La piété ·Comment travailler pour Dieu avec succès

Chapitre 10 · 27 min de lecture

Comment travailler pour Dieu avec succès

« Mon enfant, va travailler aujourd’hui dans ma vigne. » Matthieu 21:28 « Contrains-les d’entrer, afin que ma maison soit remplie. » Luc 14:23 Je vais parler de quelques qualifications nécessaires à un travail fructueux ; et je dis : Premièrement, qu’il existe certaines lois qui régissent le succès dans le royaume de la grâce aussi bien que dans le royaume de la nature, et vous devez étudier ces lois et vous y conformer. Il serait vain pour le laboureur de jeter sa semence sur un sol non défriché ou déjà occupé. Vous devez labourer, herser et mettre votre semence avec soin, en juste proportion, au bon moment, puis vous devez arroser, sarcler et attendre la moisson. Il en va tout de même dans les choses divines. Oh ! nous découvrirons, peu à peu, que les lois du royaume spirituel sont tout aussi certaines et infaillibles dans leur action que les lois du royaume naturel, et peut-être bien davantage ; mais, par l’aveuglement, la torpeur et l’incrédulité de nos cœurs, nous n’avons pu, ou n’avons voulu, les découvrir. Les gens se lèvent et s’agitent, et s’attendent à pouvoir travailler pour Dieu sans aucune réflexion, ni soin, ni peine. Pour l’apprentissage des professions terrestres, ils donneront des années de labeur et de réflexion, mais dans le travail pour Dieu ils ne semblent pas juger utile de prendre la peine de penser et de méditer, de projeter et d’expérimenter, d’essayer des moyens, de prier et de lutter avec Dieu pour obtenir la sagesse. Oh ! non : ils ne veulent pas s’en donner la peine. Puis ils échouent, se découragent et abandonnent.

Or, mes amis, ce n’est pas là la manière de commencer à travailler pour Dieu. Commencez aussitôt que vous voudrez — commencez sur-le-champ — mais commencez de la bonne manière. Commencez par prier beaucoup, afin qu’il vous montre comment faire et qu’il vous équipe pour l’œuvre, et commencez dans un esprit humble, soumis et docile.

Étudiez le Nouveau Testament en particulier sous cet angle, et vous serez surpris de voir comme chacune de ses pages vous donnera une lumière croissante. Vous verrez que Dieu vous tient absolument responsable de la moindre parcelle de capacité et d’influence qu’il vous a donnée, qu’il attend de vous que vous mettiez à profit pour lui chaque instant de votre temps, chaque faculté de votre être, chaque particule de votre influence et chaque sou de votre argent.

Une fois que vous aurez reçu cette lumière, elle sera un guide merveilleux dans tous les autres détails et domaines de votre vie. Étudiez vos plans. Comme les hommes, dans la guerre terrestre, étudient des plans de stratégie et adoptent toutes sortes de mesures afin de surprendre l’ennemi ! Mais, hélas ! quel peu de soin et d’attention le peuple de Dieu donne au gain des âmes ; et pourtant il est bien plus difficile de gagner des âmes que de prendre des villes.

Que de fois j’ai été surprise des prétentions de gens qui, peut-être, n’ont jamais donné une heure de réflexion suivie de toute leur vie aux meilleurs moyens d’accomplir certaine œuvre, et qui pourtant prononceront tout de go leur avis sur certains procédés et certaines mesures qui ont été éprouvés et reconnus fructueux dans la vie de quelques-uns des ouvriers de Dieu les plus efficaces. Ils diront : « Oh ! je n’y crois pas. » « Oh ! tout cela n’est que sottise, ridicule, faux ! » tandis que, peut-être, ceux qu’ils condamnent ont plaidé, pleuré, étudié, expérimenté, et presque sacrifié le sang de leur cœur pour tâcher de découvrir les meilleurs moyens de gagner des âmes à Christ.

