Glanures parmi les gerbes ·L’Église et le monde

Chapitre 20 · 5 min de lecture

L’Église et le monde

L’unique famille

L’univers de Dieu est un : le ciel et la terre ne sont pas aussi séparés que l’incrédulité l’a rêvé. Comme le Seigneur n’a qu’une seule famille, inscrite sur un seul registre, rachetée par un seul sang, vivifiée par un seul Esprit, de même toute cette maisonnée demeure à jamais dans une seule habitation. Nous qui sommes dans le corps, nous demeurons dans la chambre d’en bas, parfois sombre et froide, mais qui porte des marques suffisantes qu’elle est une chambre de la maison de Dieu ; car, aux yeux de notre foi, elle est souvent illuminée d’un éclat céleste, et nous, oui, nous, pendant que nous sommes encore ici, nous sommes, par de bienheureuses arrhes, rendus participants de l’héritage des saints dans la lumière. C’est la même maison, dis-je, mais la nôtre est la chambre d’en bas, tandis que nos frères glorifiés sont là-haut, à l’étage supérieur, où la lumière du soleil pénètre éternellement, où nul vent glacé ni souffle empoisonné ne peut jamais atteindre. Et, dans une large mesure, il y a une ressemblance entre la chambre d’en bas et la chambre d’en haut. Comme sur la terre nous nous préparons pour le ciel, ainsi l’état des saints sur la terre est le ciel préfiguré. À bien des égards, la condition de l’enfant de Dieu sur la terre est une figure de sa condition dans le ciel ; et ce qu’est le caractère des saints là-haut, tel devrait être le caractère des saints ici-bas. Nous pouvons en toute sûreté prendre pour exemple ces esprits glorifiés. Nous n’avons pas à craindre d’être égarés en les imitant, en apprenant leurs occupations, ou en tâchant de partager leurs joies. Assurément, les choses du ciel sont les modèles des choses de la terre, et tels ils sont devant le trône, tels nous devrions être. Bien plus, tels nous serons, dans la mesure où nous vivrons à la hauteur de nos privilèges et recevrons la ressemblance et l’image de notre Seigneur Jésus-Christ.

Quelques hommes même à Sardes

« Tu as à Sardes quelques hommes qui n’ont pas souillé leurs vêtements. » Ici nous avons une préservation spéciale. Remarquez-le avec soin. « Tu as à Sardes quelques hommes. » Seulement quelques-uns ; pas si peu que certains le pensent, mais pas non plus autant que d’autres se l’imaginent. Quelques-uns comparés à la masse de ceux qui font profession ; quelques-uns comparés même aux vrais enfants de Dieu, car beaucoup d’entre eux ont souillé leurs vêtements. Ils n’étaient qu’un petit nombre, et ce petit nombre se trouvait même à Sardes. Il n’est pas sur la terre une Église si corrompue qu’elle n’ait « quelques-uns ».

Prenez courage, chrétiens ; il y a quelques-uns à Sardes. Ne soyez pas tout à fait abattus. Quelques héros n’ont pas tourné le dos au jour du combat ; quelques vaillants hommes luttent encore pour la vérité. Mais prenez garde, car peut-être n’êtes-vous pas de ces « quelques-uns ». Puisqu’il n’y en a que « quelques-uns », il devrait y avoir de grands examens de cœur. Regardons à nos vêtements, et voyons s’ils sont souillés. Et puisqu’il n’y en a que « quelques-uns », sois actif. Moins il y a d’ouvriers pour faire l’ouvrage, plus il y a de raison pour que tu sois actif. « Insiste en toute occasion, favorable ou non. » Oh ! si nous avions des centaines derrière nous, nous pourrions dire : « Que ceux-là fassent l’ouvrage » ; mais si nous ne sommes qu’avec « quelques-uns », combien chacun de ces quelques-uns devrait se dépenser !

Excitez-vous donc à la plus grande activité, car en vérité il n’y a que quelques-uns à Sardes qui n’ont pas souillé leurs vêtements. Par-dessus tout, soyez adonnés à la prière. Élevez vers Dieu vos cris fervents, afin qu’il multiplie les fidèles, qu’il augmente le nombre des élus qui tiennent ferme, et qu’il purifie l’Église. Criez à Dieu, afin que vienne le jour où l’or si fin ne sera plus terni ; où la gloire reviendra à Sion. Suppliez Dieu d’écarter la nuée, d’ôter « les ténèbres que l’on puisse toucher ». Soyez doublement adonnés à la prière, car il n’y a que quelques-uns à Sardes qui n’ont pas souillé leurs vêtements.

L’Église et le monde

Les chrétiens devraient vivre de telle sorte qu’il serait vain de parler d’une comparaison entre eux et les hommes du monde. Ce ne devrait pas être une comparaison, mais un contraste. Aucune échelle de degrés ne devrait être possible : le croyant devrait être une contradiction directe et manifeste de l’homme non régénéré. La vie d’un saint devrait être tout entière au-dessus de la vie d’un pécheur, et hors de la même liste. Nous devrions contraindre nos critiques, non pas à reconnaître que les moralistes sont bons et les chrétiens un peu meilleurs ; mais, tandis que le monde est ténèbres, nous devrions manifestement être lumière ; et tandis que le monde entier est sous la puissance du malin, nous devrions être très évidemment de Dieu, et vaincre les tentations de ce malin. Aussi éloignés que les pôles le sont l’un de l’autre, ainsi le sont la vie et la mort, la lumière et les ténèbres, la pureté et le péché. Il devrait y avoir entre l’homme du monde et le chrétien autant de différence qu’entre l’enfer et le ciel, entre la perdition et la vie éternelle. Comme nous espérons qu’il y aura, à la fin, un grand abîme nous séparant du sort des impénitents, il devrait y avoir ici un abîme profond et large entre nous et les impies. La pureté de notre caractère devrait être telle que les hommes soient forcés de reconnaître que nous sommes d’une autre race, d’une race supérieure. Si nous étions ce que nous professons d’être, il n’y aurait aucune difficulté à distinguer le chrétien de l’homme du monde. Mais, hélas ! l’Église est tellement frelatée que nous devons rabattre de notre gloire et ne pouvons exalter notre caractère comme nous le voudrions. Oh ! que vienne le temps où « notre cité à nous sera dans les cieux », et où la vie ignoble de l’homme mondain sera confondue par notre caractère semblable à celui de Christ ! Que Dieu nous accorde d’être de plus en plus clairement une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis, afin que nous annoncions les vertus de celui qui nous a appelés des ténèbres à son admirable lumière.

Glanures parmi les gerbes Charles H. Spurgeon

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