À l’école de la prière avec Christ
L’infinie paternité de Dieu

Chapitre 7 · 13 min de lecture

L’infinie paternité de Dieu

« Lequel de vous donnera une pierre à son fils, s’il lui demande du pain? Ou, s’il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent? Si donc, méchants comme vous l’êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison votre Père qui est dans les cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui les lui demandent. » — Matthieu 7:9-11

EN ces paroles, notre Seigneur va plus loin pour confirmer ce qu’il avait dit de la certitude d’une réponse à la prière. Pour ôter tout doute et nous montrer sur quel terrain assuré repose sa promesse, il en appelle à ce que chacun a vu et éprouvé ici-bas sur la terre. Nous sommes tous des enfants, et nous savons ce que nous attendions de nos pères. Nous sommes pères, ou nous en voyons continuellement ; et partout nous tenons pour la chose la plus naturelle qui soit qu’un père écoute son enfant. Et le Seigneur nous demande de lever les yeux au-dessus des parents terrestres, dont les meilleurs ne sont que mauvais, et de calculer COMBIEN PLUS le Père céleste donnera de bonnes choses à ceux qui les lui demandent. Jésus veut nous amener à voir que, autant Dieu est plus grand que l’homme pécheur, d’autant plus grande doit être notre assurance qu’il exaucera, plus sûrement qu’aucun père terrestre, nos requêtes d’enfants. Autant Dieu est plus grand que l’homme, d’autant plus certain est-il que la prière sera exaucée auprès du Père qui est dans les cieux qu’auprès d’un père sur la terre.

Aussi simple et intelligible que soit cette parabole, aussi profond et spirituel est l’enseignement qu’elle renferme. Le Seigneur veut nous rappeler que la prière d’un enfant doit toute son influence à la relation dans laquelle il se tient à l’égard de son père. La prière ne peut exercer cette influence que lorsque l’enfant vit réellement dans cette relation, dans la maison, dans l’amour, dans le service du Père. La puissance de la promesse « Demandez, et l’on vous donnera » réside dans la relation d’amour qui nous unit comme enfants au Père qui est dans les cieux ; lorsque nous vivons et marchons dans cette relation, la prière de la foi et son exaucement en seront le fruit naturel. Et ainsi la leçon que nous avons aujourd’hui à l’école de la prière est celle-ci : Vis comme un enfant de Dieu, et alors tu pourras prier comme un enfant, et comme un enfant tu seras très assurément exaucé.

Et qu’est-ce que la vraie vie d’enfant ? La réponse peut se trouver dans n’importe quelle maison. L’enfant qui, par préférence, délaisse la maison de son père, qui ne trouve aucun plaisir dans la présence, l’amour et l’obéissance du père, et qui pense malgré tout demander et obtenir ce qu’il veut, sera assurément déçu. Au contraire, celui pour qui le commerce, la volonté, l’honneur et l’amour du père font la joie de sa vie, découvrira que c’est la joie du père d’exaucer ses requêtes. L’Écriture dit : « tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu » : le privilège filial de tout demander est inséparable de la vie filiale sous la conduite de l’Esprit. Celui qui se livre à être conduit par l’Esprit dans sa vie sera conduit par lui dans ses prières aussi. Et il découvrira que le don paternel est la réponse divine à la vie filiale.

Pour voir ce qu’est cette vie filiale, dans laquelle la demande et la foi filiales trouvent leur fondement, il nous suffit de remarquer ce que notre Seigneur enseigne dans le Sermon sur la montagne au sujet du Père et de ses enfants. Là, les promesses de la prière sont enchâssées dans les préceptes de la vie ; les deux sont inséparables. Ils forment un tout ; et celui-là seul peut compter sur l’accomplissement de la promesse qui accepte aussi tout ce que le Seigneur y a rattaché. C’est comme si, en prononçant la parole « Demandez, et vous recevrez », il disait : Je donne ces promesses à ceux que, dans les béatitudes, j’ai dépeints dans leur pauvreté et leur pureté d’enfants, et dont j’ai dit : « ils seront appelés fils de Dieu » (Matthieu 5:3-9) : à des enfants dont il est dit : « Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux » : à ceux qui marchent dans l’amour, « afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux », et qui cherchent à être parfaits « comme votre Père céleste est parfait » (5:45) : à ceux dont le jeûne, la prière et l’aumône (6:1-18) ne sont pas devant les hommes, mais devant « ton Père, qui voit dans le secret » ; qui pardonnent « comme votre Père vous pardonne » (6:15) ; qui se confient dans le Père céleste en tout besoin terrestre, cherchant premièrement le royaume de Dieu et sa justice (6:26-32) ; qui non seulement disent : Seigneur, Seigneur, mais font la volonté de mon Père qui est dans les cieux (7:21). Tels sont les enfants du Père, et telle est la vie dans l’amour et le service du Père ; dans une telle vie d’enfant, les prières exaucées sont certaines et abondantes.