Jamais je n’oublierai le choc qui me saisit un jour, dans une grande assemblée de chrétiens, lorsqu’un monsieur, qui occupait une position assez en vue, entonnait un cantique renfermant un couplet parlant à peu près de passer une heure à veiller avec Jésus. Il s’arrêta au milieu de ce cantique et dit à peu près ceci : « Je crains que nous ne soyons vraiment coupables ici. Je ne sais si j’oserais dire avoir jamais veillé une heure entière avec Jésus de toute ma vie. » Jamais je ne l’oublierai. Mes joues brûlèrent de honte. Je dis : « Oh ! mon Dieu, si tels sont les chefs, il ne faut pas s’étonner du peuple. »

Qu’un homme occupant une telle position ose le dire ! Que le Seigneur ait pitié de lui. Pas étonnant que l’œuvre du Seigneur soit faite d’une manière si maladroite ! Je le dis, ceux qui veulent réussir à gagner des âmes doivent veiller non seulement des jours, mais des nuits. Ils ont besoin de beaucoup du Saint-Esprit, car il est encore vrai : « Cette sorte de démon ne sort que par la prière et par le jeûne. »

Nous sommes devenus plus sages que notre Seigneur, de nos jours ; mais, je vous le dis, c’est la même vieille méthode, et si vous voulez répandre des eaux vives sur les âmes, en public ou en particulier, il vous faudra boire largement vous-même à la source, et les avoir toutes prêtes à jaillir ! Sinon, votre discours ne sera qu’« un airain qui résonne, ou une cymbale qui retentit ». Oh ! mon âme pleure des larmes de sang à la pensée de l’effort mal dirigé qui sera déployé en ce jour même du saint dimanche chrétien. Beaucoup de labeur, mais qu’en sort-il de si peu ? — tout cela parce qu’il est bridé, ruiné et mal dirigé, faute de réflexion, de prière et d’un regard unique tourné vers le salut des âmes. Que Dieu nous réveille à cela, et nous rende prêts à penser, à travailler, à apprendre, à lutter et à nous sacrifier, afin que nous le fassions.

Puis, en outre, la deuxième qualification pour un travail fructueux est la puissance de faire pénétrer la vérité jusqu’au cœur.

Non de la livrer ! Je voudrais que ce mot n’eût jamais été forgé à propos de l’œuvre chrétienne.

« Livrer » la vérité, vraiment — cela n’est pas dans la Bible ! Non, non ; non la livrer ; mais l’enfoncer — l’introduire — la faire sentir. Voilà votre tâche ; non simplement de la dire — non de la placer tranquillement et doucement devant les gens. Voici justement la différence entre un ministère qui se consume, chargé pour les âmes, du Saint-Esprit, fructueux, et une chose insouciante, à la va-comme-je-te-pousse, facile, qui la débite comme une leçon et rentre chez elle, ne se tenant nullement responsable des conséquences. Voilà toute la différence, dans le travail public comme individuel. Dieu vous a rendu responsable, non de livrer la vérité, mais de la faire entrer — de la faire pénétrer, de la fixer dans la conscience comme un fer rouge, comme un trait parti droit de son trône ; et il a mis à votre disposition la puissance de le faire, et si vous ne le faites pas, le sang sera sur vos vêtements ! Oh ! cette manière policée de présenter la vérité ! Comme Dieu la hait ! « S’il vous plaît, chers amis, voudriez-vous écouter ? S’il vous plaît, voudriez-vous être convertis ? Voulez-vous venir à Jésus ? ou bien lirons-nous ceci, cela et le reste ? » — cela ne ressemble pas plus à la prédication apostolique que les ténèbres ne ressemblent à la lumière.

Dieu dit : « Va et fais-le : contrains-les d’entrer. Voilà ta tâche. Je n’ai rien à voir avec les moyens par lesquels tu le fais, pourvu qu’ils soient licites. »

« Déploie la même diligence, le même sérieux et la même détermination que tu déploierais si tu étais résolument engagé dans quelque entreprise humaine, et sois toujours assuré que je serai avec toi jusqu’à la fin du monde.

