Chapitre 16 · 12 min de lecture
Le ciel et la vie à venir
La couronne du chrétien
Les chrétiens ont-ils une couronne ? Ô, oui ; mais ils ne la portent pas tous les jours. Ils ont une couronne, mais leur jour de couronnement n’est pas encore venu ; ils ont été oints monarques ; ils possèdent une part de l’autorité et de la dignité des monarques, seulement ils ne sont pas encore des monarques couronnés. Mais la couronne est faite. Dieu n’aura pas à ordonner aux orfèvres du ciel de la façonner plus tard : elle est déjà faite, suspendue dans la gloire. Dieu a « réservé pour moi la couronne de justice ».
Le ciel, un héritage
« l’héritage des saints. » Ainsi donc, le ciel, avec toutes ses gloires, est un héritage. Or un héritage n’est pas une chose qui s’achète à prix d’argent, se gagne par le travail, ou se remporte par la conquête. Si quelqu’un possède un héritage, au sens propre du terme, il lui est venu par la naissance. Et il en est ainsi du ciel. L’homme qui recevra ce glorieux héritage ne l’obtiendra pas par les œuvres de la loi, ni par les efforts de la chair ; il lui sera donné comme un droit tout gracieux, parce qu’il a été « régénéré, pour une espérance vivante, par la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts », et qu’il est ainsi devenu héritier du ciel par le sang et par la naissance. Ceux qui parviennent à la gloire sont des fils ; car n’est-il pas écrit : « le Prince de leur salut conduit à la gloire beaucoup de fils » ? Ils n’y parviennent pas comme des serviteurs ; nul serviteur n’a aucun droit à l’héritage de son maître. Si fidèle soit-il, il n’est pas pour autant l’héritier de son maître. Mais parce que vous êtes fils — fils par la régénération de l’Esprit — fils par l’adoption du Père — parce que, par une énergie surnaturelle, vous êtes nés de nouveau, vous devenez héritiers de la vie éternelle, et vous entrez dans les nombreuses demeures de la maison de notre Père là-haut. Comprenons donc toujours, lorsque nous pensons au ciel, que c’est un lieu qui doit être nôtre, et un état dont nous devons jouir comme le fruit de la naissance — non comme le fruit du travail. « Si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu. » Ce royaume étant un « héritage », tant que vous n’avez pas la nouvelle naissance, vous ne pouvez prétendre y entrer.
Le sommeil de la mort
« Le sommeil de la mort » — qu’est-ce que ce sommeil ? Nous savons que l’idée première liée au sommeil est celle du repos. Les yeux du dormeur ne souffrent plus de l’éclat de la lumière ni du flot des larmes ; ses oreilles ne sont plus tourmentées par le bruit des querelles ni par le murmure de la souffrance ; sa main n’est plus affaiblie par un effort long et prolongé ni par une pénible lassitude ; ses pieds ne sont plus meurtris d’ampoules par les allées et venues le long d’un chemin rocailleux ; il y a du soulagement pour les têtes douloureuses, les nerfs surmenés et les cœurs lourds, dans le doux repos du sommeil. Sur cette couche, si dure soit-elle, le laboureur se défait de son labeur, le marchand de son souci, le penseur de ses difficultés, et celui qui souffre de ses douleurs. Le sommeil fait de chaque nuit un sabbat pour le jour. Le sommeil ferme la porte de l’âme, et ordonne à tous les intrus de patienter un moment. Il en est ainsi du corps tandis qu’il dort dans le tombeau. Les fatigués sont au repos : le serviteur est aussi à l’aise que son maître. L’ouvrier ne s’appuie plus sur sa bêche, le penseur ne soutient plus sa tête pensive. La roue s’arrête ; la navette ne se meut plus ; la main qui faisait tourner l’une et les doigts qui lançaient l’autre sont eux aussi en repos. La tombe exclut tout trouble, tout labeur, tout effort. Le croyant épuisé de labeur dort paisiblement, comme l’enfant las de ses jeux, lorsqu’il ferme les yeux et s’endort sur le sein de sa mère. Ô ! heureux ceux qui meurent dans le Seigneur ; ils se reposent de leurs travaux, et leurs œuvres les suivent. Nous ne voudrions pas fuir le labeur, car bien qu’il soit en lui-même une malédiction, il est, une fois sanctifié, une bénédiction ; pourtant le labeur pour le labeur, nous ne le choisirions pas : et quand l’œuvre de Dieu est achevée, nous sommes trop heureux de penser que notre travail est achevé aussi. Le puissant Cultivateur, quand nous aurons accompli notre journée, ordonnera à ses serviteurs de reposer sur le meilleur des lits, car les mottes de la vallée leur seront douces. Leur repos ne sera jamais troublé jusqu’à ce qu’il les réveille pour leur donner leur pleine récompense. Gardés par des anges veilleurs, voilés par des mystères éternels, reposant sur le giron de la terre nourricière, vous dormirez encore, vous, héritiers de la gloire, jusqu’à ce que la plénitude des temps vous apporte la plénitude de la rédemption.
