Chapitre 22 · 14 min de lecture
La sainteté et le bonheur
« Le royaume de Dieu, c’est la joie, par le Saint-Esprit. »—Romains 14:17.
« Les disciples étaient remplis de joie et du Saint-Esprit. »—Actes 13:52.
« Néhémie dit : Ce jour est consacré à notre Seigneur ; ne vous affligez pas, car la joie de l’Éternel sera votre force. Les Lévites calmaient tout le peuple, en disant : Taisez-vous, car ce jour est saint ; ne vous affligez pas ! Et tout le peuple s’en alla pour se livrer à de grandes réjouissances, car ils avaient compris les paroles qu’on leur avait expliquées. »—Néhémie 8:10-12.
La profonde signification de la joie dans la vie chrétienne n’est guère comprise. On la regarde trop souvent comme quelque chose de secondaire ; alors que sa présence est essentielle comme preuve que Dieu nous satisfait vraiment, et que son service fait nos délices. Dans notre vie de famille, nous ne nous sentons pas satisfaits si toutes les convenances de la conduite sont observées et si chacun fait son devoir envers l’autre ; le véritable amour nous rend heureux les uns dans les autres ; et comme l’amour répand sa chaleur d’affection, la gaieté est le soleil qui remplit la maison de sa clarté. Même dans la souffrance ou la pauvreté, les membres d’une famille aimante sont une joie les uns pour les autres. Sans cette gaieté surtout, il n’y a pas de véritable obéissance de la part des enfants. Ce n’est pas le simple accomplissement d’un ordre, ni l’exécution d’un service, que recherche un parent ; c’est l’empressement volontaire et joyeux avec lequel la chose est faite qui la rend agréable.
Il en va exactement de même dans les rapports des enfants de Dieu avec leur Père. Même dans l’effort vers une vie de consécration et d’obéissance à l’Évangile, nous courons continuellement le danger de retomber sous la loi, avec son « Tu feras ». La conséquence en est toujours l’échec. La loi ne produit que la colère ; elle ne donne ni la vie ni la force. Ce n’est qu’aussi longtemps que nous nous tenons dans la joie de notre Seigneur, dans la joie de notre délivrance du péché, dans la joie de son amour et de ce qu’il est pour nous, dans la joie de sa présence, que nous avons la force de servir et d’obéir. Ce n’est que rendus libres de tout maître — du péché, de nous-mêmes et de la loi —, et ce n’est qu’en nous réjouissant de cette liberté, que nous avons la force de rendre un service qui satisfasse Dieu ou nous-mêmes. « Je vous reverrai, dit Jésus, et votre cœur se réjouira, et nul ne vous ravira votre joie. » La joie est la preuve et la condition de la présence personnelle et permanente de Jésus.
Si la sainteté est la beauté et la gloire de la vie de foi, il est manifeste que c’est ici surtout que l’élément de la joie ne saurait manquer. Nous avons déjà vu comment la première mention de Dieu comme le Saint se trouve dans le cantique de louange sur le rivage de la mer Rouge ; comment Anne et Marie, dans leurs moments d’inspiration, louèrent Dieu comme le Saint ; comment le nom du Trois fois Saint dans le ciel nous parvient dans le chant des séraphins ; et comment, devant le trône, les êtres vivants comme la multitude victorieuse qui chante le cantique de l’Agneau adorent Dieu comme le Saint. Nous devons « nous prosterner devant l’Éternel avec des ornements sacrés », « célébrer par nos louanges sa sainteté » ; ce n’est que dans l’esprit d’adoration, de louange et de joie que nous pouvons pleinement connaître Dieu comme saint. Bien plus, ce n’est que sous l’inspiration d’un amour et d’une joie pleins d’adoration que nous pouvons nous-mêmes être rendus saints. C’est en cessant toute crainte et toute inquiétude, tout effort et toute contention, et en nous reposant avec des chants dans ce que Jésus est, en son œuvre achevée, comme notre sanctification — c’est en nous reposant et en nous réjouissant en lui — que nous serons rendus participants de sa sainteté. Le jour du repos est le jour que Dieu a béni, le jour de la bénédiction et de l’allégresse ; et c’est le jour qu’il a béni qui est son jour saint. La sainteté et la félicité sont inséparables.