Ne doute jamais de ma présence quand tu es engagé dans mes affaires. Je serai avec toi, et je te ferai réussir. » Faites-le — que le Seigneur nous aide à faire pénétrer la vérité !

Telle fut la manière de Paul, et telle fut la manière de Jésus. Paul dit : « Connaissant donc la crainte du Seigneur, nous cherchons à convaincre les hommes. » Oh ! quel bel aperçu cela nous donne du ministère.

Pourquoi cherches-tu à convaincre les hommes, Paul ? « Parce que je connais la crainte du Seigneur qui vient, et parce que nous estimons que, si un seul est mort pour tous, tous donc sont morts. C’est pourquoi je cherche à convaincre les hommes. » Il n’abandonnait pas quand il la leur avait présentée.

Il les portait sur son cœur, et il dit : « durant trois années, je n’ai cessé nuit et jour d’exhorter avec larmes chacun de vous. » Il la pleurait en eux, autant qu’il l’y enfonçait, par sa logique, son éloquence et la puissance du Saint-Esprit en lui. Faites-la entrer — faites sentir vos paroles ; ne leur parlez pas de cette manière maladive et languissante qui ne fait aucune impression — faites-leur-la connaître. Si vous n’avez pas assez du Saint-Esprit pour cela, allez dans votre cabinet jusqu’à ce que vous l’ayez, puis venez enfoncer la Parole dans leur conscience comme une épée à deux tranchants, qui partage l’âme et l’esprit.

La deuxième chose indispensable au succès est la simplicité : le naturel dans la présentation de la vérité.

Vous n’avez pas seulement à la faire pénétrer, mais, pour y parvenir, à la leur donner simplement et naturellement. Si l’on me demandait de résumer en un mot ce que je considère comme le plus grand obstacle au succès de la Vérité divine, même énoncée par des gens sincères et véritables, je dirais : la raideur. Il semble que, dès l’instant où ils en viennent à la religion, les gens prennent un ton différent, un air différent, des manières différentes — bref, deviennent artificiels.

Des gens viennent parfois me dire : « Oh ! je donnerais le monde pour être naturel, mais j’ai pris cette manière de parler aux gens. Il me semble que je ne puis être naturel. Pouvez-vous m’aider ? » Je réponds : « Oui, je puis vous aider, par ce conseil : Décidez, avec l’aide de Dieu, de briser le cou de cette servitude. Je vais vous dire comment commencer. Commencez par votre famille. Interrompez-vous en plein milieu d’une conversation sur des affaires terrestres, et mettez-vous à parler de leur âme, ou de votre propre expérience, ou tombez à genoux et mettez-vous à prier. » « Oh ! mais ce serait une telle rupture. » Ce ne devrait pas être une rupture que de parler à votre Père. Si vous en avez l’esprit, il n’y aura pas de rupture. Cela vous aidera plus que toute autre chose. Décidez de vaincre cette bigoterie, qui est la malédiction d’une grande part de la religion de ce temps.

Nous voulons une humanité sanctifiée, non de la bigoterie. Il faut parler à vos amis de la religion comme vous leur parlez des choses terrestres. Si un ami est dans l’embarras et vient à vous, vous ne commencez pas à parler de manière détournée des principes généraux par lesquels les hommes peuvent s’assurer la prospérité, et des tristes erreurs de ceux qui ne se la sont pas assurée ; vous allez droit au but, et, si vous compatissez à son sort, vous le prenez par la boutonnière, ou vous mettez votre main dans la sienne, et dites : « Mon cher ami, je suis bien peiné pour vous ; y a-t-il quelque moyen par lequel je puisse vous aider ? »

