L'humilité ·L’humilité chez les disciples de Jésus

Chapitre 5 · 8 min de lecture

L’humilité chez les disciples de Jésus

« Que le plus grand parmi vous soit comme le plus petit, et celui qui gouverne comme celui qui sert. » Luc 22:26.

Nous avons étudié l’humilité dans la personne et l’enseignement de Jésus. Cherchons-la maintenant dans le cercle de ses compagnons choisis, les douze apôtres. Si, par le manque que nous y trouvons, le contraste entre Christ et les hommes ressort plus clairement, cela nous aidera à apprécier le puissant changement que la Pentecôte opéra en eux, et à prouver combien réelle peut être notre participation au parfait triomphe de l’humilité de Christ sur l’orgueil que Satan avait insufflé en l’homme. Dans les textes cités de l’enseignement de Jésus, nous avons déjà vu quelles furent les occasions où les disciples montrèrent combien ils étaient entièrement dépourvus de la grâce de l’humilité. Une fois, ils s’étaient disputés en chemin pour savoir lequel d’entre eux serait le plus grand.

Une autre fois, les fils de Zébédée, avec leur mère, avaient demandé les premières places, le siège à la droite et à la gauche. Et, plus tard, à la table de la Cène, le dernier soir, il y eut de nouveau une contestation pour savoir qui devait être tenu pour le plus grand. Non qu’il n’y eût pas de moments où ils s’humiliaient vraiment devant leur Seigneur. Ainsi en fut-il de Pierre lorsqu’il s’écria : « Seigneur, retire-toi de moi, parce que je suis un homme pécheur. » Luc 5:8.

Ainsi en fut-il aussi des disciples lorsqu’ils tombèrent et adorèrent Celui qui avait apaisé la tempête. Mais de telles expressions occasionnelles d’humilité ne font que mettre en un relief plus fort le ton habituel de leur esprit, tel qu’il se révélait naturellement et spontanément en d’autres temps, dans la place et la puissance du moi. L’étude du sens de tout ceci nous enseignera les leçons les plus importantes.

Premièrement, combien il peut y avoir de religion fervente et active alors que l’humilité fait encore tristement défaut.

Voyez-le chez les disciples. Il y avait en eux un attachement fervent à Jésus. Ils avaient tout quitté pour lui. Le Père leur avait révélé qu’il était le Christ de Dieu. Ils croyaient en lui, ils l’aimaient, ils obéissaient à ses commandements. Ils avaient tout quitté pour le suivre. Quand d’autres se retirèrent, ils s’attachèrent à lui. Ils étaient prêts à mourir avec lui. Mais plus profonde que tout cela était une sombre puissance d’existence, dont ils avaient à peine conscience de la hideur, qui devait être tuée et chassée avant qu’ils pussent être les témoins de la puissance de Jésus pour sauver.

Nous pouvons trouver des professeurs et des pasteurs, des évangélistes et des ouvriers, des missionnaires et des docteurs en qui les dons de l’Esprit sont nombreux et manifestes, et qui sont pour des multitudes des canaux de bénédiction, mais chez qui, lorsque vient le temps de l’épreuve, ou qu’un commerce plus étroit donne une connaissance plus complète, il n’est que trop douloureusement manifeste que la grâce de l’humilité, comme caractère permanent, se voit à peine. Tout tend à confirmer cette leçon : que l’humilité est l’une des grâces principales et des plus hautes ; l’une des plus difficiles à atteindre, l’une vers laquelle nos premiers et principaux efforts devraient être dirigés, et l’une qui ne vient qu’avec puissance — lorsque la plénitude de l’Esprit nous rend participants du Christ intérieur, et qu’il vit au-dedans de nous.

Deuxièmement, combien tout enseignement extérieur et tout effort personnel sont impuissants à vaincre l’orgueil ou à donner le cœur doux et humble. Trois années durant, les disciples avaient été à l’école de Jésus ; il leur avait dit quelle était la principale leçon qu’il désirait leur enseigner : « Recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur » Matthieu 11:29. Maintes et maintes fois il leur avait parlé, ainsi qu’aux pharisiens et à la foule, de l’humilité comme du seul chemin vers la gloire de Dieu. Non seulement il avait vécu devant eux comme l’Agneau de Dieu dans sa divine humilité, mais il leur avait plus d’une fois dévoilé le secret le plus intime de sa vie : « Le Fils de l’homme est venu, non pour être servi, mais pour servir » (Matthieu 20:28) ; « je suis au milieu de vous comme celui qui sert. » Luc 22:27. Il leur avait lavé les pieds et leur avait dit qu’ils devaient suivre son exemple. Et pourtant tout cela n’avait guère servi.

