À l’école de la prière avec Christ
La prière modèle

Chapitre 5 · 11 min de lecture

La prière modèle

« Voici donc comment vous devez prier: Notre Père qui es aux cieux! »—Matthieu 6:9.

TOUT maître connaît la puissance de l’exemple. Il ne se contente pas de dire à l’enfant ce qu’il faut faire et comment le faire : il lui montre comment cela peut réellement se faire. Condescendant à notre faiblesse, notre Maître céleste nous a donné les paroles mêmes que nous devons emporter avec nous lorsque nous nous approchons de notre Père. Nous avons en elles une forme de prière où respirent la fraîcheur et la plénitude de la Vie éternelle. Si simple que l’enfant peut la balbutier, si divinement riche qu’elle embrasse tout ce que Dieu peut donner. Une forme de prière qui devient le modèle et l’inspiration de toute autre prière, et qui pourtant nous ramène toujours à elle-même comme l’expression la plus profonde de notre âme devant notre Dieu.

« Notre Père qui es aux cieux! » Pour bien saisir cette parole d’adoration, je dois me souvenir qu’aucun des saints, dans l’Écriture, n’avait jamais osé s’adresser à Dieu comme à son Père. Cette invocation nous place aussitôt au centre de la merveilleuse révélation que le Fils est venu faire de son Père comme étant aussi notre Père. Elle embrasse le mystère de la rédemption—le Christ nous délivrant de la malédiction afin que nous devenions les enfants de Dieu. Le mystère de la régénération—l’Esprit, dans la nouvelle naissance, nous donnant la vie nouvelle. Et le mystère de la foi—avant même que la rédemption soit accomplie ou comprise, la parole est mise sur les lèvres des disciples pour les préparer à l’expérience bénie qui doit encore venir. Ces paroles sont la clé de toute la prière, de toute prière. Il faut du temps, il faut toute une vie pour les étudier ; il faudra l’éternité pour les comprendre pleinement. La connaissance de l’amour paternel de Dieu est la première et la plus simple, mais aussi la dernière et la plus haute leçon de l’école de la prière. C’est dans la relation personnelle avec le Dieu vivant, et dans la communion d’amour personnelle et consciente avec lui-même, que la prière commence. C’est dans la connaissance du caractère paternel de Dieu, révélé par le Saint-Esprit, que la puissance de la prière trouvera à s’enraciner et à croître. Dans la tendresse, la compassion et la patience infinies du Père infini, dans son empressement plein d’amour à écouter et à secourir, la vie de prière trouve sa joie. Oh ! prenons le temps, jusqu’à ce que l’Esprit ait fait de ces paroles pour nous esprit et vérité, remplissant le cœur et la vie : « Notre Père qui es aux cieux. » Alors nous sommes véritablement au-dedans du voile, dans le lieu secret de la puissance où la prière l’emporte toujours.

« Que ton nom soit sanctifié. » Il y a ici quelque chose qui nous frappe aussitôt. Alors que, d’ordinaire, nous apportons d’abord à Dieu nos propres besoins dans la prière, pour ne songer qu’ensuite à ce qui appartient à Dieu et à ses intérêts, le Maître renverse l’ordre. D’abord ton nom, ton règne, ta volonté ; puis : donne-nous, pardonne-nous, conduis-nous, délivre-nous. La leçon a plus d’importance que nous ne le pensons. Dans la vraie adoration, le Père doit être premier, doit être tout. Plus tôt j’apprends à m’oublier moi-même dans le désir que LUI soit glorifié, plus riche sera la bénédiction que la prière m’apportera à moi-même. Nul ne perd jamais rien de ce qu’il sacrifie pour le Père.

