Chapitre 5 · 22 min de lecture
La marche avec Dieu
« Celui qui dit qu’il demeure en lui doit marcher aussi comme il a marché lui-même. » 1 Jean 2:6.
La vie conduit naturellement à la marche. Ce terme décrit le cours de la vie, la conduite, le côté pratique de notre vie chrétienne. La mention de la marche de notre Seigneur Jésus-Christ rappelle son caractère et sa vie. Le caractère de Jésus se dresse comme le plus divin monument de la Bible et des Évangiles.
Des hommes mêmes qui ne croient pas en lui comme nous y croyons ont été contraints de reconnaître la grandeur et la sublimité de sa vie incomparable. Voici quelques-uns des témoignages que les penseurs illustres du monde ont rendus à Jésus de Nazareth. Renan dit : « Le Christ des Évangiles est la plus belle incarnation de Dieu. Sa beauté est éternelle ; son règne ne finira jamais. » Goethe dit : « Il rayonne des Évangiles une sublimité, à travers la personne du Christ, que seul le divin pouvait manifester. » Rousseau écrit : « N’était-il rien de plus qu’un homme ? Quelle douceur ! Quelle pureté dans ses mœurs ! Quelle grâce touchante dans son enseignement ! Quelle élévation dans ses maximes ! Quelle sagesse dans ses paroles ! Quelle délicatesse dans ses réponses ! Quel empire sur les cœurs de ceux qui le suivaient ! Où est l’homme, où est le sage qui sait souffrir et mourir sans faiblesse et sans ostentation ? Son caractère est si grand, si inimitable, que les inventeurs d’une telle histoire seraient plus prodigieux que le personnage qu’ils auraient dépeint. » Carlyle dit : « Jésus-Christ est le plus divin des symboles. Jamais la pensée humaine ne saurait s’élever plus haut. » Napoléon dit : « Je suis un homme, je connais les hommes. Ceux-là furent tous des hommes. Jésus-Christ fut plus qu’un homme. Notre empire est fondé sur la force, le sien sur l’amour, et il durera quand le nôtre aura disparu. »
Mais si Jésus-Christ apparaît ainsi de loin aux esprits qui ne peuvent que l’admirer, combien plus doit-il être pour ceux qui le connaissent comme un Ami personnel et qui le voient à la lumière de l’amour, car
L’amour de Jésus, ce qu’il est,
Nul ne le sait que ses bien-aimés.
Le caractère et la vie du Christ possèdent une plénitude de détails qu’aucune autre biographie de la Bible ne possède. Le récit en a été écrit par de nombreux témoins, et le portrait en est reproduit dans tous ses linéaments et tous ses traits. Il a parcouru toutes les étapes de la vie, du berceau jusqu’à la tombe, et il a représenté l’humanité dans toutes les conditions et toutes les circonstances de la tentation, de l’épreuve et du besoin, de sorte que son exemple convient également à l’enfance, à la jeunesse ou à l’âge mûr, aux humbles et aux pauvres, dans le sentier le plus obscur de la vie, comme au souverain qui manie le sceptre le plus étendu ; car il est tout ensemble l’humble Nazaréen et le Seigneur des seigneurs. Il a senti battre toutes les affections humaines. Il a éprouvé la douleur de toutes les souffrances humaines. Il est le Fils de l’homme au sens le plus large et le plus vaste. Bien plus, son humanité est si complète qu’il représente les traits les plus tendres de la femme aussi bien que la virilité et la force de l’homme, et même la simplicité d’un petit enfant, en sorte qu’il n’est aucune place dans les expériences de la vie où nous ne puissions nous tourner vers cette Vie modèle pour y chercher lumière et secours, lorsque nous la rapprochons de notre besoin et que nous demandons : « Que ferait Jésus ? »
