L'humilité ·L’humilité et l’élévation

Chapitre 12 · 11 min de lecture

L’humilité et l’élévation

« Quiconque s’abaisse sera élevé. » Luc 14:11 ; 18:14.

« Humiliez-vous devant le Seigneur, et il vous élèvera. » Jacques 4:10.

« Humiliez-vous donc sous la puissante main de Dieu, afin qu’il vous élève au temps convenable » 1 Pierre 5:6.

Pas plus tard qu’hier, on m’a posé cette question : comment vaincre cet orgueil ? La réponse était simple.

Deux choses sont nécessaires. Fais ce que Dieu déclare être ton œuvre, et humilie-toi. Confie-toi à lui pour qu’il fasse ce qu’il déclare être son œuvre, et il t’élèvera. Le commandement est clair : humilie-toi. Cela ne veut pas dire qu’il t’appartienne de vaincre et de chasser l’orgueil de ta nature, et de former en toi-même l’humilité du saint Jésus. Non, cela, c’est l’œuvre de Dieu. C’est l’essence même de cette élévation par laquelle il te fait monter jusqu’à la véritable ressemblance du Fils bien-aimé.

Ce que le commandement signifie, c’est ceci : saisis chaque occasion de t’humilier devant Dieu et devant les hommes. Dans la foi en la grâce qui agit déjà en toi, dans l’assurance d’une grâce plus abondante pour la victoire qui vient, jusqu’à la lumière que la conscience projette chaque fois sur l’orgueil du cœur et ses agissements, nonobstant tout ce qu’il peut y avoir d’échec et de chute, tiens-toi avec persévérance sous le commandement immuable : humilie-toi.

Accepte avec gratitude tout ce que Dieu permet, du dedans ou du dehors, d’un ami ou d’un ennemi, dans la nature ou dans la grâce, pour te rappeler ton besoin d’être humilié, et pour t’y aider. Regarde l’humilité comme étant en vérité la vertu-mère, ton tout premier devoir devant Dieu, l’unique sauvegarde perpétuelle de l’âme, et attache-toi à elle comme à la source de toute bénédiction. La promesse est divine et certaine : celui qui s’humilie sera élevé (Luc 14:11). Veille à faire l’unique chose que Dieu demande : humilie-toi. Dieu fera l’unique chose qu’il a promise. Il te donnera une grâce plus abondante, et il t’élèvera en son temps.

Toutes les dispensations de Dieu envers l’homme sont caractérisées par deux étapes. Il y a le temps de la préparation, où le commandement et la promesse, avec l’expérience mêlée de l’effort et de l’impuissance, de l’échec et du succès partiel, avec la sainte attente de quelque chose de meilleur, éveillent, forment et disciplinent les hommes pour une étape plus élevée. Puis vient le temps de l’accomplissement, où la foi hérite de la promesse et jouit de ce pour quoi elle avait si souvent lutté en vain. Cette loi vaut dans toute partie de la vie chrétienne, et dans la poursuite de chaque vertu particulière, parce qu’elle est fondée dans la nature même des choses. En tout ce qui concerne notre rédemption, Dieu doit prendre l’initiative.

Cela fait, vient le tour de l’homme. Dans l’effort vers l’obéissance et l’acquisition, il doit apprendre à connaître son impuissance, à mourir à lui-même dans le désespoir de soi, et ainsi être rendu propre à recevoir volontairement et intelligemment de Dieu la fin, l’achèvement de ce dont il avait accepté le commencement dans l’ignorance. Ainsi, Dieu qui avait été le Commencement, avant que l’homme le connût vraiment ou comprît pleinement quel était son dessein, est désiré et accueilli comme la Fin, comme le Tout en tous. Il en est de même, aussi, dans la poursuite de l’humilité.

À tout chrétien, le commandement vient du trône de Dieu lui-même : humilie-toi. La tentative sincère d’écouter et d’obéir sera récompensée — oui, récompensée par la douloureuse découverte de deux choses. La première : quelle profondeur d’orgueil, quelle répugnance à s’estimer et à être estimé rien, à se soumettre absolument à Dieu, il y avait là, qu’on n’avait jamais connue. La seconde : quelle entière impuissance il y a dans tous nos efforts, et dans toutes nos prières aussi pour le secours de Dieu, à détruire le hideux monstre.

Heureux l’homme qui apprend désormais à mettre son espérance en Dieu, et à persévérer, malgré toute la puissance de l’orgueil au-dedans de lui, dans des actes d’humiliation devant Dieu et devant les hommes. Nous connaissons la loi de la nature humaine : les actes produisent les habitudes, les habitudes engendrent les dispositions, les dispositions forment la volonté, et la volonté bien formée est le caractère.

