Chapitre 8 · 21 min de lecture
Le Seigneur, notre demeure
« Seigneur! Tu as été pour nous un refuge, De génération en génération » (Psaume 90:1).
Le confort ou l’inconfort de notre vie extérieure dépend en grande partie du lieu où habite notre corps ; de même, le confort ou l’inconfort de notre vie intérieure dépend du lieu où demeure notre âme.
Notre demeure est le lieu où nous vivons réellement, non pas simplement un lieu que nous visitons. C’est notre foyer.
Tous les intérêts de notre vie terrestre sont liés à notre foyer, et nous faisons tout ce que nous pouvons pour le rendre attrayant et confortable. Mais notre âme a besoin d’une demeure confortable plus encore que notre corps. Le confort intérieur est bien plus important que le confort extérieur ; quand l’âme est remplie de paix et de joie, notre cadre matériel importe fort peu.
Il est donc vital que nous découvrions exactement où habite notre âme. Le Seigneur déclare qu’il a été notre demeure à travers l’histoire, mais la question est celle-ci : habitons-nous réellement dans notre demeure ? Le psalmiste dit des enfants d’Israël qu’« ils erraient dans le désert, ils marchaient dans la solitude, Sans trouver une ville où ils pussent habiter. Ils souffraient de la faim et de la soif; Leur âme était languissante » (Psaume 107:4-5). Je crains qu’il n’y ait aujourd’hui, dans l’Église, bien des âmes errantes à qui cette description convient parfaitement. Toute leur vie chrétienne, elles ont erré dans un désert spirituel, sans trouver de foyer permanent, et leur âme a défailli de faim et de soif. Et pourtant, tout ce temps, la demeure de Dieu se tenait grande ouverte, les invitant à entrer et à y rester pour toujours.
Notre Seigneur lui-même nous presse de cette invitation : « Demeurez en moi, et je demeurerai en vous » (Jean 15:4). Il poursuit en nous disant les bienheureux résultats d’y demeurer et les tristes conséquences d’en sortir.
La vérité, c’est que notre âme a été faite pour Dieu. Il est notre foyer naturel, et nous ne pouvons jamais trouver de repos ailleurs. « Mon âme soupire et languit après les parvis de l’Éternel, Mon cœur et ma chair poussent des cris vers le Dieu vivant » (Psaume 84:2). Nous aurons toujours faim et défaillerons après les parvis de l’Éternel tant que nous manquerons d’y établir notre foyer.
Dieu seul est le foyer de la créature ; Si rude et si étroit que soit le chemin, Rien d’autre pourtant ne peut rassasier L’âme qui aspire après Dieu.
Comment décrirons-nous cette demeure vivante ? David la décrit lorsqu’il dit : « L’Éternel est mon rocher, ma forteresse, mon libérateur. Dieu est mon rocher, où je trouve un abri, Mon bouclier et la force qui me sauve, Ma haute retraite et mon refuge. O mon Sauveur! Tu me garantis de la violence » (2 Samuel 22:2-3). Nous voyons ainsi que notre demeure est aussi notre forteresse, notre haute tour, notre rocher et notre refuge. Nous savons tous ce qu’est une forteresse. C’est un lieu de sûreté où les faibles et les sans-défense peuvent être cachés à l’ennemi et gardés en sécurité. Quand on nous dit que Dieu est notre forteresse, cela ne peut signifier qu’une seule chose : si nous habitons en lui, nous serons parfaitement à l’abri de tout ennemi possible.
« Car il me protégera dans son tabernacle au jour du malheur, Il me cachera sous l’abri de sa tente; Il m’élèvera sur un rocher » (Psaume 27:5). « Celui qui demeure sous l’abri du Très-Haut Repose à l’ombre du Tout-Puissant » (Psaume 91:1). « Tu les protèges sous l’abri de ta face contre ceux qui les persécutent, Tu les protèges dans ta tente contre les langues qui les attaquent » (Psaume 31:20). Sous « l’abri de la tente de Dieu », aucun ennemi ne peut nous trouver et aucune peine ne peut nous atteindre. L’orgueil des hommes et les médisances ne trouvent nul accès dans « l’abri » de Dieu. « L’abri de sa face » est un refuge plus sûr que mille Gibraltars. Je ne veux pas dire qu’aucune épreuve ne vienne.
