Le ministère de l'intercession ·Le réveil qui vient

Chapitre 17 · 14 min de lecture

Le réveil qui vient

« Ne nous rendras-tu pas à la vie, afin que ton peuple se réjouisse en toi ? »—Psaume 85:7.

« Ô Éternel, accomplis ton œuvre dans le cours des années. »—Habacuc 3:2.

« Quand je marche au milieu de la détresse, tu me rends la vie ; ta droite me sauve. »—Psaume 138:7.

« Je suis avec l’homme contrit et humilié, afin de ranimer les cœurs contrits. »—Ésaïe 57:15.

« Venez, retournons à l’Éternel ! Car il a déchiré, mais il nous guérira. Il nous rendra la vie. »—Osée 6:1-2.

Le réveil qui vient — on entend souvent ce mot. Les docteurs ne manquent pas qui discernent les signes de son approche et annoncent avec assurance sa prompte venue. Dans l’accroissement de l’intérêt pour les missions, dans les nouvelles de réveils survenus en des lieux où tout était mort ou froid, dans les foules de nos jeunes rassemblés en Associations d’étudiants et autres, ou en Sociétés de Christian Endeavour, dans les portes partout ouvertes dans le monde chrétien et le monde païen, dans les victoires déjà remportées sur les champs blanchissants pour la moisson, partout où entrent des ouvriers croyants et pleins d’espérance, ils trouvent l’assurance d’un temps de puissance et de bénédiction tel que nous n’en avons pas connu. L’Église est sur le point d’entrer dans une ère nouvelle de spiritualité croissante et de plus large extension.

D’autres, tout en admettant la vérité de quelques-uns de ces faits, craignent pourtant que les conclusions qu’on en tire ne soient partiales et prématurées. Ils voient l’intérêt pour les missions s’accroître, mais font remarquer à quel cercle restreint il se borne, et combien il est hors de toute proportion avec ce qu’il devrait être. Pour la grande majorité des membres de l’Église, pour la plus grande partie de l’Église, ce n’est encore rien moins qu’une question vitale. Ils nous rappellent la puissance de la mondanité et du formalisme, l’accroissement de l’esprit de lucre et d’amour du plaisir parmi ceux qui font profession d’être chrétiens, le manque de spiritualité dans un si grand nombre de nos églises, et l’éloignement persistant et apparemment croissant de multitudes à l’égard du jour et de la Parole de Dieu, comme preuve que le grand réveil n’a certainement pas commencé, et que la plupart n’y songent guère. Ils disent qu’ils ne voient pas la profonde humiliation, le désir intense, la prière fervente qui apparaissent comme les avant-coureurs de tout véritable réveil.

Il y a des erreurs de droite et des erreurs de gauche qui sont également dangereuses. Nous devons chercher à être gardés autant de l’Optimisme superficiel, incapable de mesurer l’étendue du mal, que du Pessimisme sans espérance, qui ne sait ni louer Dieu pour ce qu’il a fait, ni se confier en lui pour ce qu’il est prêt à faire. Le premier se perdra dans une heureuse satisfaction de soi, se réjouissant de son zèle, de sa diligence et de son succès apparent, sans jamais voir le besoin de confession et de grande lutte dans la prière, avant que nous soyons prêts à affronter et à vaincre les armées des ténèbres. Le second livre en pratique le monde à Satan, et va presque jusqu’à prier et à se réjouir de voir les choses empirer, pour hâter la venue de Celui qui doit tout redresser. Que Dieu nous garde de l’une et de l’autre erreur, et qu’il accomplisse la promesse : « Tes oreilles entendront derrière toi la voix qui dira : Voici le chemin, marchez-y ! Car vous iriez à droite, ou vous iriez à gauche. » Écoutons les leçons que suggèrent les passages que nous avons cités ; elles peuvent nous aider à prier comme il faut cette prière : « Accomplis ton œuvre, ô Éternel ! »

