Chapitre 13 · 17 min de lecture
Au nom de Christ
« Tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai. Si vous demandez quelque chose en mon nom, je le ferai. Je vous ai établis, afin que ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne. En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom. Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom. Demandez, et vous recevrez, afin que votre joie soit parfaite. En ce jour, vous demanderez en mon nom. » — Jean 14:13, 14 ; 15:16 ; 16:23, 24, 26.
En mon nom — répété six fois. Notre Seigneur savait combien nos cœurs seraient lents à le saisir, et il désirait si ardemment que nous croyions vraiment que son nom est la puissance devant laquelle tout genou doit fléchir, et dans laquelle toute prière peut être exaucée, qu’il ne se lassa pas de le redire encore et encore : en mon nom ! Entre le merveilleux tout ce que vous demanderez et le divin je le ferai, le Père vous le donnera, ce seul mot est le lien tout simple : en mon nom. Notre demande et le don du Père doivent également être au nom de Christ. Tout, dans la prière, dépend de ce que nous saisissions ceci : en mon nom.
Nous savons ce qu’est un nom : un mot par lequel nous évoquons à notre esprit tout l’être et toute la nature d’un objet. Quand je parle d’un agneau ou d’un lion, le nom suggère aussitôt la nature différente qui est propre à chacun. Le nom de Dieu est destiné à exprimer toute sa nature et toute sa gloire divines. De même, le nom de Christ signifie toute sa nature, sa personne et son œuvre, ses dispositions et son Esprit. Demander au nom de Christ, c’est prier en union avec lui. Lorsqu’un pécheur croit pour la première fois en Christ, il ne connaît et ne songe qu’à son mérite et à son intercession. Et jusqu’à la fin, c’est là l’unique fondement de notre assurance. Et pourtant, à mesure que le croyant grandit dans la grâce et entre plus profondément et plus véritablement en union avec Christ — c’est-à-dire à mesure qu’il demeure en lui — il apprend que prier au nom de Christ signifie aussi prier dans son Esprit, et dans la possession de sa nature, telle que le Saint-Esprit nous la communique. À mesure que nous saisissons le sens de ces paroles : « En ce jour, vous demanderez en mon nom » — le jour où, par le Saint-Esprit, Christ est venu habiter dans ses disciples — nous ne serons plus effrayés par la grandeur de la promesse : « Tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai. » Nous entrerons quelque peu dans l’intelligence de la nécessité et de la certitude immuables de cette loi : ce qui est demandé au nom de Christ, en union avec lui, du fond de sa nature et de son Esprit, doit être accordé. À mesure que la nature priante de Christ vit en nous, sa puissance de prière devient aussi la nôtre. Non que la mesure de nos acquis ou de notre expérience soit le fondement de notre assurance ; mais la sincérité et l’entièreté de notre abandon à tout ce que nous voyons que Christ cherche à être en nous, voilà ce qui sera la mesure de notre aptitude et de notre puissance spirituelles à prier en son nom. « Si vous demeurez en moi, dit-il, demandez ce que vous voudrez. » À mesure que nous vivons en lui, nous recevons la puissance spirituelle de nous prévaloir de son nom. De même que le sarment tout entier livré à la vie et au service du cep peut compter sur toute sa sève et toute sa force pour porter du fruit, de même le croyant qui, par la foi, a accepté la plénitude de l’Esprit pour posséder toute sa vie, peut en effet se prévaloir de toute la puissance du nom de Christ.
Ici-bas, Christ, en tant qu’homme, est venu révéler ce qu’est la prière. Pour prier au nom de Christ, nous devons prier comme il a prié sur la terre ; comme il nous a enseigné à prier ; en union avec lui, tel qu’il prie maintenant dans le ciel. Nous devons, avec amour, l’étudier, et, avec foi, l’accepter comme notre Exemple, notre Maître, notre Intercesseur.
Christ, notre Exemple.
La prière, en Christ sur la terre et en nous, ne saurait être deux choses différentes. De même qu’il n’y a qu’un seul Dieu, qui est Esprit, qui exauce la prière, de même il n’y a qu’un seul esprit de prière agréable. Quand nous mesurons le temps que Christ passait dans la prière, et combien les grands événements de sa vie étaient tous liés à une prière particulière, nous apprenons la nécessité d’une dépendance absolue et d’une communication directe et incessante avec le monde céleste, si nous voulons vivre d’une vie céleste, ou exercer autour de nous une puissance céleste. Nous voyons combien il serait insensé et stérile de vouloir travailler pour Dieu et pour le ciel sans avoir d’abord, dans la prière, laissé la vie et la puissance du ciel nous posséder. À moins que cette vérité ne vive en nous, nous ne pouvons nous prévaloir comme il faut de la puissance souveraine du nom de Christ. Son exemple doit nous enseigner le sens de son nom.
