À l’école de la prière avec Christ
La condition qui embrasse tout

Chapitre 22 · 14 min de lecture

La condition qui embrasse tout

« Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé. » — Jean 15:7.

Dans toutes les relations que Dieu entretient avec nous, la promesse et ses conditions sont inséparables. Si nous remplissons les conditions, il accomplit la promesse. Ce qu’il sera pour nous dépend de ce que nous sommes disposés à être pour lui. « Approchez-vous de Dieu, et il s’approchera de vous. » Et ainsi, dans la prière, la promesse illimitée, demandez ce que vous voudrez, a son unique condition, simple et naturelle, si vous demeurez en moi. C’est Christ que le Père exauce toujours ; Dieu est en Christ, et l’on ne peut l’atteindre qu’en étant en lui ; être EN LUI, voilà le moyen d’être exaucé dans nos prières ; en DEMEURANT EN LUI pleinement et entièrement, nous avons le droit de demander tout ce que nous voulons, et la promesse que cela nous sera accordé.

Lorsque nous comparons cette promesse avec l’expérience de la plupart des croyants, nous sommes saisis par un contraste effrayant. Qui pourrait compter les innombrables prières qui montent et n’obtiennent aucune réponse ? La cause doit être ou bien que nous ne remplissons pas la condition, ou bien que Dieu n’accomplit pas la promesse. Les croyants ne veulent admettre ni l’un ni l’autre, et ils ont donc imaginé un moyen d’échapper à ce dilemme. Ils introduisent dans la promesse la clause restrictive que notre Sauveur n’y a pas mise — si telle est la volonté de Dieu ; et ils préservent ainsi à la fois l’intégrité de Dieu et la leur. Oh ! s’ils voulaient seulement l’accepter et s’y tenir fermement telle qu’elle est, comptant sur Christ pour défendre sa vérité, comme l’Esprit de Dieu les conduirait à voir la convenance divine d’une telle promesse pour ceux qui demeurent vraiment en Christ au sens où il l’entend, et à confesser que le défaut dans l’accomplissement de la condition est la seule explication suffisante de la prière sans réponse ! Et comme le Saint-Esprit ferait alors de notre faiblesse dans la prière l’un des plus puissants motifs pour nous pousser à découvrir le secret, et à obtenir la bénédiction, du plein demeurer en Christ.

« Si vous demeurez en moi. » À mesure qu’un chrétien croît dans la grâce et dans la connaissance du Seigneur Jésus, il est souvent surpris de découvrir combien les paroles de Dieu grandissent elles aussi, par le sens nouveau et plus profond avec lequel elles lui parviennent. Il peut se rappeler le jour où quelque parole de Dieu s’ouvrit à lui et où il se réjouit de la bénédiction qu’il y avait trouvée. Après un temps, une expérience plus profonde lui en donna un sens nouveau, et ce fut comme s’il n’avait jamais vu ce qu’elle contenait. Et pourtant une fois encore, à mesure qu’il avançait dans la vie chrétienne, la même parole se dressa de nouveau devant lui comme un grand mystère, jusqu’à ce que le Saint-Esprit le conduisît encore plus avant dans sa divine plénitude. L’une de ces paroles toujours grandissantes et jamais épuisées, qui nous ouvrent pas à pas la plénitude de la vie divine, est ce précieux « Demeurez en moi » du Maître. De même que l’union du sarment avec le cep est une union de croissance, d’une croissance et d’un accroissement qui ne cessent jamais, ainsi notre demeurer en Christ est un processus de vie dans lequel la vie divine prend une possession toujours plus pleine et plus complète de nous. Le croyant jeune et faible peut réellement demeurer en Christ à la mesure de sa lumière ; mais c’est celui qui s’avance vers le plein demeurer, au sens où le Maître entendait ces paroles, qui hérite de toutes les promesses qui s’y rattachent.

Dans la vie grandissante du demeurer en Christ, la première étape est celle de la foi. Lorsque le croyant voit que, malgré toute sa faiblesse, le commandement s’adresse vraiment à lui, son grand but est simplement de croire que, sachant qu’il est en Christ, désormais, malgré son infidélité et ses échecs, demeurer en Christ est son devoir immédiat et une bénédiction à sa portée. Il est spécialement occupé de l’amour, de la puissance et de la fidélité du Sauveur : il sent que son unique besoin est de croire.

