Chapitre 30 · 14 min de lecture
La sainteté et le châtiment
« Il nous châtie pour notre bien, afin que nous participions à sa sainteté. Recherchez la sanctification, sans laquelle personne ne verra le Seigneur. » — Hébreux 12:10, 14.
Il n’y a peut-être aucune partie de la parole de Dieu qui répande sur la souffrance une lumière aussi divine que l’Épître aux Hébreux. Elle le fait parce qu’elle nous enseigne ce que la souffrance fut pour le Fils de Dieu. Elle perfectionna son humanité. Elle le rendit ainsi propre à son œuvre de Souverain Sacrificateur compatissant. Elle prouva que lui, qui avait accompli la volonté de Dieu dans une obéissance souffrante, était en effet digne d’en être l’exécuteur dans la gloire, et de s’asseoir à la droite de la Majesté dans les lieux très hauts. « Il convenait que celui qui voulait conduire à la gloire beaucoup de fils élevât à la perfection par les souffrances le Prince de leur salut. » « Bien qu’il fût Fils, il a appris l’obéissance par les choses qu’il a souffertes, et, après avoir été élevé à la perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent l’auteur d’un salut éternel. » Comme il l’a dit lui-même de sa souffrance : « je me sanctifie moi-même », ainsi nous voyons ici que ses souffrances furent en effet pour lui le sentier de la perfection et de la sainteté.
Ce que Christ fut et ce qu’il gagna, ce fut tout pour nous. La puissance que la souffrance se révéla avoir en lui pour opérer la perfection, la puissance qu’il lui communiqua en se sanctifiant lui-même par la souffrance, est la puissance de la vie nouvelle qui vient de lui à nous. À la lumière de son exemple nous pouvons voir, dans la foi en sa puissance nous pouvons aussi éprouver, que la souffrance est pour l’enfant de Dieu le gage de l’amour du Père, et le canal de sa plus riche bénédiction. À une telle foi, le mystère apparent de la souffrance se révèle n’être rien d’autre qu’une nécessité divine — la légère affliction qui opère — oui, qui opère et effectue réellement un poids éternel de gloire qui surpasse toute mesure. Nous consentons non seulement à ce qui est écrit : « Il lui convenait d’élever à la perfection par la souffrance le Prince du salut », mais nous comprenons quelque peu combien il est divinement convenable et juste que nous soyons, nous aussi, sanctifiés par la souffrance.
« Il nous châtie pour notre bien, afin que nous participions à sa sainteté. » De toutes les précieuses paroles que la sainte Écriture a pour les affligés, il n’en est guère qui nous conduise plus directement et plus profondément dans la plénitude de la bénédiction que la souffrance est destinée à apporter. C’est de sa Sainteté, la Sainteté propre de Dieu, que nous devons être rendus participants. L’Épître avait parlé très clairement de notre sanctification par son côté divin, comme opérée pour nous, et devant être opérée en nous, par Jésus lui-même. « Celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés sont tous issus d’un seul. » « Nous sommes sanctifiés par l’offrande du corps de Jésus-Christ, une fois pour toutes. » Dans notre texte, nous avons l’autre côté, l’œuvre progressive par laquelle nous devons personnellement accepter et volontairement nous approprier cette Sainteté divine. En vue de tout ce qui, en nous, est en désaccord avec la volonté de Dieu, et qui doit être découvert et brisé, avant que nous comprenions ce que c’est que d’abandonner notre volonté et de faire nos délices de celle de Dieu ; en vue de la communion personnelle de la souffrance qui seule peut conduire à la pleine appréciation de ce que Jésus a porté et fait pour nous ; en vue aussi de la pleine entrée personnelle dans l’amour de Dieu comme notre suffisante portion, et de la satisfaction qu’on y trouve ; le châtiment et la souffrance sont des éléments indispensables dans l’œuvre par laquelle Dieu rend saint. Sous ces trois aspects, nous verrons comment ce dont le Fils avait besoin est ce dont nous avons besoin, comment ce qui fut d’une valeur si inexprimable pour le Fils ne sera pas pour nous d’une moindre richesse de bénédiction.
