Il tient mes lendemains ·Controverse

Chapitre 2 · 13 min de lecture

Controverse

Marie était malade depuis plusieurs mois, atteinte du syndrome d’Epstein-Barr, communément appelé « grippe des yuppies » ou « la maladie des années quatre-vingt-dix ».

Ses médecins avaient essayé de nombreux médicaments pour lui rendre la santé de la jeune femme qu’elle avait été un an auparavant, mais ils étaient déconcertés, comme l’étaient tous les professionnels de la santé, par cette maladie qui attaque le système immunitaire et laisse sa victime sans énergie, dans une lassitude continuelle.

Il n’existait aucun remède connu, et l’ignorance de ses causes commença à susciter la peur chez beaucoup des amis de Marie. Certains l’associaient au SIDA, un autre fléau qui touche le système immunitaire. Elle avait été très active dans son Église, mais elle s’en tenait désormais éloignée, car personne n’était certain que cette maladie ne fût pas contagieuse.

Elle lut de nombreux livres et regarda des documentaires télévisés sur la maladie, essayant même certains des « remèdes » expérimentaux qu’on lui recommandait. Peu d’amis venaient la voir, même si quelques-uns lui téléphonaient régulièrement pour prendre de ses nouvelles. Ils lui disaient que l’Église priait pour elle et qu’elle devait garder courage.

Depuis son adolescence, Marie croyait au Seigneur Jésus, lui ayant donné sa vie lors d’un culte. Au fil des années, sa foi et sa confiance avaient grandi, à mesure qu’elle étudiait les Écritures, priait et fréquentait fidèlement les cultes.

Tout au long des mois éprouvants de sa maladie, elle avait maintenu sa confiance dans le Seigneur, croyant que « toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu » (Romains 8:28). Même si elle ne comprenait pas, elle continuerait de se confier en lui.

Bien qu’elle ne fît pas partie de mon Église, j’avais l’habitude de rendre visite à Marie une ou deux fois par mois. Nous étions devenus amis à travers un autre ministère dans lequel nous nous étions engagés ; aussi cela me peinait-il de la voir si affaiblie par cette terrible maladie. Elle se montrait toujours joyeuse et reconnaissante lorsque je la conduisais à sa banque ou à un magasin, ce qu’elle ne pouvait faire elle-même dans cet état si débilitant.

Un jour, cependant, en arrivant chez elle, je la trouvai profondément bouleversée. Il lui fallut un long moment pour se ressaisir assez pour me raconter ce qui s’était passé. Elle avait reçu un appel téléphonique de l’une de ses plus proches « amies » de l’Église, lui annonçant que le groupe de prière avait décidé de cesser de prier pour sa guérison. La raison invoquée était que, « de toute évidence, elle n’avait pas la foi, sans quoi elle serait déjà guérie ».

Cela sous-entendait que, parce qu’elle était « sans foi », ils ne pouvaient plus la considérer comme faisant partie de leur famille !

Quelle terrible méprise sur la nature de la foi et sur la manière dont elle agit dans nos vies ! Lorsque j’étudie l’Écriture, je ne vois rien qui justifie les actes ou les convictions de ce groupe de prière de cette Église.

Pour eux, manifestement, la foi était quelque chose que l’on pouvait susciter par son propre effort ou sa propre application. Si Marie avait su créer suffisamment de cette mystérieuse « essence » appelée foi, Dieu aurait été contraint de répondre à son besoin de guérison ! Au fond, ils croyaient que la foi est quantitative et qu’une mesure suffisante plaît à Dieu ; il lui suffisait donc de croire davantage !

Je crois à la guérison divine comme à l’une des richesses que nous vaut la victoire de la croix, mais j’ai découvert qu’il n’existe aucune formule pour l’obtenir. Dieu demeure souverain pour accorder la guérison et la bonne santé, et aucune somme de croyance, aucune heure de prière, aucun torrent de larmes ne saurait égaler sa grâce souveraine.