Il n’en va pas autrement dans l’œuvre de la grâce. À mesure que les actes, persévéramment répétés, engendrent les habitudes et les dispositions, et que celles-ci affermissent la volonté, Celui qui produit le vouloir et le faire vient avec sa puissante force et son Esprit ; et l’humiliation du cœur orgueilleux, par laquelle le saint pénitent s’est si souvent prosterné devant Dieu, est récompensée par la grâce plus abondante du cœur humble, dans lequel l’Esprit de Jésus a vaincu, a amené la nature nouvelle à sa maturité, et où lui, le Doux et l’Humble, habite désormais pour toujours. Humiliez-vous devant le Seigneur, et il vous élèvera. Et en quoi consiste l’élévation ? La plus haute gloire de la créature est d’être seulement un vase, pour recevoir, goûter et manifester la gloire de Dieu.

Elle ne peut le faire qu’en consentant à n’être rien en elle-même, afin que Dieu soit tout. L’eau remplit toujours d’abord les endroits les plus bas. Plus un homme est bas et vide devant Dieu, plus rapide et plus pleine sera l’affluence de la gloire divine. L’élévation que Dieu promet n’est pas, ne peut être, quelque chose d’extérieur, séparé de lui-même : tout ce qu’il a à donner ou peut donner, ce n’est que davantage de lui-même, lui-même à posséder plus complètement. L’élévation n’est pas, comme un prix terrestre, quelque chose d’arbitraire, sans lien nécessaire avec la conduite à récompenser. Non ; elle est, dans sa nature même, l’effet et le résultat de l’abaissement de nous-mêmes. Elle n’est rien d’autre que le don d’une telle humilité divine et intérieure, d’une telle conformité à l’humilité de l’Agneau de Dieu et d’une telle possession de celle-ci, qui nous rendent aptes à recevoir pleinement l’habitation de Dieu.

Celui qui s’humilie sera élevé. De la vérité de ces paroles, Jésus lui-même est la preuve ; de la certitude de leur accomplissement en nous, il est le gage. Prenons son joug sur nous et apprenons de lui, car il est doux et humble de cœur. Si nous consentons à nous abaisser jusqu’à lui, comme il s’est abaissé jusqu’à nous, il s’abaissera encore jusqu’à chacun de nous, et nous nous trouverons non pas inégalement attelés avec lui.

À mesure que nous entrons plus profondément dans la communion de son humiliation, et que nous nous humilions nous-mêmes ou que nous portons l’humiliation venant des hommes, nous pouvons compter que l’Esprit de son élévation, « l’Esprit de Dieu et de gloire », reposera sur nous. La présence et la puissance du Christ glorifié viendront à ceux qui ont l’esprit humble.

Lorsque Dieu peut de nouveau avoir en nous sa juste place, il nous relèvera. Fais de sa gloire ton souci en t’humiliant. Il fera de ta gloire son souci en rendant parfaite ton humilité, et en insufflant en toi, comme ta vie permanente, l’Esprit même de son Fils. À mesure que la vie de Dieu, pénétrant tout, te possède, rien ne te sera plus naturel, ni plus doux, que de n’être rien, sans une pensée ni un souhait pour toi-même, parce que tout est occupé par Celui qui remplit tout. « C’est bien volontiers que je me glorifierai dans ma faiblesse, afin que la force de Christ repose sur moi. »

Frère, n’avons-nous pas là la raison pour laquelle notre consécration et notre foi ont si peu servi dans la poursuite de la sainteté ? C’est par le moi et sa force que l’œuvre était faite sous le nom de foi ; c’est pour le moi et son bonheur que Dieu était appelé au secours ; c’est, inconsciemment, mais bien réellement, dans le moi et sa sainteté que l’âme se réjouissait. Nous n’avons jamais su que l’humilité — une humilité absolue, permanente, semblable à celle de Christ, un effacement de soi pénétrant et marquant toute notre vie avec Dieu et avec les hommes — était l’élément le plus essentiel de la vie de sainteté que nous recherchions.

Ce n’est que dans la possession de Dieu que je me perds moi-même. Comme c’est dans la hauteur, la largeur et la gloire du soleil que se voit la petitesse du grain de poussière qui joue dans ses rayons, ainsi l’humilité consiste à prendre notre place, en la présence de Dieu, pour n’être qu’un grain de poussière demeurant dans la lumière de son amour. Il nous parle : « J’habite dans les lieux élevés et dans la sainteté ; mais je suis avec l’homme contrit et humilié, afin de ranimer les esprits humiliés, afin de ranimer les cœurs contrits. » Ésaïe 57:15.