Le châtiment conduit à l’acceptation de la volonté de Dieu. Nous avons vu comment la volonté de Dieu est notre sanctification ; comment c’est dans la volonté de Dieu que Christ nous a sanctifiés ; bien plus, comment il a trouvé la puissance de nous sanctifier en se sanctifiant lui-même par l’entier abandon de sa volonté à Dieu. Son « Je veux faire ta volonté » tirait sa valeur de son continuel « Non pas ma volonté ». Et partout où Dieu vient avec le châtiment ou la souffrance, le tout premier objet qu’il a en vue est de demander et d’opérer en nous l’union avec sa propre volonté bénie, afin que par elle nous ayons l’union avec lui-même et son amour. Il vient sur quelque point unique où sa volonté croise notre affection ou notre désir le plus cher, et demande l’abandon de ce que nous voulons à ce qu’il veut. Lorsque cela est fait de bon gré et avec amour, il conduit l’âme à voir comment l’exigence du sacrifice dans le cas particulier est l’affirmation d’un principe — qu’en toutes choses sa volonté doit être notre unique désir. Heureuse l’âme pour qui l’affliction n’est pas une série d’actes isolés de conflit et de soumission à des actes isolés de sa volonté, mais une entrée dans l’école où nous éprouvons et approuvons toute la volonté de Dieu, bonne, agréable et parfaite.
Il a parfois semblé, même aux enfants de Dieu, que l’affliction n’était pas une bénédiction : elle réveille tellement la nature mauvaise, et suscite toute l’opposition du cœur contre la volonté de Dieu, qu’elle a entraîné la perte de la paix et de la piété qui semblaient jadis régner. Même en de tels cas, elle accomplit le dessein de Dieu. « Afin de t’humilier et de t’éprouver, pour savoir quelles étaient les dispositions de ton cœur », tel est encore son but lorsqu’il conduit au désert. À un degré dont nous n’avons pas conscience, notre religion est souvent égoïste et superficielle : lorsque nous acceptons l’enseignement du châtiment en découvrant la propre volonté et l’amour du monde qui prévalent encore, nous avons appris l’une de ses premières et plus nécessaires leçons.
Cette leçon présente une difficulté particulière lorsque l’épreuve ne vient pas directement de Dieu, mais par les hommes ou les circonstances. En regardant aux causes secondes, et en cherchant à les écarter, dans le sentiment de l’indignation ou de la douleur, nous oublions souvent entièrement de voir la volonté de Dieu en tout ce que sa Providence permet. Aussi longtemps que nous faisons ainsi, le châtiment est sans fruit ; et peut-être ne fait-il qu’endurcir davantage. Si, dans notre étude du sentier de la Sainteté, s’est éveillé en nous le désir d’accepter et d’adorer, et de nous tenir accomplis dans toute la volonté de Dieu, cherchons avant toute chose à reconnaître cette volonté en tout ce qui nous arrive. Le péché de celui qui nous contrarie n’est pas la volonté de Dieu. Mais c’est la volonté de Dieu que nous soyons dans cette position de difficulté pour être éprouvés et mis à l’épreuve. Que notre première pensée soit : cette position de difficulté est la volonté de mon Père pour moi ; j’accepte cette volonté comme ma place maintenant, là où il juge bon de m’éprouver. Une telle acceptation de l’épreuve est le moyen de la changer en bénédiction. Elle conduira à une demeure toujours plus claire dans toute la volonté de Dieu, tout le jour.
