Glanures parmi les gerbes ·La grâce et le salut

Chapitre 8 · 12 min de lecture

La grâce et le salut

Le triomphe de la grâce

C’est l’une des plus grandes merveilles que tous les hommes n’aiment pas Christ. Rien ne manifeste plus clairement la corruption totale de notre race que ce fait : « Méprisé et abandonné des hommes ». Ceux, cependant, qui ont vu jaillir les sources du grand abîme de la dépravation humaine ne sont pas embarrassés pour rendre compte du traitement réservé au Messie. Il n’était pas possible que les ténèbres eussent communion avec la lumière, ni Christ avec Bélial. L’homme déchu ne pouvait marcher avec Jésus, car les deux n’étaient pas d’accord. Ce ne fut que le résultat nécessaire du contact de deux êtres si opposés que la créature coupable haït le Parfait. « Crucifie, crucifie-le ! » est le cri naturel de l’homme déchu. Notre premier étonnement se déplace, et un autre étonnement remplit la sphère de la pensée. Nous étonnions-nous que tous les hommes n’aiment pas ? — c’est une merveille plus grande encore qu’un seul homme aime Jésus. Dans le premier cas, nous avons vu l’aveuglement terrible qui ne parvenait pas à découvrir l’éclat du soleil — nous l’avons vu en frémissant, et nous fûmes grandement stupéfaits ; mais dans ce second cas, nous contemplons Jésus de Nazareth ouvrant l’œil fermé depuis longtemps, et dissipant les ténèbres d’Égypte par le divin rayonnement de sa merveilleuse lumière. Est-ce là une moindre merveille ? S’il était étrange d’assister aux affreux délires du démoniaque parmi les tombeaux, c’est assurément un bien plus grand prodige de voir ce même homme assis aux pieds de Jésus, vêtu et dans son bon sens. C’est en vérité un triomphe de la grâce quand le cœur de l’homme est amené à donner son affection à Jésus, car cela prouve que l’œuvre de Satan est entièrement défaite, et que l’homme est relevé de son état déchu.

La robe de justice

Notre habit de cour dans le ciel, et notre vêtement de sanctification pour l’usage quotidien, sont les dons pleins de condescendance de l’amour de Christ.

L’Évangile

Il y a dans l’Évangile tout ce que tu désires. Veux-tu quelque chose pour te soutenir dans la détresse ? Cela est dans l’Évangile : « que ta vigueur dure autant que tes jours ! » As-tu besoin de quelque chose pour te fortifier en vue du devoir ? Il y a une grâce pleinement suffisante pour tout ce que Dieu t’appelle à endurer ou à accomplir. As-tu besoin de quelque chose pour éclairer l’œil de ton espérance ? Ô ! il y a dans l’Évangile des éclairs de joie qui font que ton œil renvoie à son tour les feux immortels de la félicité. Veux-tu quelque chose pour te faire tenir ferme au milieu de la tentation ? Il y a dans l’Évangile de quoi te rendre inébranlable, abondant toujours dans l’œuvre du Seigneur. Il n’est ni passion, ni affection, ni pensée, ni désir, ni faculté que l’Évangile n’ait comblés jusqu’au bord. L’Évangile était manifestement destiné à l’homme : il lui est adapté en chacune de ses parties. Il y a la connaissance pour la tête ; il y a l’amour pour le cœur ; il y a la direction pour le pied.

Un amour non mérité

Rien ne nous fait autant aimer Christ que le sentiment de son amour mis en regard du sentiment de notre indignité. Il est doux de penser que Christ nous aime ; mais, ô, de se rappeler que nous sommes noirs comme les « tentes de Kédar », et que pourtant il nous aime ! Voilà une pensée qui peut bien nous détacher de tout le reste.

La grâce

La grâce est toujours la grâce, mais elle ne paraît jamais aussi gracieuse que lorsque nous la voyons apportée à nos indignes personnes.

Les vases de miséricorde

Les élus de Dieu sont désignés comme des « vases de miséricorde ». Or nous savons qu’un vase n’est rien qu’un récepteur. Un « vase » n’est pas une source, mais seulement un contenant et un réceptacle de ce que l’on y verse. Tels sont les rachetés de Dieu ; ils ne sont pas des sources par nature, d’où jaillirait quelque chose de bon ; ils sont simplement des récepteurs. À un moment, ils sont pleins d’eux-mêmes, mais la grâce les vide, et alors, comme des vases vides, ils sont placés sur le chemin de la bonté de Dieu ; Dieu les remplit jusqu’au bord de sa bonté, et ainsi ils se révèlent être les vases de sa miséricorde. En tant que « vases », ils pourront ensuite donner à d’autres, mais ils ne peuvent donner que ce que Dieu a mis en eux ; ils peuvent travailler à leur salut avec crainte et tremblement, mais ils ne peuvent y travailler que parce que c’est Dieu qui produit en eux le vouloir et le faire, selon son bon plaisir. Ils peuvent déborder de reconnaissance, mais c’est seulement parce que Dieu les a remplis de grâce ; ils peuvent répandre la sainteté, mais c’est seulement parce que le Seigneur maintient l’approvisionnement débordant. Ils sont des récepteurs, et rien que des récepteurs.

