance de Jésus-Christ. Tout par rapport à Jésus-Christ.
743
Preuves de Jésus-Christ.
Pourquoi le livre de Ruth conservé ?
Pourquoi l’histoire de Thamar ?
744
« Priez, de peur d’entrer en tentation. » Il est dangereux d’être tenté ; et ceux qui le sont, c’est parce qu’ils ne prient pas.
Et tu conversas confirma fratres tuos. Mais auparavant, conversus Jesus respexit Petrum.
Saint Pierre demande permission de frapper Malchus et frappe devant que d’ouïr la réponse, et Jésus-Christ répond après.
Le mot de Galilée, que la foule des Juifs prononça comme par hasard, en accusant Jésus-Christ devant Pilate, donna sujet à Pilate d’envoyer Jésus-Christ à Hérode ; en quoi fut accompli le mystère qu’il devait être jugé par les Juifs et les Gentils. Le hasard, en apparence, fut la cause de l’accomplissement du mystère.
745
Ceux qui ont peine à croire en cherchent un sujet en ce que les Juifs ne croient pas. — Si cela était si clair, dit-on, pourquoi ne croiraient-ils pas ? — et voudraient quasi qu’ils crussent, afin de n’être point arrêtés par l’exemple de leur refus. Mais c’est leur refus même qui est le fondement de notre créance. Nous y serions bien moins disposés, s’ils étaient des nôtres. Nous aurions alors un bien plus ample prétexte. Cela est admirable, d’avoir rendu les Juifs grands amateurs des choses prédites, et grands ennemis de l’accomplissement.
746
Les Juifs étaient accoutumés aux grands et éclatants miracles, et ainsi, ayant eu les grands coups de la mer Rouge et la terre de Canaan comme un abrégé des grandes choses de leur Messie, ils en attendaient donc de plus éclatants, dont ceux de Moïse n’étaient que les échantillons.
747
Les Juifs charnels et les païens ont des misères, et les chrétiens aussi. Il n’y a point de rédempteur pour les païens, car ils n’en espèrent pas seulement. Il n’y a point de rédempteur pour les Juifs, ils l’espèrent en vain. Il n’y a de rédempteur que pour les Chrétiens (Voyez perpétuité).
747 bis
Voyez les deux sortes d’hommes dans le titre Perpétuité.
747 ter
Deux sortes d’hommes en chaque religion (voyez perpétuité) : superstition, concupiscence.
748
Au temps du Messie, le peuple se partage. Les spirituels ont embrassé le Messie ; les grossiers sont demeurés qui lui servent de témoins.
749
Si cela est si clairement prédit aux Juifs, comment ne l’ont-ils pas cru ? ou comment n’ont-ils point été exterminés, de résister à une chose si claire ?
Je réponds : premièrement, cela a été prédit, et qu’ils ne croiraient point une chose si claire, et qu’ils ne seraient point exterminés. Et rien n’est plus glorieux au Messie ; car il ne suffisait pas qu’il y eût des prophètes ; il fallait qu’ils fussent conservés sans soupçon. Or, etc.
750
Si les Juifs eussent été tous convertis par Jésus-Christ, nous n’aurions plus que des témoins suspects. Et s’ils avaient été exterminés, nous n’en aurions point du tout.
751
Que disent les prophètes de Jésus-Christ ? qu’il sera évidemment Dieu ? non ; mais qu’il est un Dieu véritablement caché ; qu’il sera méconnu ; qu’on ne pensera point que ce soit lui ; qu’il sera une pierre d’achoppement, à laquelle plusieurs heurteront, etc.. Qu’on ne nous reproche donc plus le manque de clarté, puisque nous en faisons profession.
Mais, dit-on, il y a des obscurités. — Et sans cela, on ne serait pas aheurté à Jésus-Christ, et c’est un des desseins formels des prophètes : Excæca…
752
Moïse d’abord enseigne la trinité, le péché originel, le Messie.
David, grand témoin : roi, bon, pardonnant, belle âme, bon esprit, puissant ; il prophétise, et son miracle arrive ; cela est infini. Il n’avait qu’à dire qu’il était le Messie, s’il eût eu de la vanité : car les prophéties sont plus claires de lui que de Jésus-Christ.