Elles peuvent venir en abondance, mais elles ne peuvent pénétrer le sanctuaire de l’âme. Nous pouvons demeurer dans une paix parfaite au milieu même des tempêtes les plus violentes de la vie.
Mais hélas, combien peu d’entre nous le savent ! Nous pourrions employer le langage de David, mais pour nous ce n’est qu’une figure de style, sans réalité. Nous prononçons les paroles d’un ton formel et religieux. « Oh oui, je sais que le Seigneur est ma demeure, et je me suis remis à sa garde, comme tout chrétien le devrait.
Mais — » et ici le ton ordinaire reprend — « mais je ne puis oublier que je suis une pauvre créature bonne à rien, sans force pour vaincre la tentation. Je puis à peine espérer être gardé dans la parfaite sécurité dont parle David. » S’ensuit alors un récit de craintes et d’angoisses, exactement comme si l’on n’avait jamais entendu parler de la demeure de Dieu, et comme si l’âme errait seule et sans protection dans un monde de dangers.
Il est un psaume que j’appelle la « Demeure de Dieu ». C’est le quatre-vingt-onzième Psaume, et il donne une merveilleuse description de ce qu’est ce foyer. « Celui qui demeure sous l’abri du Très-Haut Repose à l’ombre du Tout-Puissant. Je dis à l’Éternel: “ Mon refuge et ma forteresse, Mon Dieu en qui je me confie! ” » (Psaume 91:1-2). Notre idée d’une forteresse est d’ordinaire celle d’un dur bâtiment de pierre où l’on est en sûreté, mais aussi fort peu à l’aise. Mais il est d’autres sortes de forteresses qui sont douces, tendres et pleines de réconfort. Ce psaume les décrit : « Il te couvrira de ses plumes, Et tu trouveras un refuge sous ses ailes » (Psaume 91:4), tout comme une mère poule couvre ses poussins sans défense de ses ailes chaudes. La forteresse du cœur d’une mère — qu’elle soit femme, oiseau, ou même tigresse — est la forteresse la plus forte que le monde connaisse, et pourtant la plus tendre. Telle est la sorte de forteresse qu’est le Seigneur. « Comme un berger, il paîtra son troupeau, Il prendra les agneaux dans ses bras, Et les portera dans son sein » (Ésaïe 40:11).
« Le Dieu d’éternité est un refuge, Et sous ses bras Éternels est une retraite » (Deutéronome 33:27). Des ailes, un sein, des bras ! Quelles forteresses bénies que celles-là ! Tout ce qu’elles enveloppent est en sûreté. La nature est pleine de tels exemples. Considérez ce qu’un écrivain dit d’une tigresse. Lorsque ses petits naissent, une puissance lui enseigne à être douce — un esprit auquel elle ne peut résister, car c’est l’esprit de son Créateur. C’est l’instinct d’une tigresse de ressentir vivement une offense. Si vous lui tiriez le poil ou la frappiez, elle vous déchirerait. Mais ressentir une offense n’est pas son impulsion la plus forte. Regardez ces petits sans défense qui jouent avec elle. Ils sont si faibles qu’un mouvement négligent de son énorme patte les anéantirait, mais elle ne fait aucun mouvement négligent. Ils lui causent plus de douleur qu’un coup, et pourtant elle ne rend pas le mal pour le mal. Elle les caresse, l’amour dans les yeux, et lèche ses petits bourreaux.
L’amour transforme ses gémissements de douleur physique en sons de ravissement. Elle meut sa tête massive d’une manière qui montre que le même Dieu qui vous a dit de « tendre l’autre joue » l’a créée. Quand elle est assez forte pour se lever, elle sort se sacrifier pour les siens. Elle se laissera mourir de faim afin qu’ils prospèrent. Elle est redoutable pour l’amour de ses petits, tout comme Dieu est redoutable pour l’amour des siens.