Ce que l’Évangile requiert

L’Évangile n’est pas un système où l’on donne à Dieu, mais où l’on reçoit de Dieu. C’est puiser de sa plénitude, boire à ses « sources du salut », recevoir de son trésor. Pécheur ! souviens-toi que tout ce que Dieu te demande, en vue de ton salut, c’est que tu sois celui qui reçoit, et cela même il te le donne, jusqu’au pouvoir de recevoir. Il ne te demande pas de faire quoi que ce soit, mais de tendre ta main vide, et de prendre tout ce dont tu as besoin. Il ne t’ordonne pas de remplir tes greniers et de devenir riche, mais il t’ordonne simplement de confesser ta pauvreté, et d’ouvrir les portes de tes chambres vides, afin qu’il répande sur toi une bénédiction telle que tu trouveras à peine la place de la contenir. As-tu appris cette vérité ? En es-tu venu à vivre comme celui qui reçoit de la main de Dieu ? T’es-tu tenu à la porte de la Miséricorde, cherchant humblement le salut ? Car, si tu ne l’as pas fait — si tu n’as jamais encore consenti à recevoir de Dieu les richesses de la grâce au lieu de lui offrir tes propres œuvres sans valeur — si tu ne consens pas à être le bénéficiaire de sa bonté gratuite, tu es totalement étranger à tout ce qui ressemble à l’Évangile de Christ.

La grâce a bien plus surabondé

Il n’y a jamais eu, dans l’histoire de ce monde, de période où il fût entièrement livré au péché. Dieu a toujours eu ses serviteurs sur la terre ; parfois ils ont pu être cachés par cinquantaines dans les cavernes, mais ils n’ont jamais été entièrement retranchés. La grâce a pu être basse ; le courant a pu être très peu profond, mais il n’a jamais été entièrement à sec. Les nuages n’ont jamais été assez universels pour cacher le jour. Mais le temps approche à grands pas où la grâce s’étendra sur tout notre monde, et où « la terre sera remplie de la connaissance de l’Éternel, comme le fond de la mer par les eaux qui le couvrent ». « La grâce a bien plus surabondé » ; et quels que soient les biens que le monde a perdus par le péché, il a gagné bien davantage par la grâce. Il est vrai que nous avons été chassés d’un jardin de délices, où la paix, l’amour et le bonheur trouvaient une glorieuse demeure, mais nous avons par Jésus un plus bel héritage. Les plaines du ciel surpassent les champs du paradis par les délices toujours nouvelles qu’elles offrent, tandis que l’arbre de vie et le fleuve qui sort du trône rendent les habitants des régions célestes plus que bienheureux. Il est vrai que nous sommes devenus sujets à la mort par le péché, mais la grâce n’a-t-elle pas révélé une immortalité pour laquelle nous sommes heureux de mourir ? La vie perdue en Adam est plus que restaurée en Christ. Nos robes premières furent déchirées par Adam, mais Jésus nous a revêtus d’une justice divine, dont la valeur dépasse de beaucoup même les robes sans tache de l’innocence créée. Nous pleurons notre condition basse et misérable due au péché, mais nous nous réjouissons à la pensée que nous sommes maintenant plus en sûreté qu’avant notre chute, que nous sommes amenés à une alliance plus étroite avec Jésus que notre condition de créature n’aurait jamais pu s’en vanter. Ô Jésus ! tu nous as acquis un héritage plus vaste que tout ce qu’Adam a jamais perdu ; tu as rempli notre coffre de richesses plus grandes que tout ce que notre péché a jamais dilapidé ; tu nous as chargés d’honneurs, et dotés de privilèges bien plus excellents que notre droit de naissance naturel n’aurait pu nous procurer. En vérité, en vérité, « la grâce a surabondé ».

Tout par la grâce

Le peuple de Dieu, après avoir été appelé par la grâce, est gardé en Jésus-Christ ; ils sont « gardés par la puissance de Dieu, par la foi, pour le salut » ; il ne leur est pas permis de perdre par le péché leur héritage éternel, mais à mesure que les tentations surgissent, une force leur est donnée pour les affronter ; et à mesure que le péché les souille, ils sont lavés de nouveau, et purifiés encore. Mais remarque-le : la raison pour laquelle Dieu garde son peuple est la même que celle qui en a fait son peuple — sa propre grâce libre et souveraine. Si tu as été délivré à l’heure de la tentation, arrête-toi et souviens-toi que tu n’as pas été délivré à cause de toi-même. Il n’y avait rien en toi qui méritât cette délivrance. Si tu as été nourri et pourvu à ton heure de besoin, ce n’est pas parce que tu as été un serviteur fidèle de Dieu, ni parce que tu as été un chrétien assidu à la prière ; c’est simplement et uniquement à cause de la miséricorde de Dieu. Il n’est porté à rien de ce qu’il fait pour toi par quoi que ce soit que tu fasses pour lui ; le motif qui le pousse à te bénir réside tout entier dans les profondeurs de son propre sein. Béni soit Dieu, son peuple sera gardé.