Avant-goûts du ciel
Nous est-il possible de connaître quoi que ce soit de notre demeure céleste ? L’intelligence humaine a-t-elle le pouvoir de s’envoler vers le pays de l’au-delà, où le peuple de Dieu repose éternellement ? Notre recherche se heurte d’emblée à ce qui semble un refus formel : « ce sont des choses que l’œil n’a point vues, que l’oreille n’a point entendues, et qui ne sont point montées au cœur de l’homme, des choses que Dieu a préparées pour ceux qui l’aiment ». Si nous nous arrêtions ici, nous pourrions renoncer à toute idée de contempler d’ici ce « bon pays et ce Liban » ; mais nous ne nous arrêtons pas, car, comme l’apôtre, nous poursuivons le texte, et nous ajoutons : « Dieu nous les a révélées par l’Esprit ». Il est possible de regarder au-dedans du voile ; l’Esprit de Dieu peut l’écarter un instant, et nous inviter à jeter un regard, même lointain, sur cette gloire indicible. Il y a des « Pisga » aujourd’hui même sur la terre, du sommet desquels on peut contempler le Canaan céleste ; il y a des heures bénies où les brumes et les nuages sont balayés, où le soleil brille dans toute sa force, et où notre œil, délivré de son obscurité naturelle, contemple quelque chose de ce pays qui est très lointain, et voit un peu de la joie et de la félicité réservées au peuple de Dieu dans l’au-delà. Par le Saint-Esprit leur sont données, dès maintenant, en des temps de bienheureuse communion, des expériences, des joies et des sentiments tels qu’ils semblent faire descendre le ciel jusqu’à eux, et les rendent capables de se représenter, dans une faible mesure, ce que le ciel lui-même doit être.
Près du foyer
Le meilleur moment de la vie d’un chrétien est son dernier, parce que c’est celui qui est le plus proche du ciel ; et c’est alors qu’il commence à donner la note fondamentale du chant qu’il chantera durant toute l’éternité. Ô ! quel chant ce sera !
Le chemin du ciel
Il n’y a pas d’autre chemin vers le ciel, quelles que soient tes espérances, que par Christ : il n’y a pas d’autre chemin vers les portes de perle que par le côté ensanglanté de Jésus. Ce sont là les portes du paradis — ces plaies saignantes. Si tu veux trouver ton chemin vers le trône éclatant de Dieu, trouve d’abord ton chemin vers la croix de Jésus ; si tu veux connaître le chemin du bonheur, marche dans ce sentier de misère que Jésus a foulé. Quoi ! tenter un autre chemin ? Es-tu assez insensé pour penser que tu peux arracher les montants, les barres et les portes du ciel de leur place éternelle, et te frayer un passage par ta force de créature ? Ou penses-tu acheter, avec tes richesses et ton or, un point d’appui dans le paradis ? Insensé ! qu’est ton or, là où les rues en sont faites, et où les portes sont de perle massive ? — là où les fondements sont de jaspe, et dont les murailles sont de pierres précieuses ? Et penses-tu y parvenir par tes mérites ? Ah ! par l’orgueil tombèrent les anges, et par ton orgueil tu tombes. Le ciel n’est pas pour ceux qui sont tels que toi. Mais dis-tu : « Je laisserai ma fortune, après mon départ, à des œuvres de charité ; je bâtirai un hôpital, ou je nourrirai les pauvres » ? Alors, que les hommes te paient : tu as travaillé pour eux, qu’ils acquittent la dette ; qu’ils dressent le pilier de pierre, et placent ton effigie à son sommet. Si tu as travaillé pour ton pays, que ton pays te paie ce qu’il te doit. Mais Dieu — que te doit-il ? Tu l’as oublié ; tu as méprisé son Fils ; tu as rejeté son Évangile. Que tu sois guerrier, homme d’État, patriote — que les hommes te paient ; Dieu ne te doit rien ; et tout ce que tu peux faire, si tu ne viens pas par le vrai chemin, par Jésus-Christ, qui a vécu et est mort, et qui est vivant aux siècles des siècles, et qui porte les clefs du ciel à sa ceinture, ne saurait le soudoyer pour qu’il t’admette dans son palais.