Et saint Jehan de même.
753
Hérode cru le Messie. Il avait ôté le sceptre de Juda, mais il n’était pas de Juda. Cela fit une secte considérable.
Et Barcosba, et un autre reçu par les Juifs. Et le bruit qui était partout en ce temps-là : Suétone, Tacite, Josèphe.
Comment fallait-il que fût le Messie, puisque par lui le sceptre devait être éternellement en Juda, et qu’à son arrivée le sceptre devait être ôté de Juda.
Pour faire qu’en voyant, ils ne voient point, et qu’en entendant ils n’entendent point, rien ne pouvait être mieux fait.
Malédiction des Grecs contre ceux qui comptent trois périodes des temps.
754
c. c. Homo existens, te Deum facis.
Scriptum est « Dii estis » — et non potest solvi Scriptura.
c. c. Hæc infirmitas non est ad mortem — et est ad mortem.
Lazarus dormit — et deinde dixit : Lazarus mortuus est.
755
La discordance apparente des Évangiles.
756
Que peut-on avoir, sinon de la vénération, d’un homme qui prédit clairement des choses qui arrivent, et qui déclare son dessein et d’aveugler et d’éclairer, et qui mêle des obscurités parmi des choses claires qui arrivent ?
757
Le temps du premier avènement est prédit ; le temps du second ne l’est point, parce que le premier devait être caché ; le second devait être éclatant et tellement manifeste que ses ennemis mêmes le devaient reconnaître. Mais, comme il ne devait venir qu’obscurément, et que pour être connu de ceux qui sonderaient les Écritures…
758
Dieu, pour rendre le Messie connaissable aux bons et méconnaissable aux méchants, l’a fait prédire en cette sorte. Si la manière du Messie eût été prédite clairement, il n’y eût point eu d’obscurité, même pour les méchants. Si le temps eût été prédit obscurément, il y eût eu obscurité, même pour les bons ; car la [bonté de leur cœur] ne leur eût pas fait entendre que, par exemple, le mem fermé signifie six cents ans. Mais le temps a été prédit clairement, et la manière en figures.
Par ce moyen, les méchants, prenant les biens promis pour matériels, s’égarent malgré le temps prédit clairement, et les bons ne s’égarent pas. Car l’intelligence des biens promis dépend du cœur, qui appelle bien ce qu’il aime : mais l’intelligence du temps promis ne dépend point du cœur. Et ainsi la prédiction claire du temps, et obscure des biens, ne déçoit que les seuls méchants.
759
[Il faut que les Juifs ou les Chrétiens soient méchants.]
760
Les Juifs le refusent, mais non pas tous : les saints le reçoivent, et non les charnels. Et tant s’en faut que cela soit contre sa gloire, que c’est le dernier trait qui l’achève. Comme la raison qu’ils en ont, et la seule qui se trouve dans tous leurs écrits, dans le Talmud et dans les Rabbins, n’est que parce que Jésus-Christ n’a pas dompté les nations en main armée, gladium tuum, potentissime (N’ont-ils que cela à dire ? Jésus-Christ a été tué, disent-ils ; il a succombé ; il n’a pas dompté les païens par sa force ; il ne nous a pas donné leurs dépouilles ; il ne donne point de richesses. N’ont-ils que cela à dire ? C’est en cela qu’il m’est aimable. Je ne voudrais pas celui qu’ils se figurent), il est visible que ce n’est que sa vie qui les a empêchés de le recevoir ; et par ce refus, ils sont des témoins sans reproche, et, qui plus est, par là ils accomplissent les prophéties.
[Par le moyen de ce que ce peuple ne l’a pas reçu, est arrivée cette merveille que voici : les prophéties sont les seuls miracles subsistants qu’on peut faire, mais elles sont sujettes à être contredites.]
761
Les Juifs, en le tuant pour ne le point recevoir pour Messie, lui ont donne la dernière marque de Messie.
Et en continuant à le méconnaître, ils se sont rendus témoins irréprochables : et en le tuant, et continuant à le renier, ils ont accompli les prophéties (Is. LX. Ps. LXX).
