Chapitre 3 · 9 min de lecture
Les vrais adorateurs
« Mais l’heure vient, et elle est déjà venue, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité; car ce sont là les adorateurs que le Père demande. Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l’adorent l’adorent en esprit et en vérité. » — Jean 4:23, 24.
CES paroles de Jésus à la femme de Samarie sont son premier enseignement rapporté sur le sujet de la prière. Elles nous donnent quelques premiers aperçus merveilleux du monde de la prière. Le Père cherche des adorateurs : notre adoration comble son cœur aimant et lui est une joie. Il cherche de vrais adorateurs, mais en trouve beaucoup qui ne sont pas tels qu’il les voudrait. La vraie adoration est celle qui est en esprit et en vérité. Le Fils est venu ouvrir le chemin de cette adoration en esprit et en vérité, et nous l’enseigner. Ainsi, l’une de nos premières leçons à l’école de la prière doit être de comprendre ce que c’est que prier en esprit et en vérité, et de savoir comment nous pouvons y parvenir.
À la femme de Samarie notre Seigneur parla d’une triple adoration. Il y a d’abord l’adoration ignorante des Samaritains : « Vous adorez ce que vous ne connaissez pas. » La deuxième, l’adoration intelligente du Juif, qui a la vraie connaissance de Dieu : « Nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. » Et puis la nouvelle, l’adoration spirituelle que lui-même est venu introduire : « L’heure vient, et elle est déjà venue, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité. » D’après le contexte, il est évident que les mots « en esprit et en vérité » ne signifient pas, comme on le pense souvent, avec ferveur, du fond du cœur, avec sincérité. Les Samaritains avaient les cinq livres de Moïse et quelque connaissance de Dieu ; il y avait sans doute plus d’un parmi eux qui cherchait Dieu honnêtement et avec ferveur dans la prière. Les Juifs avaient la vraie et pleine révélation de Dieu dans sa parole, telle qu’elle avait été donnée jusque-là ; il y avait parmi eux des hommes pieux, qui invoquaient Dieu de tout leur cœur. Et pourtant pas « en esprit et en vérité », dans le plein sens des mots. Jésus dit : « L’heure vient, et elle est déjà venue ; » ce n’est qu’en lui et par lui que l’adoration de Dieu sera en esprit et en vérité.
Parmi les chrétiens, on retrouve encore les trois classes d’adorateurs. Certains qui, dans leur ignorance, savent à peine ce qu’ils demandent : ils prient avec ferveur, et pourtant ne reçoivent que peu. Il en est d’autres qui ont une connaissance plus juste, qui s’efforcent de prier de toute leur pensée et de tout leur cœur, et prient souvent avec la plus grande ferveur, et pourtant n’atteignent pas la pleine félicité de l’adoration en esprit et en vérité. C’est dans cette troisième classe que nous devons demander à notre Seigneur Jésus de nous introduire ; c’est de lui que nous devons apprendre à adorer en esprit et en vérité. Cela seul est l’adoration spirituelle ; cela fait de nous des adorateurs tels que le Père en cherche. Dans la prière, tout dépendra de ce que nous comprenions bien et pratiquions l’adoration en esprit et en vérité.
« Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l’adorent l’adorent en esprit et en vérité. » La première pensée que le Maître suggère ici, c’est qu’il doit y avoir harmonie entre Dieu et ses adorateurs ; tel Dieu est, telle doit être son adoration. Cela est conforme à un principe qui règne dans tout l’univers : nous cherchons une correspondance entre un objet et l’organe auquel il se révèle ou se livre. L’œil a une aptitude intérieure pour la lumière, l’oreille pour le son. L’homme qui voudrait vraiment adorer Dieu, le trouver, le connaître, le posséder et jouir de lui, doit être en harmonie avec lui, doit avoir la capacité de le recevoir. Parce que Dieu est Esprit, nous devons adorer en esprit. Tel Dieu est, tel est son adorateur.
Et qu’est-ce que cela signifie ? La femme avait demandé à notre Seigneur si Samarie ou Jérusalem était le vrai lieu de l’adoration. Il répond que désormais l’adoration ne doit plus être limitée à un certain lieu : « Femme, lui dit Jésus, crois-moi, l’heure vient où ce ne sera ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. » Comme Dieu est Esprit, non lié par l’espace ni par le temps, mais, dans son infinie perfection, toujours et partout le même, ainsi son adoration ne serait désormais plus confinée à un lieu ou à une forme, mais spirituelle, comme Dieu lui-même est spirituel. Une leçon d’une profonde importance. Combien notre christianisme souffre de ceci, qu’il est confiné à certains temps et à certains lieux. Un homme qui cherche à prier avec ferveur à l’église ou dans le lieu secret passe la plus grande partie de la semaine ou de la journée dans un esprit entièrement en désaccord avec celui dans lequel il a prié. Son adoration était l’œuvre d’un lieu ou d’une heure fixes, non de tout son être. Dieu est Esprit : il est l’Éternel et l’Immuable ; ce qu’il est, il l’est toujours et en vérité. Notre adoration doit de même être en esprit et en vérité : son adoration doit être l’esprit de notre vie ; notre vie doit être adoration en esprit, comme Dieu est Esprit.
« Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l’adorent l’adorent en esprit et en vérité. » La deuxième pensée qui nous vient, c’est que l’adoration en esprit doit venir de Dieu lui-même. Dieu est Esprit : lui seul a l’Esprit à donner. C’est pour cela qu’il a envoyé son Fils, afin de nous rendre propres à une telle adoration spirituelle, en nous donnant le Saint-Esprit. C’est de sa propre œuvre que Jésus parle lorsqu’il dit deux fois : « L’heure vient, » puis ajoute : « et elle est déjà venue. » Il est venu baptiser du Saint-Esprit ; l’Esprit ne pouvait se répandre avant qu’il fût glorifié (Jean 1:33 ; 7:37, 38 ; 16:7). C’est lorsqu’il eut mis fin au péché et que, entrant avec son sang dans le lieu très saint, il y eut, en notre faveur, reçu le Saint-Esprit (Actes 2:33), qu’il put nous l’envoyer comme l’Esprit du Père. C’est lorsque Christ nous eut rachetés, et que nous eûmes reçu en lui la position d’enfants, que le Père envoya l’Esprit de son Fils dans nos cœurs pour crier : « Abba! Père! » L’adoration en esprit est l’adoration du Père dans l’Esprit de Christ, l’Esprit d’adoption.
C’est la raison pour laquelle Jésus emploie ici le nom de Père. Nous ne trouvons jamais l’un des saints de l’Ancien Testament s’approprier personnellement le nom d’enfant ni appeler Dieu son Père. L’adoration du Père n’est possible qu’à ceux à qui l’Esprit du Fils a été donné. L’adoration en esprit n’est possible qu’à ceux à qui le Fils a révélé le Père, et qui ont reçu l’esprit d’adoption. C’est Christ seul qui ouvre le chemin et enseigne l’adoration en esprit.
Et en vérité. Cela ne veut pas seulement dire avec sincérité. Cela ne signifie pas non plus seulement : conformément à la vérité de la Parole de Dieu. L’expression a un sens profond et divin. Jésus est « le Fils unique venu du Père, plein de grâce et de vérité ». « La loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ. » Jésus dit : « Je suis la vérité et la vie. » Dans l’Ancien Testament, tout n’était qu’ombre et promesse ; Jésus a apporté et donne la réalité, la substance, des choses espérées. En lui, les bénédictions et les puissances de la vie éternelle sont notre possession et notre expérience actuelles. Jésus est plein de grâce et de vérité ; le Saint-Esprit est l’Esprit de vérité ; par lui, la grâce qui est en Jésus est nôtre en fait et en vérité, une communication positive issue de la vie divine. Et ainsi l’adoration en esprit est adoration en vérité ; communion vivante et réelle avec Dieu, une véritable correspondance et harmonie entre le Père, qui est Esprit, et l’enfant qui prie en esprit.
Ce que Jésus dit à la femme de Samarie, elle ne put le comprendre aussitôt. Il fallut la Pentecôte pour en révéler le plein sens. À notre première entrée à l’école de la prière, nous sommes à peine préparés à saisir un tel enseignement. Nous le comprendrons mieux plus tard. Commençons seulement, et recevons la leçon telle qu’il la donne. Nous sommes charnels et ne pouvons apporter à Dieu l’adoration qu’il cherche. Mais Jésus est venu donner l’Esprit : il nous l’a donné. Que la disposition dans laquelle nous nous mettons à prier soit celle que les paroles de Christ nous ont enseignée. Qu’il y ait la profonde confession de notre incapacité à apporter à Dieu l’adoration qui lui est agréable ; la docilité d’enfant qui attend de lui qu’il nous instruise ; la foi simple qui s’abandonne au souffle de l’Esprit. Par-dessus tout, tenons ferme la bienheureuse vérité — nous découvrirons que le Seigneur a encore beaucoup à nous en dire — que la connaissance de la paternité de Dieu, la révélation de son infinie tendresse paternelle dans nos cœurs, la foi en l’amour infini qui nous donne son Fils et son Esprit pour faire de nous des enfants, est bien le secret de la prière en esprit et en vérité. C’est le chemin nouveau et vivant que Christ a ouvert pour nous. Avoir Christ le Fils, et l’Esprit du Fils, demeurant en nous et révélant le Père, voilà ce qui fait de nous de vrais adorateurs spirituels.
« SEIGNEUR, ENSEIGNE-NOUS À PRIER. »
Seigneur béni ! J’adore l’amour avec lequel tu as enseigné à une femme, qui t’avait refusé une coupe d’eau, ce que doit être l’adoration de Dieu. Je me réjouis de l’assurance que tu ne vas pas moins instruire maintenant ton disciple, qui vient à toi avec un cœur qui aspire à prier en esprit et en vérité. Ô mon saint Maître ! enseigne-moi ce bienheureux secret.
Enseigne-moi que l’adoration en esprit et en vérité ne vient pas de l’homme, mais vient de toi seul ; qu’elle n’est pas seulement une affaire de temps et de saisons, mais l’épanchement d’une vie en toi. Enseigne-moi à m’approcher de Dieu dans la prière sous la profonde impression de mon ignorance et de ce que je n’ai rien en moi-même à lui offrir, et en même temps de la provision que toi, mon Sauveur, tu fais pour le souffle de l’Esprit dans mes balbutiements d’enfant. Je te bénis de ce qu’en toi je suis un enfant, et que j’ai la liberté d’accès d’un enfant ; de ce qu’en toi j’ai l’esprit d’adoption et de l’adoration en vérité. Enseigne-moi, par-dessus tout, ô Fils béni du Père, comment c’est la révélation du Père qui donne l’assurance dans la prière ; et que l’infinie tendresse paternelle du cœur de Dieu soit ma joie et ma force pour une vie de prière et d’adoration. Amen.
Chapitre 3 terminé
Les vrais adorateurs