Nous avons vu ces « forteresses maternelles » des centaines de fois et les avons appelées divines. On penserait que ce spectacle nous ferait fuir vers notre refuge en Dieu et laisser toute crainte au-dehors ! Mais l’ennui, c’est que nous refusons tout net de croire que la Bible veuille dire une si bonne nouvelle. Non en paroles, peut-être, mais en pratique nous disons : « Les bras du Seigneur ne sont pas aussi sûrs que ceux d’une mère humaine ; le cœur du Seigneur n’est pas aussi tendre que celui d’une tigresse ; les ailes du Seigneur ne protègent pas autant que celles d’une mère poule. » Nous savons qu’il a fait ces forteresses terrestres, mais nous ne pouvons croire qu’il les égale. L’avoir pour forteresse ne nous semble pas moitié aussi sûr ni aussi tendre que d’avoir une mère pour forteresse. Et ainsi, on se confie aux mères, mais point à Dieu !
Voyez pourtant combien le psalmiste déclare sûre cette demeure divine. Il dit que nous qui sommes dans ce foyer ne craindrons rien — ni les terreurs de la nuit, ni la flèche du jour, ni la peste dans les ténèbres, ni la destruction en plein midi. Des milliers peuvent tomber autour de nous, mais aucun mal n’arrivera à l’âme cachée en Dieu. Aucun fléau n’approchera de ceux qui ont fait de Dieu leur « habitation ».
Toutes les terreurs qui ont rendu notre vie religieuse si peu confortable trouvent ici leur remède. Nous en serons tous délivrés si nous faisons du Seigneur notre foyer. Cela ne veut pas dire que nous n’aurons aucune épreuve extérieure. Des fléaux peuvent atteindre votre corps ou vos biens, mais ces choses-là ne sont pas vous. Rien ne peut approcher le vrai vous intérieur tandis que vous demeurez en Dieu.
Une grande part de la douleur de la vie vient de la hantise de la « crainte du mal ». Nos vies sont pleines de « et si ».
Supposons que ceci arrive, ou que cela arrive — que ferions-nous ? Comment pourrions-nous le supporter ? Mais si nous habitons dans la « haute tour » de Dieu, tous ces « et si » disparaissent de nos vies. Nous serons « tranquilles et sans craindre aucun mal » (Proverbes 1:33), car nulle menace de mal ne peut pénétrer la tour de Dieu. Même en marchant dans la vallée de l’ombre de la mort, le psalmiste pouvait dire : « Je ne crains aucun mal » (Psaume 23:4) ; si nous demeurons en Dieu, nous pouvons le dire aussi.
Mais vous demanderez peut-être comment entrer dans cette demeure divine. Ma réponse est : emménagez-y, tout simplement. Si un ami avait loué une maison pour nous et disait qu’elle était prête, et que le bail était signé et en règle, nous ne demanderions pas comment y entrer — nous ferions simplement nos bagages et déménagerions. Nous devons faire de même ici. Dieu dit qu’il est notre demeure. La Bible contient tous les papiers nécessaires, signés et attestés.
Notre Seigneur nous invite — en fait, il nous commande — à entrer et à demeurer. Il dit : « Dieu est ton foyer ; veille à y prendre ta résidence. Emménages-y. »
Comment emménage-t-on ? Par la foi. Dieu a dit qu’il est ta demeure ; maintenant, tu dois le dire toi aussi.
« Je dis à l’Éternel: “ Mon refuge et ma forteresse, Mon Dieu en qui je me confie! ” » (Psaume 91:2).
La foi prend la Parole de Dieu et affirme qu’elle est vraie. Le Christ dit : « Demeure », et nous devons dire : « Je demeurerai. » Nous faisons de lui notre « habitation » en croyant qu’il est notre foyer et en le déclarant sans cesse. Comme l’a dit le poète Coleridge : La foi est une affirmation et un acte Qui ordonne à la vérité éternelle d’être fait présent.
Nous devons faire de la vérité éternelle que le Seigneur est notre demeure un fait présent, en l’affirmant par notre foi et en adoptant les pensées et les actions qui découlent d’une vie vécue dans la présence de Dieu.
L’une des premières choses que nous aurions à faire serait de renoncer pour toujours au souci et à l’anxiété. Il est impensable que le souci puisse entrer dans la demeure de Dieu ; quand nous entrons, nous devons le laisser dehors.