Comme le père de l’enfant possédé, dont l’histoire est rapportée en Marc 9, Marie s’écriait : « Je crois! Viens au secours de mon incrédulité! »

Dans ce récit, les disciples avaient cru pouvoir guérir le garçon, mais ils avaient échoué. Jésus leur fit remarquer que c’était de foi qu’ils avaient besoin, et non de croyance. On pourrait ajouter : « les démons aussi croient ! »

La croyance n’est PAS la foi. Le pasteur Jean était inquiet ! Deux ans plus tôt à peine, il avait vu l’assistance de sa petite Église croître rapidement, tandis que de nombreuses personnes nouvelles rejoignaient la communauté. Des familles entières s’étaient converties, et l’on parlait de réveil. On avait vite dépassé le cap des deux cents fidèles réguliers ; les offrandes financières avaient augmenté de plus de 100 % par rapport aux années précédentes, et une ferveur emplissait le sanctuaire chaque semaine. Il était facile de prêcher, et il y avait toujours des volontaires pour animer les nombreux ministères qui surgissaient dans chaque département de l’Église.

« Pasteur, nous devons construire un plus grand sanctuaire », disaient ses anciens.

« Dieu est manifestement en train d’accomplir une œuvre majeure dans notre communauté. » Il n’avait pas été difficile de convaincre l’assemblée d’y adhérer, et bientôt l’on élabora des plans pour un sanctuaire pouvant accueillir plus de mille fidèles. Quiconque exprimait des appréhensions devant ces plans grandioses était taxé de « manquer de foi ». En effet, puisque Dieu était de toute évidence dans ce projet, il fallait exercer une foi plus grande. Ainsi, les plans s’amplifièrent, jusqu’à ce que l’on projetât un bâtiment qui, en fin de compte, coûterait plus de trois millions de dollars !

Ce que Jean n’avait pas prévu, c’était une forte hausse des taux hypothécaires, au moment même où un employeur important quittait cette petite ville, laissant beaucoup de gens sans emploi, dont plusieurs membres de l’Église de Jean.

Les intérêts à rembourser devinrent bientôt trop lourds pour l’assemblée, et le problème s’aggrava lorsque les gens se mirent à quitter la communauté, plutôt que de demeurer dans une Église enchaînée à un lourd fardeau financier qui, à leurs yeux, n’était pas de leur fait.

Qu’est-ce qui avait mal tourné ? Dieu leur avait-il fait défaut, alors qu’ils avaient exercé une si grande foi ? Ou bien Jean — et ses anciens — avaient-ils confondu la foi avec la présomption ? Avaient-ils même jamais compris ce qu’est la foi ? Pour eux, la foi était une prise de risque sanctifiée, avec cette clause tacite : si les choses tournent mal, ce doit être la faute de Dieu.

Dans les tentations que lui fit subir Satan, rapportées pour nous en Luc 4:1-13, Jésus nous montre clairement la différence entre la foi et la présomption.

Jésus avait un besoin réel ; il avait faim, après avoir passé près de six semaines dans le désert. Il y avait été conduit par le Saint-Esprit après son baptême dans le Jourdain.

Bien que l’Écriture n’en dise rien, je crois que c’est là qu’il communia avec son Père céleste au sujet de ce qui devait lui arriver. Il savait que sa coupe serait amère. Il savait aussi qu’il avait un choix — sa volonté ou celle du Père. Après ces jours-là, Satan le défie par une tentation réelle.

« Si tu es Fils de Dieu, ordonne à cette pierre qu’elle devienne du pain » (Luc 4:3).

S’il l’avait fait, sa faim aurait été apaisée et il se serait montré plus puissant que son adversaire ; assurément, cela aurait prouvé qu’il était véritablement le Fils de Dieu. Il savait qu’il pouvait le faire ! Pourquoi ne pas le nommer et le réclamer ? Il l’aurait pu, mais cela n’aurait pas été de la foi — c’eût été de la présomption, et cela aurait été contraire à la volonté de son Père.

Dans la troisième tentation, Satan cite même l’Écriture à Jésus.