762
Que pouvaient faire les Juifs, ses ennemis ? S’ils le reçoivent, ils le prouvent par leur réception, car les dépositaires de l’attente du Messie le reçoivent ; s’ils le renoncent, ils le prouvent par leur renonciation.
763
Les Juifs, en éprouvant s’il était Dieu, ont montré qu’il était homme.
764
L’Église a eu autant de peine à montrer que Jésus-Christ était homme, contre ceux qui le niaient, qu’à montrer qu’il était Dieu ; et les apparences étaient aussi grandes.
765
Source des contrariétés. — Un Dieu humilié, et jusqu’à la mort de la croix ; un Messie triomphant de la mort par sa mort. Deux natures en Jésus-Christ, deux avènements, deux états de la nature de l’homme.
766
Figures. — Sauveur, père, sacrificateur, hostie, nourriture, roi, sage, législateur, affligé, pauvre, devant produire un peuple qu’il devait conduire et nourrir, et introduire dans sa terre…
Jésus-Christ. Offices. — Il devait lui seul produire un grand peuple, élu, saint et choisi ; le conduire, le nourrir, l’introduire dans le lieu de repos et de sainteté ; le rendre saint à Dieu ; en faire le temple de Dieu, le réconcilier à Dieu, le sauver de la colère de Dieu, le délivrer de la servitude du péché, qui règne visiblement dans l’homme ; donner des lois à ce peuple, graver ces lois dans leur cœur, s’offrir à Dieu pour eux, se sacrifier pour eux, être une hostie sans tache, et lui-même sacrificateur : devant s’offrir lui-même, son corps et son sang, et néanmoins offrir pain et vin à Dieu…
Ingrediens mundum.
« Pierre sur pierre. »
Ce qui a précédé, ce qui a suivi. Tous les Juifs subsistants et vagabonds.
767
De tout ce qui est sur la terre, il ne prend part qu’aux déplaisirs, non aux plaisirs. Il aime ses proches ; mais sa charité ne se renferme pas dans ces bornes, et se répand sur ses ennemis, et puis sur ceux de Dieu.
768
Jésus-Christ figuré par Joseph : bien-aimé de son père, envoyé du père pour voir ses frères, etc., innocent, vendu par ses frères vingt deniers, et par là devenu leur seigneur, leur sauveur, et le sauveur des étrangers, et le sauveur du monde ; ce qui n’eût point été sans le dessein de le perdre, la vente et la réprobation qu’ils en firent.
Dans la prison, Joseph innocent entre deux criminels ; Jésus-Christ en la croix entre deux larrons. Il prédit le salut à l’un et la mort à l’autre, sur les mêmes apparences. Jésus-Christ sauve les élus et damne les réprouvés, sur les mêmes crimes. Joseph ne fait que prédire ; Jésus-Christ fait. Joseph demande à celui qui sera sauvé qu’il se souvienne de lui quand il sera venu en sa gloire ; et celui que Jésus-Christ sauve lui demande qu’il se souvienne de lui, quand il sera en son royaume.
769
La conversion des païens n’était réservée qu’à la grâce du Messie. Les Juifs ont été si longtemps à les combattre sans succès ; tout ce qu’en ont dit Salomon et les prophètes a été inutile. Les sages, comme Platon et Socrate, n’ont pu le persuader.
770
Après que bien des gens sont venus devant, il est venu enfin Jésus-Christ dire : Me voici, et voici le temps. Ce que les prophètes ont dit devoir avenir dans la suite des temps, je vous dis que mes apôtres le vont faire. Les Juifs vont être rebutés, Jérusalem sera bientôt détruite ; et les païens vont entrer dans la connaissance de Dieu. Mes apôtres le vont faire après que vous aurez tué l’héritier de la vigne.
Et puis les apôtres ont dit aux Juifs : Vous allez être maudits (Celsus s’en moquait) ; et aux païens : Vous allez entrer dans la connaissance de Dieu. Et cela arrive alors.