Si vous avez un ami atteint d’une maladie mortelle, et que vous le voyiez alors que lui ne le voit pas, vous ne vous mettez pas à disserter sur le pouvoir de la maladie et sur la façon dont les gens peuvent recouvrer la santé, mais vous dites : « Mon cher ami, je crains que cette toux sèche ne soit plus grave que vous ne pensez, et que cette rougeur sur votre joue ne soit mauvais signe. Je crains que vous ne soyez malade — laissez-moi vous conseiller de demander un avis. » Voilà comment les gens parlent des choses terrestres. Or, faites exactement de même pour les choses spirituelles. Si votre ami est un failli spirituel, dites-le-lui. Dites-lui où il va, et que le jour des comptes approche, et qu’il sera bientôt dans la prison de Dieu, et que, si le créancier une fois le saisit et l’enferme, il n’en sortira jamais qu’il n’ait payé jusqu’au dernier sou. Si votre ami a une maladie spirituelle, dites-le-lui, et traitez-le avec autant de franchise et de sérieux que vous le feriez pour son corps. Dites-lui que vous priez pour lui, et le souci même qu’il lira dans vos yeux le réveillera, et il commencera à penser qu’il est temps qu’il se soucie de lui-même. Tâchez d’atteindre cette manière simple, aisée et naturelle de faire appel aux gens au sujet de leur âme. Je crois que si tous les vrais chrétiens y parvenaient et la mettaient en pratique, ce pays serait ébranlé d’un bout à l’autre !

Troisièmement, vous devez être ardent — désespéré, voudrais-je dire.

Et, en vérité, mes amis, tenez ceci pour certain : que vous ne ferez jamais ressentir à une autre âme les réalités des choses éternelles au-delà de ce que vous les ressentez vous-même. Vous engendrerez dans l’âme de celui qui vous écoute exactement le degré de conscience que l’Esprit de Dieu vous donne, et pas davantage ; par conséquent, si vous êtes dans un état rêveur, douillet, à demi endormi, vous n’engendrerez que la même sorte de conscience dans les âmes qui vous entendent. Vous devez être bien éveillé, vif, plein de vie, éprouvant une profonde sympathie pour la vérité que vous énoncez, sinon elle ne produira aucun résultat.

Voilà pourquoi nous avons une telle multitude d’enfants spirituels mort-nés, sans nerf, rachitiques, sans puissance. Ils naissent de parents à demi morts, d’une sorte de religion sentimentale, qui ne saisit pas l’âme, qui n’a point de profondeur de terre, point de prise, point de puissance, et le résultat est une maigre récolte de convertis sentimentaux. Oh ! que le Seigneur nous donne un christianisme vraiment robuste, vivant, endurci, plein de zèle et de foi, qui amène dans le royaume de Dieu des enfants pleins de vie, bien développés, pleins de vie et d’énergie, au lieu de ces pauvres fantômes sentimentaux qui sautillent autour de nous. Oh !

mes amis, il nous faut à nous-mêmes cette conscience vive. Si nous l’avons, nous l’engendrerons chez d’autres. Oh ! saisissez-vous de Dieu. Demandez-lui de vous baptiser de son Esprit « jusqu’à ce que le zèle de sa maison vous dévore ».

Cet Esprit se frayera par le feu un chemin à travers tous les obstacles de la chair et du sang, des formes, des convenances et des respectabilités — de la mort et de la pourriture de toute espèce ! Il se frayera par le feu un chemin, et produira des résultats vivants et frappants dans le cœur de ceux à qui vous parlez. L’ardeur — une ardeur telle qu’elle en vient au désespoir — comme celle de Paul, qui regardait toutes choses comme des balayures ; oui, et qui ne tenait pas sa vie pour chère. Là était le secret. Il ne tenait pour chère ni sa vie, ni rien de ce qui constitue la vie — liberté, plaisir, jouissance, amis, réputation, aise, etc. — tout était sur l’autel, tout était dans la balance. Il ne tenait aucune de ces choses pour chère, afin de pouvoir gagner la perfection, la plénitude de Christ dans sa propre âme, et le salut des âmes autour de lui.

Oh ! quelle risée pour l’enfer qu’un professant léger, frivole, facile, tiède. Oh ! quelle honte et quelle énigme pour les anges du ciel, et quel suprême dégoût pour Dieu.

« Je connais tes œuvres. Je sais que tu n’es ni froid ni bouillant. Puisses-tu être froid ou bouillant !

