George Müller de Bristol
Annexe B : L’intelligence de la vérité

Chapitre 28 · 6 min de lecture · 8 min d’écoute

Annexe B : L’intelligence de la vérité

VOICI quelques points que Dieu commença à montrer à M. Müller pendant son séjour à Teignmouth, en 1829 :

1. Que la parole de Dieu seule est notre règle de jugement dans les choses spirituelles ; qu’elle ne peut être expliquée que par le Saint-Esprit ; et que de nos jours, aussi bien qu’autrefois, il est le docteur de son peuple. L’office du Saint-Esprit, je ne l’avais pas compris par expérience jusque-là. À vrai dire, de l’office de chacune des personnes bénies de ce qu’on appelle communément la Trinité, je n’avais aucune connaissance expérimentale. Je n’avais pas encore vu dans les Écritures que le Père nous a élus avant la fondation du monde ; que c’est en lui que ce merveilleux plan de notre rédemption a pris naissance, et qu’il a aussi établi tous les moyens par lesquels il devait s’accomplir. En outre, que le Fils, pour nous sauver, avait accompli la loi, afin de satisfaire à ses exigences et, avec elle, à la sainteté de Dieu ; qu’il avait porté le châtiment dû à nos péchés, et avait ainsi satisfait à la justice de Dieu. Et encore, que le Saint-Esprit seul peut nous instruire de notre état naturel, nous montrer notre besoin d’un Sauveur, nous rendre capables de croire en Christ, nous expliquer les Écritures, nous aider dans la prédication, etc. Ce fut surtout le fait de commencer à comprendre ce dernier point qui eut sur moi un grand effet ; car le Seigneur me rendit capable de le mettre à l’épreuve de l’expérience, en laissant de côté les commentaires et presque tout autre livre, et en lisant simplement la Parole de Dieu et en l’étudiant. Il en résulta que, le premier soir où je m’enfermai dans ma chambre pour me donner à la prière et à la méditation des Écritures, j’appris en quelques heures plus que je ne l’avais fait pendant plusieurs mois auparavant. Mais la différence essentielle était que je recevais, en agissant ainsi, une force réelle pour mon âme. Je commençai alors à éprouver à la pierre de touche des Écritures les choses que j’avais apprises et vues, et je trouvai que seuls les principes qui résistaient à cette épreuve avaient une réelle valeur.

2. Avant cette époque, j’avais été très opposé aux doctrines de l’élection, de la rédemption particulière et de la grâce qui fait persévérer jusqu’à la fin ; à tel point que, peu de jours après mon arrivée à Teignmouth, je qualifiai l’élection de doctrine diabolique. Je ne croyais pas m’être amené moi-même au Seigneur, car cela était trop manifestement faux ; mais je soutenais pourtant que j’aurais pu résister jusqu’au bout. En outre, je ne savais rien du choix que Dieu fait de son peuple, et je ne croyais pas que l’enfant de Dieu, une fois devenu tel, fût en sûreté pour toujours. Dans mon esprit charnel, je m’étais dit à plusieurs reprises : Si seulement je pouvais prouver que je suis enfant de Dieu pour toujours, je pourrais retourner dans le monde pendant un an ou deux, puis revenir au Seigneur, et être sauvé à la fin. Mais je fus alors amené à examiner ces précieuses vérités à la lumière de la parole de Dieu. Rendu disposé à ne garder pour moi aucune gloire dans la conversion des pécheurs, mais à ne me considérer que comme un instrument, et rendu disposé à recevoir ce que disent les Écritures, j’allai à la Parole, lisant le Nouveau Testament depuis le commencement, en m’attachant particulièrement à ces vérités. À mon grand étonnement, je trouvai que les passages qui parlent nettement en faveur de l’élection et de la grâce qui fait persévérer étaient environ quatre fois plus nombreux que ceux qui parlent en apparence contre ces vérités ; et même ce petit nombre, peu après, quand je les eus examinés et compris, servirent à m’affermir dans les doctrines susdites. Quant à l’effet que la foi en ces doctrines produisit sur moi, je suis contraint de déclarer, pour la gloire de Dieu, que, bien que je sois encore extrêmement faible, et nullement aussi mort à la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie que je pourrais et devrais l’être, j’ai pourtant, par la grâce de Dieu, marché plus près de lui depuis cette époque. Ma vie n’a pas été aussi changeante, et je puis dire que j’ai vécu beaucoup plus pour Dieu qu’auparavant. Et c’est en grande partie par le moyen de ces vérités que le Seigneur m’a fortifié en cela. Car, à l’heure de la tentation, j’ai été amené à maintes reprises à me dire : Pécherais-je ainsi ? Je ne ferais qu’attirer pour un temps la misère sur mon âme, et déshonorer Dieu ; car, étant fils de Dieu pour toujours, il faudrait que je sois ramené, fût-ce par la voie d’un châtiment sévère. Ainsi, dis-je, l’amour électif de Dieu en Christ (quand j’ai pu le saisir) a souvent été le moyen de produire la sainteté, au lieu de me conduire au péché. Ce qui est dangereux, c’est seulement la connaissance purement théorique de ces vérités, le fait de ne pas les avoir dans le cœur alors qu’on les a dans la tête.

3. Une autre vérité dans laquelle je fus conduit, dans une certaine mesure, concernait le retour du Seigneur. Mes vues sur ce point avaient été jusque-là tout à fait vagues et non scripturaires. J’avais cru ce que d’autres me disaient, sans l’éprouver par la Parole. Je pensais que les choses allaient de mieux en mieux, et que bientôt le monde entier serait converti. Mais je trouvai alors dans la Parole que nous n’avons pas la moindre autorisation scripturaire d’attendre la conversion du monde avant le retour de notre Seigneur. Je trouvai dans les Écritures que ce qui introduira la gloire de l’Église, et une joie ininterrompue pour les saints, c’est le retour du Seigneur Jésus, et que, jusque-là, les choses seront plus ou moins dans la confusion. Je trouvai dans la Parole que le retour de Jésus, et non la mort, était l’espérance des chrétiens du temps des apôtres ; et qu’il me convenait donc d’attendre son apparition. Et cette vérité pénétra si bien dans mon cœur que, bien que je fusse parti pour le Devonshire extrêmement faible, ne m’attendant guère à revenir à Londres, je fus aussitôt, dès que je vis cette vérité, détourné d’attendre la mort, et amené à attendre le retour du Seigneur. Après m’avoir fait voir cette vérité, le Seigneur me rendit aussi capable, dans sa grâce, de l’appliquer, du moins dans une certaine mesure, à mon propre cœur, et de me poser cette question solennelle : Que puis-je faire pour le Seigneur avant son retour, puisqu’il peut venir bientôt ?

4. Outre ces vérités, il plut au Seigneur de m’amener à voir un niveau de consécration plus élevé que celui que j’avais vu jusque-là. Il me conduisit, dans une certaine mesure, à voir quelle est ma véritable gloire en ce monde : c’est d’être méprisé, d’être pauvre et humble avec Christ. Je vis alors, dans une certaine mesure, bien que je l’aie vu plus pleinement depuis, qu’il sied mal au serviteur de chercher à être riche, grand et honoré dans ce monde où son Seigneur fut pauvre, humble et méprisé.

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