Le châtiment conduit à la communion avec le Fils de Dieu. La volonté de Dieu hors de Christ est une loi que nous ne pouvons accomplir. La volonté de Dieu en Christ est une vie qui nous remplit. Il est venu au nom de notre humanité déchue, et a accepté toute la volonté de Dieu telle qu’elle reposait sur nous, tant dans les exigences de la loi que dans les conséquences que le péché avait attirées sur l’homme. Il s’est donné entièrement à la volonté de Dieu, quoi qu’il lui en coûtât. Et ainsi il nous a frayé un chemin au travers de la souffrance, non seulement au travers en ce sens de l’avoir dépassée et laissée derrière, mais au moyen d’elle et en vertu d’elle, jusque dans l’amour et la gloire du Père. Et c’est dans la puissance que Christ donne dans la communion avec lui-même que nous pouvons, nous aussi, aimer le chemin de la Croix, comme le chemin le meilleur et le plus béni vers la Couronne. L’Écriture dit que la volonté de Dieu est notre sanctification, et aussi que Christ est notre Sanctification. Ce n’est qu’en Christ que nous avons la puissance d’aimer la volonté de Dieu et de nous en réjouir. En lui nous avons la puissance. Il est devenu notre Sanctification une fois pour toutes en faisant ses délices d’accomplir cette volonté ; il devient notre Sanctification dans l’expérience personnelle, en nous enseignant à faire nos délices de l’accomplir. Il a appris à l’accomplir ; il ne pouvait devenir parfait dans son accomplissement autrement que par la souffrance. Dans la souffrance il s’approche ; il fait de notre souffrance la communion de sa souffrance ; et en elle il se fait lui-même, lui qui fut rendu parfait par la souffrance, notre Sanctification.
Ô vous qui souffrez ! vous tous que le Père châtie ! venez et voyez Jésus souffrant, abandonnant sa volonté, étant rendu parfait, se sanctifiant lui-même. Sa souffrance est le secret de sa Sainteté, de sa Gloire, de sa Vie. Ne rendrez-vous pas grâces à Dieu pour tout ce qui peut vous admettre dans la communion plus étroite de votre Seigneur béni ? N’accepterons-nous pas chaque épreuve, grande ou petite, comme l’appel de son amour à être un avec lui-même en ne vivant que pour la volonté de Dieu ? C’est là la Sainteté : être un avec Jésus tandis qu’il fait la volonté de Dieu, demeurer en Jésus qui fut rendu parfait par la souffrance.
Le châtiment conduit à la jouissance de l’amour de Dieu. Plus d’un père a été surpris de voir, lors de sa première expérience, comment un enfant, après avoir été puni dans l’amour, se mettait à s’attacher à lui plus tendrement qu’auparavant. De même, tandis que pour ceux qui vivent loin de leur Père la misère de ce monde apparaît comme la seule chose qui ébranle leur foi en l’Amour de Dieu, c’est justement par la souffrance que ses enfants apprennent à connaître la Réalité de cet Amour. Le châtiment est si distinctement la prérogative d’un père ; il conduit si directement à la confession de sa nécessité et de son caractère aimant ; il éveille si puissamment le désir du pardon, de la consolation et de la délivrance, qu’il devient en effet, si étrange que cela puisse paraître, l’un des plus sûrs guides vers l’expérience plus profonde de l’Amour divin. Le châtiment est l’école où s’apprend la bienheureuse leçon que la volonté de Dieu est tout Amour, et que la Sainteté est le feu de l’Amour, consumant afin de purifier, ne détruisant les scories que pour assimiler à sa propre pureté parfaite tout ce qui se livre à ce merveilleux changement.
« Nous avons connu l’amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru. Dieu est amour ; et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui. » La destinée de l’homme est la communion avec Dieu, la communion, l’inhabitation mutuelle de l’amour. Ce n’est que par la foi que cet Amour de Dieu peut être connu. Et la foi ne peut croître que par l’exercice, ne peut prospérer que dans l’épreuve : lorsque les choses visibles font défaut, son énergie est excitée à se livrer pour être possédée par l’Invisible, par le Divin. Le châtiment est la nourrice de la foi ; l’un de ses serviteurs choisis, pour conduire plus profondément dans l’Amour de Dieu. C’est là la route nouvelle et vivante, le chemin de la chair déchirée dans la communion avec Jésus, qui monte jusque dans le lieu très saint. Là se voit comment la Justice qui n’épargnera pas l’enfant, et l’Amour qui le soutient et le sanctifie, ne sont tous deux qu’un dans la Sainteté de Dieu.