« Ni la mort ni l’enfer n’ôteront jamais Ses favoris de son sein ; Dans le cher sein de son amour Ils doivent à jamais reposer. »

Mais pourquoi ? Parce qu’ils sont saints ? Parce qu’ils sont sanctifiés ? Parce qu’ils servent Dieu par de bonnes œuvres ? Non, mais parce que lui, dans sa grâce souveraine, les a aimés, les aime, et les aimera jusqu’à la fin. Ainsi, le salut, du commencement à la fin, est tout entier par la grâce. Combien humble, dès lors, un chrétien devrait-il être ! Nous n’avons absolument rien à voir avec notre salut ; Dieu a tout fait. C’est une miséricorde non méritée que nous avons reçue. C’est son amour sans bornes et insondable qui l’a conduit à nous sauver ; et c’est le même amour et la même miséricorde qui nous soutiennent maintenant. À lui soit la gloire !

Cet homme accueille des gens de mauvaise vie

« Cet homme accueille des gens de mauvaise vie ». Pauvre pécheur malade de ton péché, quelle douce parole que celle-ci pour toi ! Réponds-y, réponds-y, et dis : « Sûrement, alors, il ne me rejettera pas. » Laisse-moi t’encourager à venir à mon Maître, afin que tu reçoives sa grande expiation, et que tu sois revêtu de toute sa justice. Remarque-le : ceux à qui je m’adresse sont les bona fide, les vrais, les véritables pécheurs ; non ceux qui disent seulement qu’ils sont pécheurs par une confession générale, mais ceux qui sentent leur condition perdue, ruinée, désespérée. Tous ceux-là sont franchement et librement invités à venir à Jésus-Christ, et à être sauvés par lui. Viens, pauvre pécheur, viens. Viens, parce qu’il a dit qu’il te recevra. Je connais tes craintes ; je sais que tu dis en ton cœur : « Il me rejettera. Si je présente ma prière, il ne m’entendra pas ; si je crie vers lui, peut-être pourtant que les cieux seront d’airain ; j’ai été un si grand pécheur qu’il ne me prendra jamais dans sa maison pour habiter avec lui. » Pauvre pécheur ! ne parle pas ainsi ; Lui, il a publié le décret. N’est-ce pas suffisant ? Il a dit : « je ne mettrai pas dehors celui qui vient à moi ». Ne t’aventures-tu pas sur cette promesse ? Ne veux-tu pas prendre la mer dans un navire aussi solide que celui-ci. Il l’a dit ? Cela a souvent été l’unique consolation des saints ; c’est là-dessus qu’ils ont vécu, c’est là-dessus qu’ils sont morts. Il l’a dit. Quoi ! penses-tu que Christ te dirait qu’il te recevra, et pourtant ne le ferait pas ? Dirait-il : « Venez, car tout est déjà prêt », et pourtant te fermerait-il la porte ? Non ; s’il a dit qu’il ne rejettera aucun de ceux qui viennent à lui, sois assuré qu’il ne peut pas, qu’il ne veut pas te rejeter. Viens donc, éprouve son amour sur ce fondement : qu’il l’a dit. Viens, et ne crains rien, car souviens-toi : si tu te sens pécheur, ce sentiment est un don de Dieu ; et c’est pourquoi tu peux venir en toute sécurité à Celui qui a déjà tant fait pour t’attirer. Si tu sens ton besoin d’un Sauveur, c’est Christ qui te l’a fait sentir ; si tu as le désir de venir après Christ, c’est Christ qui t’a donné ce désir ; si tu as quelque désir de Dieu, c’est Dieu qui t’a donné ce désir ; si tu peux soupirer après Christ, c’est Christ qui t’a fait soupirer ; si tu peux pleurer après Christ, c’est Christ qui t’a fait pleurer. Oui, si tu ne peux que le désirer du désir ardent de celui qui craint de ne jamais pouvoir le trouver, mais qui espère le pouvoir — si tu ne peux que l’espérer, c’est lui qui t’a donné cette espérance. Et ô, ne veux-tu pas venir à lui ? Tu portes maintenant sur toi quelques-uns des bienfaits du Roi ; viens et plaide ce qu’il a fait ; il n’est point de requête qui puisse jamais échouer auprès de Dieu, quand tu plaides cela. Viens à lui, et tu trouveras qu’il est vrai, ce qui est écrit : « Cet homme accueille des gens de mauvaise vie ».

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Glanures parmi les gerbes Charles H. Spurgeon

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