Il ne tarde pas à voir qu’il faut quelque chose de plus. L’obéissance et la foi doivent aller de pair. Non pas qu’à la foi qu’il possède il faille ajouter l’obéissance, mais la foi doit se manifester dans l’obéissance. La foi est l’obéissance au foyer, les yeux fixés sur le Maître : l’obéissance est la foi qui sort pour faire sa volonté. Il voit combien il s’est occupé davantage du privilège et des bénédictions de ce demeurer que de ses devoirs et de son fruit. Il y a eu beaucoup du moi et de la volonté propre qui est passé inaperçu ou a été toléré : la paix dont il pouvait jouir, comme jeune et faible disciple, en croyant, s’éloigne de lui ; c’est dans l’obéissance pratique que le demeurer doit être maintenu : « Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour. » Comme auparavant son grand but était, par l’intelligence et par la vérité qu’elle saisissait, de laisser le cœur se reposer sur Christ et sur ses promesses ; de même maintenant, à cette étape, son principal effort est d’unir sa volonté à la volonté de son Seigneur, et de placer entièrement le cœur et la vie sous sa domination.

Et pourtant, c’est comme s’il manquait encore quelque chose. La volonté et le cœur sont du côté de Christ ; il obéit et il aime son Seigneur. Mais malgré tout, pourquoi la nature charnelle a-t-elle encore tant de pouvoir, au point que les mouvements et les émotions spontanés de l’être le plus intime ne sont pas ce qu’ils devraient être ? La volonté n’approuve ni ne permet cela, mais il y a là une région qui échappe à l’empire de la volonté. Et pourquoi aussi, même lorsqu’il n’y a pas tant d’actes coupables à condamner, pourquoi tant de manquements, ce défaut de cette beauté de la sainteté, de ce zèle de l’amour, de cette conformité à Jésus et à sa mort, dans laquelle la vie du moi se perd, et qui est assurément impliquée dans le demeurer, tel que le Maître l’entendait ? Il doit assurément y avoir, dans notre demeurer en Christ et Christ en nous, quelque chose qu’il n’a pas encore éprouvé.

Il en est ainsi. La foi et l’obéissance ne sont que le chemin de la bénédiction. Avant de nous donner la parabole du cep et des sarments, Jésus avait dit très clairement quelle est la pleine bénédiction à laquelle la foi et l’obéissance doivent conduire. Trois fois il avait dit : « Si vous m’aimez, gardez mes commandements », et il avait parlé de la triple bénédiction dont il couronnerait un tel amour obéissant. Le Saint-Esprit viendrait du Père ; le Fils se manifesterait lui-même ; le Père et le Fils viendraient et feraient leur demeure. C’est à mesure que notre foi grandit en obéissance, et que, dans l’obéissance et l’amour, notre être tout entier sort de lui-même et s’attache à Christ, que notre vie intérieure s’ouvre, et que se forme en nous la capacité de recevoir la vie, l’esprit, de Jésus glorifié, comme une union distincte et consciente avec Christ et avec le Père. La parole s’accomplit en nous : « En ce jour-là, vous connaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et que je suis en vous. » Nous comprenons comment, de même que Christ est en Dieu et Dieu en Christ, unis ensemble non seulement dans la volonté et l’amour, mais dans l’identité de nature et de vie, parce qu’ils existent l’un dans l’autre, ainsi nous sommes en Christ et Christ en nous, dans une union non seulement de volonté et d’amour, mais aussi de vie et de nature.