Dieu a envoyé la vie du Christ comme notre Exemple et nous a commandé de l’imiter et de le reproduire dans nos vies. Ce n’est point là un tableau idéal à étudier comme on étudierait quelque chef-d’œuvre de l’art. C’est une vie à vivre, et elle est adaptée à tous les besoins de notre existence présente. C’est une vie simple, faite pour être copiée par des gens du commun, un type d’humanité que nous pouvons emporter avec nous dans la cuisine et dans la salle de famille, dans l’atelier et dans le lieu des affaires, dans le champ où le laboureur peine, dans le verger où le jardinier taille, dans le lieu où le tentateur nous assaille, et jusque dans la condition où le dénuement et la pauvreté nous pressent de leurs fardeaux et de leurs soucis. Ce Christ est le Christ de tout homme qui voudra le recevoir comme un Frère et le suivre comme un Exemple et un Maître. « Je vous ai donné un exemple, dit-il, afin que vous fassiez comme je vous ai fait. » Il attend de nous que nous lui soyons semblables. Le copions-nous, et sommes-nous rendus conformes à son image ? Il n’y a qu’un seul Modèle. Durant des siècles, Dieu « chercha un homme et n’en trouva point ». Enfin l’humanité produisit un type parfait, et depuis lors Dieu s’occupe à former d’autres hommes selon ce Modèle. Il est l’unique original. Lorsque Judson vint en Amérique, les journaux religieux le comparaient à Paul et aux premiers apôtres ; et Judson écrivit pour exprimer son chagrin et son déplaisir, disant : « Je ne veux pas leur être semblable. Il n’y a qu’Un seul à copier, Jésus lui-même. Je veux poser mes pieds dans ses traces et mesurer leurs manquements aux siens, et aux siens seuls. Il est l’unique Modèle. Je veux lui être semblable. » Cherchons donc à marcher comme il a marché lui-même.
Le secret d’une vie semblable à celle du Christ réside en partie dans l’ardent désir qu’on en a. Nous devenons semblables aux idéals que nous admirons. Nous finissons par atteindre, sans en avoir conscience, les choses auxquelles nous aspirons. Demandez à Dieu de vous donner une haute conception du caractère du Christ et un désir intense de lui ressembler, et vous n’aurez point de repos que vous n’ayez atteint votre idéal. Considérons cet Idéal.
I. LE MOBILE DE SA VIE.
La clef de tout caractère se trouve dans son mobile suprême, le grand but qu’il poursuit, l’objet pour lequel il vit. On ne saurait comprendre une conduite en s’arrêtant aux seuls faits. Il faut saisir l’intention qui se cache derrière ces faits et ces incidents, et la raison suprême qui gouverne ces actions. Lorsqu’un grand crime a été commis, le but du détective est d’en établir le mobile ; alors tout le reste peut devenir clair. Le grand objet pour lequel nous vivons déterminera tout le reste, et expliquera bien des choses qui, autrement, sembleraient inexplicables. Lorsque le laboureur se met à tracer un sillon droit, il lui faut deux jalons. Le jalon le plus proche ne suffit pas. Il doit le tenir en ligne avec celui qui est plus loin, le jalon planté à l’extrémité la plus reculée du champ ; et à mesure qu’il maintient les deux dans le même alignement, sa course est droite. C’est le but final qui détermine nos actions immédiates ; et s’il est assez élevé et assez puissant, il nous attirera comme un aimant céleste loin de toutes les choses moindres et plus basses, et nous tiendra irrésistiblement attachés à notre sentier céleste. Le mobile suprême de la vie du Christ fut le dévouement à la volonté et à la gloire de Dieu. « Ne saviez-vous pas qu’il faut que je m’occupe des affaires de mon Père ? » Telle était la profonde conviction jusque dans le cœur de l’enfant (Luc 2:49). « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé » (Jean 4:34). « Je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé » (Jean 5:30). « Je suis descendu du ciel pour faire, non ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé » (Jean 6:38). Tel fut le dessein de sa vie parvenue à sa maturité. « Je t’ai glorifié sur la terre, j’ai achevé l’œuvre que tu m’as donnée à faire. » Tel fut son cri joyeux lorsqu’il acheva sa course et remit son mandat entre les mains du Père qui l’avait envoyé. Est-ce là l’objet suprême de notre vie, et y tendons-nous à travers la bonne et la mauvaise réputation, n’ayant souci que d’une seule chose : plaire à notre Maître et avoir son approbation à la fin ?