De son baptême, nous lisons : « Jésus ayant été baptisé, et, pendant qu’il priait, le ciel s’ouvrit. » C’est dans la prière que le ciel lui fut ouvert, que le ciel descendit sur lui avec l’Esprit et la voix du Père. Dans la puissance de ces dons, il fut conduit au désert, pour, dans le jeûne et la prière, les éprouver et se les approprier pleinement. Au début de son ministère, Marc rapporte (1:35) : « Vers le matin, pendant qu’il faisait encore très sombre, il se leva, et sortit pour aller dans un lieu désert, où il pria. » Et un peu plus tard, Luc raconte (5:16) : « Des foules s’assemblaient pour l’entendre et pour être guéries. Mais lui, il se retirait dans les déserts, et priait. » Il savait combien le service le plus saint, la prédication et la guérison, peut épuiser l’esprit ; combien un commerce trop grand avec les hommes peut obscurcir la communion avec Dieu ; combien il faut du temps, du temps, beaucoup de temps, pour que l’esprit se repose et s’enracine en lui ; combien aucune pression du devoir parmi les hommes ne saurait affranchir de l’absolue nécessité d’une prière abondante. Si quelqu’un avait pu se contenter de toujours vivre et travailler dans l’esprit de prière, c’eût été notre Maître. Mais il ne le pouvait pas ; il lui fallait renouveler ses provisions par des temps de prière continuels et prolongés. Se servir du nom de Christ dans la prière comprend assurément ceci : suivre son exemple et prier comme il a prié.
De la nuit qui précéda le choix de ses apôtres, nous lisons (Luc 6:12) : « Il se rendit sur la montagne pour prier, et il passa toute la nuit à prier Dieu. » Le premier pas vers la constitution de l’Église, et la mise à part d’hommes destinés à être ses témoins et ses successeurs, l’appela à une prière particulière et prolongée. Tout devait se faire selon le modèle montré sur la montagne. « Le Fils ne peut rien faire de lui-même : le Père lui montre tout ce qu’il fait. » C’est dans la nuit de prière que cela lui fut montré.
Dans la nuit qui sépara la multiplication des pains pour les cinq mille — lorsque Jésus sut qu’ils voulaient l’enlever de force pour le faire roi — et la marche sur la mer, « il se retira de nouveau sur la montagne, lui seul, pour prier » (Matthieu 14:23 ; Marc 6:46 ; Jean 6:15). C’était la volonté de Dieu qu’il était venu accomplir, et la puissance de Dieu qu’il devait manifester. Il ne la possédait pas comme un bien propre ; il fallait la demander dans la prière et la recevoir d’en haut. La première annonce de sa mort prochaine, après qu’il eut amené Pierre à confesser qu’il était le Christ, est introduite par ces mots (Luc 9:18) : « Il arriva que Jésus priait à l’écart. » L’introduction du récit de la Transfiguration est celle-ci (Luc 9:28) : « Il monta sur la montagne pour prier. » La requête des disciples, « Seigneur, enseigne-nous à prier » (Luc 11:1), fait suite à : « Il arriva, comme il priait en un certain lieu. » Dans sa propre vie personnelle, dans son commerce avec le Père, dans tout ce qu’il est et fait pour les hommes, le Christ dont nous devons nous servir du nom est un Homme de prière. C’est la prière qui lui donne sa puissance de bénédiction, et qui transfigure son corps même de la gloire du ciel. C’est sa propre vie de prière qui fait de lui celui qui enseigne aux autres comment prier. Combien plus faut-il que ce soit la prière, la prière seule, une prière abondante, qui puisse nous rendre aptes à partager sa gloire d’une vie transfigurée, ou faire de nous le canal de la bénédiction et de l’enseignement célestes pour les autres. Prier au nom de Christ, c’est prier comme il prie.
À mesure que la fin approche, c’est encore plus de prière. Quand les Grecs demandèrent à le voir, et qu’il parla de sa mort prochaine, il pria. Au tombeau de Lazare, il pria. Dans la dernière nuit, il pria sa prière de souverain Sacrificateur, afin que nous sachions ce que son sacrifice obtiendrait, et ce que serait son intercession éternelle sur le trône. À Gethsémané, il pria sa prière de Victime, l’Agneau se livrant à l’égorgement. Sur la croix, c’est encore tout entier prière — la prière de compassion pour ses meurtriers ; la prière de la souffrance expiatoire dans les épaisses ténèbres ; la prière, dans la mort, de la remise confiante de son esprit entre les mains du Père. (Note E.)