Ainsi, parce que tu es tiède, et que tu n’es ni froid ni bouillant, je te vomirai de ma bouche. » — Apocalypse 3:15-16 Oh ! qu’est-ce que cela sera ? Parlez de honte ! Pensez-y ! La honte ! Certains d’entre vous la ressentent en allant dans les rues pour Dieu. Vous la ressentez quand quelques personnes vous voient vous agenouiller ici ! Pensez à être vomi de la bouche de Dieu devant un univers rassemblé. Qu’est-ce que ce sera ? Avec l’aide de Dieu, je l’éviterai. Je préférerais être pendu avec Jésus sur la croix, entre deux brigands, plutôt que de porter cette honte. « Puisses-tu être froid ou bouillant ! »

Certains d’entre vous disent dans leurs lettres qu’ils auront cet engagement sans réserve. Vous dites que vous avez tout abandonné et que vous vous consacrez à une vie de labeur. Maintenant, soyez brûlants. Je sais que vous brûlerez les doigts des pharisiens. Peu importe. Je sais que vous mettrez le feu à leur conscience, tout comme les renards de Samson au blé. Peu importe. Soyez brûlants. Dieu aime les saints brûlants. Soyez résolus à être brûlants. Ils vous traiteront de fou : ils l’ont fait pour Paul.

Ils vous traiteront de fanatique et diront : « Cet homme jette le trouble en Israël » ; mais vous devez répondre : « Ce n’est pas moi, mais toi, et la maison de ton père, puisque vous avez abandonné les commandements de l’Éternel. » Retournez l’accusation contre eux. Les gens brûlants ne sont jamais un tourment pour les gens brûlants. Plus nous sommes brûlants, plus nous nous rapprochons, et plus nous nous aimons les uns les autres. Ce sont les gens froids qui sont tourmentés par les brûlants. Que le Seigneur vous aide à être BRÛLANTS.

Puis une autre condition indispensable est l’abandon de toutes nos facultés.

Il ne doit y avoir aucune retenue. « Maudit soit celui qui éloigne son épée du carnage ! » Cette malédiction repose aujourd’hui sur la chrétienté. Oh ! ils enfonceront l’épée un peu, mais ils ne l’enfonceront pas jusqu’au cœur. Ils n’osent pas tirer le sang — les soldats de ce siècle — pour rien au monde. Ils n’osent pas toucher une personne au vif parce que, hélas ! ils se regardent eux-mêmes et pensent à ce que les gens diront d’eux, au lieu de ce que Dieu dira d’eux. Vous ne devez pas avoir peur du sang si vous voulez être un vrai guerrier du Seigneur Jésus-Christ. Vous ne devez pas craindre de dire, s’il le faut : « Races de vipères, qui vous a appris à fuir la colère à venir ? » Vous ne devez pas craindre de dire, s’il le faut : « Vous avez fait de la maison de mon Père une caverne de voleurs », si vous en sauvez quelques-uns en le faisant.

Oh ! cette maudite flatterie ; j’allais dire, cette maudite peur d’affronter la désapprobation du monde — cette maudite manière d’appeler bien le mal et mal le bien, comme si Dieu était tout à fait pareil à nous. Ne pensez-vous pas qu’il perce à jour la vile imposture ? Oh ! mes amis, si nous ne nous améliorons pas sur ce point, il viendra bientôt en jugement, et nous découvrirons alors la différence entre ce qui est précieux et ce qui est vil, si nous ne la découvrons pas auparavant. Si vous voulez être un ouvrier fructueux, il vous faut vous résoudre, pour commencer, à être crucifié.

Comme un cher pasteur le dit un jour à quelqu’un, qui lui reprochait d’être si rude en chaire : « Cela m’est égal. » « Oh ! dit l’autre, ne savez-vous pas ce qu’il advint de “Cela m’est égal” ? »

« Oui, dit-il, il fut crucifié, et je suis prêt à être crucifié à côté de lui. » Quand vous êtes dans le droit, que cela vous soit égal. Vous ne pouvez qu’être crucifié, et ce sera bientôt fini ; et alors la Bible dit : « Si nous souffrons, nous régnerons aussi avec lui, et nous serons glorifiés avec lui. » Ce serait une chose merveilleuse que d’être glorifié seul, mais, oh, pensez à être glorifiés ensemble !

