La piété ·Introduction

Chapitre 1 · 9 min de lecture

Introduction

Les sermons de Mme Booth, déjà réédités sous le titre de « Christianisme conquérant », parvinrent aux chrétiens américains comme un tonique pour leur faiblesse et un stimulant pour leur inertie.

Les sermons du présent volume sont un prophylactique fort nécessaire, une sauvegarde contre plusieurs erreurs pratiques dans la conduite des âmes ; erreurs qui les entraînent dans les ténèbres de l’Égypte, au lieu de l’admirable lumière.

Le sermon sur la Repentance démasque avec une grande fidélité la fausse repentance, ce vain substitut d’un franc abandon de toute forme de péché et d’une complète volte-face vers le Seigneur. Par sa franchise et sa précision, il est un modèle de prédication de réveil fervente — ou plutôt de toute prédication adressée aux âmes non sauvées, hors de l’Église ou en son sein. Toutes ces âmes se retrancheront dans quelque faux-fuyant, qu’il faut impitoyablement abattre avant qu’elles ne l’abandonnent pour le Rocher fendu.

Le sermon sur la Foi qui sauve vient ensuite. Les conséquences désastreuses de ce que l’on pourrait appeler, faute d’une meilleure description, une foi antinomienne — un assentiment impénitent de l’intelligence aux faits historiques de l’Évangile, que trop d’évangélistes et d’autres docteurs religieux nomment foi qui sauve — y sont clairement exposées et nettement étiquetées : POISON. Cette confiance illusoire en Christ, à la suite d’une repentance superficielle qui n’a jamais ressenti la culpabilité désespérée ni la réelle misère du péché, a fourni à nos Églises une nombreuse catégorie de membres, que le prophète Michée décrit fort justement : « Le péché d’Israël est grand et sans repentir ; et ils osent s’appuyer sur l’Éternel, ils disent : L’Éternel n’est-il pas au milieu de nous ? » Nous sommes convaincus qu’une grande part de l’œuvre du prédicateur fidèle et incisif, qui prêche les yeux fixés sur le grand trône blanc et sur le Juge qui descend, consiste à déloger les gens de leur confiance imaginaire en un Sauveur qui ne les sauve pas, et à sonder profondément leurs cœurs rongés de péché, que l’on a hâtivement déclarés guéris — guéris « à la légère ».

Beaucoup d’entre nous ont dit imprudemment aux âmes réveillées : « Crois seulement », avant d’avoir transpercé le cœur de part en part avec l’épée de la loi de Dieu. Nous avons congédié le pédagogue de Dieu.

La loi, semblable à l’esclave chargé de mener l’enfant à l’école et de le confier au maître, nous l’avons jugée trop dure et trop sévère pour notre époque sentimentale, et nous l’avons imprudemment renvoyée ; nous avons pris à notre compte son office de pédagogue menant à Christ, et nous nous sommes égarés, entraînant à leur perte des âmes d’un prix infini. Que Dieu ait pitié de nous et nous donne l’humilité qu’il donna à Apollos, pour nous laisser reprendre par une femme ointe de son Esprit !

Après avoir corrigé à propos les enseignements erronés sur la foi, Mme Booth poursuit, la serpette à la main, pour retrancher de l’arbre du christianisme moderne le champignon vénéneux d’un « amour frelaté ».

Ses quatre sermons sur l’amour sont quatre fanaux dressés sur les écueils de l’amour chrétien contrefait. Elle expose plusieurs critères infaillibles qui permettent de distinguer l’amour véritable de la vile imitation du diable. Comme les épîtres de saint Jean, ces sermons regorgent de pierres de touche pour éprouver l’amour, ce principe d’or de la vie chrétienne. Il serait très profitable à tous ceux qui font profession de cet amour parfait qui bannit toute crainte tourmentante, de s’appliquer sans faiblir ces pierres de touche à eux-mêmes.

Ils y découvriront peut-être que le mot « perfection » revêt un sens plus profond, plus large et plus élevé qu’ils ne l’avaient jamais conçu. Pourquoi notre conception de la perfection chrétienne ne grandirait-elle pas sans cesse à mesure que s’accroît notre connaissance de Dieu et de sa sainte loi ?

Le sermon sur Les Conditions de la prière efficace, nous le recommandons à tous les chrétiens et à tous ceux qui cherchent le Christ et qui s’affligent de ce que leurs prières ne prévalent pas auprès de Dieu. À la claire lumière de ce sermon, ils découvriront que la difficulté réside soit dans le manque de communion avec Jésus-Christ, soit dans le manque d’obéissance à ses commandements, soit dans l’absence, au fond de leur cœur, de l’Esprit qui intercède, soit dans une foi défaillante. En traitant de ces obstacles à la prière, la prédicatrice met le cœur à nu et, par une habile chirurgie spirituelle, le sonde jusqu’au tréfonds. L’incisivité de son style, son courage et sa franchise envers ses auditeurs, arrachant les masques du péché et de l’égoïsme — ces déguisements sous lesquels ils se dissimulent dans bien des cœurs chrétiens et entravent leur accès au trône de la grâce — nous rappellent la manière dont le Dr Finney dénonce et condamne sans ménagement ces ennemis de la sainteté chrétienne, et dont John Wesley extirpe jusqu’à la racine « le péché chez les croyants ».