Mais un tel enseignement ne découragera-t-il pas le faible ? Si nous devons d’abord répondre à ce portrait de l’enfant, beaucoup ne doivent-ils pas renoncer à tout espoir d’être exaucés dans leurs prières ? La difficulté s’évanouit si nous repensons au nom béni de père et d’enfant. Un enfant est faible ; il y a une grande différence entre les enfants quant à l’âge et aux dons. Le Seigneur ne nous demande pas un accomplissement parfait de la loi ; non, mais seulement l’abandon filial et sans réserve à vivre comme un enfant avec lui, dans l’obéissance et la vérité. Rien de plus. Mais aussi, rien de moins. Le Père doit avoir le cœur tout entier. Lorsque cela lui est donné, et qu’il voit l’enfant chercher d’un dessein sincère et d’une volonté ferme à être et à vivre en tout comme un enfant, alors notre prière comptera auprès de lui comme la prière d’un enfant. Que chacun se mette simplement et honnêtement à étudier le Sermon sur la montagne et à le prendre pour guide dans sa vie, et il trouvera, malgré la faiblesse et l’échec, une liberté toujours croissante de réclamer l’accomplissement de ses promesses touchant la prière. Dans les noms de père et d’enfant, il a le gage que ses requêtes seront exaucées.

C’est là la pensée capitale sur laquelle Jésus s’arrête ici, et qu’il voudrait voir saisie par tous ses élèves. Il voudrait nous faire voir que le secret d’une prière efficace, c’est d’avoir le cœur rempli de l’amour paternel de Dieu. Il ne nous suffit pas de savoir que Dieu est un Père : il voudrait que nous prenions le temps de nous pénétrer pleinement de ce que ce nom implique. Nous devons prendre le meilleur père terrestre que nous connaissions ; nous devons songer à la tendresse et à l’amour avec lesquels il considère la requête de son enfant, à l’amour et à la joie avec lesquels il accorde tout désir raisonnable ; nous devons alors, tandis que nous pensons, dans une adoration éperdue, à l’amour infini et à la paternité de Dieu, considérer avec combien plus de tendresse et de joie Lui nous voit venir à lui et nous donne ce que nous demandons comme il faut. Et alors, quand nous voyons combien cette arithmétique divine dépasse notre entendement, et sentons combien il nous est impossible de saisir l’empressement de Dieu à nous écouter, alors il voudrait que nous venions ouvrir notre cœur pour que le Saint-Esprit y répande l’amour paternel de Dieu. Faisons-le non seulement quand nous voulons prier, mais livrons notre cœur et notre vie pour demeurer dans cet amour. L’enfant qui ne veut connaître l’amour du père que lorsqu’il a quelque chose à demander sera déçu. Mais celui qui laisse Dieu être Père toujours et en toutes choses, qui voudrait vivre toute sa vie dans la présence et l’amour du Père, qui permet à Dieu, dans toute la grandeur de son amour, d’être un Père pour lui, oh ! celui-là éprouvera de la manière la plus glorieuse qu’une vie dans l’infinie paternité de Dieu et des réponses continuelles à la prière sont inséparables.

Bien-aimé condisciple ! nous commençons à voir quelle est la raison pour laquelle nous connaissons si peu les réponses quotidiennes à la prière, et quelle est la principale leçon que le Seigneur a pour nous dans son école. Tout est dans le nom de Père. Nous pensions que ce que nous devions recevoir à l’école du Christ, c’était une intelligence nouvelle et plus profonde de quelques-uns des mystères du monde de la prière ; il nous dit que la première leçon est la plus haute : nous devons apprendre à bien dire : « Abba, Père ! » « Notre Père qui es aux cieux ». Celui qui peut dire cela possède la clef de toute prière. Dans toute la compassion avec laquelle un père écoute son enfant faible ou malade, dans toute la joie avec laquelle il entend son enfant balbutier, dans toute la douce patience avec laquelle il supporte un enfant étourdi, nous devons, comme dans autant de miroirs, étudier le cœur de notre Père, jusqu’à ce que chaque prière soit portée en haut sur la foi de cette parole divine : « à combien plus forte raison votre Père qui est dans les cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui les lui demandent. »

« SEIGNEUR, ENSEIGNE-NOUS À PRIER. »

Seigneur béni ! Tu sais que ceci, bien que ce soit l’une des premières, des plus simples et des plus glorieuses leçons de ton école, est pour nos cœurs l’une des plus difficiles à apprendre : nous connaissons si peu l’amour du Père. Seigneur ! apprends-nous à tellement vivre avec le Père que son amour nous soit plus proche, plus clair, plus cher que l’amour d’aucun père terrestre. Et fais que l’assurance qu’il exauce notre prière soit d’autant plus grande que la confiance en un parent terrestre, que les cieux sont plus élevés que la terre, que Dieu est infiniment plus grand que l’homme. Seigneur ! montre-nous que ce n’est que notre éloignement peu filial du Père qui empêche la réponse à la prière, et conduis-nous à la vraie vie des enfants de Dieu. Seigneur Jésus ! c’est l’amour paternel qui éveille la confiance filiale. Ô révèle-nous le Père et son amour tendre et compatissant, afin que nous devenions comme des enfants et que nous éprouvions comment dans la vie d’enfant réside la puissance de la prière.