Un monsieur disait dernièrement : « J’ai beaucoup réfléchi à la gloire. C’est une chose merveilleuse — cette gloire qui doit suivre. Il vaudrait la peine, pour l’obtenir, qu’un homme restât toute sa vie assis sur un tas d’ordures. » Je le regardai et pensai : peut-être en êtes-vous plus près que vous ne pensez, et peut-être moi aussi. Ah ! c’est une chose merveilleuse, cette gloire qui doit suivre. Soyons donc prêts à souffrir avec lui et pour lui. Résolvez-vous à être crucifié dès le départ, et alors ce sera facile.

En outre, l’abandon complet est une condition d’un travail fructueux.

Il en est ainsi en toute chose. Que penseriez-vous d’un soldat qui calculerait sans cesse combien cela allait coûter, et quand il pourrait revenir, ou si le sacrifice en valait la peine ? Vous diriez : « Il n’est d’aucune utilité à l’Armée. Il nous faut des gens qui iront de l’avant pour vaincre à tout prix. » Or, Dieu veut des hommes et des femmes qui iront de l’avant pour vaincre, qui croient à la victoire, qui savent qu’ils ont la puissance de vaincre, et qui comptent toutes choses comme une perte au prix de la victoire. Voulez-vous le succès ? Si vous n’en venez pas d’abord à cela, vous ne l’obtiendrez jamais.

Quatrièmement — Vous devez renoncer, écarter d’un coup de pied, fouler aux pieds, tout ce qui fait obstacle.

La réputation. Peut-être y a-t-il ici quelques pasteurs. Il y en avait dimanche dernier, et il y en avait le dimanche d’avant. Certains d’entre vous m’ont écrit et d’autres m’ont parlé. Vous dites : « Ce serait une rupture si totale avec son propre cercle. » Précisément. D’autres disent : « Voyez-vous, la conséquence inévitable de dresser cette norme élevée serait d’enfoncer sans cesse l’épée dans quelques-uns de vos meilleurs auditeurs et de vos meilleurs amis. » Précisément ; c’est là donner votre épée au sang.

Vous ne feriez pas grand cas de tirer le sang d’un ennemi — c’est le sang de vos amis qui est l’épreuve ! Je sais tout cela ; j’y suis passée. J’y suis restée longtemps autrefois. C’était mon propre point douloureux. Le diable disait : « Si tu te mets à prêcher, ils te traiteront de femme effrontée », et je sentais qu’il vaudrait presque mieux aller en enfer que d’entendre dire cela de moi. Il disait : « Ils te mettront dans les journaux et diront de toi toutes sortes de choses grossières et vulgaires » ; et Dieu seul sait ce que cela était pour mon âme ; mais je luttai et me débattis longtemps, jusqu’à ce qu’enfin je dise : « Seigneur, peu m’importe comment ils m’appellent — je me donne à toi pour gagner des âmes. » L’ai-je jamais regretté ? Le regretterai-je jamais ? Non ; il prendra soin de votre réputation. Abandonnez-la-lui, mon frère.

Les scribes et les pharisiens n’eurent jamais rien de bon à dire de Jésus venu dans la chair. Abandonnez votre réputation — suivez-le. S’il le faut, décidez d’aller après lui à Gethsémané, à Golgotha et à la croix. Peu importe — suivez-le. Abandonnez votre réputation.

Puis, vos habitudes. Combien certains d’entre vous auront honte, vous qui avez laissé les simples frivolités mondaines de la société faire obstacle à votre consécration à Christ ; et pourtant ceux qui font cela disent qu’ils sont chrétiens. Je ne sais pas ; je ne puis le croire. Il y a la boisson ; ils prendront un verre de vin. Fort bien, vous pouvez le prendre ; mais vous n’aurez pas le vin du royaume. Des chrétiens de profession s’habilleront comme les prostituées de Paris. Fort bien ; mais elles ne seront pas l’épouse de l’Agneau. Il ne marchera pas dans les rues avec elles, ni ne s’assiéra à la même table.