À la sainte Cène, la contestation subsistait encore, pour savoir qui devait être le plus grand. Sans doute avaient-ils souvent essayé d’apprendre ses leçons, et fermement résolu de ne plus l’attrister ; mais tout cela en vain. Il fallait leur enseigner, et nous enseigner, la leçon si nécessaire : qu’aucune instruction extérieure — pas même celle de Christ lui-même —, aucun argument si convaincant fût-il, aucun sentiment de la beauté de l’humilité, si profond fût-il, aucune résolution ni aucun effort personnel, si sincères et si ardents fussent-ils, ne peuvent chasser le démon de l’orgueil. Lorsque Satan chasse Satan, ce n’est que pour rentrer avec une puissance plus grande, quoique plus cachée. Rien ne peut servir, sinon que la nature nouvelle, dans sa divine humilité, soit révélée avec puissance pour prendre la place de l’ancienne, pour devenir aussi véritablement notre propre nature que celle-là le fut jamais.

Troisièmement, ce n’est que par l’habitation de Christ en nous, dans sa divine humilité, que nous devenons véritablement humbles.

Nous tenons notre orgueil d’un autre, d’Adam ; c’est pourquoi il nous faut aussi tenir notre humilité d’un autre. L’orgueil est nôtre, et il règne en nous avec une si terrible puissance parce qu’il est nous-mêmes, notre nature même.

L’humilité doit être nôtre de la même manière ; elle doit être notre moi et notre nature mêmes. Aussi naturel et aussi facile qu’il a été d’être orgueilleux, aussi naturel et aussi facile il doit être, il sera, d’être humble. La promesse est celle-ci : « Là » — même dans le cœur — « où le péché a abondé, la grâce a surabondé » Romains 5:20.

Tout l’enseignement de Christ à ses disciples et tous leurs vains efforts étaient la préparation nécessaire à son entrée en eux avec une puissance divine, pour donner et être en eux ce qu’il leur avait appris à désirer. Dans sa mort, il détruisit la puissance du diable, il ôta le péché et accomplit une rédemption éternelle. Dans sa résurrection, il reçut du Père une vie entièrement nouvelle, la vie de l’homme dans la puissance de Dieu, capable d’être communiquée aux hommes, entrant dans leurs vies, les renouvelant et les remplissant de sa puissance divine.

Dans son ascension, il reçut l’Esprit du Père, par lequel il pouvait faire ce qu’il n’avait pu faire sur la terre : se rendre un avec ceux qu’il aimait et vivre leur vie pour eux, afin qu’ils pussent vivre devant le Père dans une humilité semblable à la sienne, parce que c’était lui-même qui vivait et respirait en eux. À la Pentecôte, il vint et prit possession. L’œuvre de préparation et de conviction, l’éveil du désir et de l’espérance que son enseignement avait produits, fut parachevée par le puissant changement que la Pentecôte opéra. La vie et les épîtres de Jacques, de Pierre et de Jean témoignent que tout avait changé, et que l’esprit du doux et souffrant Jésus avait réellement pris possession d’eux. Que dirons-nous de ces choses ? Parmi mes lecteurs, j’en suis certain, il y a plus d’une catégorie.

Il en est peut-être qui n’ont jamais pensé très spécialement à la question, et ne peuvent d’emblée se rendre compte de son immense importance comme question de vie pour l’Église et pour chacun de ses membres. D’autres se sont sentis condamnés pour leurs manquements, et ont fait des efforts très ardents, pour ne rencontrer que l’échec et le découragement. D’autres peuvent rendre un joyeux témoignage de bénédiction et de puissance spirituelles, sans qu’il y ait jamais eu la conviction nécessaire de ce que ceux qui les entourent voient encore leur faire défaut. Et d’autres encore peuvent témoigner que, touchant cette grâce, le Seigneur a donné délivrance et victoire, tout en leur ayant appris combien ils ont encore besoin, et peuvent attendre, de la plénitude de Jésus.

À quelque catégorie que nous appartenions, je presse l’urgent besoin, pour nous tous, de chercher une conviction plus profonde de la place unique que l’humilité tient dans notre relation avec Christ, et de l’entière impossibilité pour l’Église ou pour le croyant d’être ce que Christ voudrait qu’ils soient, tant que son humilité n’est pas reconnue comme sa gloire principale, son premier commandement et notre plus haute félicité. Considérons profondément jusqu’où les disciples en étaient encore aux commencements alors que cette grâce leur manquait terriblement, et prions Dieu que d’autres dons ne nous satisfassent pas au point de ne jamais saisir cette vérité : que l’absence de cette grâce est la cause secrète pour laquelle la puissance de Dieu ne peut accomplir son œuvre puissante. Ce n’est que là où nous, comme le Fils, savons et montrons vraiment que nous ne pouvons rien faire de nous-mêmes, mais que Dieu fera tout. C’est lorsque la vérité d’un Christ intérieur prend la place qu’elle réclame dans l’expérience des croyants que l’Église revêtira ses beaux vêtements, et que l’humilité se verra chez ses docteurs et ses membres comme la beauté de la sainteté.

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L'humilité Andrew Murray

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