Des hommes qui ont pris soin du troupeau
John Newton — L’ancien négrier devenu berger de la grâce

Chapitre 7 · 6 min de lecture

John Newton — L’ancien négrier devenu berger de la grâce

Qui il était

John Newton naquit le 4 août 1725 à Londres, fils d’un capitaine de navire, et passa ses premières années d’adulte dans l’univers brutal de la traite négrière atlantique — d’abord comme marin enrôlé de force, puis comme membre d’équipage, et enfin comme capitaine de navires négriers. Une terrible tempête, en 1748, précipita la crise qui marqua le début de sa conversion ; il fut ordonné ministre de l’Église d’Angleterre en 1764 et servit comme vicaire d’Olney, dans le Buckinghamshire, jusqu’en 1780. Il composa avec William Cowper les célèbres « Olney Hymns », parmi lesquels « Amazing Grace », et entretint une correspondance avec des centaines de personnes à travers l’Angleterre — produisant certaines des lettres pastorales les plus chaleureuses et les plus riches de sagesse pratique de la langue anglaise. Il passa les vingt-sept dernières années de son ministère comme recteur de St. Mary Woolnoth, à Londres, où il continua de prêcher et de conseiller presque jusqu’à sa mort, en 1807, à l’âge de quatre-vingt-deux ans.

Sa vision de l’appel pastoral

Chez Newton, l’identité pastorale était inséparable de l’histoire personnelle. Il était, selon le témoignage qu’il rendit toute sa vie, la preuve la plus éclatante que la grâce de Dieu est plus grande que tout péché — une vérité qu’il ne pouvait se permettre d’oublier, et qu’il ne permettait pas à son assemblée d’oublier. La célèbre description de lui-même qu’il laissa dans son testament — « John Newton, clerc, autrefois infidèle et libertin, serviteur d’esclaves en Afrique, fut, par la riche miséricorde de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, préservé, relevé, pardonné et établi pour prêcher la foi qu’il s’était longtemps efforcé de détruire » — n’avait rien de la fausse modestie : c’était le fil conducteur de tout son ministère pastoral. Il avait été le premier des pécheurs. Il éprouvait donc la sympathie la plus profonde qui soit pour ceux qui luttaient.

Les lettres pastorales que Newton écrivit au long de son ministère forment l’un des ensembles de direction spirituelle pratique les plus riches de la langue anglaise. Elles frappaient par l’alliance de la précision doctrinale et de la chaleur pastorale — sans jamais séparer l’une de l’autre, sans jamais laisser la doctrine devenir froide ni la chaleur devenir sentimentale. Il suivait le modèle apostolique décrit par Paul : « nous avons été pleins de douceur au milieu de vous. De même qu’une nourrice prend un tendre soin de ses enfants » (1 Thessaloniciens 2:7). Cette douceur n’était pas celle de quelqu’un qui n’a jamais connu de véritables ténèbres, mais celle d’un homme qui les avait connues en profondeur et que la grâce avait pourtant rejoint.

Il pouvait écrire avec une réelle autorité à ceux qui sombraient dans le désespoir spirituel : il y était passé lui-même.

L’une des contributions pastorales les plus caractéristiques de Newton fut sa théologie de l’œuvre lente de la grâce dans la vie chrétienne. Les prétentions spirituelles rapides et spectaculaires le laissaient de marbre, et il recommandait la patience, envers soi-même comme envers les autres, dans le long et inégal cheminement de la sanctification.

Il se compara un jour, selon une image restée célèbre, à un homme à demi tiré d’un bourbier : pas encore sorti, mais du moins tourné dans la bonne direction et avançant vers un sol plus ferme. Il trouvait le fondement scripturaire de cette patience dans le témoignage de Paul lui-même : « Ce n’est pas que j’aie déjà remporté le prix, ou que j’aie déjà atteint la perfection; mais je cours, pour tâcher de le saisir, puisque moi aussi j’ai été saisi par Jésus-Christ » (Philippiens 3:12). Ce n’était pas une excuse à la complaisance, mais un rempart contre le désespoir qui naît de l’attente d’une transformation instantanée. Le berger qui avait compris cela pouvait porter son troupeau, avec une espérance ferme et patiente, à travers les longues années du milieu de la vie chrétienne.

Newton apporta aussi à son ministère pastoral une capacité peu commune à supporter ceux avec qui il n’était pas d’accord. Calviniste, il refusait de faire de son calvinisme une arme ; évangélique, il entretenait des relations pastorales avec des hommes aux convictions théologiques très différentes des siennes. Il fondait cette disposition pacifique sur l’instruction de Paul à Timothée : « Or, il ne faut pas qu’un serviteur du Seigneur ait des querelles; il doit, au contraire, avoir de la condescendance pour tous, être propre à enseigner, doué de patience; il doit redresser avec douceur les adversaires, dans l’espérance que Dieu leur donnera la repentance pour arriver à la connaissance de la vérité » (2 Timothée 2:24-25). Newton pratiquait cette douceur non parce qu’il était sans convictions, mais parce que sa propre histoire lui avait appris que Dieu agit par la patience et non par la controverse, et qu’une conscience blessée a plus de chances d’être guérie par la bonté que par l’exactitude doctrinale.

Son ministère pastoral de présence — auprès des malades, des mourants, des esprits troublés et des endeuillés — fut soutenu pendant huit décennies par une conviction toute simple : chaque âme qu’il rencontrait avait été rachetée par le même sang que la sienne. Il ne cessa jamais de s’émerveiller d’avoir été pardonné. Cet émerveillement était la source de sa compassion pastorale. Il aimait les paroles de Paul sur le ministère de la consolation : « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console dans toutes nos afflictions, afin que, par la consolation dont nous sommes l’objet de la part de Dieu, nous puissions consoler ceux qui se trouvent dans quelque affliction » (2 Corinthiens 1:3-4). Newton avait reçu la consolation. Il passa sa vie à la dispenser.

Il continua de prêcher à St. Mary Woolnoth jusque dans son grand âge, alors qu’il était presque aveugle, et, comme on le pressait de se retirer, il eut ce mot resté célèbre : « Quoi ! Le vieux blasphémateur africain se tairait-il tant qu’il peut encore parler ? »

Son ministère a démontré que la fidélité pastorale ne dépend ni de l’âge, ni des origines, ni du passé de chacun — que la grâce qui rachète le plus vil des pécheurs est aussi celle qui qualifie le berger le plus improbable. Il a incarné la vérité que Paul écrivait aux Corinthiens : « Par la grâce de Dieu je suis ce que je suis, et sa grâce envers moi n’a pas été vaine » (1 Corinthiens 15:10). En John Newton, la grâce n’a pas été vaine. Elle a fait de lui l’un des pasteurs les plus compatissants et les plus féconds de son siècle.

Une prière

Dieu de la grâce merveilleuse, toi dont la grâce est plus grande que tous les péchés que nous avons commis et toutes les ténèbres où nous avons vécu, fais de nous des pasteurs qui ne cessent jamais de s’émerveiller d’avoir été pardonnés. Quand nous sommes tentés d’exercer notre ministère du haut de notre sainteté, ramène-nous au souvenir de ce que nous étions avant que ta grâce nous trouve. Donne-nous la douceur de Newton envers ceux qui luttent, sa patience envers ceux qui avancent lentement, et son inépuisable empressement à consoler par la consolation que nous avons nous-mêmes reçue. Amen.

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