« Tu sais que Dieu ne permettra pas qu’il te soit fait aucun mal. Même si tu te jettes du point le plus élevé du temple, aucun mal ne t’arrivera. Les anges te porteront. Imagine ce que penseront les gens si tu faisais cela !

Ils accourront tous pour te suivre, si bien que tu n’auras pas besoin de souffrir ni de mourir sur une croix » (Luc 4:9-11).

Jésus aurait pu accomplir le miracle, en réclamant les promesses de la Parole de Dieu, mais cela n’aurait pas été de la foi ; c’eût été de la présomption, là encore contraire à la volonté de son Père.

La présomption n’est PAS la foi. Comme Satan, bien des croyants citent les Écritures pour fonder leur « foi ». Par exemple, j’ai entendu enseigner Jacques 3:2 à ma télévision, la semaine dernière encore.

« La lettre de Jacques déclare que si un homme sait maîtriser sa propre langue, il est capable de tenir tout son corps en bride. Veillez donc à ne prononcer que des paroles positives. Si vous le faites, vous ne serez jamais malades ! »

De tels enseignants justifient leur position par des expressions de foi.

« La Bible le dit, je le crois, un point c’est tout ! »

Je connais de grandes dénominations qui fondent leurs doctrines sur une telle méprise au sujet de la foi. Elles se regrouperaient sous l’appellation générique d’Églises de la « Parole de foi », plus cyniquement désignées par des expressions telles que « Nomme-le, réclame-le ! », « Clame-le, empoche-le ! » ou « Confesse-le, possède-le ! ». Je regarde rarement la télévision chrétienne mais, lorsque j’allume mon poste un dimanche matin, je tombe immanquablement sur une chaîne où l’on proclame un tel message.

Je dois avouer qu’il y a beaucoup de bon enseignement dans ce qu’ils disent. Nous devons être un peuple capable de fonder sa vie sur le solide fondement de la Parole de Dieu, avec ses nombreuses et merveilleuses promesses et les richesses qui sont nôtres en Christ ; cependant, nous devons prendre grand soin d’exégéter correctement la Parole, en ne réclamant que les promesses qui s’appliquent à nous, et en obéissant aux conditions de ces promesses là où des conditions s’appliquent.

Affirmer que rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus-Christ, voilà la bénédiction inconditionnelle offerte à tous les croyants. En revanche, les promesses de la chambre haute — une paix que le monde ne peut ni donner ni ôter, une joie qui est pleine — sont conditionnées par l’alliance de la chambre haute. Là, les disciples s’engagèrent à s’encourager et à se réconforter les uns les autres (à se laver les pieds les uns aux autres), à obéir à son commandement, à s’aimer les uns les autres, et à être obéissants à sa Parole.

Je suis convaincu qu’il y a une autre erreur dans leur compréhension de la foi. En réalité, ils devraient s’appeler des Églises de la « Parole d’espérance », car l’espérance a bien plus à voir avec la croyance que n’en a la foi ! C’est l’espérance qui dit : « Dieu l’a dit ! Je le crois ! Cela me suffit ! »

Nous parlons si peu de l’espérance chrétienne, parce que nous l’avons confondue avec l’espoir du monde. Chaque fois que le monde parle d’espoir, une possibilité négative y est associée. « J’espère qu’il ne pleuvra pas demain. » (Il se peut qu’il pleuve !) « J’espère réussir mes examens ! »

(Je peux échouer !) « J’espère que vous serez heureux dans votre mariage. »

(Il peut y avoir un divorce !) L’espérance chrétienne n’a aucune connotation négative de ce genre. Elle est l’attente ardente de ce qui est certain ! Ainsi, lorsque nous proclamons les vérités de la Parole de Dieu et que nous en réclamons les promesses, nous exprimons l’espérance, non la foi.

L’espérance est un attribut de l’esprit et se manifeste dans la confiance. La foi est un attribut du cœur et se manifeste dans l’obéissance.