Cela doit influencer toute notre prière. Il y a deux sortes de prière : la prière personnelle et l’intercession. Cette dernière n’occupe d’ordinaire que la moindre part de notre temps et de notre énergie. Il ne doit pas en être ainsi. Le Christ a ouvert l’école de la prière tout spécialement pour former des intercesseurs en vue de la grande œuvre qui consiste à faire descendre, par leur foi et leur prière, les bénédictions de son œuvre et de son amour sur le monde alentour. Il ne peut y avoir de croissance profonde dans la prière si nous n’en faisons pas notre but. Le petit enfant ne demande peut-être à son père que ce dont il a besoin pour lui-même ; et pourtant il apprend bientôt à dire : Donnes-en aussi pour ma sœur. Mais le fils devenu grand, qui ne vit que pour les intérêts de son père et prend en charge les affaires de son père, demande plus largement, et obtient tout ce qu’il demande. Et Jésus voudrait nous former à la vie bénie de consécration et de service, où nos intérêts sont tous subordonnés au Nom, au Règne et à la Volonté du Père. Oh ! vivons pour cela, et qu’à chaque acte d’adoration—Notre Père !—succède dans le même souffle : ton Nom, ton Règne, ta Volonté ;—c’est vers cela que nous levons les yeux et que nous aspirons.

« Que ton nom soit sanctifié. » Quel nom ? Ce nouveau nom de Père. Le mot Saint est le mot central de l’Ancien Testament ; le nom de Père, celui du Nouveau. Dans ce nom d’Amour, toute la sainteté et toute la gloire de Dieu doivent désormais être révélées. Et comment ce nom sera-t-il sanctifié ? Par Dieu lui-même : « Je sanctifierai mon grand nom que vous avez profané. » Notre prière doit être qu’en nous-mêmes, en tous les enfants de Dieu, en présence du monde, Dieu lui-même révèle la sainteté, la puissance divine, la gloire cachée du nom de Père. L’Esprit du Père est le Saint-Esprit : ce n’est que lorsque nous nous laissons conduire par lui que le nom sera sanctifié dans nos prières et dans nos vies. Apprenons cette prière : « Notre Père, que ton nom soit sanctifié. »

« Que ton règne vienne. » Le Père est un Roi et il a un royaume. Le fils et héritier d’un roi n’a pas de plus haute ambition que la gloire du royaume de son père. En temps de guerre ou de danger, cela devient sa passion ; il ne peut penser à rien d’autre. Les enfants du Père sont ici sur le territoire de l’ennemi, où le royaume, qui est dans les cieux, n’est pas encore pleinement manifesté. Quoi de plus naturel que, lorsqu’ils apprennent à sanctifier le nom du Père, ils soupirent et crient avec un profond élan : « Que ton règne vienne. » La venue du royaume est le grand événement dont dépendent la révélation de la gloire du Père, le bonheur de ses enfants, le salut du monde. C’est aussi de nos prières que dépend la venue du royaume. Ne joindrons-nous pas notre voix au cri de profond désir des rachetés : « Que ton règne vienne » ? Apprenons-le à l’école de Jésus.

« Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. » Cette requête est trop souvent appliquée uniquement au fait de subir la volonté de Dieu. Au ciel, la volonté de Dieu est faite, et le Maître enseigne à l’enfant à demander que la volonté soit faite sur la terre tout comme au ciel : dans un esprit de soumission adorante et d’obéissance empressée. Parce que la volonté de Dieu est la gloire du ciel, l’accomplir est la félicité du ciel. À mesure que la volonté s’accomplit, le royaume des cieux entre dans le cœur. Et partout où la foi a accueilli l’amour du Père, l’obéissance accueille la volonté du Père. L’abandon à une vie d’obéissance semblable à celle du ciel, et la prière pour l’obtenir, voilà l’esprit de la prière filiale.

« Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien. » Lorsque l’enfant s’est d’abord livré au Père dans le souci de son Nom, de son Règne et de sa Volonté, il a pleine liberté de demander son pain quotidien. Un maître prend soin de la nourriture de son serviteur, un général de ses soldats, un père de son enfant. Et le Père qui est dans les cieux ne prendra-t-il pas soin de l’enfant qui, dans la prière, s’est donné à ses intérêts ? Nous pouvons en effet dire en pleine confiance : Père, je vis pour ton honneur et pour ton œuvre ; je sais que tu prends soin de moi. La consécration à Dieu et à sa volonté donne une merveilleuse liberté dans la prière pour les choses temporelles : la vie terrestre tout entière est remise aux soins pleins d’amour du Père.