Mais cela n’est-il pas en contradiction avec l’enseignement de l’Écriture et l’expérience des saints ? La souffrance et la douleur ne sont-elles pas parmi les moyens que Dieu a choisis pour la sanctification ? Les promesses ne sont-elles pas pour ceux qui ont le cœur brisé, pour les pauvres en esprit, pour ceux qui pleurent ? Le renoncement à soi-même et l’abandon de tout ce que nous possédons, la crucifixion avec Christ et la mort quotidienne, ne sont-ils pas le chemin de la sainteté ? Et tout cela n’est-il pas plus matière à douleur et à peine qu’à joie et à allégresse ?
La réponse se trouvera dans une juste compréhension de la vie de foi. La foi élève au-dessus, et donne la possession, de ce qui est l’exact opposé de ce que nous sentons ou éprouvons. Dans la vie chrétienne, il y a toujours un paradoxe : ce qui paraît des contraires inconciliables se trouve côte à côte au même instant. Paul l’exprime en ces mots : « comme mourants, et voici nous vivons ; comme attristés, et nous sommes toujours joyeux ; comme pauvres, et nous en enrichissons plusieurs ; comme n’ayant rien, et nous possédons toutes choses. » Et ailleurs ainsi : « Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort. » Cette contradiction apparente trouve sa réconciliation, non seulement dans l’union des deux vies, l’humaine et la divine, en la personne de chaque croyant, mais spécialement en ce que nous sommes, à un seul et même moment, participants de la mort et de la résurrection de Christ. La mort de Christ fut une mort de douleur et de souffrance, une mort réelle et terrible, un déchirement des liens qui unissaient l’âme et le corps, l’esprit et la chair. La puissance de cette mort agit en nous : nous devons la laisser agir puissamment si nous voulons vivre saintement ; car dans cette mort il s’est sanctifié lui-même, afin que nous soyons nous-mêmes sanctifiés en vérité. Notre sainteté consiste, comme la sienne, dans la mort à notre propre volonté et à toute notre propre vie. Mais — et c’est ce que nous devons chercher à saisir — nous n’approchons pas de la mort du côté d’où Christ l’a rencontrée, comme un ennemi à vaincre, comme une souffrance à supporter, avant que la vie nouvelle puisse commencer. Non, le croyant qui sait ce que Christ est comme le Ressuscité approche de la mort — la crucifixion du moi, de la chair et du monde — du côté de la résurrection, du lieu de la victoire, dans la puissance du Christ vivant. Lorsque nous avons été baptisés en Christ, nous avons été baptisés dans sa mort et sa résurrection comme étant les nôtres ; et Christ lui-même, le Seigneur ressuscité et vivant, nous conduit triomphalement dans l’expérience de la puissance de sa mort. Ainsi, pour le croyant qui vit vraiment par la foi et qui ne cherche pas, dans ses propres luttes, à crucifier et à mortifier la chair, mais qui connaît le Seigneur vivant, la profonde joie de la résurrection ne l’abandonne pas un seul instant, mais elle est sa force pour ce qui peut paraître à d’autres n’être qu’un pénible sacrifice et un port de la croix. Il dit avec Paul : « Je me glorifie de la croix par laquelle j’ai été crucifié. » Jamais, comme tant d’autres le font, il ne pose la question de Paul : « Qui me délivrera du corps de cette mort ? » sans faire retentir, comme une expérience présente, la réponse joyeuse et triomphante : « Grâces soient rendues à Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur ! » « Grâces soient rendues à Dieu, qui nous fait toujours triompher en Christ. » C’est la joie d’un Sauveur présent, l’expérience d’un salut parfait, la joie d’une vie de résurrection, qui seule donne la puissance d’entrer profondément et pleinement dans la mort que Christ a soufferte, et de livrer notre volonté et notre vie pour être entièrement sanctifiées à Dieu. Dans la joie de cette vie, dont la puissance de la mort n’est jamais absente, il est possible de dire avec l’Apôtre à chaque instant : « comme mourants, et voici nous vivons ; comme attristés, et nous sommes toujours joyeux. »