C’est après que Jésus eut ainsi parlé de la connaissance que nous avons, par le Saint-Esprit, de ce qu’il est dans le Père, et que de même nous sommes en lui et lui en nous, qu’il dit : « Demeurez en moi, et je demeurerai en vous. Acceptez, consentez à recevoir cette vie divine d’union avec moi-même, en vertu de laquelle, tandis que vous demeurez en moi, je demeure aussi en vous, comme je demeure dans le Père. En sorte que votre vie est la mienne et que la mienne est la vôtre. » Voilà le vrai demeurer, l’occupation de la position où Christ peut venir et demeurer ; demeurer en lui de telle sorte que l’âme se soit détournée du moi pour découvrir qu’il a pris la place et est devenu notre vie. C’est devenir comme de petits enfants qui n’ont aucun souci et trouvent leur bonheur à se confier en l’amour qui a tout fait pour eux et à lui obéir.

À ceux qui demeurent ainsi, la promesse vient comme leur héritage légitime : demandez ce que vous voudrez. Il ne peut en être autrement. Christ a pris pleine possession d’eux. Christ habite dans leur amour, leur volonté, leur vie. Non seulement leur volonté a été livrée ; Christ y est entré, il y habite et y respire par son Esprit. Celui que le Père exauce toujours prie en eux ; eux prient en lui : ce qu’ils demandent leur sera accordé.

Bien-aimé compagnon de foi ! confessons que c’est parce que nous ne demeurons pas en Christ comme il le voudrait que l’Église est si impuissante en présence de l’incrédulité, de la mondanité et du paganisme, au milieu desquels le Seigneur est capable de la rendre plus que vainqueur. Croyons qu’il pense ce qu’il promet, et acceptons la condamnation qu’implique cette confession.

Mais ne nous décourageons pas. Le demeurer du sarment dans le Cep est une vie de croissance qui ne cesse jamais. Le demeurer, tel que le Maître l’entendait, est à notre portée, car il vit pour nous le donner. Soyons seulement prêts à regarder toutes choses comme une perte, et à dire : « Ce n’est pas que j’aie déjà remporté le prix, ou que j’aie déjà atteint la perfection; mais je cours, pour tâcher de le saisir, puisque moi aussi j’ai été saisi par Jésus-Christ. » Ne nous occupons pas tant du demeurer que de Lui à qui le demeurer nous unit, et de sa plénitude. Que ce soit Lui, le Christ tout entier, dans son obéissance et son humiliation, dans son exaltation et sa puissance, en qui notre âme se meut et agit ; c’est lui-même qui accomplira sa promesse en nous.

Et alors, tandis que nous demeurons et grandissons toujours plus vers le plein demeurer, exerçons notre droit, la volonté d’entrer dans toute la volonté de Dieu. En obéissant à ce que cette volonté commande, réclamons ce qu’elle promet. Livrons-nous à l’enseignement du Saint-Esprit, pour qu’il montre à chacun de nous, selon sa croissance et sa mesure, quelle est la volonté de Dieu que nous pouvons réclamer dans la prière. Et ne nous contentons de rien de moins que de l’expérience personnelle de ce que Jésus a donné lorsqu’il a dit : « Si vous demeurez en moi, demandez ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé. »

« SEIGNEUR, ENSEIGNE-NOUS À PRIER ! »

Seigneur bien-aimé ! enseigne-moi à saisir de nouveau cette promesse dans toute sa simplicité, et à être certain que la seule mesure de ton saint don est notre saint vouloir. Seigneur ! que chaque parole de ta promesse soit de nouveau rendue vivante et puissante dans mon âme.

Tu dis : Demeurez en moi ! Ô mon Maître, ma Vie, mon Tout, je demeure en toi. Donne-moi de grandir jusque dans toute ta plénitude. Ce n’est pas l’effort de la foi qui cherche à s’attacher à toi, ni même le repos de la foi qui se confie en toi pour me garder ; ce n’est pas l’obéissance de la volonté, ni l’observation des commandements ; mais c’est toi-même vivant en moi et dans le Père, qui seul peux me satisfaire. C’est toi-même, mon Seigneur, non plus devant moi et au-dessus de moi, mais un avec moi et demeurant en moi ; c’est là ce dont j’ai besoin, c’est là ce que je cherche. C’est là ce que j’attends de toi.