II. LE PRINCIPE DE SA VIE.
Toute vie peut se résumer dans quelque principe dominant. Chez les uns, c’est l’égoïsme sous les diverses formes de l’avarice, de l’ambition ou du plaisir. Chez d’autres, c’est le dévouement à quelque poursuite favorite de l’art, de la littérature, ou de l’invention et de la découverte. Chez Jésus-Christ, l’unique principe de sa vie fut l’amour ; et la loi qu’il nous a laissée est cette même loi de l’amour, simple et complète, qui renferme toute forme du devoir dans l’unique commandement nouveau : « Je vous donne un commandement nouveau: Aimez-vous les uns les autres; comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres » (Jean 13:34 ; 15:12). Ce n’est point la loi d’amour de l’Ancien Testament, avec le moi au centre : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Mais c’est un commandement nouveau, avec le Christ au centre : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. » L’amour pour son Père, l’amour pour les siens, l’amour pour les pécheurs, l’amour pour ses ennemis : voilà ce qui couvrit toute la vie de Jésus-Christ, et voilà ce qui embrassera la longueur et la largeur de la vie de ceux qui le suivent. Cela simplifiera toute question, résoudra tout problème, et changera tout devoir en un délice, et fera de notre vie, comme de la sienne, l’incarnation de ce bel idéal que le Saint-Esprit nous a laissé dans le treizième chapitre de la première épître aux Corinthiens. « La charité est patiente, elle est pleine de bonté; la charité n’est point envieuse; la charité ne se vante point, elle ne s’enfle point d’orgueil, elle ne fait rien de malhonnête, elle ne cherche point son intérêt, elle ne s’irrite point, elle ne soupçonne point le mal, elle ne se réjouit point de l’injustice, mais elle se réjouit de la vérité; elle excuse tout, elle croit tout, elle espère tout, elle supporte tout. »
III. LA RÈGLE ET LA NORME DE SA VIE.
Toute vie doit avoir une norme qui la règle ; et ainsi la vie du Christ fut façonnée par les saintes Écritures. « C’est là ce que je vous disais lorsque j’étais encore avec vous, qu’il fallait que s’accomplît tout ce qui est écrit de moi dans la loi de Moïse, dans les prophètes, et dans les psaumes » (Luc 24:44). Il fallait que la vie du Christ accomplît les Écritures, et il ne pouvait mourir sur la croix avant d’avoir d’abord vécu jusqu’au bout chaque parole qui avait été écrite à son sujet. Il est tout aussi nécessaire que nos vies accomplissent les Écritures, et nous n’avons pas le droit de laisser une seule promesse ou un seul commandement de ce saint Livre demeurer lettre morte en ce qui nous concerne. Dieu veut que, pendant que nous vivons, nous prouvions dans notre propre expérience toutes les choses qui ont été écrites dans ce Livre, et que nous reliions la Bible en une édition nouvelle et vivante, dans la chair et le sang de nos propres vies.
IV. LA SOURCE DE SA VIE.
D’où tirait-il la force nécessaire à cet exemple surnaturel et parfait ? Était-ce par sa propre divinité, inhérente et essentielle ? Ou bien, durant les jours de son abaissement, suspendit-il ses droits et ses pouvoirs propres, se contentant de vivre parmi nous simplement comme un homme, dépendant, pour son soutien, des mêmes sources de force dont nous jouissons ? Il semble bien qu’il en fut ainsi. Écoutez sa propre confession (Jean 5:19, 30 ; 6:57). « Le Fils ne peut rien faire de lui-même, il ne fait que ce qu’il voit faire au Père. Je ne puis rien faire de moi-même: selon que j’entends, je juge. Comme le Père qui est vivant m’a envoyé, et que je vis par le Père, ainsi celui qui me mange vivra par moi. » Cela paraît rendre très clair que notre Seigneur puisait sa force quotidienne à la même source où nous pouvons puiser la nôtre : par la communion avec Dieu, par une vie de dépendance, de foi et de prière, et en recevant, pour en être sans cesse rempli, la présence et la puissance du Saint-Esprit. Si donc nous voulons marcher comme il a marché lui-même, recevons le Saint-Esprit comme il le reçut à son baptême. Dépendons constamment de lui, et soyons remplis de sa présence. Vivons une vie de prière incessante. Puisons notre force à chaque instant en lui, comme il la puisait dans le Père. Que notre vie, pour l’âme comme pour le corps, soit soutenue par l’inspiration de la sienne, en sorte qu’il soit vrai de nous : « en lui nous avons la vie, le mouvement, et l’être. » Telle fut la vie du Maître, et telle peut être la nôtre. Quelle inspiration pour nous de savoir qu’il s’est abaissé jusqu’au même lieu de dépendance où nous nous tenons, et qu’il nous élèvera par sa grâce jusqu’aux mêmes victoires qu’il a remportées !