1. « Accomplis ton œuvre, ô Éternel ! »—Relisez les passages de l’Écriture, et voyez comme ils renferment tous une seule pensée : le réveil est l’œuvre de Dieu ; lui seul peut le donner ; il doit venir d’en haut. Nous sommes souvent en danger de regarder à ce que Dieu a fait et fait encore, et d’y compter comme au gage qu’il fera aussitôt davantage. Et il se peut, pendant tout ce temps, qu’il nous bénisse à la mesure de notre foi ou de notre sacrifice, et qu’il ne puisse donner une plus large mesure, tant qu’il n’y a pas eu une découverte et une confession nouvelles de ce qui l’arrête. Ou bien nous regardons à tous les signes de vie et de bien qui nous entourent, et nous nous félicitons de toutes les organisations et de toutes les œuvres que l’on crée, tandis que le besoin de l’intervention puissante et directe de Dieu n’est pas justement ressenti, et que l’entière dépendance à son égard n’est pas cultivée. La régénération, le don de la vie divine, nous la reconnaissons tous pour un acte de Dieu, un miracle de sa puissance. La restauration ou le renouvellement de la vie divine, dans une âme ou dans une Église, est une œuvre tout aussi surnaturelle. Pour avoir le discernement spirituel qui sache comprendre les signes des cieux et pronostiquer le réveil qui vient, il nous faut entrer profondément dans la pensée et la volonté de Dieu quant à ses conditions, et quant à la préparation de ceux qui prient pour lui ou doivent être employés à le produire. « Car le Seigneur, l’Éternel, ne fait rien sans avoir révélé son secret à ses serviteurs les prophètes. » C’est Dieu qui doit donner le réveil ; c’est Dieu qui révèle son secret ; c’est l’esprit d’absolue dépendance à l’égard de Dieu, lui rendant l’honneur et la gloire, qui y préparera.

2. « Accomplis ton œuvre, ô Éternel ! »—Une deuxième leçon qui s’en dégage, c’est que le réveil que Dieu doit donner sera donné en réponse à la prière. Il faut le demander et le recevoir directement de Dieu lui-même. Ceux qui connaissent tant soit peu l’histoire des réveils se souviendront combien de fois cela s’est vérifié — les réveils, tant les plus vastes que les plus locaux, ont été nettement rattachés à une prière spéciale. De nos jours encore, nombre d’assemblées et de missions connaissent des réveils particuliers ou permanents qui — toute la gloire en soit à Dieu — sont liés à une prière systématique et croyante. Le réveil qui vient ne fera pas exception. Un extraordinaire esprit de prière, poussant les croyants à beaucoup de prière secrète et unanime, les pressant de « lutter avec ferveur » dans leurs supplications, sera l’un des signes les plus sûrs de l’approche des ondées et des flots de bénédiction.

Que tous ceux qui sont accablés du manque de spiritualité, du bas état de la vie de Dieu chez les croyants, prêtent l’oreille à l’appel qui s’adresse à tous. S’il doit y avoir un réveil — un puissant réveil divin — il faudra, de notre part, un dévouement de tout le cœur qui y corresponde, dans la prière et la foi. Que pas un croyant ne s’estime trop faible pour aider, ni ne s’imagine qu’on ne le regrettera pas. S’il commence le premier, le don qui est en lui pourra être si bien réveillé que, pour son cercle ou son voisinage, il sera l’intercesseur choisi de Dieu. Pensons au besoin des âmes, à tous les péchés et à toutes les défaillances parmi le peuple de Dieu, au peu de puissance qu’il y a dans une si grande part de la prédication, et mettons-nous à crier chaque jour : « Ne nous rendras-tu pas à la vie, afin que ton peuple se réjouisse en toi ? » Et gravons profondément cette vérité dans nos cœurs : tout réveil vient, comme vint la Pentecôte, comme le fruit d’une prière unanime et persévérante. Le réveil qui vient doit commencer par un grand réveil de prière. C’est dans la chambre, la porte fermée, que le bruit d’une abondance de pluie se fera d’abord entendre. Un accroissement de la prière secrète chez les ministres et chez les membres sera le sûr avant-coureur de la bénédiction.