771
Jésus-Christ est venu aveugler ceux qui voyaient clair, et donner la vue aux aveugles ; guérir les malades, et laisser mourir les sains ; appeler à la pénitence et justifier les pécheurs, et laisser les justes dans leurs péchés ; remplir les indigents, et laisser les riches vides.
772
Sainteté. — Effundam spiritum meum. Tous les peuples étaient dans l’infidélité et dans la concupiscence ; toute la terre fut ardente de charité, les princes quittent leurs grandeurs, les filles souffrent le martyre. D’où vient cette force ? c’est que le Messie est arrivé ; voilà l’effet et les marques de sa venue.
773
Ruine des Juifs et des païens par Jésus-Christ : omnes gentes venient et adorabunt eum. Parum est ut, etc. Postula a me. Adorabunt eum omnes reges. Testes iniqui. Dabit maxillam percutienti. Dederunt fel in escam.
774
Jésus-Christ pour tous, Moïse pour un peuple.
Les Juifs bénis en Abraham : « Je bénirai ceux qui te béniront. » Mais : « toutes nations bénies en sa semence. »
Parum est ut, etc. Isaïe.
Lumen ad revelationem gentium.
Non fecit taliter omni nationi, disait David en parlant de la loi. Mais, en parlant de Jésus-Christ, il faut dire : Fecit taliter omni nationi. Parum est ut, etc., Isaïe. Aussi c’est à Jésus-Christ d’être universel ; l’Église même n’offre le sacrifice que pour les fidèles : Jésus-Christ a offert celui de la croix pour tous.
775
Il y a hérésie à expliquer toujours omnes de tous, et hérésie à ne le pas expliquer quelquefois de tous. Bibite ex hoc omnes : les huguenots, hérétiques, en l’expliquant de tous. In quo omnes peccaverunt ; les huguenots, hérétiques, en exceptant les enfants des fidèles. Il faut donc suivre les Pères et la tradition pour savoir quand, puisqu’il y a hérésie à craindre de part et d’autre.
776
« Ne timeas pusillus grex. » — Timore et tremore. — Quid ergo ? Ne timeas, [modo], timeas : Ne craignez point, pourvu [que] vous craigniez ; mais si vous ne craignez pas, craignez.
Qui me recipit, non me recipit, sed eum qui me misit.
Nemo scit, neque Filius.
Nubes lucida obumbravit.
Saint Jehan devait convertir les cœurs des pères aux enfants, et Jésus-Christ mettre la division — sans contradiction.
777
Les effets, in communi et in particulari. Les semi-pélagiens errent en disant de in communi, ce qui n’est vrai que in particulari ; et les calvinistes, en disant in particulari, ce qui est vrai in communi (ce me semble).
778
Omnis Judææ regio, et Jerosolomymi universi, et baptizabantur. À cause de toutes les conditions d’hommes qui y venaient.
Des pierres peuvent être enfants d’Abraham.
779
Si on se connaissait, Dieu guérirait et pardonnerait : Ne convertantur et sanem eos Isaïe, et dimittantur eis peccata Marc, III.
780
Jésus-Christ n’a jamais condamné sans ouïr : À Judas : Amice, ad quid venisti ? À celui qui n’avait pas la robe nuptiale, de même.
781
Les figures de la totalité de la rédemption, comme que le soleil éclaire à tous, ne marquent qu’une totalité ; mais les [figures] des exclusions, comme des Juifs élus à l’exclusion des Gentils, marquent l’exclusion.
« Jésus-Christ rédempteur de tous. » — Oui, car il a offert, comme un homme qui a racheté tous ceux qui voudront venir à lui ; ceux qui mourront en chemin, c’est leur malheur, mais quant à lui, il leur offrait rédemption. — Cela est bon en cet exemple, où celui qui rachète et celui qui empêche de mourir sont deux, mais non pas en Jésus-Christ, qui fait l’un et l’autre. — Non, car Jésus-Christ, en qualité de rédempteur, n’est pas peut-être maître de tous ; et ainsi, en tant qu’il est en lui, il est rédempteur de tous.
Quand on dit que Jésus-Christ n’est pas mort pour tous, vous abusez d’un vice des hommes qui s’appliquent incontinent cette exception, ce qui est favoriser le désespoir ; au lieu de les en détourner pour favoriser l’espérance. Car on s’accoutume ainsi aux vertus intérieures par ces habitudes extérieures.