La vie et l’œuvre de Christ, sa souffrance et sa mort — tout cela fut prière, tout dépendance de Dieu, confiance en Dieu, réception de Dieu, abandon à Dieu. Ta rédemption, ô croyant, est une rédemption accomplie par la prière et l’intercession : ton Christ est un Christ qui prie ; la vie qu’il a vécue pour toi, la vie qu’il vit en toi, est une vie de prière, qui met sa joie à s’attendre à Dieu et à tout recevoir de lui. Prier en son nom, c’est prier comme il a prié. Christ n’est notre exemple que parce qu’il est notre Chef, notre Sauveur et notre Vie. En vertu de sa Divinité et de son Esprit, il peut vivre en nous : nous pouvons prier en son nom, parce que nous demeurons en lui et lui en nous.
Christ, notre Maître.
Christ était ce qu’il enseignait. Tout son enseignement n’était que la révélation de la manière dont il vivait, et — Dieu soit loué — de la vie qu’il devait vivre en nous. Son enseignement aux disciples visait d’abord à éveiller le désir, et à les préparer ainsi à ce que, par le Saint-Esprit, il serait et opérerait en eux. Croyons-le avec une pleine assurance : tout ce qu’il fut dans la prière, et tout ce qu’il a enseigné, lui-même le donnera. Il est venu accomplir la loi ; à combien plus forte raison accomplira-t-il l’Évangile en tout ce qu’il nous a enseigné, quant à ce qu’il faut prier, et comment.
Ce qu’il faut prier. — On a parfois dit que les demandes directes, comparées à l’exercice de la communion avec Dieu, ne sont qu’une part subordonnée de la prière, et que, « dans la prière de ceux qui prient le mieux et le plus, elles n’occupent qu’une place insignifiante ». Si nous étudions avec soin tout ce que notre Seigneur a dit de la prière, nous verrons que ce n’est pas là son enseignement. Dans l’oraison dominicale, dans les paraboles sur la prière, dans l’image de l’enfant qui demande du pain, dans celle où nous cherchons et frappons, dans la pensée centrale de la prière de la foi — « Tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous l’avez reçu » — dans le tout ce que si souvent répété du dernier soir, partout notre Seigneur nous presse et nous encourage à présenter des demandes précises, et à attendre des réponses précises. C’est uniquement parce que nous avons trop enfermé la prière dans nos propres besoins qu’on a cru nécessaire de l’affranchir de toute apparence d’égoïsme en donnant aux demandes une place subordonnée. Si une fois les croyants s’éveillaient à la gloire de l’œuvre de l’intercession, et voyaient qu’en elle — et dans la supplication précise pour des dons précis, en faveur de sphères et de personnes précises — résident notre plus haute communion avec notre Seigneur glorifié et notre seule véritable puissance de bénir les hommes, on verrait qu’il ne peut y avoir de communion plus vraie avec Dieu que ces demandes précises et leurs réponses, par lesquelles nous devenons le canal de sa grâce et de sa vie pour les hommes. Alors notre communion avec le Père est semblable à celle que le Fils a dans son intercession.
Comment prier. — Notre Seigneur nous a enseigné à prier dans le secret, avec simplicité, le regard fixé sur Dieu seul, dans l’humilité, dans un esprit d’amour qui pardonne. Mais la vérité principale qu’il a sans cesse répétée était celle-ci : prier avec foi. Et il a défini cette foi non seulement comme une confiance en la bonté ou en la puissance de Dieu, mais comme l’assurance formelle que nous avons reçu la chose même que nous demandons. Puis, en vue du délai de la réponse, il a insisté sur la persévérance et l’instance. Nous devons être les imitateurs de « ceux qui, par la foi et la persévérance, héritent des promesses » — la foi qui accepte la promesse et sait qu’elle possède ce qu’elle a demandé, la persévérance qui obtient la promesse et hérite de la bénédiction. Nous apprendrons alors à comprendre pourquoi Dieu, qui promet de faire prompte justice à ses élus, les supporte dans un délai apparent. C’est afin que leur foi soit purifiée de tout ce qui est de la chair, et éprouvée et fortifiée pour devenir cette puissance spirituelle qui peut tout — qui peut même jeter des montagnes au cœur de la mer.
Christ, notre Intercesseur.
Nous avons contemplé Christ dans ses prières ; nous avons écouté son enseignement sur la manière dont nous devons prier ; pour savoir pleinement ce que c’est que de prier en son nom, il nous faut aussi le connaître dans son intercession céleste.