3. « Accomplis ton œuvre, ô Éternel ! »—Une troisième leçon que nos textes enseignent, c’est que c’est aux humbles et aux contrits que le réveil est promis. Nous voudrions que le réveil vienne sur les orgueilleux et les satisfaits d’eux-mêmes, pour les briser et les sauver. Dieu le donnera, mais à cette seule condition : que ceux qui voient et ressentent le péché des autres prennent sur eux le fardeau de la confession et le portent, et que tous ceux qui prient et réclament par la foi la puissance réveillante de Dieu pour son Église s’humilient dans la confession de ses péchés. Le besoin de réveil signale toujours un déclin antérieur ; et le déclin fut toujours causé par le péché. L’humiliation et la contrition ont toujours été les conditions du réveil. Dans toute intercession, la confession du péché de l’homme et du juste jugement de Dieu est toujours un élément essentiel.

Tout au long de l’histoire d’Israël, nous le voyons sans cesse. Cela ressort des réformes accomplies sous les pieux rois de Juda. Nous l’entendons dans la prière d’hommes tels qu’Esdras, Néhémie et Daniel. Chez Ésaïe, Jérémie et Ézéchiel, comme chez les petits prophètes, c’est la note dominante de tout l’avertissement comme de toute la promesse. S’il n’y a ni humiliation ni abandon du péché, il ne peut y avoir ni réveil ni délivrance : « Ces gens-là portent leurs idoles dans leur cœur. Me laisserai-je consulter par eux ? » « Voici sur qui je porterai mes regards : sur celui qui souffre et qui a l’esprit abattu, sur celui qui craint ma parole. » Au milieu des plus gracieuses promesses de visitation divine, cette note revient toujours : « Ayez honte et rougissez de votre conduite, maison d’Israël ! »

Nous trouvons la même chose dans le Nouveau Testament. Le Sermon sur la montagne promet le royaume aux pauvres et à ceux qui pleurent. Dans les épîtres aux Corinthiens et aux Galates, la religion de l’homme, de la sagesse mondaine et de la confiance en la chair, est démasquée et dénoncée ; sans qu’elle soit confessée et abandonnée, toutes les promesses de la grâce et de l’Esprit seront vaines. Dans les épîtres aux sept Églises, nous en trouvons cinq dont Celui de la bouche duquel sort l’épée aiguë à deux tranchants dit qu’il a quelque chose contre elles. Dans chacune d’elles, le mot clé de son message est — non aux inconvertis, mais à l’Église — Repens-toi ! Toutes les glorieuses promesses que renferme chacune de ces épîtres, jusqu’à la dernière avec son « Ouvre la porte, et j’entrerai » ; « Celui qui vaincra, je le ferai asseoir avec moi sur mon trône », dépendent de ce seul mot — Repens-toi !

Et s’il doit y avoir un réveil, non parmi les perdus, mais dans nos églises, pour donner une communauté sainte et spirituelle, ne faudra-t-il pas entendre ce son de trompette — Repens-toi ? N’était-ce qu’en Israël, sous le ministère des rois et des prophètes, qu’il y avait tant de mal à purger du peuple de Dieu ? N’était-ce que dans l’Église du premier siècle que Paul, Jacques et notre Seigneur lui-même durent prononcer des paroles si tranchantes ? Ou bien n’y a-t-il pas, dans l’Église de nos jours, une idolâtrie de l’argent, du talent et de la culture, un esprit du monde qui la rend infidèle à son unique Époux et Seigneur, une confiance en la chair qui attriste et résiste au Saint-Esprit de Dieu ? N’y a-t-il pas presque partout un aveu du manque de spiritualité et de puissance spirituelle ? Que tous ceux qui aspirent au réveil qui vient, et cherchent à le hâter par leurs prières, demandent ceci par-dessus tout : que le Seigneur prépare ses prophètes à marcher devant lui à son commandement : « Crie à plein gosier, ne te retiens pas, élève ta voix comme une trompette, et annonce à mon peuple ses iniquités. » Tout réveil profond parmi le peuple de Dieu doit avoir ses racines dans un sentiment profond et une confession du péché. Tant que ceux qui voudraient conduire l’Église dans le chemin du réveil ne rendront pas un fidèle témoignage contre les péchés de l’Église, il est à craindre qu’elle ne trouve le peuple sans préparation. Les hommes voudraient volontiers un réveil comme le fruit de leurs œuvres et de leurs progrès. La voie de Dieu est l’inverse : c’est de la mort, reconnue comme le salaire du péché, confessée comme une entière impuissance, qu’il fait renaître. Il ranime le cœur du contrit.