782
La victoire sur la mort. « Que sert à l’homme de gagner tout le monde, s’il perd son âme ? Qui veut garder son âme, la perdre. »
« Je ne suis pas venu détruire la loi, mais l’accomplir. »
« Les agneaux n’ôtaient point les péchés du monde, mais je suis l’agneau qui ôte les péchés. »
« Moïse ne vous a point donné le pain du ciel Moïse ne vous a point tirés de captivité, et ne vous a pas rendus véritablement libres. »
783
… Alors Jésus-Christ vient dire aux hommes qu’ils n’ont point d’autres ennemis qu’eux-mêmes, que ce sont leurs passions qui les séparent de Dieu, qu’il vient pour les détruire, et pour leur donner sa grâce, afin de faire d’eux tous une Église sainte, qu’il vient ramener dans cette Église les païens et les Juifs, qu’il vient détruire les idoles des uns et la superstition des autres. À cela s’opposent tous les hommes, non seulement par l’opposition naturelle de la concupiscence ; mais, par-dessus tous, les rois de la terre s’unissent pour abolir cette religion naissante, comme cela avait été prédit (Proph. : Quare fremerunt gentes… Reges terræ… adversus Christum).
Tout ce qu’il y a de plus grand sur la terre s’unit : les savants, les sages, les rois. Les uns écrivent, les autres condamnent, les autres tuent. Et nonobstant toutes ces oppositions, ces gens simples et sans force résistent à toutes ces puissances et se soumettent même ces rois, ces savants, ces sages, et ôtent l’idolâtrie de toute la terre. Et tout cela se fait par la force qui l’avait prédit.
784
Jésus-Christ n’a point voulu du témoignage des démons, ni de ceux qui n’avaient pas vocation ; mais de Dieu et Jehan-Baptiste.
785
Je considère Jésus-Christ en toutes les personnes et en nous-mêmes : Jésus-Christ comme père en son père, Jésus-Christ comme frère en ses frères, Jésus-Christ comme pauvre en les pauvres, Jésus-Christ comme riche en les riches, Jésus-Christ comme docteur et prêtre en les prêtres, Jésus-Christ comme souverain en les princes, etc. Car il est par sa gloire tout ce qu’il y a de grand, étant Dieu, et est par sa vie mortelle tout ce qu’il y a de chétif et d’abject. Pour cela il a pris cette malheureuse condition, pour pouvoir être en toutes les personnes, et modèle de toutes conditions.
786
Jésus-Christ dans une obscurité (selon ce que le monde appelle obscurité) telle que les historiens, n’écrivant que les importantes choses des États, l’ont à peine aperçu.
787
Sur ce que Josèphe, ni Tacite, et les autres historiens n’ont point parlé de Jésus-Christ. — Tant s’en faut que cela fasse contre, qu’au contraire cela fait pour. Car il est certain que Jésus-Christ a été, et que sa religion a fait grand bruit, et que ces gens-là ne l’ignoraient pas, et qu’ainsi il est visible qu’ils ne l’ont celé qu’à dessein ; ou bien qu’ils en ont parlé, et qu’on l’a supprimé ou changé.
788
« Je m’en suis réservé sept mille. » J’aime les adorateurs inconnus au monde, et aux prophètes mêmes.
789
Comme Jésus-Christ est demeuré inconnu parmi les hommes, ainsi sa vérité demeure parmi les opinions communes, sans différence à l’extérieur ; ainsi l’Eucharistie parmi le pain commun.
790
Jésus-Christ n’a pas voulu être tué sans les formes de la justice, car il est bien plus ignominieux de mourir par justice que par une sédition injuste.
791
La fausse justice de Pilate ne sert qu’à faire souffrir Jésus-Christ ; car il le fait fouetter pour sa fausse justice, et puis le tue. Il vaudrait mieux l’avoir tué d’abord. Ainsi les faux justes : ils font de bonnes œuvres, et de méchantes pour plaire au monde et montrer qu’ils ne sont pas tout à fait à Jésus-Christ, car ils en ont honte. Et enfin, dans les grandes tentations et occasions, ils le tuent.