Vous pouvez aller à des réunions où l’on dit qu’il n’y a que des gens religieux, mais où vous savez que se tiennent toutes sortes de commérages et de bavardages sans Christ, que vous auriez terriblement honte que le Maître entendît, et d’où vous repartez sans nul appétit pour la prière. Vous pouvez aller à tout cela, mais je vous défie d’avoir en même temps le Saint-Esprit. Je ne m’arrêterai pas à en discuter ; JE SAIS SEULEMENT QUE VOUS NE POUVEZ PAS LE FAIRE. Tout cela devra être mis de côté et abandonné. Vous dites : « C’est là un point douloureux. » Oui ; je sais que c’est enfoncer l’épée jusqu’au sang.

Cinquièmement — Vous devez consacrer votre argent pour qu’il soit employé au service de Dieu.

J’entendis un jour un vieux saint vétéran dire, et je trouvai cela exagéré sur le moment : « Je considère l’usage de l’argent comme l’épreuve la plus sûre du caractère d’une personne. » Je pensai : non, sûrement sa manière de traiter sa femme et ses enfants est une épreuve plus sûre que cela ; mais j’ai vécu assez pour en venir à son avis. Ainsi, vous voyez comme l’expérience humaine justifie la sagesse divine — « l’amour de l’argent est une racine de tous les maux ». Il en est ainsi, sous une forme ou sous une autre. Jamais Dieu ne se sert de quelqu’un de manière notable avant qu’il n’ait renoncé à son argent. Je ne fais qu’énoncer un fait. Nous le savons par l’expérience et par l’histoire du peuple de Dieu.

Vous devez renoncer à votre argent comme à un but : l’économiser pour lui-même, ou pour la satisfaction de vos desseins égoïstes ou de ceux de vos enfants — il doit être tout entier donné à Dieu, à qui il appartient, et entièrement employé à son service. Si vous voulez être un ouvrier fructueux pour les âmes, il vous faudra le faire dès le seuil. Abandonnez votre argent au Seigneur. Si vous jugez juste d’en garder une partie, gardez-la pour l’employer pour lui au fur et à mesure ; et soyez aussi strict avec vous-même, devant votre Père céleste, que vous le seriez avec votre secrétaire ou votre commis envers vous, et alors tout ira bien.

C’est un sentier étroit et difficile. Je tremble pour vous qui l’avez, et je suis heureuse de ne pas l’avoir ; mais puisque vous l’avez, je vous donne le meilleur conseil que je connaisse. C’est une chose terrible que de l’avoir, mais ce qu’il y a de mieux ensuite est de le consacrer et de l’employer à sa gloire ; et si vous ne le faites pas, il rongera votre âme comme une maladie. Pour votre nature spirituelle, il sera ce qu’un cancer est pour votre corps. Ce sont les paroles de Paul, non les miennes.

Il me faut dire un mot de la récompense.

Vous pensez que je vous pousse toujours à l’action. Oui, parce que vous en avez besoin. Le Seigneur sait que je ne vous trouve pas en train d’en faire trop. De certains d’entre vous j’ai bien honte. Certains d’entre vous ont tant besoin d’être poussés que vous devriez remercier Dieu de la discipline. Paul dit : « Que j’aille chez vous avec une verge ? » Il fut obligé de le faire avec certaines personnes. Ce n’est pas une chose enviable à devoir faire ; mais nous n’osons, quand Dieu nous confie une tâche, nous y dérober ; il y a pourtant un côté lumineux — il y a la récompense.