4. « Accomplis ton œuvre, ô Éternel ! »—Il est une dernière pensée, suggérée par le texte d’Osée. C’est en revenant à l’Éternel que le réveil viendra ; car si nous ne nous étions pas éloignés de lui, sa vie serait parmi nous avec puissance. « Venez, retournons à l’Éternel ! Car il a déchiré, il nous guérira ; il a frappé, il bandera nos plaies : il nous rendra la vie, et nous vivrons devant lui. » Comme nous l’avons dit, il ne peut y avoir de retour à l’Éternel là où il n’y a ni sentiment ni confession de l’égarement. Retournons à l’Éternel doit être la note dominante du réveil. Retournons, en reconnaissant et en abandonnant tout ce qu’il y a eu dans l’Église qui ne soit pas entièrement selon sa pensée et son esprit. Retournons, en livrant et en rejetant tout ce qu’il y a eu dans notre religion, ou à côté d’elle, de la puissance des deux grands ennemis de Dieu — la confiance en la chair ou l’esprit du monde. Retournons, en reconnaissant combien Dieu doit nous posséder sans partage, pour nous remplir de son Esprit et nous employer au royaume de son Fils. Oh ! retournons, dans l’abandon d’une dépendance et d’un dévouement qui n’ont d’autre mesure que la revendication absolue de Celui qui est le Seigneur ! Retournons à l’Éternel de tout notre cœur, afin qu’il nous rende et nous garde tout à lui. Il nous rendra la vie, et nous vivrons devant lui. Tournons-nous vers le Dieu de la Pentecôte, comme Christ conduisit ses disciples à se tourner vers lui, et le Dieu de la Pentecôte se tournera vers nous.

C’est pour ce retour à l’Éternel qu’est nécessaire la grande œuvre de l’intercession. C’est là que le réveil qui vient doit trouver sa force. Commençons, comme individus, à plaider en secret auprès de Dieu, confessant tout ce que nous discernons de péché ou d’obstacle, en nous-mêmes ou chez les autres. N’y aurait-il pas un seul autre péché, assurément le manque de prière fournit à lui seul assez de matière à la repentance, à la confession et au retour à l’Éternel. Cherchons à entretenir autour de nous l’esprit de confession, de supplication et d’intercession. Aidons à encourager et à former ceux qui se croient trop faibles. Élevons la voix pour proclamer les grandes vérités. Le réveil doit venir d’en haut ; le réveil doit être reçu d’en haut par la foi et fait descendre par la prière ; le réveil vient aux humbles et aux contrits, pour qu’ils le portent aux autres ; si nous revenons à l’Éternel de tout notre cœur, il nous rendra la vie. Sur ceux qui voient ces vérités repose la solennelle responsabilité de se livrer à leur rendre témoignage et à les mettre en pratique.

Et tandis que chacun de nous plaide pour le réveil dans toute l’Église, crions en même temps, tout spécialement, à Dieu pour notre propre voisinage ou notre propre champ de travail. Qu’il y ait, chez chaque ministre et chaque ouvrier, de « grands examens de cœur » sur la question de savoir s’ils sont prêts à donner à la prière la part de temps et de force que Dieu voudrait. Que, tout en étant publiquement les conducteurs de leurs cercles plus ou moins grands, ils se donnent en secret à prendre place au premier rang de la grande armée d’intercession qui doit prévaloir auprès de Dieu, avant que le grand réveil, les flots de bénédiction, puissent venir. De tous ceux qui parlent du réveil, y songent ou l’appellent de leurs vœux, que pas un ne se retienne dans cette grande œuvre de supplication honnête, ardente et précise : Accomplis ton œuvre, ô Éternel ! Ne nous rendras-tu pas à la vie ?

Venez, retournons à l’Éternel : il nous rendra la vie ! Et connaissons, cherchons à connaître l’Éternel. « Sa venue est aussi certaine que celle de l’aurore ; et il viendra pour nous comme la pluie, comme la pluie du printemps qui arrose la terre. » Amen. Ainsi soit-il.

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Le ministère de l'intercession Andrew Murray

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