V. LES ACTIVITÉS DE SA VIE.
La vie de Jésus-Christ fut une vie active. Elle ne s’absorbait pas tout entière dans la contemplation de soi et la culture de soi ; elle se répandait en une bienveillance attentive vers le monde qui l’entourait. La brève biographie qu’en donne Pierre est celle d’une activité pratique et sainte : « Il allait de lieu en lieu faisant du bien. » Dans sa courte vie de trois ans et demi, il parcourut à pied toutes les régions de la Galilée, de la Samarie et de la Judée, prêchant, enseignant et travaillant sans relâche à de rudes labeurs. Les foules le pressaient sans cesse, au point que Luc nous dit qu’« ils n’avaient même pas le temps de manger ». Une fois, à la fin d’une journée remplie, il était si las qu’il s’endormit dans la petite barque au milieu de la tempête déchaînée. Quittant ses labeurs pressants pour un temps de repos, les foules le pressaient encore, et il ne pouvait se taire. Après un sabbat de travail incessant à Capernaüm, nous le retrouvons, le lendemain matin, se levant bien avant le jour, afin de dérober à son sommeil le temps de prier. Sa vie fut une vie de service sans relâche ; et aujourd’hui encore, sur son trône d’ascension, il s’emploie continuellement à des ministères d’amour actif. Ainsi nous a-t-il dit que nous devions le copier. Nul chrétien consacré ne saurait être un oisif ni un fainéant. « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. » Nous sommes ici comme des missionnaires, chacun de nous avec une mission et une charge tout aussi précises que celles des hommes que nous envoyons aux pays païens. Trouvons notre œuvre, et, comme lui, « tout ce que notre main trouve à faire, faisons-le de toute notre force ».
VI. LA SÉPARATION.
La vraie mesure de la valeur d’un homme n’est pas toujours le nombre de ses amis, mais parfois le nombre de ses ennemis. Tout homme qui vit en avance sur son siècle est assuré d’être mal compris et combattu, et souvent persécuté et sacrifié. Le Seigneur lui-même a dit : « Malheur, lorsque tous les hommes diront du bien de vous. Ne vous étonnez pas si le monde vous hait. Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui est à lui. » Comme lui, donc, nous devons nous attendre à être souvent impopulaires, souvent à demeurer seuls, à être même calomniés, peut-être amèrement et faussement attaqués et chassés « hors du camp », fût-ce du monde religieux. Deux choses, cependant, n’oublions pas. Premièrement, ne craignons pas d’être impopulaires ; et secondement, n’en soyons jamais aigris ni ulcérés, mais tenons-nous, avec douceur et triomphe, dans l’assurance du droit et de l’approbation de notre Maître.
VII. LA VIE DE SOUFFRANCE.
Nul caractère n’est mûr, nulle vie n’a atteint son couronnement, avant d’avoir passé par le feu. Et ainsi l’épreuve suprême de l’exemple du Christ fut la souffrance ; et dans toutes ses souffrances il nous a, comme l’exprime l’apôtre Pierre, « laissé un exemple, afin que nous suivions ses traces » (1 Pierre 2:21). Il souffrit des tentations de Satan, car « il a été tenté comme nous en toutes choses, sans commettre de péché » ; et en cela il nous a appelés à le suivre dans la souffrance et dans la victoire, car « ayant été tenté lui-même dans ce qu’il a souffert, il peut secourir ceux qui sont tentés ». Il souffrit des injustices des hommes, et en cela il nous a laissé un exemple de patience, de douceur et de pardon, car « injurié, il ne rendait point d’injures, maltraité, il ne faisait point de menaces, mais s’en remettait à celui qui juge justement ». Jamais il ne fut plus glorieux qu’à l’heure de la honte. Jamais il ne fut plus oublieux de lui-même qu’au moment où ses propres douleurs écrasaient son cœur. Jamais il ne fut plus victorieux que lorsqu’il inclina la tête sur l’amère croix et mourut pour les hommes pécheurs. Il est le Souffrant couronné de l’humanité, et il nous appelle à souffrir avec lui dans la douceur, la soumission, et une foi et un amour triomphants.
