Chapitre 13 · 4 min de lecture · 6 min d’écoute
Jour 12 — Ce qui remplit mon esprit
« L’œil est la lampe du corps. Si ton œil est en bon état, tout ton corps sera éclairé; mais si ton œil est en mauvais état, tout ton corps sera dans les ténèbres. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, combien seront grandes ces ténèbres! »
— Matthieu 6:22-23
Fais une expérience. Assieds-toi quelque part pendant cinq minutes sans rien : pas de téléphone, pas de musique, personne à qui parler. Pour beaucoup d’entre nous, dès la deuxième minute environ, une main cherche déjà une poche. Nous sommes devenus des gens qui ne sont presque jamais seuls avec leurs propres pensées.
Blaise Pascal, un brillant mathématicien français devenu un chrétien fervent, l’avait remarqué au XVIIe siècle, bien avant l’électricité. Il a écrit que « tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre ». Il voyait les gens remplir chaque heure de jeux, de chasse, de commérages et de bruit. Pourquoi ? Pas parce que ces choses les rendaient heureux, mais parce que s’ils s’arrêtaient, ils devraient penser aux grandes questions. Qui suis-je ? Où est-ce que je vais ? Que se passe-t-il quand je meurs ? Le divertissement, disait-il, tient ces questions à distance. Pascal reconnaîtrait tout de suite le défilement sans fin.
Jésus a dit : « L’œil est la lampe du corps. » Ce que tu laisses entrer par tes yeux ne fait pas que passer. Cela te remplit de lumière, ou cela te remplit de ténèbres. Au temps de Jésus, un œil « en bon état » voulait dire un œil sain et clair, fixé sur une seule chose, et aussi un œil généreux. Un œil « en mauvais état » était trouble et avide. Ce que tu regardes sans arrêt façonne ce que tu aimes, ce que tu veux et ce qui t’inquiète.
C’est vrai des contenus clairement nocifs, et tu sais sans doute où sont tes propres limites. Mais c’est vrai aussi du flot ordinaire : des centaines de courtes vidéos par jour, chacune de quelques secondes, chacune te poussant à ressentir quelque chose. Rire. Envier. Avoir peur. T’indigner. Vouloir. Rien de tout cela n’est peut-être méchant. Mais un esprit nourri uniquement de fragments perd peu à peu la capacité de rester sur quoi que ce soit. Lire un long chapitre devient plus difficile. Prier plus d’une minute semble impossible. Même une vraie conversation commence à paraître lente.
Ton attention est l’une des choses les plus précieuses que tu possèdes. Des entreprises paient des sommes énormes pour l’acheter. Dieu te la demande aussi, mais pas pour la revendre. Il la veut parce que c’est toi qu’il veut.
Paul donne un filtre : « tout ce qui est vrai, tout ce qui est honorable, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui mérite l’approbation, ce qui est vertueux et digne de louange, soit l’objet de vos pensées. » Ce n’est pas une liste d’interdits. C’est un menu. Remplis-toi de ce qu’il propose, et il restera moins de place pour le reste.
Quelques façons de reprendre ton attention :
- Entraîne-toi à t’ennuyer. Attends le bus, fais la queue, marche jusqu’à l’école sans remplir le silence. L’ennui, c’est souvent là que commencent la réflexion, l’attention et la prière.
- Fais une seule chose à la fois. Des devoirs sans vidéo dans un coin de l’écran. Un repas sans écran. Remarque tout ce que tu vois de plus.
- Lis quelque chose de long. Un livre, ou tout un Évangile d’une traite. Ça entraîne un muscle que le défilement a laissé s’affaiblir.
- Rencontre Dieu dans le calme. « Arrêtez, et sachez que je suis Dieu ». Le calme n’est pas vide. C’est souvent là qu’on entend Dieu.
La lumière qui est en toi est faite pour brûler sans faiblir, pas pour vaciller à chaque nouvelle chose qui passe sur un écran.
Réfléchis : Quand as-tu été seul avec tes pensées pour la dernière fois, sans rien pour remplir le silence ? Qu’est-ce que tu as ressenti, et à quoi as-tu commencé à penser ?
À toi de jouer : Fais aujourd’hui une chose ordinaire sans aucun écran : une promenade, un repas ou un trajet. Profite du calme pour parler à Dieu de tout ce qui te vient à l’esprit.
Pour aller plus loin : Pensées de Blaise Pascal — dans ses notes sur le « divertissement », Pascal soutient que nous courons après un amusement sans fin parce que nous ne supportons pas de rester tranquilles et de regarder en face ce que nous sommes vraiment, et que même un roi à qui l’on ôte toute distraction est misérable. Commence par le chapitre 2, « Misère de l’homme sans Dieu ».
Père, mon esprit est si plein de bruit que je m’entends à peine moi-même, et toi encore moins. Rends mon œil clair et mon cœur stable. Apprends-moi à remplir mon esprit de ce qui est vrai, juste et aimable, et à m’arrêter assez longtemps pour savoir que tu es Dieu. Au nom de Jésus, amen.
Chapitre 13 terminé
Jour 12 — Ce qui remplit mon esprit