L’espérance du ciel
Les croyants ne doivent pas seulement être avec Christ, et contempler sa gloire, mais ils doivent être semblables à Christ, et être glorifiés avec lui. Est-il glorieux ? Ils le seront aussi. Est-il intronisé ? Ils le seront aussi. Porte-t-il une couronne ? Eux aussi. Est-il sacrificateur ? Ils seront ainsi rois pour partager sa domination, et sacrificateurs pour offrir à jamais des sacrifices agréables. Remarque-le : à tout ce que Christ possède, les croyants ont part. Ils doivent régner avec Christ, et avoir une part de sa joie ; être honorés avec lui, être agréés en lui. Voilà bien le ciel ! Si tu as cette espérance, je t’en supplie, tiens-la ferme, vis-en, réjouis-t’en.
« Une espérance si divine Peut bien endurer les épreuves ; Peut purifier ton âme des sens et du péché, Comme Christ le Seigneur est pur. »Vis près de ton Maître maintenant, et ainsi tes preuves seront éclatantes ; et quand tu viendras à traverser le fleuve, tu le verras face à face, et ce que c’est, seuls peuvent le dire ceux qui en jouissent à chaque heure. Mais si tu n’as pas cette éclatante espérance, comment peux-tu vivre content ? Tu traverses un monde ténébreux vers une éternité plus ténébreuse encore. Je t’en supplie, arrête-toi et fais une pause. Considère un instant s’il vaut la peine de perdre le ciel pour cette pauvre terre. Quoi ! mettre en gage des gloires éternelles pour les misérables piécettes de quelques instants des plaisirs du monde ? Non, arrête-toi, je t’en supplie ; pèse le marché avant de l’accepter. Et que sert-il à un homme de gagner tout le monde, s’il perd son âme ? Quels pleurs et quels grincements de dents il y aura sur l’insouciance ou l’infortune par lesquelles les hommes perdent un ciel tel que celui-ci ?
Être avec Christ
« Être avec Christ. » Qui peut comprendre cela, sinon le chrétien ? C’est un ciel dont les gens du monde n’ont cure. Ils ne savent pas quelle masse de gloire est ramassée dans cette seule phrase : « Être avec Christ ». Mais pour le croyant, ces mots sont une concentration de félicité. Prends seulement l’une des nombreuses pensées précieuses que ces mots suggèrent — la vue de Christ. « Tes yeux verront le roi dans sa magnificence. » Nous avons entendu parler de lui, et nous pouvons dire : « lui que nous aimons sans l’avoir vu ». Mais alors nous « le verrons ». Oui, nous contemplerons réellement le Rédempteur exalté. Représente-toi cette pensée. N’y a-t-il pas là un ciel tout entier ? Tu verras les mains qui furent clouées à la croix pour toi ; tu verras la tête couronnée d’épines, et avec toute la multitude lavée par le sang, tu t’inclineras avec une humble révérence devant Celui qui s’est incliné dans un humble abaissement pour toi. La foi est précieuse, mais que doit être la vue ? Contempler Jésus comme l’Agneau de Dieu à travers le miroir de la foi fait tressaillir l’âme d’une joie ineffable ; mais oh ! le voir face à face, plonger le regard dans ces yeux, entendre cette voix — le ravissement commence à la seule mention de cela ! Si même y penser est si doux, que doit être la vision quand nous nous entretiendrons avec lui, « comme un homme parle à son ami » — car la vision de Christ implique la communion. Tout ce que l’épouse désirait dans le Cantique de Salomon, nous l’aurons, et dix mille fois plus. Alors s’accomplira la prière : « Qu’il me baise des baisers de sa bouche ! car ton amour vaut mieux que le vin. » Alors nous pourrons dire : « Que sa main gauche soit sous ma tête, et que sa droite m’embrasse ! » Alors nous éprouverons la promesse : « ils marcheront avec moi en vêtements blancs, parce qu’ils en sont dignes ». Et alors nous répandrons le chant de la reconnaissance, un chant tel que nous n’en avons jamais chanté sur la terre, mélodieux, suave, pur, plein de sérénité et de joie, sans nulle dissonance pour en gâter la mélodie ; un chant ravi et séraphique. Heureux jour, où la vision et la communion seront nôtres en plénitude — où nous connaîtrons comme nous avons été connus !