VIII. LES TRAITS LES PLUS DÉLICATS D’UN SAINT CARACTÈRE.
La perfection du caractère se trouve dans les touches les plus délicates du tempérament et de la qualité, qui échappent aisément à l’observateur inattentif. C’est en elles que le caractère du Christ se tient, inimitable et souverain. L’un des plus beaux portraits de son esprit nous est donné par Paul, au troisième chapitre de l’épître aux Philippiens, lorsqu’il nous parle de son humilité : lui qui aurait pu se saisir de ses droits divins, il y renonça volontairement, se dépouilla lui-même et s’abaissa avec joie jusqu’au rang le plus humble (Philippiens 2:5-8). Son oubli de soi dans ses rapports avec les faibles et les égoïstes est finement exprimé en (Romains 15:1, 3, 7) : « Car Christ ne s’est point complu en lui-même, mais, selon qu’il est écrit: Les outrages de ceux qui t’insultent sont tombés sur moi. » Sa douceur et son humilité sont finement exprimées dans ses propres paroles : « Recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur. » L’élément le plus élevé du caractère est le sacrifice de soi ; et ici le Maître se tient à jamais à l’avant de tout sacrifice et de tout héroïsme. « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive. Quiconque veut être le premier parmi vous, qu’il soit l’esclave de tous ; car le Fils de l’homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de plusieurs. » Ici l’on nous enseigne ce que signifie marcher comme il a marché lui-même. C’est la vie d’abandon. C’est la vie du sacrifice de soi. Ainsi l’apôtre l’a-t-il finement exprimé en (Éphésiens 5:2) : « Marchez dans la charité, à l’exemple de Christ, qui nous a aimés, et qui s’est livré lui-même à Dieu pour nous comme une offrande et un sacrifice de bonne odeur. » Voilà l’amour, le sacrifice de soi ; et cela est pour Dieu aussi suave que le parfum des jardins du Paradis. Il y avait dans l’esprit de Jésus, et il devrait y avoir dans toute vie consacrée, quelque chose qui ne peut s’exprimer que par le mot de suavité. C’est à cela que l’apôtre fait allusion lorsqu’il dit, en 2 Corinthiens 2:15, « Nous sommes, en effet, pour Dieu la bonne odeur de Christ, parmi ceux qui sont sauvés et parmi ceux qui périssent. » Que Dieu nous donne cette suavité céleste qui s’exhale du cœur de notre Sauveur intérieur.
Le raffinement de Jésus-Christ est l’un des traits les plus frappants de son aimable caractère. Sans avoir été formé aux écoles de la culture humaine, il était néanmoins, comme tout chrétien devrait l’être, un parfait gentilhomme. Son attention prévenante envers les autres se manifeste souvent dans les circonstances accessoires de sa vie. Ainsi, lorsque Simon Pierre était embarrassé au sujet de l’impôt à Capernaüm et hésitait à en parler au Maître, le Seigneur « le prévint », c’est-à-dire devança sa pensée même, et l’envoya au lac prendre le poisson qui portait la pièce dans sa bouche, puis ajouta avec une fine délicatesse : « Prends-le, et donne-le-leur pour moi et pour toi », prenant d’abord sur lui-même la responsabilité de la dette, afin de ménager la susceptibilité de Pierre. Plus délicate encore fut sa haute courtoisie envers la pauvre femme pécheresse que les pharisiens avaient traînée devant lui. Se baissant, il évita son regard de peur qu’elle ne fût humiliée devant eux ; et, comme s’il ne les entendait pas, il finit par enfoncer un trait de saint sarcasme dans leurs consciences, qui les chassa promptement de sa présence, tels des chiens ; et ce ne fut que lorsqu’ils furent partis qu’il leva les yeux vers le visage de cette femme tremblante, et dit doucement : « Je ne te condamne pas non plus: va, et ne pèche plus. » Reflétons donc la douceur et la courtoisie du Christ, et que non seulement par nos vies, mais par notre « manière d’aimer », nous recommandions notre christianisme et fassions honneur en toutes choses à la doctrine de Dieu notre Sauveur.