L’espérance n’est PAS la foi. Un autre aspect du pouvoir de la croyance se voit dans le domaine de la pensée positive. Le monde comprend que « ce que tu crois être, tu l’es » ; aussi les cadres d’entreprise suivent-ils régulièrement des cours de pensée positive : « Comment se hisser par la pensée jusqu’au succès. » Voici maintenant que nous avons des séminaires pour responsables d’Église fondés sur les mêmes présupposés et les mêmes pratiques.

Il est triste de constater qu’il existe beaucoup d’Églises, certaines très grandes et pourvues de ministères télévisés, qui prêcheraient sur la foi mais qui, en réalité, enseignent la pensée positive. Ces dernières années, nous avons même introduit des pratiques du Nouvel Âge, telles que les « techniques de visualisation », pour produire la guérison de la maladie, assimilant à tort la pensée positive de la visualisation à la foi.

Aussi étrange que cela puisse paraître, il y a aujourd’hui bien des gens qui vous témoigneront que le Seigneur a opéré pour eux une telle guérison. Ils prétendront qu’elle est le fruit de la foi — exercée dans la visualisation.

J’étais moi-même présent dans le petit groupe où l’on pria ceci sur une femme qui s’était avancée pour la prière : « Imagine le cancer dans ton corps. Le vois-tu ? Maintenant, imagine la main de Jésus qui pénètre dans ce lieu malade et en retire les cellules cancéreuses. Il le fait à l’instant même, tandis que tu le vois !

Alléluia ! Te voilà guérie ! »

La pensée positive n’est PAS la foi. De grandes controverses s’élèvent chaque fois que les hommes parlent de la foi. Qu’est-ce donc que la foi ? Qu’est-ce que l’œuvre de la foi décrite en 1 Thessaloniciens 1:3 et, plus encore, qu’est-ce que la marche par la foi mentionnée en 2 Corinthiens 5:7 ? Puisque « sans la foi il est impossible de lui être agréable » (Hébreux 11:6), le désir de tout croyant devrait être de comprendre ce qu’est la foi.

Paul déclare à plusieurs reprises que nous sommes « justifiés par la foi » (Éphésiens 2:8-9 et Romains), et Jacques soutient que la foi, « si elle n’a pas les œuvres, elle est morte en elle-même » (Jacques 2:17). Certains, qui se rangent du côté de Paul (ou plutôt de leur interprétation de Paul), estiment que Jacques n’a pas sa place dans les Saintes Écritures ! Martin Luther, ce grand instrument de la Réforme, déclara que le livre de Jacques est « une épître de paille » et qu’il ne devrait pas figurer dans les Écritures ! D’autres se rangeraient du côté de Jacques (ou de leur interprétation de Jacques), classant tous les croyants pauliniens sous des termes péjoratifs tels que « fondamentalistes ».

Même les paroles de Jésus entrent dans la controverse !

À Nicodème, il adressa ces paroles merveilleuses : « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle » (Jean 3:16). Cependant, lorsqu’il envoya ses disciples par tout le monde prêcher la bonne nouvelle, il ajouta : « Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé » (Marc 16:16).

Paul ajoute encore à la confusion. « Si tu confesses de ta bouche le Seigneur Jésus, et si tu crois dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé » (Romains 10:9).

Alors, sommes-nous justifiés par la foi ? Et si oui, la foi consiste-t-elle à croire ? Ou bien à se confier, peut-être à confesser, ou encore à être baptisé ? Ou serait-ce tout autre chose ?

Même les traducteurs de la version King James trahirent leur confusion lorsque, en Hébreux 10:23, ils écrivirent : « Retenons fermement la profession de notre foi », traduisant le mot grec « elpis » par « foi », alors qu’il est rendu par « espérance » dans tout autre contexte. En effet, il me semble que la foi et l’espérance sont régulièrement confondues par le croyant ordinaire ! L’espérance a bien plus à voir avec la croyance que n’en a la foi !

Je le répète : l’espérance est un attribut de l’esprit et se manifeste dans la confiance, tandis que la foi est un attribut du cœur et se manifeste dans l’obéissance.

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Il tient mes lendemains Gareth Evans

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