Fils béni de Dieu ! le Père t’aime et t’a donné toutes choses. Et toi, tu aimes le Père, et tu as fait tout ce qu’il t’a commandé, et c’est pourquoi tu as le pouvoir de tout demander. Seigneur ! donne-nous ton propre Esprit, l’Esprit du Fils. Rends-nous semblables à des enfants, comme tu l’étais sur la terre. Et que chaque prière soit exhalée dans la foi que, de même que le ciel est plus haut que la terre, ainsi l’amour paternel de Dieu et son empressement à nous donner ce que nous demandons surpassent tout ce que nous pouvons penser ou concevoir. Amen.

NOTE.

« Ton Père qui est dans les cieux. » Hélas ! nous n’en parlons que comme de l’expression d’un hommage révérencieux. Nous y voyons une image empruntée à la vie terrestre, et qui ne saurait s’appliquer à Dieu que dans un sens vague et superficiel. Nous avons peur de prendre Dieu pour notre propre père, tendre et compatissant. Il est un maître d’école, ou presque plus lointain encore, et en sachant moins sur nous—un inspecteur, qui ne connaît de nous rien que par nos leçons. Ses yeux ne sont pas sur l’élève, mais sur le livre, et tous, pareillement, doivent atteindre le niveau requis.

Ouvre maintenant les oreilles du cœur, enfant timide de Dieu ; laisse cette parole descendre jusqu’au plus profond de l’âme. Voici le point de départ de la sainteté : dans l’amour, la patience et la pitié de notre Père céleste. Nous n’avons pas à apprendre à être saints comme une leçon difficile à l’école, afin que Dieu ait bonne opinion de nous ; nous avons à l’apprendre à la maison, avec le Père pour nous aider. Dieu t’aime non parce que tu es habile, non parce que tu es bon, mais parce qu’il est ton Père. La croix de Christ ne fait pas que Dieu nous aime ; elle est le fruit et la mesure de son amour pour nous. Il aime tous ses enfants, les plus maladroits, les plus lents, les pires de ses enfants. Son amour est à l’arrière de toutes choses, et nous devons y prendre appui comme sur le fondement solide de notre vie religieuse, non pas en grandissant pour y parvenir, mais en grandissant à partir de lui. Nous devons commencer là, ou notre commencement n’aboutira à rien. Saisis cela avec force. Nous devons sortir de nous-mêmes pour trouver quelque espérance, quelque force ou quelque assurance. Et quelle espérance, quelle force, quelle assurance peuvent être les nôtres maintenant que nous commençons ici, ton Père qui est dans les cieux !

Il nous faut pénétrer la tendresse et le secours qui reposent dans ces mots, et nous appuyer dessus—ton Père. Redis-les-toi jusqu’à ce que quelque chose de cette merveilleuse vérité soit ressenti par nous. Cela signifie que je suis lié à Dieu par la relation la plus étroite et la plus tendre ; que j’ai droit à son amour, à sa puissance et à sa bénédiction, comme rien d’autre ne pourrait me les donner. Ô la hardiesse avec laquelle nous pouvons nous approcher ! Ô les grandes choses que nous avons le droit de demander ! Ton Père. Cela signifie que tout son amour, toute sa patience et toute sa sagesse infinis se penchent sur moi pour me secourir. Dans cette relation ne réside pas seulement la possibilité de la sainteté ; il y a infiniment plus que cela.

C’est ici que nous devons commencer, dans l’amour patient de notre Père. Songe comme il nous connaît à part et chacun pour soi, dans toutes nos particularités, dans toutes nos faiblesses et nos difficultés. Le maître juge d’après le résultat, mais notre Père juge d’après l’effort. L’échec ne signifie pas toujours la faute. Il sait combien les choses coûtent, et il les pèse là où d’autres ne font que mesurer. TON PÈRE. Songe au grand prix que son amour attache aux pauvres commencements des petits, si maladroits et si dénués de sens qu’ils puissent paraître à d’autres. Tout cela réside dans cette relation bénie, et infiniment plus. Ne crains pas de tout prendre pour tien.

Tiré de Thoughts on Holiness, par Mark Guy Pearse. Ce qui est si magnifiquement dit de la connaissance de la paternité de Dieu comme point de départ de la sainteté n’est pas moins vrai de la prière.

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