« Pardonne-nous nos offenses, comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. » Comme le pain est le premier besoin du corps, ainsi le pardon l’est pour l’âme. Et la provision pour l’un est aussi certaine que pour l’autre. Nous sommes des enfants, mais aussi des pécheurs ; notre droit d’accès à la présence du Père, nous le devons au sang précieux et au pardon qu’il nous a acquis. Gardons-nous de laisser la prière pour le pardon devenir une formalité : seul ce qui est vraiment confessé est vraiment pardonné. Acceptons par la foi le pardon tel qu’il est promis : comme une réalité spirituelle, une transaction réelle entre Dieu et nous, il est l’entrée dans tout l’amour du Père et dans tous les privilèges des enfants. Un tel pardon, comme expérience vivante, est impossible sans un esprit de pardon envers les autres : de même que pardonnés exprime la relation de l’enfant de Dieu tournée vers le ciel, de même pardonnant exprime celle qui est tournée vers la terre. Dans chaque prière au Père, je dois pouvoir dire que je ne connais personne que je n’aime de tout mon cœur.

« Ne nous induis pas en tentation, mais délivre-nous du malin. » Notre pain quotidien, le pardon de nos péchés, puis notre préservation de tout péché et de la puissance du malin : dans ces trois requêtes, tout notre besoin personnel est compris. La prière pour le pain et le pardon doit être accompagnée de l’abandon à vivre en toutes choses dans une sainte obéissance à la volonté du Père, et de la prière croyante pour être gardé en tout, par la puissance de l’Esprit qui habite en nous, de la puissance du malin.

Enfants de Dieu ! c’est ainsi que Jésus voudrait que nous priions le Père qui est dans les cieux. Oh ! que son Nom, son Règne et sa Volonté aient la première place dans notre amour ; son amour qui pourvoit, qui pardonne et qui garde sera notre part assurée. Ainsi la prière nous élèvera jusqu’à la véritable vie d’enfant : le Père tout entier pour l’enfant, le Père tout entier au service de l’enfant. Nous comprendrons comment le Père et l’enfant, le Tien et le Nôtre, ne font qu’un, et comment le cœur qui commence sa prière par le TIEN tout consacré à Dieu aura la puissance de proclamer aussi, dans la foi, le NÔTRE. Une telle prière sera, en effet, la communion et l’échange de l’amour, nous ramenant toujours, dans la confiance et l’adoration, vers Celui qui est non seulement le Commencement, mais aussi la Fin : « CAR C’EST À TOI QU’APPARTIENNENT, DANS TOUS LES SIÈCLES, LE RÈGNE, LA PUISSANCE ET LA GLOIRE. AMEN! » Fils du Père, enseigne-nous à prier : « NOTRE PÈRE. »

« SEIGNEUR, ENSEIGNE-NOUS À PRIER. »

Ô toi qui es le Fils unique, enseigne-nous, nous t’en supplions, à prier : « NOTRE PÈRE. » Nous te rendons grâces, Seigneur, pour ces Paroles vivantes et bénies que tu nous as données. Nous te rendons grâces pour les millions d’âmes qui, par elles, ont appris à connaître et à adorer le Père, et pour ce qu’elles ont été pour nous. Seigneur ! c’est comme s’il nous fallait des jours et des semaines dans ton école avec chacune de ces requêtes, tant elles sont profondes et pleines. Mais nous comptons sur toi pour nous conduire plus avant dans leur sens : fais-le, nous t’en prions, pour l’amour de ton Nom ; ton nom est Fils du Père.

Seigneur ! tu as dit un jour : « Personne ne connaît le Père, si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. » Et encore : « Je leur ai fait connaître ton nom, et je le leur ferai connaître, afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux. » Seigneur Jésus ! révèle-nous le Père. Que son nom, son amour paternel infini, l’amour dont il t’a aimé, selon ta prière, SOIENT EN NOUS. Alors nous dirons justement : « NOTRE PÈRE ! » Alors nous saisirons ton enseignement, et le premier souffle spontané de notre cœur sera : « Notre Père, ton Nom, ton Règne, ta Volonté. » Et nous apporterons nos besoins, nos péchés et nos tentations à Celui dont l’amour d’un tel Père prend soin de tout.

Seigneur béni ! nous sommes tes disciples, nous nous confions en toi ; enseigne-nous à prier : « NOTRE PÈRE. » Amen.

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