Nous parlons d’obéir aux commandements du Seigneur et nous nous attachons aux devoirs extérieurs, tout en négligeant des commandements touchant la vie intérieure qui sont mille fois plus importants. « Que votre cœur ne se trouble point, et ne s’alarme point » (Jean 14:27) est un commandement de notre Seigneur presque universellement transgressé. Et pourtant je doute qu’aucune autre désobéissance blesse son cœur autant. Je suis certaine que je serais bien plus blessée si mon enfant se défiait de moi et sentait ses intérêts en péril entre mes mains que si elle me désobéissait dans un moment de tentation. Je suis convaincue que nous ne réalisons pas combien cela blesse notre Seigneur quand son peuple ne se sent pas en sûreté auprès de lui.
Nous pouvons le comprendre par nos propres vies. Supposons qu’un ami nous confie quelque chose à garder, et que nous lui donnions toute assurance que ce serait en sûreté. Puis cet ami s’en va et s’en tourmente, exprimant à d’autres les mêmes angoisses que nous exprimons au sujet des choses que nous avons remises à Dieu.
Que ressentirions-nous ? Nous serions profondément blessés. Finalement, nous pourrions dire : « Puisque, de toute évidence, tu ne me fais pas confiance, tu ferais mieux de prendre soin toi-même de tes affaires. » Il est étonnant que les enfants de Dieu osent s’inquiéter après lui avoir remis une affaire ; c’est un tel affront à son caractère.
Les gens du dehors le voient et pensent qu’avoir le Seigneur pour demeure ne doit pas signifier grand-chose, sans quoi nous ne serions pas si tourmentés.
Celui qui prend soin des passereaux et qui compte les cheveux de notre tête ne saurait nous faire défaut. Il est une forteresse inébranlable où nul mal ni nul ennemi ne peut entrer. Je tiens pour une vérité évidente que, dès l’instant où j’ai réellement remis une chose à cette demeure divine, toute anxiété devrait cesser. Tant que je garde les choses à ma propre charge, j’ai des raisons de trembler, car elles ne sont pas en sûreté. Mais à la charge de Dieu, la sécurité est absolue.
« Le nom de l’Éternel est une tour forte; Le juste s’y réfugie, et se trouve en sûreté » (Proverbes 18:10). Le seul but, dès lors, est de « se réfugier » dans cette tour et d’y rester pour toujours. Il serait insensé de se tenir hors d’une forteresse tandis qu’un ennemi vous cerne, en criant après la sécurité. Si je veux être en sûreté, je dois entrer.
« Jérusalem, Jérusalem… combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous ne l’avez pas voulu! » (Matthieu 23:37). Si un poussin veut être en sûreté, il doit courir sous les ailes de la mère. Bien des gens restent hors de la demeure de Dieu parce qu’ils se sentent trop indignes ou trop faibles pour y entrer. Que penserions-nous d’un poussin qui verrait venir un épervier, entendrait sa mère l’appeler, mais resterait dehors, tremblant, en disant : « Oh, je suis un poussin si faible et si sans défense que je ne suis pas digne d’aller sous ces ailes » ? Si la mère poule pouvait parler, elle dirait : « Petit sot, c’est parce que tu es faible et sans défense que je te veux ici. Si tu étais un grand coq robuste, capable de te débrouiller seul, je n’aurais pas du tout besoin de te rassembler. » Ai-je besoin d’expliquer la leçon ?
Mais nous ne devons pas seulement « nous réfugier » dans notre demeure. « Je voudrais séjourner éternellement dans ta tente, Me réfugier à l’abri de tes ailes » (Psaume 61:4). Nous devons faire de même. Rester dans sa tente pour toujours est, je l’avoue, parfois très difficile. Il est relativement aisé de faire un pas de foi, mais bien plus difficile de demeurer en ce lieu. Bien des gens se réfugient dans la forteresse de Dieu le dimanche et en ressortent dès que le lundi matin arrive. Certains s’y réfugient en s’agenouillant pour la prière du soir et en ressortent cinq minutes plus tard en se mettant au lit. C’est une folie totale. Vous n’imagineriez pas un réfugié courant dans une forteresse un jour et repartant vers l’ennemi le lendemain.