Dans ce sermon, Mme Booth porte son attention sur une autre phase de la foi et de l’erreur pratique dans la conduite des âmes vers le Christ. Ses vues sur cette question controversée ne sont pas extrêmes, mais réfléchies et conformes aux Écritures. Elle enseigne que Dieu a rendu le don du salut simultané à l’exercice de la foi, et que « dire à quelqu’un de croire qu’il est sauvé, avant qu’il ne le soit, c’est lui dire de croire un mensonge ». Mais elle soutient que l’acte de foi s’accomplit avec le secours particulier du Saint-Esprit, qui donne l’assurance que la bénédiction recherchée sera accordée. Cette assurance, ou ces arrhes, donnée par l’Esprit, devient le fondement sur lequel repose l’acte final de la foi, à savoir : « je crois que je reçois ». Cela correspond à ce que William Taylor nomme la « constatation » divine « du fait que le pécheur s’est abandonné à Dieu et qu’il a accepté le Christ », avant la justification. [Note : Election of Grace, p. 38-42.] Les deux docteurs s’accordent avec l’analyse de la foi par Wesley, qui enseigne que la quatrième et dernière étape, « Il le fait », ne peut être franchie que par la puissance particulière que communique le Saint-Esprit. [Note : Sermons. La Patience, section 13 ; Scripture Way of Salvation, section 17 ; et Whedon sur Marc 11:24.]

Tous les trois situent l’efficacité divine avant la déclaration « je crois que je reçois », ou « j’ai reçu » (version révisée), faisant reposer cette déclaration sur la perception d’un changement divin au-dedans de la conscience. Tous insistent sur ce que la foi qui sauve n’est pas un simple exercice moral et humain, mais que le pouvoir de croire de cœur descend de Dieu, qu’il faut l’attendre dans la prière, et qu’il devient chez le croyant une série d’actes surnaturels et spirituels, une habitude de l’âme, à la fois la semence et le fruit du frémissement de la vie divine, réunissant en lui-même les traits de l’humilité pénitente, du renoncement à soi-même, de la simple confiance et de l’obéissance absolue enracinée dans l’amour. Ces docteurs exaltent l’élément divin de la foi. Nous cherchons en vain dans leurs écrits une exhortation adressée au pénitent en ces termes : « Crois que tu es sauvé, parce que Dieu le dit dans sa Parole » ; mais plutôt : crois que tu es sauvé quand tu entends son Esprit crier, dans ton cœur : Abba ! Père !

Bien des docteurs modernes tombent dans l’erreur de traiter la foi qui sauve comme un acte intellectuel accompli sans aide, à volonté, à tout moment. C’est plutôt un acte spirituel, possible seulement lorsqu’il est suscité par le Saint-Esprit, qui n’incite à la foi que lorsqu’il voit une véritable repentance et un abandon de tout le cœur à Dieu.

Alors l’Esprit révèle le Christ et aide à le saisir. En réfutant la doctrine prédestinatienne extrême selon laquelle la foi serait une grâce irrésistible souverainement accordée aux élus, on court grand risque de tomber dans l’erreur opposée, appelée pélagianisme, qui fait de la foi qui sauve un exercice que l’homme naturel est capable d’accomplir sans le secours du Saint-Esprit. La véritable culpabilité de l’incrédulité réside dans cette indifférence volontaire à l’égard du Christ et cette impénitence du cœur, où le Saint-Esprit ne peut inspirer la foi qui sauve.

Dans notre introduction au « Christianisme conquérant », nous signalions, au nom des Églises américaines, un besoin universel : l’enthousiasme. Dans son bref discours d’Exeter Hall, Mme Booth en dévoile la source. La sainteté est la source vive de l’enthousiasme. Aussi n’est-il pas une crue passagère du printemps, mais un fleuve débordant de puissance chez tous ceux qui le possèdent, et, notamment dans l’Armée du Salut, portant sur son sein les masses de l’Angleterre étrangères à l’Église.

Un saint enthousiasme est contagieux et conquérant. Nous ne saurions toucher le peuple avec le glaçon de la logique ; mais il ne manquera pas de s’incliner devant le sceptre d’un amour ardent et joyeux. Peu d’hommes savent raisonner ; tous savent sentir. L’enthousiasme et le plein salut, tels les frères siamois, ne peuvent être séparés sans mourir.

L’erreur de la chaire moderne est celle du forgeron qui martèle l’acier froid : une faible empreinte au prix d’un immense labeur. Le baptême de feu qui amollirait nos assemblées allégerait la peine du prédicateur et en multiplierait le fruit.

Les quatre allocutions sur la Sainteté sont exhortatives plutôt qu’argumentatives ou exégétiques. Ce sont des cyclones spirituels. On voit mal comment un chrétien pourrait résister à ces appels passionnés à faire ce que Joseph Cook nomme « un abandon de soi affectueux, total, irréversible, éternel, à Jésus-Christ, à la fois comme Sauveur et comme Seigneur », afin d’atteindre cette « parfaite conformité de sentiment avec Dieu » en quoi consiste la perfection évangélique.

C’est pour moi une grande joie d’avoir quelque humble part à faire retentir, à travers le continent américain, ces paroles enflammées sorties des lèvres de cette Débora moderne, la prophétesse chrétienne suscitée par Dieu pour délivrer son peuple de la captivité de la mondanité et de l’apathie religieuse.

« Puisse tout le peuple de l’Éternel », hommes et femmes, « être composé de prophètes ; et veuille l’Éternel mettre son esprit sur eux ! »

« Retiendrons-nous le cours de l’Esprit, Ou éteindrons-nous le feu céleste ?

Que Dieu ordonne ses messagers, Et inspire qui il voudra !

Qu’il souffle à son gré : le choix des instruments de l’Esprit, nous le bénissons ; si Christ est prêché, nous nous réjouirons, et souhaiterons plein succès à sa parole. »

DANIEL STEELE.

Reading (Mass.), le 23 novembre 1883.

Sommaire

La piété Catherine Booth

Page 1 / 1 · 9 min restantes dans le chapitre