Tu dis : demandez ce que vous voudrez ! Seigneur ! je sais que la vie du plein et profond demeurer renouvellera, sanctifiera et fortifiera tellement ma volonté que j’aurai la lumière et la liberté de demander de grandes choses. Seigneur ! que ma volonté, morte dans ta mort, vivante dans ta vie, soit hardie et vaste dans ses requêtes.

Tu dis : cela vous sera accordé. Ô toi qui es l’Amen, le témoin fidèle et véritable, donne-moi en toi-même la joyeuse assurance que tu rendras cette parole encore plus merveilleusement vraie pour moi que jamais, parce qu’il n’est point monté au cœur de l’homme de concevoir ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment. Amen.

NOTE

Si l’on compare attentivement ce que l’on trouve le plus souvent dans les livres ou les sermons sur la prière avec l’enseignement du Maître, on découvrira une grande différence : l’importance attribuée à la réponse à la prière n’est nullement la même. Dans les premiers, on trouve beaucoup de choses sur la bénédiction de la prière comme exercice spirituel, même s’il n’y a pas de réponse, et sur les raisons pour lesquelles nous devrions nous en contenter sans elle. La communion avec Dieu devrait être plus pour nous que le don que nous demandons ; la sagesse de Dieu seule sait ce qui est le meilleur ; Dieu peut accorder quelque chose de meilleur que ce qu’il refuse. Bien que cet enseignement paraisse très élevé et spirituel, il est remarquable que nous n’en trouvions rien chez notre Seigneur. Plus nous rassemblons soigneusement tout ce qu’il a dit sur la prière, plus il devient clair qu’il voulait que nous pensions à la prière simplement comme au moyen d’atteindre une fin, et que la réponse devait être la preuve que nous et notre prière sommes agréables au Père qui est dans les cieux. Non que Christ veuille que nous estimions les dons de plus grande valeur que la communion et la faveur du Père. Nullement. Mais le Père veut que la réponse soit le signe de sa faveur et de la réalité de notre communion avec lui. « Ton serviteur connaît aujourd’hui que j’ai trouvé grâce à tes yeux, ô roi mon seigneur, puisque le roi agit selon la parole de son serviteur. »

Une vie marquée par la réponse quotidienne à la prière est la preuve de notre maturité spirituelle ; qu’on est réellement parvenu au vrai demeurer en Christ ; que notre volonté est vraiment une avec la volonté de Dieu ; que notre foi est devenue assez forte pour voir et prendre ce que Dieu a préparé pour nous ; que le Nom de Christ et sa nature ont pris pleine possession de nous ; et que nous avons été trouvés dignes de prendre place parmi ceux que Dieu admet à ses conseils et selon la prière desquels il gouverne le monde. Ce sont là ceux en qui quelque chose de la dignité originelle de l’homme a été restauré, en qui, tandis qu’ils demeurent en Christ, sa puissance comme Intercesseur souverain peut se manifester, en qui la gloire de son Nom est mise en lumière. La prière est très bénie ; la réponse l’est plus encore, comme la réponse du Père attestant que notre prière, notre foi, notre volonté sont bien telles qu’il les souhaite.

Je fais ces remarques avec le seul désir d’amener mes lecteurs à rassembler eux-mêmes tout ce que Christ a dit sur la prière, et à se livrer à la pleine impression de cette vérité : lorsque la prière est ce qu’elle doit être, ou plutôt lorsque nous sommes ce que nous devons être, demeurant en Christ, la réponse doit être attendue. Cela nous fera sortir de ces refuges où nous nous sommes consolés d’une prière sans réponse. Cela nous découvrira la place de puissance à laquelle Christ a établi son Église, et qu’elle occupe si peu. Cela nous révélera la terrible faiblesse de notre vie spirituelle comme la cause de ce que nous ne savons pas prier avec hardiesse au Nom de Christ. Cela nous pressera puissamment de nous élever à une vie dans la pleine union avec Christ, et dans la plénitude de l’Esprit, comme le secret de la prière efficace. Et cela nous conduira ainsi à réaliser notre destinée : « En ce jour-là : En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom : demandez, et vous recevrez, afin que votre joie soit parfaite. » La prière qui est réellement, spirituellement, en union avec Jésus, est toujours exaucée.

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