Chapitre 24 · 5 min de lecture
Les vacances
« Sachez-le bien, si le maître de la maison savait à quelle heure le voleur doit venir, il veillerait et ne laisserait pas percer sa maison. » Luc 12.39.
Dans un discours sur l’éducation, Edward Thring dit : « Les puissantes heures de loisir, avec leurs occupations, sont toutes-puissantes… La grande question des heures de loisir devrait être la plus importante de toutes, puisqu’elle affecte le plus le caractère… Les heures de loisir sont la charnière sur laquelle tourne la véritable éducation. » Ce grand maître dans la science de l’éducation avait vu que le noble caractère et la vérité de l’être viennent d’abord, et qu’ensuite, en second lieu, vient la formation de l’habileté et de la force. Il avait vu aussi que, si un maître peut beaucoup faire, en parole et en action, par une haute foi et un travail sincère, pour stimuler et pour guider, chaque garçon doit forger lui-même son propre caractère. Et c’est parce que c’est aux heures de loisir, lorsqu’il est libre de toute contrainte et de toute observation, que le garçon montre ce qui domine réellement au dedans de lui, qu’il parlait des heures de loisir comme d’une chose souverainement importante et toute-puissante, la charnière sur laquelle tourne la véritable éducation. En religion, cela est intensément vrai.
Des milliers d’étudiants l’ont ressenti, sans savoir comment l’exprimer ni l’expliquer.
Au collège ou à l’école, leur veillée matinale a eu sa place dans leur emploi du temps. Tout l’esprit est tendu vers un travail régulier et méthodique, et le temps consacré à la dévotion est aussi dûment observé que celui d’un cours ou de l’étude personnelle.
Lorsque vient le temps du repos, et qu’on est libre de faire exactement ce qu’on veut, plus d’un découvre que la veillée matinale et la communion avec Dieu qu’elle procure n’étaient pas devenues assez naturelles, une nécessité de la vie spirituelle et une joie telles que leur observance ne pût entraver le plaisir des vacances. Les vacances deviennent l’épreuve du caractère, la preuve de la mesure dans laquelle on pourrait dire avec Job : « J’ai estimé les paroles de sa bouche plus que ma nourriture nécessaire. » La question des heures de loisir est en effet souverainement importante. En elles, je me tourne librement et naturellement vers ce que j’aime le plus. En elles, j’éprouve et j’accrois la puissance de retenir ce que je possède.
On rapporte qu’un maître d’une grande école d’Amérique a dit : « La plus grande difficulté que nous ayons à combattre, ce sont les vacances d’été. Juste au moment où nous avons amené un garçon à un bon degré de discipline, et où il répond aux meilleurs idéaux, nous le perdons ; et lorsqu’il revient à l’automne, il nous faut tout recommencer depuis le début.
Les vacances d’été le démoralisent tout simplement. » Cette affirmation, qui se rapporte à l’étude et au devoir ordinaires, est forte ; dans certaines limites, elle n’est pas moins applicable à la vie religieuse.
Le relâchement soudain des habitudes régulières, et la pensée subtile qu’une parfaite liberté de faire ce qu’on veut signifie un parfait bonheur, font reculer bien des jeunes étudiants dans leur vie chrétienne.
Il n’est aucun point sur lequel il soit plus nécessaire que les membres plus âgés et plus expérimentés de l’Association des étudiants aident et gardent leurs membres plus jeunes que sur celui-ci. Ce que l’on a acquis en des mois peut se perdre par la négligence d’une semaine. Nous ne savons pas à quelle heure vient le voleur. L’esprit de la veillée matinale signifie une vigilance incessante tout le jour et chaque jour.
Il y a divers aspects sous lesquels le danger, et la manière de s’en préserver, peuvent être présentés à l’étudiant. Avec les vacances, nous sommes affranchis des lois de l’école sous lesquelles nous vivons pendant notre séjour là-bas. Mais il y a d’autres lois : les lois de la morale et les lois de la santé, dont il n’existe aucun relâchement. Que l’étudiant soit averti que l’appel à la communion quotidienne avec Dieu n’appartient pas à la première catégorie, mais à la seconde. Autant il a besoin, chaque jour pendant les vacances, de manger et de respirer, autant il a besoin, chaque jour, de manger le Pain et de respirer l’Air du ciel.
Faites bien comprendre que la veillée matinale n’est pas seulement un devoir, mais un privilège et un plaisir indicibles. La communion avec Dieu, demeurer en Christ, aimer la Parole et la méditer tout le jour — pour la nature nouvelle, ces choses sont vie et force, santé et allégresse.
Regardez-les sous ce jour ; croyez à la puissance de la nature nouvelle au dedans, et agissez en conséquence ; bien que vous ne la ressentiez pas, cela deviendra vrai. Tenez-le pour une joie, et cela deviendra une joie pour vous.
Par-dessus tout, comprenez que le monde a besoin de vous et compte sur vous pour être sa lumière. Christ vous attend, comme membre de son corps, jour après jour, pour accomplir son œuvre de salut à travers vous. Ni lui, ni le monde, ni vous ne pouvez vous permettre de perdre un seul jour. Dieu vous a créé et racheté afin que, par vous, il puisse — aussi incessamment que par le soleil il éclaire le monde — faire resplendir sa lumière, sa vie et son amour sur les hommes.
Vous avez besoin, chaque jour, d’être en communication avec la source de toute lumière. Ne songez pas à demander, pour les vacances, une dispense de cette union. Encore moins à la prendre. Estimez les vacances pour le temps particulier qu’elles vous donnent d’étudier ce qui restait en dehors de votre programme ordinaire d’étude de la Bible. Estimez vos vacances pour l’occasion particulière d’une communion plus grande avec le Père et le Fils. Au lieu qu’elles deviennent un piège, au lieu que toute votre énergie s’épuise à vous garder simplement de perdre du terrain, estimez les vacances comme un temps béni de grâce et de victoire sur vous-même et sur le monde, un temps de grand accroissement de grâce et de force, un temps où vous êtes béni et rendu une bénédiction.