Songe seulement à ce que cela signifie : que toute son œuvre de salut, accomplie depuis le ciel, se poursuit encore, tout comme sur la terre, dans une communication incessante avec le Père et une intercession directe auprès de lui, qui opère tout en tous, qui est Tout en tous. Tout acte de grâce en Christ a été précédé par l’intercession et lui doit sa puissance. Dieu en a été honoré et reconnu comme l’Auteur. Sur le trône de Dieu, la plus haute communion de Christ avec le Père, et sa participation au gouvernement du monde, est dans l’intercession. Toute bénédiction qui descend sur nous d’en haut porte l’empreinte de Dieu : par l’intercession de Christ. Son intercession n’est rien d’autre que le fruit et la gloire de son expiation. Lorsqu’il se livra lui-même en sacrifice à Dieu pour les hommes, il prouva que tout son cœur n’avait qu’un seul objet : la gloire de Dieu dans le salut des hommes. Dans son intercession, ce grand dessein se réalise : il glorifie le Père en lui demandant et en recevant tout de lui ; il sauve les hommes en dispensant ce qu’il a obtenu du Père. L’intercession de Christ est la gloire du Père, sa propre gloire, notre gloire.
Et maintenant, ce Christ, l’Intercesseur, est notre vie ; il est notre Chef, et nous sommes son corps ; son Esprit et sa vie respirent en nous. Comme au ciel, ainsi sur la terre, l’intercession est le canal choisi de Dieu, l’unique canal de sa bénédiction. Apprenons de Christ quelle gloire il y a en elle ; quelle est la manière d’exercer cette puissance merveilleuse ; quelle part elle doit prendre dans l’œuvre de Dieu.
Sa gloire. — Par elle, plus que par toute autre chose, nous glorifions Dieu. Par elle, nous glorifions Christ. Par elle, nous apportons la bénédiction à l’Église et au monde. Par elle, nous obtenons notre plus haute noblesse — la puissance divine de sauver les hommes.
Le chemin qui y mène. — Paul écrit : « Marchez dans la charité, à l’exemple de Christ, qui nous a aimés, et qui s’est livré lui-même à Dieu pour nous. » Si nous vivons comme Christ a vécu, nous nous donnerons, comme lui, pour toute notre vie, à Dieu, afin qu’il nous emploie pour les hommes. Une fois que nous aurons fait cela — nous être donnés, ne cherchant plus rien pour nous-mêmes, mais pour les hommes, et cela à Dieu, afin qu’il nous emploie et nous communique ce que nous pouvons dispenser aux autres — l’intercession deviendra pour nous, comme elle l’est en Christ dans le ciel, la grande œuvre de notre vie. Et si jamais nous vient la pensée que l’appel est trop élevé, ou l’œuvre trop grande, la foi en Christ, le Christ qui intercède, qui vit en nous, nous donnera la victoire. Nous écouterons celui qui a dit : « Les œuvres que je fais, vous les ferez, vous aussi ; et vous en ferez de plus grandes. » Nous nous souviendrons que nous ne sommes pas sous la loi, avec son impuissance, mais sous la grâce, avec sa toute-puissance, qui opère tout en nous. Nous croirons de nouveau en celui qui nous a dit : Lève-toi et marche, et qui nous a donné — et nous l’avons reçue — sa vie pour notre force. Nous revendiquerons de nouveau la plénitude de l’Esprit de Dieu comme sa provision suffisante pour notre besoin, et nous le tiendrons pour être en nous l’Esprit d’Intercession, qui nous rend un avec Christ dans la sienne. Oh ! gardons seulement notre place — nous donnant nous-mêmes, comme lui, en lui, à Dieu pour les hommes.
Alors nous comprendrons la part que l’intercession doit prendre dans l’œuvre de Dieu par nous. Nous ne tenterons plus de travailler pour Dieu, en lui demandant de faire suivre notre travail de sa bénédiction. Nous ferons ce que fit l’ami à minuit, ce que Christ fit sur la terre et fait sans cesse dans le ciel — nous recevrons d’abord de Dieu, puis nous nous tournerons vers les hommes pour leur donner ce qu’il nous a donné. Comme Christ, nous ferons notre œuvre principale, nous ne jugerons ni le temps ni la peine trop grands, de recevoir du Père ; et alors, donner aux hommes se fera avec puissance.
Serviteurs de Christ ! enfants de Dieu ! prenez courage. Que nulle crainte de faiblesse ou de pauvreté ne vous effraie — demandez au nom de Christ. Son nom, c’est lui-même, dans toute sa perfection et toute sa puissance. Il est le Christ vivant, et fera lui-même de son nom une puissance en vous. Ne craignez pas d’invoquer le Nom ; sa promesse est un cordon triple qui ne peut se rompre : Tout ce que vous demanderez — en mon nom — CELA VOUS SERA FAIT.