Cherchons à apprendre les deux leçons : la sainteté est essentielle au vrai bonheur ; le bonheur est essentiel à la vraie sainteté. La sainteté est essentielle au vrai bonheur. Si tu veux avoir la joie, la plénitude de la joie, une joie permanente que rien ne peut ôter, sois saint comme Dieu est saint. La sainteté est la félicité. Rien ne peut assombrir ni interrompre notre joie, sinon le péché. Quelle que soit notre épreuve ou notre tentation, la joie de Jésus, dont Pierre dit « en qui vous vous réjouissez maintenant d’une joie ineffable », peut plus que compenser et l’emporter. Si nous perdons notre joie, ce doit être le péché. Ce peut être une transgression réelle, ou un suivi inconscient de soi-même ou du monde ; ce peut être la souillure sur la conscience de quelque chose de douteux, ou ce peut être l’incrédulité qui voudrait vivre par la vue, et qui pense plus à elle-même et à sa joie qu’au Seigneur seul : quoi que ce soit, rien ne peut ôter notre joie, sinon le péché. Si nous voulons vivre des vies de joie, assurant à Dieu, aux hommes et à nous-mêmes que notre Seigneur est tout, est plus que tout pour nous, oh ! soyons saints ! Glorifions-nous en celui qui est notre sainteté : en sa présence est la plénitude de la joie. Vivons dans le Royaume qui est joie par le Saint-Esprit ; l’Esprit de sainteté est l’Esprit de joie, parce qu’il est l’Esprit de Dieu. Ce sont les saints, les saints de Dieu, qui pousseront des cris de joie.
Et le bonheur est essentiel à la vraie sainteté. Si tu veux être un chrétien saint, tu dois être un chrétien heureux. Jésus a été oint par Dieu de « l’huile de joie », afin de nous donner « l’huile de joie ». Dans tous nos efforts vers la sainteté, les roues avanceront lourdement s’il n’y a pas l’huile de la joie ; elle seule ôte toute tension et tout frottement, et rend le progrès aisé et délicieux. Applique-toi à comprendre la valeur divine de la joie. Elle est la preuve que tu es dans la présence du Père et que tu demeures dans son amour. Elle est la preuve que tu es consciemment libéré de la loi et de la contrainte de l’esprit de servitude. Elle est le signe de ta liberté à l’égard du souci et de la responsabilité, parce que tu te réjouis en Christ Jésus comme ta Sanctification, ton Gardien et ta Force. Elle est le secret de la santé et de la force spirituelles, remplissant tout ton service de l’assurance heureuse et enfantine que le Père ne demande rien pour quoi il ne donne la force, et qu’il accepte tout ce qui est fait, si faiblement que ce soit, dans cet esprit. Le vrai bonheur s’oublie toujours lui-même : il se perd dans l’objet de sa joie. À mesure que la joie du Saint-Esprit nous remplit, et que nous nous réjouissons en Dieu le Saint par notre Seigneur Jésus-Christ, à mesure que nous nous perdons dans l’adoration et le culte du Trois fois Saint, nous devenons saints. C’est là, même ici dans le désert, « la voie sainte : les rachetés de l’Éternel iront à Sion avec chants de triomphe ; les délivrés y marcheront ; une joie éternelle couronnera leur tête ; l’allégresse et la joie s’approcheront. »
Tous les enfants de Dieu comprennent-ils cela : que la sainteté n’est qu’un autre nom, le vrai nom, que Dieu donne au bonheur ; que c’est en vérité une félicité inexprimable de savoir que Dieu nous rend saints, que notre sainteté est en Christ, que le Saint-Esprit de Christ est en nous ? Il n’y a rien de si attirant que la joie : les croyants ont-ils compris que c’est là la joie du Seigneur — être saint ? Ou bien l’idée de tension, de sacrifice et de soupirs, de difficulté et de distance n’est-elle pas si prédominante que la pensée d’être saint n’a presque jamais réjoui le cœur ? S’il en a été ainsi, qu’il n’en soit plus ainsi. « Tu mettras ta gloire dans le Saint d’Israël » : réclamons cette promesse. Que l’assurance de la foi — que notre Père aimant, notre Seigneur Jésus bien-aimé, et le Saint-Esprit, qui avec une douceur de colombe repose au-dedans de nous, se sont engagés à faire l’œuvre, et la font — nous remplisse d’allégresse. Ne cherchons pas notre joie dans ce que nous voyons en nous-mêmes de sainteté : réjouissons-nous de la sainteté de Dieu en Christ comme étant la nôtre ; réjouissons-nous dans le Saint d’Israël. Ainsi notre joie sera ineffable et incessante ; ainsi lui rendrons-nous la gloire.