Ô vous, saints châtiés ! qui êtes si spécialement conduits dans le chemin qui passe au travers du voile déchiré de la chair, vous avez la hardiesse d’entrer. Approchez-vous ; venez et demeurez dans le lieu très saint. Faites votre demeure dans le lieu très saint : là vous êtes rendus participants de sa Sainteté. Le châtiment amène votre cœur à l’unité avec la Volonté de Dieu, le Fils de Dieu, l’Amour de Dieu. Demeurez dans la Volonté de Dieu. Demeurez dans le Fils de Dieu. Demeurez dans l’Amour de Dieu. Demeurez, au-dedans du voile, dans le lieu très saint.
Soyez saints, comme je suis saint.
Dieu très saint ! une fois encore je te bénis pour la merveilleuse révélation de ta Sainteté. Non seulement je t’ai entendu dire : « Je suis saint », mais tu m’as invité à la communion avec toi-même : « Sois saint, comme je suis saint. » Béni soit ton nom ! j’ai entendu davantage encore : « Je rends saint », telle est ta parole de promesse, engageant ta propre Puissance à accomplir le dessein de ton Amour. Je te rends grâce pour ce que tu as révélé dans ton Fils, dans ton Esprit, dans ta Parole, du sentier de la Sainteté. Mais comment te bénirai-je pour la leçon de ce jour, à savoir qu’il n’est pas une perte ou un chagrin, pas une douleur ou un souci, pas une tentation ou une épreuve, dont ton amour aussi n’ait le dessein, et dont il ne fasse un secours pour accomplir la sainteté de ton peuple. Par chacun tu attires à toi-même, afin qu’ils goûtent comment, en acceptant ta Volonté d’Amour, il y a bénédiction et délivrance.
Père béni ! Tu sais combien de fois j’ai regardé les circonstances et les difficultés de cette vie comme des obstacles. Oh, qu’elles soient toutes, à la lumière de ton saint dessein de nous rendre participants de ta Sainteté, à la lumière de ta Volonté et de ton Amour, dès cette heure des secours. Que, par-dessus tout, le sentier de ton Fils béni, montrant comment la souffrance est la discipline de l’amour d’un Père, et l’abandon le secret de la sainteté, et le sacrifice l’entrée du lieu très saint, soit tellement révélé que, dans la puissance de son Esprit et de sa grâce, ce sentier devienne le mien. Que même le châtiment, même le moindre, vienne de ta propre main, me rendant participant de ta Sainteté. Amen.
1. Combien merveilleuse est, dans l’Épître aux Hébreux, la révélation de la sainteté et de la puissance sanctifiante de la souffrance, telle qu’elle se voit dans le Fils de Dieu ! « Il a appris l’obéissance par les choses qu’il a souffertes. » « Il convenait à Dieu d’élever à la perfection par la souffrance le Prince de notre salut, car celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés sont tous issus d’un seul. » « En ce qu’il a lui-même souffert, il peut secourir. » « Nous voyons Jésus, à cause de la mort qu’il a soufferte, couronné de gloire et d’honneur. » La souffrance est le chemin du voile déchiré, la route nouvelle et vivante dans laquelle Jésus a marché et qu’il a ouverte pour nous. Que tous ceux qui souffrent étudient ceci. Que tous ceux qui sont « saints en Christ » apprennent ici à connaître le Christ en qui ils sont saints, et la manière dont il s’est sanctifié lui-même et nous sanctifie.
2. Si nous commençons par réaliser la sympathie de Jésus envers nous dans notre souffrance, cela nous conduira à ce qui est davantage : la sympathie avec Jésus dans sa souffrance, la communion avec lui pour souffrir comme il a souffert.
3. Que la souffrance et la sainteté soient inséparablement liées, comme dans la pensée de Dieu et dans la personne de Christ, ainsi dans ta vie par l’Esprit. « Il convenait à Dieu de le rendre parfait par la souffrance ; car celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés sont tous issus d’un seul. » Que chaque épreuve, petite ou grande, soit le contact de la main de Dieu, se saisissant de toi, pour te conduire à la sainteté. Livre-toi entre cette main.
4. « Dans la mesure où vous avez part aux souffrances de Christ, réjouissez-vous ; car l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu, repose sur vous. »