Que ce soit là notre part ! « Ô, être plus vide, plus bas, humble, inaperçu et inconnu, et pour Dieu un vase plus saint, rempli de Christ, et de Christ seul ! »

NOTE D — Un secret des secrets : l’humilité, l’âme de la vraie prière. Jusqu’à ce que l’esprit du cœur soit renouvelé, jusqu’à ce qu’il soit vidé de tout désir terrestre, et se tienne dans une faim et une soif habituelles de Dieu, ce qui est le véritable esprit de prière ; jusque-là, toute notre prière ne sera, plus ou moins, que trop semblable aux leçons données aux écoliers ; et le plus souvent nous les réciterons, seulement parce que nous n’osons pas les négliger. Mais ne te décourage pas ; suis le conseil que voici, et alors tu pourras aller à l’église sans aucun danger de simple travail des lèvres ni d’hypocrisie, quand bien même il y aurait un cantique ou une prière dont le langage serait plus élevé que celui de ton cœur. Fais ceci : va à l’église comme le publicain alla au temple ; tiens-toi intérieurement, dans l’esprit de ta pensée, dans cette attitude qu’il exprima extérieurement lorsqu’il baissa les yeux et ne put que dire : « O Dieu, sois apaisé envers moi. » Tiens-toi immuablement, du moins dans ton désir, dans cette forme ou cet état de cœur ; cela sanctifiera chaque requête qui sortira de ta bouche ; et lorsque quelque chose sera lu, chanté ou prié, qui soit plus élevé que ton cœur, si tu en fais une occasion de t’enfoncer davantage dans l’esprit du publicain, tu seras alors aidé, et hautement béni, par ces prières et ces louanges qui semblent n’appartenir qu’à un cœur meilleur que le tien.

Ceci, mon ami, est un secret des secrets ; il t’aidera à moissonner là où tu n’as pas semé, et sera une source continuelle de grâce dans ton âme ; car tout ce qui s’agite intérieurement en toi, ou t’arrive extérieurement, devient un bien réel pour toi, s’il trouve ou éveille en toi cet état d’esprit humble.

Car rien n’est vain, ni sans profit pour l’âme humble ; elle se tient toujours dans un état de croissance divine ; tout ce qui tombe sur elle est pour elle comme une rosée du ciel. Enferme-toi donc dans cette forme d’humilité ; tout bien y est enclos ; c’est une eau du ciel qui change le feu de l’âme déchue en la douceur de la vie divine, et produit cette huile dont l’amour envers Dieu et envers les hommes tire sa flamme.

Sois-y donc toujours enfermé ; qu’elle soit comme un vêtement dont tu es toujours couvert, et une ceinture dont tu es ceint ; ne respire rien qu’en elle et de son esprit ; ne vois rien que par ses yeux ; n’entends rien que par ses oreilles. Que tu sois dans l’église ou hors de l’église, entendant les louanges de Dieu ou recevant des torts de la part des hommes et du monde, tout sera édification, et tout contribuera à faire avancer ta croissance dans la vie de Dieu (The Spirit of Prayer, Pt II, p.

121).

UNE PRIÈRE POUR L’HUMILITÉ — Je vais te donner ici une pierre de touche infaillible qui éprouvera tout selon la vérité. La voici : retire-toi du monde et de toute conversation, pour un mois seulement ; n’écris, ne lis, ne débats rien avec toi-même ; arrête tous les anciens mouvements de ton cœur et de ton esprit ; et, de toute la force de ton cœur, tiens-toi tout ce mois, aussi continuellement que tu le peux, dans la forme de prière suivante à Dieu. Offre-la fréquemment à genoux ; mais, que tu sois assis, marchant ou debout, sois toujours intérieurement dans le désir ardent et la prière fervente de cette unique prière à Dieu : « Que, dans sa grande bonté, il te fasse connaître, et ôte de ton cœur, toute espèce, toute forme et tout degré d’orgueil, qu’il vienne des mauvais esprits ou de ta propre nature corrompue ; et qu’il éveille en toi la plus profonde profondeur et vérité de cette humilité qui peut te rendre capable de sa lumière et de son Saint-Esprit. » Rejette toute pensée, hormis celle d’attendre et de prier en cette affaire du fond de ton cœur, avec autant de vérité et d’ardeur que des gens dans le tourment souhaitent prier et en être délivrés. Si tu peux et si tu veux te livrer en vérité et en sincérité à cet esprit de prière, j’ose affirmer que, quand bien même tu aurais en toi deux fois plus de mauvais esprits que n’en avait Marie-Madeleine, ils seront tous chassés de toi, et tu seras contraint, avec elle, de verser des larmes d’amour aux pieds du saint Jésus. The Spirit of Prayer, Pt.

2, p. 124.

L'humilité Andrew Murray

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