Soyez saints, comme je suis saint.
Ô Dieu très béni ! Je te supplie de révéler, à moi et à tous tes enfants, le secret de se réjouir en toi, le Saint d’Israël.
Tu vois combien du service de tes propres chers enfants est encore dans l’esprit de servitude, et combien n’ont encore jamais cru que la voie sainte est un chemin où l’on peut marcher en chantant, et où l’on obtiendra la joie et l’allégresse. Ô Père ! enseigne à tes enfants à se réjouir en toi.
Je te demande surtout de nous enseigner que, dans une profonde pauvreté d’esprit, dans l’humilité, la contrition et un entier dénuement, dans la conscience qu’il n’y a en nous aucune sainteté, nous pouvons chanter tout le jour ta sainteté comme la nôtre, ta gloire que tu poses sur nous, et qui pourtant, tout ce temps, est à toi seul. Ô Père ! ouvre tout grand à tes enfants le bienheureux mystère du Royaume, cette foi même qui voit tout en Christ et rien en elle-même ; qui en vérité possède tout en lui et se réjouit de tout en lui ; qui ne possède jamais rien en elle-même et ne s’en réjouit jamais.
Ô Dieu béni, dans ta Parole tu as dit : « Les malheureux se réjouiront de plus en plus en l’Éternel, et les pauvres feront du Saint d’Israël le sujet de leur allégresse. » Oh ! donne-nous, par ton Saint-Esprit, dans la douceur et la pauvreté d’esprit, de vivre tellement en Christ que sa sainteté soit notre joie sans cesse croissante, et qu’en toi-même, le Saint d’Israël, nous nous réjouissions tout le jour. Et que tous voient en nous quelle félicité c’est de vivre comme ceux qui sont à Dieu. Amen.
1. Le grand obstacle à la joie en Dieu, c’est de s’attendre à trouver en nous-mêmes quelque chose dont nous puissions nous réjouir. Au commencement de cette poursuite de la sainteté, nous nous attendons toujours à voir un grand changement opéré en nous. À mesure que nous sommes conduits plus avant dans ce qu’est la foi, et la vie de foi, nous comprenons comment, bien que nous ne voyions pas le changement que nous attendions, nous pouvons néanmoins nous réjouir d’une joie ineffable en ce que Jésus est. Voilà le secret de la sainteté.
2. La joie doit être cultivée. Se réjouir est un commandement donné plus souvent que nous ne le savons. Il fait partie de l’obéissance de la foi de se réjouir quand nous n’en avons pas envie. La foi se réjouit et chante, parce que Dieu est saint.
3. « Remplis de joie et du Saint-Esprit », « Le royaume, c’est la joie, par le Saint-Esprit ». Le Saint-Esprit, l’Esprit béni de Jésus, est au-dedans de toi, une véritable source d’eau vive, de joie et d’allégresse. Oh ! cherche à le connaître, lui qui habite en toi, pour opérer tout ce que Jésus a pour toi : il sera en toi l’Esprit de foi et de joie.
4. L’amour et la joie vont toujours de compagnie. L’amour, qui se renonce et s’oublie pour les frères et pour les perdus, vivant en eux, trouve la joie de Dieu. « Le royaume de Dieu, c’est la joie, par le Saint-Esprit. »