792
Quel homme eut jamais plus d’éclat ? Le peuple juif tout entier le prédit avant sa venue. Le peuple gentil l’adore après sa venue. Les deux peuples, gentil et juif, le regardent comme leur centre.
Et cependant quel homme jouit jamais moins de cet éclat ? De trente-trois ans, il en vit trente sans paraître. Dans trois ans, il passe pour un imposteur ; les prêtres et les principaux le rejettent ; ses amis et ses plus proches le méprisent. Enfin il meurt trahi par un des siens, renié par l’autre et abandonné par tous.
Quelle part a-t-il donc à cet éclat ? Jamais homme n’a eu tant d’éclat, jamais homme n’a eu plus d’ignominie. Tout cet éclat n’a servi qu’à nous, pour nous le rendre reconnaissable ; et il n’en a rien eu pour lui.
793
La distance infinie des corps aux esprits figure la distance infiniment plus infinie des esprits à la charité, car elle est surnaturelle.
Tout l’éclat des grandeurs n’a point de lustre pour les gens qui sont dans les recherches de l’esprit.
La grandeur des gens d’esprit est invisible aux rois, aux riches, aux capitaines, à tous ces grands de chair.
La grandeur de la sagesse, qui n’est nulle sinon de Dieu, est invisible aux charnels et aux gens d’esprit. Ce sont trois ordres différents de genre.
Les grands génies ont leur empire, leur éclat, leur grandeur, leur victoire, leur lustre et n’ont nul besoin des grandeurs charnelles, où elles n’ont pas de rapport. Ils sont vus non des yeux, mais des esprits, c’est assez.
Les saints ont leur empire, leur éclat, leur victoire, leur lustre, et n’ont nul besoin des grandeurs charnelles ou spirituelles, où elles n’ont nul rapport, car elles n’y ajoutent ni ôtent. Ils sont vus de Dieu et des anges, et non des corps ni des esprits curieux : Dieu leur suffit.
Archimède, sans éclat, serait en même vénération. Il n’a pas donné des batailles pour les yeux, mais il a fourni à tous les esprits ses inventions. Oh ! qu’il a éclaté aux esprits !
Jésus-Christ, sans biens et sans aucune production au dehors de science, est dans son ordre de sainteté. Il n’a point donné d’invention, il n’a point régné ; mais il a été humble, patient, saint, saint, saint à Dieu, terrible aux démons, sans aucun péché. Oh ! qu’il est venu en grande pompe et en une prodigieuse magnificence, aux yeux du cœur et qui voient la sagesse !
Il eût été inutile à Archimède de faire le prince dans ses livres de géométrie, quoiqu’il le fût.
Il eût été inutile à Notre Seigneur Jésus-Christ, pour éclater dans son règne de sainteté, de venir en roi ; mais il y est bien venu avec l’éclat de son ordre !
Il est bien ridicule de se scandaliser de la bassesse de Jésus-Christ, comme si cette bassesse était du même ordre, duquel est la grandeur qu’il venait faire paraître. Qu’on considère cette grandeur-là dans sa vie, dans sa passion, dans son obscurité, dans sa mort, dans l’élection des siens, dans leur abandon, dans sa secrète résurrection, et dans le reste : on la verra si grande qu’on n’aura pas sujet de se scandaliser d’une bassesse qui n’y est pas.
Mais il y en a qui ne peuvent admirer que les grandeurs charnelles, comme s’il n’y en avait pas de spirituelles ; et d’autres qui n’admirent que les spirituelles, comme s’il n’y en avait pas d’infiniment plus hautes dans la sagesse.
Tous les corps, le firmament, les étoiles, la terre et ses royaumes, ne valent pas le moindre des esprits ; car il connaît tout cela, et soi ; et les corps, rien.
Tous les corps ensemble, et tous les esprits ensemble, et toutes leurs productions, ne valent pas le moindre mouvement de charité. Cela est d’un ordre infiniment plus élevé.