Il est une chose de plus, dans l’esprit du Maître, qu’il voudrait nous voir copier : c’est l’esprit de joie. Si le Seigneur Jésus ne fut jamais bruyant ni sans retenue dans l’expression de sa joie, il était pourtant constamment serein, rayonnant et joyeux ; et le cœur où il habite devrait, lui aussi, exprimer cette joie dans le visage lumineux, le pas allègre, et la vie débordante d’allégresse. Rien n’est plus nécessaire, dans un monde triste et pécheur, que des chrétiens joyeux. Rien de plus touchant, dans la vie du Maître, que ceci : au moment où son propre cœur était prêt à se briser dans l’attente du jardin et de la croix, il leur disait : « Que votre cœur ne se trouble point. Que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite. » Que Dieu nous aide à copier l’allégresse de Jésus, à ne jamais laisser tomber nos couleurs dans la poussière, à ne jamais suspendre nos harpes aux saules, à ne jamais perdre notre bénédiction céleste ni manquer d’être « toujours joyeux ».
IX. MAIS IL NOUS FAUT NOUS HÂTER DE REMARQUER ENFIN
QUELQUES-UNS DES ÉLÉMENTS POSITIFS DE
VIGUEUR ET DE PUISSANCE DANS LA
VIE DE JÉSUS.
Il est possible d’être suave et bon, et pourtant d’être faible et sans sagesse. Tel ne fut pas le caractère de Jésus. Jamais douceur ne fut plus enfantine, jamais virilité ne fut plus forte ni plus majestueuse. Dans chaque élément de son caractère, dans chaque action de sa vie, nous voyons la plus robuste vigueur, et nous reconnaissons sans cesse que le Fils de l’homme était en vérité un homme dans toute l’acception du mot.
Au point de vue de l’intelligence, son esprit était clair et souverain ; et il n’est rien de plus beau, dans l’histoire de sa vie, que la manière calme et victorieuse dont il répondait aux docteurs de la loi et aux scribes à l’esprit subtil qui le harcelaient de leurs questions, et dont il les chassait de sa présence, eux qui furent tour à tour humiliés et réduits au silence devant la foule railleuse, jusqu’à ce qu’ils fussent trop heureux d’échapper à sa présence ; et après cela nul n’osa plus lui poser de questions. Son éloquence était si majestueuse et si saisissante que les huissiers envoyés pour l’arrêter oublièrent tout de leur mission tandis qu’ils l’écoutaient dire ses merveilleuses paroles, et retournèrent vers leurs maîtres courroucés pour s’écrier : « Jamais homme n’a parlé comme cet homme. » Il y avait en lui une dignité qui s’élevait parfois à une telle hauteur qu’on lit, en une occasion où il tournait résolument sa face vers Jérusalem : « Les disciples étaient troublés, et le suivaient avec crainte. » À l’heure la plus sombre de son agonie, il atteignit une si haute dignité sainte que Pilate lui-même le contempla avec admiration ; et, le montrant du doigt, au milieu même de tous les emblèmes de la honte et de la souffrance, il s’écria : « Voici l’homme. » Jusque dans sa mort il fut un Vainqueur ; et dans sa résurrection et son ascension il s’éleva, sublime, au-dessus de toutes les puissances de la mort et de l’enfer.
En conclusion : comment marcherons-nous comme lui ?
- Nous devons le recevoir afin qu’il marche en nous, car il a dit : « J’habiterai et je marcherai au milieu d’eux. »
- Nous devons étudier sa vie jusqu’à ce que le récit en soit gravé dans notre conscience et imprimé dans notre cœur.
- Nous devons contempler sans cesse ce tableau et l’appliquer à chaque détail de notre propre conduite, et ainsi, « contemplons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur, l’Esprit ».
- Ne vous découragez pas lorsque vous rencontrez en vous-même la défaillance. Ne craignez pas de vous regarder dans le miroir et d’y voir vos propres défauts en contraste avec sa vie sans reproche. Cela vous incitera à de plus hautes choses. Le jugement de soi est le secret même du progrès et d’un plus haut degré d’avancement.
- Enfin, demandons au Saint-Esprit, dont l’œuvre est de nous rendre Jésus réel, de dévoiler la vision et d’imprimer le modèle dans nos cœurs et nos vies ; et ainsi serons-nous « transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur, l’Esprit ».