Nous penserions qu’il a perdu la raison. Mais n’est-ce pas plus insensé encore pour l’âme ? Nos ennemis sont-ils moins actifs le lundi ? Sommes-nous mieux à même de les affronter en dormant qu’en priant ?
La question est celle-ci : voulons-nous simplement rendre visite à Dieu, ou voulons-nous y habiter ? Voulons-nous nous réfugier aujourd’hui et être exposés aux ennemis demain ? Nul ne choisirait cela délibérément, mais trop de gens y glissent. Demeurer dans le Christ est entièrement une affaire de foi, mais nous manquons de le réaliser. Nous pensons que nos luttes intenses ou notre dur labeur en sont la part principale ; quand ceux-ci s’estompent, notre foi faiblit. Mais la vie chrétienne se vit par la foi. Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu. Il est inutile de perdre son temps en efforts personnels qui n’aboutissent à rien.
Nous devons mettre notre volonté et notre énergie dans notre foi. Nous devons être résolus à emménager dans la demeure de Dieu et à y rester, malgré les tentations de douter ou de nous décourager.
« Celui qui demeure sous l’abri du Très-Haut Repose à l’ombre du Tout-Puissant » (Psaume 91:1). « Demeurer » et « se confier » sont en somme des synonymes ; ils signifient la même chose.
Tant que je me confie au Seigneur, je demeure en lui. Si je me confie en lui constamment, je demeure en lui constamment. Si je me confie en lui seulement de temps à autre, j’entre et je sors sans cesse. Je pensais autrefois qu’il y avait un mystère dans le fait de « demeurer », mais je vois maintenant que cela signifie simplement se confier pleinement en lui. Une fois qu’on l’a compris, c’est la chose la plus simple du monde. Nous disons parfois de deux personnes qu’elles « vivent dans le cœur l’une de l’autre ». Cela signifie simplement qu’elles ont l’une envers l’autre un amour et une confiance parfaits, et que le doute est impossible. Si ma confiance en la forteresse du Seigneur est absolue, je demeure dans cette forteresse. Voilà toute l’histoire.
La chose pratique à faire, par conséquent, puisque Dieu est déclaré être notre forteresse et notre haute tour, est de nous mettre nous-mêmes et tous nos intérêts dans cette demeure divine par un acte précis d’abandon et de foi, puis de bannir de notre esprit tout souci ou toute anxiété à leur sujet. Puisque le Seigneur est notre demeure, rien de ce qui est remis à sa garde ne peut subir aucun mal. Tant que nous le croyons, nos affaires demeurent à sa garde ; dès l’instant où nous commençons à douter, nous reprenons nos affaires entre nos propres mains, et elles ne sont plus dans la forteresse divine.
Les choses ne peuvent être en deux endroits à la fois. Si elles sont à notre propre garde, elles ne peuvent être à la garde de Dieu ; et si elles sont à la garde de Dieu, elles ne peuvent être à la nôtre. Cela est clair comme le jour, et pourtant, faute d’un peu de bon sens, les gens s’y embrouillent souvent. Ils essaient de mettre leurs affaires dans la forteresse de Dieu tout en les gardant en même temps dans la leur, puis s’étonnent qu’il n’en soit pas pris soin. C’est insensé. Ou bien confiez-vous entièrement au Seigneur, ou bien confiez-vous entièrement à vous-même ; mais n’essayez pas de mêler les deux, car ils ne se mêlent pas.
Cela vous aidera en pratique de mettre votre confiance en paroles. Dites nettement : « Dieu est ma demeure, et je vais rester en lui pour toujours. Tout est réglé ; je suis dans ce foyer divin, j’y suis en sûreté, et je n’en sortirai plus. » Vous devez faire face à chaque assaut du doute et du découragement par la simple affirmation que vous y êtes, et que vous savez que vous ne serez pas confondu. Que les autres fassent ce qu’ils voudront, mais vous, du moins, vous devez déclarer que vous allez rester dans votre demeure divine pour toujours. Ayant pris cette position, vous devez refuser absolument de revenir sur la question. C’est réglé ; il n’y a rien de plus à dire.