« Quoi ! dites-vous, il vous paie ? » Oui, un bon salaire — pressé — bien tassé ! Il dit : « Celui qui s’intéresse au pauvre (pensez-vous qu’il ne veut parler que de leur corps ?), je me souviendrai de lui ; je le soutiendrai (quelle tendre allusion !) sur son lit de douleur. » Il le remuera ; il étendra ses plumes sur les oreillers comme nulle garde-malade terrestre, pas même l’épouse la plus tendre, ne saurait le faire. « Je le soutiendrai sur son lit de douleur. » Vous aurez besoin de lui alors, mon frère ! Vous êtes bien indépendants, certains d’entre vous à présent, mais vous aurez besoin de lui alors. « Je le soutiendrai sur son lit de douleur. Je le porterai de mes bras éternels. » Il vous fera triompher dans les eaux de la mort. Ce sera magnifique, n’est-ce pas ? Il vous donnera une entrée triomphante dans son royaume, à vous qui êtes allés, dans une sollicitude aimante et une anxieuse sympathie, travailler pour l’âme de vos semblables. Il vous ménagera une entrée abondante, et alors — quoi ? Il vous donnera des enfants ; et la femme stérile aura plus d’enfants que celle qui a un mari.

Oh ! le monde entier se ressemble sur ce point. Tout homme et toute femme veulent des enfants. Ils sont tout spécialement un héritage de l’Éternel. Rien ne peut compenser l’absence d’enfants. Les parents les plus pauvres, vivant dans la plus humble chaumière, ne vous vendraient pas leurs enfants, et l’homme riche, qui a vingt mille livres de rente, la donnerait pour un fils ou pour une fille quand il ne peut en avoir. Tous les êtres humains veulent des enfants. Or donc, le Seigneur vous donnera des enfants. Une mère — même une sainte mère —, je suppose, ne peut s’empêcher d’éprouver du plaisir, ou plutôt de la joie et de la reconnaissance, lorsqu’elle montre à ses amis de bons enfants, obéissants et pieux. Je ne crois pas que Dieu veuille écraser cela en nous.

Je crois qu’il y prend lui-même plaisir, tout comme il prit plaisir à montrer son serviteur Job au diable. « As-tu remarqué mon serviteur Job ? » Ah ! n’était-il pas fier de lui ? — et il a été fier de lui depuis lors. Dieu a mis ce sentiment en nous, et c’est un sentiment juste lorsqu’il est saint. Nous ne pouvons nous empêcher d’être fiers d’enfants pieux et obéissants ; mais que sera-ce de montrer vos enfants spirituels aux anges ? Que ressentirez-vous quand vous rassemblerez autour du trône de votre Sauveur la famille spirituelle que Dieu vous a donnée, et direz : « Me voici, moi et les enfants que tu m’as donnés » ? — les enfants gagnés au travers du conflit, de l’épreuve et de la lutte, tels que Dieu seul les a connus ; « des enfants engendrés dans les chaînes », comme dit Paul — dans les liens — des enfants nés au milieu de l’ouragan du conflit spirituel, du labeur et de la souffrance, et bercés, langés, nourris, élevés à un coût infini et au prix d’une tension du cerveau, du cœur et de l’âme ; mais maintenant, nous voici, Seigneur. Nous voici, à travers tout cela.

« Me voici, moi et les enfants que tu m’as donnés. » Que ressentirez-vous ? Serez-vous fâché de la peine ? Regretterez-vous le sacrifice ? Vous plaindrez-vous du chemin par lequel il vous a conduits ?

Penserez-vous qu’il aurait pu le rendre un peu plus facile, comme vous êtes parfois tenté de le faire à présent ?

Oh ! non, non ! — LES ENFANTS ! LES ENFANTS ! vous aurez des enfants ! Ne sera-ce pas une récompense suffisante ?

Oh ! Parfois, lorsque je traverse le conflit et l’épreuve liés à une œuvre qui en apporte beaucoup dans les coulisses, je m’encourage dans le Seigneur et je me souviens de ceux qui sont rentrés au foyer, m’envoyant leurs saluts du bord du fleuve, me disant qu’ils attendront et guetteront ma venue, et seront les premiers à me remettre au Sauveur quand j’arriverai là-bas. Ne sera-ce pas une récompense suffisante ? Ainsi soit-il, Seigneur. Amen.

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La piété Catherine Booth

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