De tous les corps ensemble, on ne saurait en faire réussir une petite pensée : cela est impossible, et d’un autre ordre. De tous les corps et esprits, on n’en saurait tirer un mouvement de vraie charité, cela est impossible, et d’un autre ordre, surnaturel.
794
Pourquoi Jésus-Christ n’est-il pas venu d’une manière visible, au lieu de tirer sa preuve des prophéties précédentes ?
Pourquoi s’est-il fait prédire en figures ?
795
Si Jésus-Christ n’était venu que pour sanctifier, toute l’Écriture et toutes choses y tendraient, et il serait bien aisé de convaincre les infidèles. Si Jésus-Christ n’était venu que pour aveugler, toute sa conduite serait confuse, et nous n’aurions aucun moyen de convaincre les infidèles. Mais comme il est venu in sanctificationem et in scandalum, comme dit Isaïe, nous ne pouvons convaincre les infidèles et ils ne peuvent nous convaincre ; mais, par là même, nous les convainquons, puisque nous disons qu’il n’y a point de conviction dans toute sa conduite de part ni d’autre.
796
Jésus-Christ ne dit pas qu’il n’est pas de Nazareth, pour laisser les méchants dans l’aveuglement, ni qu’il n’est pas fils de Joseph.
797
Preuves de Jésus-Christ. — Jésus-Christ a dit les choses grandes si simplement qu’il semble qu’il ne les a pas pensées, et si nettement néanmoins qu’on voit bien ce qu’il en pensait. Cette clarté jointe à cette naïveté est admirable.
798
Le style de l’Évangile est admirable en tant de manières, et entre autres en ne mettant jamais aucune invective contre les bourreaux et ennemis de Jésus-Christ ; car il n’y en a aucune des historiens contre Judas, Pilate ni aucun des Juifs.
Si cette modestie des historiens évangéliques avait été affectée, aussi bien que tant d’autres traits d’un si beau caractère, et qu’ils ne l’eussent affecté que pour le faire remarquer, s’ils n’avaient osé le remarquer eux-mêmes, ils n’auraient pas manqué de se procurer des amis, qui eussent fait ces remarques à leur avantage. Mais comme ils ont agi de la sorte sans affectation, et par un mouvement tout désintéressé, ils ne l’ont fait remarquer à personne ; et je crois que plusieurs de ces choses n’ont point été remarquées jusqu’ici, et c’est ce qui témoigne la froideur avec laquelle la chose a été faite.
799
Un artisan qui parle des richesses, un procureur qui parle de la guerre, de la royauté, etc. ; mais le riche parle bien des richesses, le roi parle froidement d’un grand don qu’il vient de faire, et Dieu parle bien de Dieu.
800
Qui a appris aux évangélistes les qualités d’une âme parfaitement héroïque, pour la peindre si parfaitement en Jésus-Christ ? Pourquoi le font-ils faible dans son agonie ? ne savent-ils pas peindre une mort constante ? oui, car le même saint Luc peint celle de saint Étienne plus forte que celle de Jésus-Christ.
Ils le font donc capable de crainte, avant que la nécessité de mourir soit arrivée, et ensuite tout fort.
Mais quand ils le font si troublé, c’est quand il se trouble lui-même : et quand les hommes le troublent, il est tout fort.
801
Preuve de Jésus-Christ. — L’hypothèse des apôtres fourbes est bien absurde. Qu’on la suive tout au long ; qu’on s’imagine ces douze hommes assemblés après la mort de Jésus-Christ, faisant le complot de dire qu’il est ressuscité. Ils attaquent par là toutes les puissances. Le cœur des hommes est étrangement penchant à la légèreté, au changement, aux promesses, aux biens. Si peu qu’un de ceux-là se fût démenti par tous ces attraits, et, qui plus est, par les prisons, par les tortures et par la mort, ils étaient perdus. Qu’on suive cela.
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Les apôtres ont été trompés, ou trompeurs ; l’un ou l’autre est difficile, car il n’est pas possible de prendre un homme pour être ressuscité.
Tandis que Jésus-Christ était avec eux, il les pouvait soutenir ; mais après cela, s’il ne leur est apparu, qui les a fait agir ?
Chapitre 12 terminé
Preuves de Jésus-Christ