Par tout cela, je ne veux pas dire que nous devrions rester au lit et tout laisser aller. Je parle de l’aspect intérieur de nos affaires, non de l’extérieur. Extérieurement, il nous faudra peut-être être très actifs et attentifs, mais tout doit venir du fondement intérieur d’une âme qui s’est cachée, elle et ses intérêts, en Dieu, et qui par conséquent ne s’inquiète « de rien » (Philippiens 4:6), au beau sens biblique de n’avoir aucune pensée inquiète. Être sans souci intérieur est le plus sûr fondement d’un soin extérieur couronné de succès. L’âme cachée en Dieu est l’âme qui peut porter triomphalement les plus grandes épreuves de la terre et vaincre ses plus puissants ennemis.
Il est un point que je dois mentionner. Quand nous emménageons dans une nouvelle maison, nous ne nous y installons pas nous seuls ; nous emportons tous nos biens et, par-dessus tout, notre famille. Nul ne serait assez insensé pour laisser dehors un être qu’il aime. Et pourtant je crains que certains enfants de Dieu n’emménagent eux-mêmes dans sa demeure mais, par manque de foi, ne laissent dehors ceux qu’ils aiment le plus — souvent leurs enfants. Nous serions horrifiés par un père qui se réfugierait dans une forteresse pour sa propre sécurité au temps du danger, mais laisserait ses enfants dehors ; or bien des chrétiens font cela même. Chaque pensée anxieuse que nous avons au sujet de nos enfants prouve que nous ne les avons pas réellement emmenés avec nous dans la demeure de Dieu.
Si nous nous confions pour nous-mêmes, nous devons aussi nous confier pour ceux que nous aimons. Dieu est plus leur Père qu’aucun père terrestre, et s’ils nous sont chers, ils lui sont bien plus chers encore. Nous ne pouvons rien faire de mieux pour eux que de les confier à sa garde, ni guère rien de pire que d’essayer de les garder à la nôtre. J’ai connu une mère qui se confiait paisiblement pour son propre salut, mais était tourmentée d’angoisse au sujet de ses fils, qui semblaient indifférents à la religion. Un soir, elle entendit parler de la manière de placer ceux qu’on aime dans la forteresse de Dieu par la foi. Elle vit combien il était inconséquent de se cacher elle-même en Dieu tout en laissant ses fils dehors.
Aussitôt, sa foi les emmena dans la forteresse avec elle. Elle les abandonna si complètement à la garde de Dieu que son angoisse s’évanouit. Elle me dit qu’elle sentait ses fils comme les fils de Dieu désormais — non plus les siens — et qu’il les aimait mieux et prendrait soin d’eux plus sagement qu’elle ne l’aurait jamais pu. Elle demeura prête à faire tout ce que le Seigneur lui suggérerait pour eux, mais elle se contenta de laisser la chose entre ses mains. Elle rentra chez elle et dit à ses fils : « Je me suis tant tourmentée à votre sujet, et je vous ai sans doute agacés par mes sermons. Mais j’ai appris à me confier. Je vous ai mis dans la forteresse de Dieu et vous ai laissés à sa garde. Il vous sauvera à sa manière. Mes angoisses sont finies. »
Un an plus tard, elle me dit avec joie : « Réjouis-toi avec moi ! Mes garçons ont été en sûreté dans la forteresse de Dieu depuis lors, et tous sont aujourd’hui de bons chrétiens. »
La conclusion est simple : emménagez dans votre demeure en Dieu et emportez avec vous tout ce que vous possédez et tous ceux que vous aimez. Cachez-vous en lui, loin de vous-même et des autres, et perdez de vue tout ce qui est en dehors de lui — sauf tel que vous le voyez à travers ses yeux. Les yeux de Dieu sont les seules fenêtres de sa maison ; vues à travers eux, toutes choses paraissent différentes. Nous verrons les épreuves comme des bénédictions et les ennemis comme des amis déguisés. Nous serons calmes face aux soucis de la vie. « Mon peuple demeurera dans le séjour de la paix, Dans des habitations sûres, Dans des asiles tranquilles » (Ésaïe 32:18).